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Canadian Paediatric Society

Point de pratique

La syphilis congénitale n’est plus seulement d’intérêt historique

Affichage : le 1 avril 2009 | Mise à jour : le 8 février 2018 | Reconduit :le 28 février 2018


The Canadian Paediatric Society gives permission to print single copies of this document from our website. For permission to reprint or reproduce multiple copies, please see our copyright policy.

Auteur(s) principal(aux)

JL Robinson; Société canadienne de pédiatrie, Comité des maladies infectieuses et d’immunisation

La majorité des pédiatres et des médecins de famille qui exercent au Canada n’ont jamais vu de cas de syphilis congénitale. Cependant, il y a des flambées de syphilis au Canada depuis 2001, si bien que l’incidence est passée d’un creux de 1,6 cas sur 100 000 habitants en 1999 (499 cas) à 10,1 cas sur 100 000 habitants (3 589 cas) en 2014.[1]L’augmentation initiale de l’incidence était concentrée chez les hommes qui avaient des relations sexuelles avec des hommes, mais on observe également des cas de transmission hétérosexuelle au sein des populations des quartiers pauvres. Ce phénomène a suscité une augmentation des signalements de syphilis congénitale. En effet, 49 cas ont été déclarés entre 2005 et 2014.[1] Il est toutefois probable que d’autres cas n’aient pas été décelés parce que les nourrissons sont asymptomatiques ou que le diagnostic n’a pas été envisagé.

Quand doit-on présumer qu’une femme enceinte est atteinte de syphilis?

D’ordinaire, la syphilis se contracte lors de relations sexuelles vaginales, anales ou orales avec une personne qui a été infectée par la syphilis au cours de l’année précédente. Dans de rares cas, l’acquisition se produit au moyen de baisers, d’une transfusion sanguine, du partage d’aiguilles, d’une inoculation accidentelle ou d’un contact direct avec une lésion infectée.[2] De nombreuses personnes infectées n’ont pas de manifestations cliniques particulières permettant de poser un diagnostic avant l’évolution vers une maladie latente asymptomatique. Il faut donc présumer que toutes les femmes enceintes y sont vulnérables.

Le risque de transmission verticale dépend d’abord de la phase de la syphilis chez la mère, le risque oscillant entre 70 % et 100 % si la mère est atteinte d’une syphilis primaire ou secondaire non traitée pendant la grossesse, s’élevant à 40 % si elle est atteinte d’une syphilis latente précoce (car elle demeure vulnérable à une réactivation) et à moins de 10 % si elle est atteinte d’une syphilis latente tardive. Il est difficile de déterminer la phase de la syphilis de la mère, car il faut obtenir un ensemble d’antécédents, d’examen physique, de caractéristiques épidémiologiques, d’examens directs des lésions et de tests sérologiques. Le lecteur consultera d’autres sources pour obtenir plus d’information à ce sujet.[3] La majorité des nourrissons atteints de syphilis congénitale sont infectés in utero après le quatrième mois de grossesse,[2], mais l’infection peut se produire dès neuf semaines de grossesse [4] ou par contact avec une lésion génitale active au moment de l’accouchement. Il faut procéder systématiquement à la sérologie de la syphilis lors de la première visite prénatale et la faire suivre d’un counseling pertinent de la mère et d’une thérapie lorsque la sérologie est réactive.[3] Il faut reprendre le dépistage entre 28 et 32 semaines de grossesse et au moment de l’accouchement chez les femmes très vulnérables, y compris les femmes originaires d’un pays à forte prévalence de syphilis. Il faut également envisager un autre dépistage systématique dans les régions où l’on constate des flambées de syphilis hétérosexuelle.[3] Si la sérologie de la syphilis n’a pas été effectuée pendant la grossesse, les nouveau-nés ne doivent pas obtenir leur congé de l’hôpital tant que l’on n’aura pas obtenu la sérologie de la mère et prévu le suivi des résultats. En cas d’hydropisie du nouveau-né ou de mortinaissance de cause inconnue, la mère devrait subir un dépistage de syphilis après l’accouchement.

Comment interpréter la sérologie de la syphilis?

Les tests sérologiques de la syphilis incluent un test non tréponémique, tel qu’un test rapide de la réagine plasmatique (RPR) ou un test VDRL (acronyme anglais de Laboratoire de recherche sur les maladies vénériennes), actuellement utilisé au Canada seulement pour les tests du liquide céphalorachidien (LCR), et un test tréponémique qui décèle les anticorps tréponémiques, y compris le test d’immunofluorescence absorbée (FTA-ABS), le test d’agglutination passive du Treponema pallidum, le test de microhémagglutination pour la détection du T pallidum, le dosage immunoenzymatique (EIA) et le test d’immunocapture, comme l’INNO-LIA (Innogenetics, Belgique), dont l’interprétation est exposée aux tableaux 1 et 2.

TABLEAU 1
Guide pour interpréter les tests sérologiques de syphilis
Résultats du test dans le sang ou le sérum
Dépistage initial : test non tréponémique – RPRDosage de confirmation : test tréponémique –
TP-PA
Dosage de confirmation : test tréponémique – FTA-ABSMaladie la plus probable
Non réactifNon réactifRéactifSyphilis primaire accompagnée d’observations à l’anamnèse et à l’examen physique
Réactif (les dilutions peuvent varier)RéactifRéactifSyphilis, à toute phase (mais elle est plus susceptible d’être infectieuse si le titre de RPR est d’au moins 32 dilutions [les dilutions peuvent varier]) OU ancienne syphilis traitée OU suivi de syphilis traitée OU chez des personnes de pays endémiques, pian (p. ex., Antilles), pinta (p. ex., Amérique centrale) ou béjel OU maladie de Lyme
Non réactifRéactifRéactifEn général, syphilis traitée OU infection précoce (syphilis primaire précoce) OU syphilis latente tardive ou tertiaire OU, chez des personnes de pays endémiques, pian (p. ex., Antilles), pinta (p. ex., Amérique centrale) ou béjel OU maladie de Lyme
RéactifNon réactifNon réactifFaux positif*
*Parmi les causes de tests sérologiques faux positif de la syphilis, soulignons certaines affections comme les collagénoses avec manifestations vasculaires, la grossesse, la consommation de drogues par injection, la maladie de Lyme, etc., ou les cas faussement positifs inhérents à la trousse ou à la technique d’analyse; FTA-ABS : test d’immunofluorescence absorbée; RPR : test rapide de la réagine plasmatique; TP-PA test d’agglutination passive de Treponema pallidum.
Adaptée de la référence [1] et traduit avec l’autorisation du ministère des Travaux publics et des Services gouvernementaux, 2009
TABLEAU 2
Guide pour interpréter les tests sérologiques de la syphilis
Résultats du test dans le sang ou le sérum
Dépistage initial : test tréponémique – EIA de la syphilisTest non tréponémique – résultat et titrage du test RPRTest de confirmation* : test tréponémique – TP-PA, INNO-LIA de la syphilisMaladie la plus probable / mesure recommandée
NégatifNon effectuéNon effectué

Ce n’est pas un cas

Reprendre la sérologie en cas de risque de syphilis
Cas limite ou indéterminéNon réactifNégatif ou indéterminé

Reprendre la sérologie à cause du risque de séroconversion précoce

Si la reprise de la sérologie donne le même résultat, il ne s’agit pas d’un cas de syphilis
Cas limite ou indéterminéNon réactifRéactif ou positifSyphilis primaire précoce OU syphilis latente tardive ou tertiaire OU syphilis traitée auparavant OU, chez des personnes de pays endémiques, pian (p. ex., Antilles), pinta (p. ex., Amérique centrale) ou béjel OU maladie de Lyme
PositifRéactif (les dilutions peuvent varier) OU non réactifNégatifCas faussement positif‡
PositifRéactif (les dilutions peuvent varier)Indéterminé

Reprendre la sérologie afin de déterminer s’il s’agit d’une syphilis primaire précoce OU d’une syphilis latente tardive ou tertiaire OU d’une syphilis traitée auparavant OU, chez des personnes de pays endémiques, pian (p. ex., Antilles), pinta (p. ex., Amérique centrale) ou béjel OU maladie de Lyme

Si la reprise de la sérologie donne le même résultat, il s’agit probablement d’un cas faussement positif

Si le laboratoire n’effectue pas de test de confirmation, l’interprétation s’établit comme suit : syphilis à toute phase (plus susceptible d’être infectieuse si le titre de RPR est d’au moins 32 dilutions [les dilutions peuvent varier]) OU ancienne syphilis traitée OU suivi de syphilis traitée OU, chez des personnes de pays endémiques, pian (p. ex., Antilles), pinta (p. ex., Amérique centrale) ou béjel OU maladie de Lyme
PositifNon réactifIndéterminé

Reprendre la sérologie afin de déterminer s’il s’agit d’une syphilis primaire précoce OU d’une syphilis latente tardive ou tertiaire OU d’une syphilis traitée auparavant OU, chez des personnes de pays endémiques, pian (p. ex., Antilles), pinta (p. ex., Amérique centrale) ou béjel OU maladie de Lyme

Si la reprise de la sérologie donne le même résultat, il s’agit probablement d’un cas faussement positif

Si le laboratoire n’effectue pas de test de confirmation, l’interprétation s’établit comme suit :

syphilis primaire précoce OU syphilis latente tardive ou tertiaire OU syphilis traitée auparavant OU, chez des personnes de pays endémiques, pian (p. ex., Antilles), pinta (p. ex., Amérique centrale) ou béjel OU maladie de Lyme
PositifNon réactifRéactif / positifSyphilis primaire précoce OU syphilis latente tardive ou tertiaire OU syphilis traitée auparavant OU, chez des personnes de pays endémiques, pian (p. ex., Antilles), pinta (p. ex., Amérique centrale) ou béjel OU maladie de Lyme
PositifRéactif (les dilutions peuvent varier)Réactif / positifSyphilis, à toute phase (mais elle est plus susceptible d’être infectieuse si le titre de RPR est d’au moins 32 dilutions [les dilutions peuvent varier]) OU ancienne syphilis traitée OU suivi de syphilis traitée OU, chez des personnes de pays endémiques, pian (p. ex., Antilles), pinta (p. ex., Amérique centrale) ou béjel OU maladie de Lyme
L’INNO-LIA est fabriquée par Innogenetics, en Belgique. * Les tests de confirmation ne sont pas effectués dans toutes les régions sociosanitaires. Il est possible d’organiser des tests de confirmation supplémentaires en consultation avec le laboratoire local. Les algorithmes des tests de syphilis varient au Canada. Il est donc recommandé de vous informer des protocoles de test locaux auprès de votre laboratoire; †D’ordinaire, la sérologie est reprise de deux à quatre semaines après le test initial afin de vérifier s’il y a augmentation du titre rapide de la réagine plasmatique (RPR) ou de déceler le dosage immunoenzymatique (EIA) ou le test de conversion. ‡Parmi les causes de tests sérologiques faux positif de la syphilis, soulignons certaines affections comme les collagénoses avec manifestations vasculaires, la grossesse, la consommation de drogues par injection, la maladie de Lyme, etc., ou les cas faussement positifs inhérents à la trousse ou à la technique d’analyse. TP-PA test d’agglutination passive de Treponema pallidum.
Adaptée d’un document en cours de rédaction de l’Agence de la santé publique du Canada. Les lecteurs sont invités à lire les directives sur les infections transmissibles sexuellement de l’Agence de la santé publique du Canada : www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies-infectieuses/sante-sexuelle-infections-transmissibles-sexuellement/sante-sexuelle-infections-transmises-sexuellement-faits-information-public.html (version à jour le 13 février 2018)

Deux démarches de dépistage de la syphilis sont utilisées au Canada. Certaines régions sociosanitaires utilisent le test RPR pour le dépistage initial et confirment un résultat réactif par un test tréponémique. D’autres ont adopté l’EIA pour le dépistage initial et confirment le résultat réactif par un autre test tréponémique puisque l’EIA a une sensibilité et une spécificité plus élevées que le test RPR. Il faut encore obtenir les titres de RPR si l’EIA est positif, car ils permettent d’évaluer la phase de l’infection, de suivre la réponse au traitement et de diagnostiquer une réinfection. Les tests tréponémiques confirmés sont plutôt propres à la syphilis, mais ils peuvent également désigner une maladie tréponémique non vénérienne (tableaux 1 et 2).

Quelles femmes dont le test tréponémique est réactif ont subi un traitement pertinent avant la grossesse?

D’ordinaire, le test tréponémique demeure réactif toute la vie, à moins que le traitement ait été administré très tôt après l’infection. Par conséquent, il faut vérifier si le titre du RPR diminue. Le titre du RPR après un traitement pertinent devrait être quatre fois moins élevé (p. ex., de 1:32 dilutions à 1:8 dilutions) au bout de six mois, huit fois moins élevé au bout de 12 mois et 16 fois moins élevé au bout de 24 mois en cas de syphilis primaire; huit fois moins élevé au bout de six mois et 16 fois moins élevé au bout de 12 mois en cas de syphilis secondaire; et quatre fois moins élevé au bout de 12 mois en cas de syphilis latente précoce.[3]. Le titre du RPR peut redevenir non réactif après le traitement ou demeurer à un taux faible stable (serofast). Même si ces critères sont respectés, il faut reprendre le test RPR de la mère à intervalles pertinents pendant la grossesse si on craint la possibilité de réinfection. Dans la situation courante où la mère obtient un test tréponémique réactif et un test RPR non réactif pendant la grossesse, sans antécédents de traitement et sans constatation de syphilis primaire précoce, il faut traiter la mère comme si elle avait une syphilis latente tardive et présumer un certain risque de transmission verticale.

Comment prend-on en charge un nourrisson né d’une mère ayant un test tréponémique réactif qui n’a pas subi de traitement pertinent contre la syphilis ou qui a été traitée pendant la grossesse?

Si les titres de RPR de la mère n’ont pas diminué tel qu’il est décrit plus haut, si les titres de suivi n’ont pas été obtenus ou si la mère peut avoir été réinfectée, il faut estimer que le nourrisson est vulnérable à la syphilis congénitale. La majorité des nourrissons atteints de syphilis congénitale précoce (définie comme une syphilis diagnostiquée avant l’âge de deux ans) sont asymptomatiques à la naissance. Le diagnostic dépend donc de constatations radiographiques ou de laboratoire positives. Au tableau 3 figurent les caractéristiques cliniques de la syphilis congénitale et au tableau 4, la prise en charge suggérée, déterminée selon le risque estimatif de syphilis congénitale. À titre d’orientation générale, les titres de RPR du nourrisson auront diminué à trois mois et seront non réactifs à six mois en l’absence de syphilis congénitale. L’évolution anticipée des résultats des tests tréponémiques, comme l’EIA, est moins évidente, mais d’ordinaire, les anticorps passifs des autres infections ont disparu à l’âge de 12 mois, et ils se sont toujours dissipés à l’âge de 18 mois. Outre les explorations exposées au tableau 4, on peut vérifier la présence de tréponèmes dans toute occurrence de lésion cutanée, d’écoulement nasal, de lésions du placenta ou du cordon ombilical par ultramicrosopie ou épreuve de dépistage par immunofluorescence directe après consultation auprès du laboratoire local. Les dosages moléculaires, tels que l’amplification en chaîne de la polymérase, peuvent être disponibles à titre d’outils de recherche ou d’outils diagnostiques supplémentaires.

TABLEAU 3
Caractéristiques courantes de la syphilis congénitale*
CaractéristiqueMoment habituel d’apparitionDétails
Avortement spontané, mortinaissance ou hydropisie fœtaleToute grossesse

Se produit dans environ 40 % des cas si la syphilis est contractée pendant la grossesse, et le risque est plus élevé en cas d’infection pendant le premier trimestre

Funiculite nécrosanteÀ la naissanceLe cordon ressemble à une « enseigne de barbier » – observation rare, mais pathognomonique si elle est présente
Rhinite ou coryza syphilitiqueSouvent la première manifestation

Se produit dans environ 40 % des cas

ÉruptionJusqu’à l’âge de huit semainesSe produit dans environ 50 % des cas, généralement sous forme d’éruption maculopapulaire diffuse, mais peut également prendre la forme d’une simple desquamation ou de lésions vésiculaires, bulleuses, populosquameuses ou muqueuses
Hépatomégalie ou splénomégalieJusqu’à l’âge de huit semainesSe produit dans environ 20 % des cas et peut perdurer des années
Lymphadénopathie Se produit dans environ 5 % des cas
NeurosyphilisPrésente à la naissance ou peut être tardive

Se produit dans environ 50 % des cas – généralement asymptomatique chez le nouveau-né

Atteinte musculosquelettiqueJusqu’à l’âge d’une semaine, suivie de modifications osseuses permanentes

Ostéochondrite ou périchondrite, d’abord observée à la radiographie (dans 25 % des cas), puis sous forme de pseudoparalysie qui peut être confondue avec des mauvais traitements parce qu’on constate à la fois des modifications des tissus osseux et des tissus mous des membres. Par la suite, apparition d’une saillie des bosses frontales, de maxillaires mal développés, d’un nez en lorgnette, d’omoplates ailées et de tibias en fourreau

Une arthropathie récurrente et des effusions indolores des genoux (hydrathrose de Clutton) se manifestent après l’âge de deux ans
Anomalies hématologiquesPrésentes à la naissance ou peuvent être retardéesAnémie, thrombopénie et autres changements associés à des cancers hématologiques
Kératite interstitielleÂge : 2 à 20 ans 
Dents de Hutchinson

À l’apparition des dents permanentes

Incisives supérieures centrales et latérales très écartées et en forme de tournevis
Molaires mûriformesÂge : 13 à 19 moisLes premières molaires présentent un nanisme des tubercules et une hypertrophie de l’émail entourant les tubercules, leur donnant l’apparence d’une baie
Surdité du huitième nerf crânien (surdité neurosensorielle)Âge : 10 à 40 ans 
* Les caractéristiques plus rares sont la méningite, la choriorétinite, le syndrome néphrotique et l’hémoglobunurie froide paroxystique
TABLEAU 4
Prise en charge des nourrissons nés d’une mère dont les tests tréponémiques (TT) étaient réactifs pendant la grossesse*
ScénarioÉvaluation des signes et symptômes de syphilis congénitale au départ et tous les mois pendant le premier trimestreTests sérologiques de la syphilis (RPR et TT) à chaque évaluation clinique†Radiographie des os longs, formule sanguine complète avec différentiel, prélèvement du LCR pour la formule sanguine complète avec différentiel, glucose, test de protéine et VDRL; au moindre soupçon clinique, effectuer des évaluations ophtalmologiques et audiologiquesTraitement de la syphilis congénitale
La mère a des antécédents bien étayés de traitement pertinent d’une phase de la syphilis avant la grossesse, ne présente pas d’augmentation du titre de RPR pendant la grossesse ni de facteurs de risque connus de réinfection.NonNonNonNon
La mère a subi un traitement de syphilis primaire, secondaire ou latente précoce pendant la grossesse, plus de quatre semaines avant l’accouchement, présente une baisse pertinente des titres de RPR et aucune preuve de rechute ou de réinfection.OuiÀ l’âge de 0, 3, 6 et 18 moisNonNon
La mère a subi un traitement de syphilis latente tardive à un moment ou à un autre pendant ou après la grossesse‡NonÀ l’âge de 0, 6 et 18 mois

Non

Non
La mère n’a pas subi de traitement de la syphilis primaire ou secondaire pendant la grossesse, des tréponèmes sont décelés à l’examen direct des prélèvements du nourrisson, le titre de RPR du nourrisson est au moins quatre fois plus élevé (plus élevé que celui de la mère à l’accouchement) ou le titre du nourrisson a quadruplé OU l’enfant présente des caractéristiques compatibles à celles de la syphilis congénitale à tout âge OU il a subi un test RPR (et un TT) réactif à l’âge de 12 mois ou un TT réactif (confirmé par un deuxième type de TT) à l’âge de 18 moisOuiÀ l’âge de 0, 3, 6 et 18 moisOuiOui
La mère a subi un traitement de syphilis primaire, secondaire ou latente précoce dans les quatre semaines précédant l’accouchement ou a été traitée à l’aide d’un autre antibiotique que la pénicilline OU la mère a subi un traitement de syphilis primaire, secondaire ou latente précoce avant ou pendant la grossesse, et son titre RPR ne présentait pas le fléchissement prévu ou il ne s’est pas passé assez de temps pour évaluer ce fléchissementOuiEn cas de traitement de la syphilis congénitale, l’effectuer à l’âge de 0, 3, 6 et 18 mois; en l’absence de traitement, l’effectuer également à l’âge de 1, 2 et 12 moisOuiEn général§
La mère a subi un traitement de syphilis primaire, secondaire ou latente précoce avant la grossesse, mais on doute du caractère adéquat de la thérapie ou on craint la possibilité de réinfection OU la mère a subi un traitement de syphilis primaire, secondaire ou latente précoce pendant la grossesse, mais le test RPR de suivi n’a pas été obtenu OU elle a été traitée pour un type de syphilis pendant la grossesse, mais on ne peut pas garantir le suivi à long terme du nourrissonOuiEn cas de traitement de la syphilis congénitale, l’effectuer à l’âge de 0, 3, 6 et 18 mois; en l’absence de traitement, l’effectuer également à 1, 2 et 12 moisDépend du risque, mais obligatoire si la mère avait une syphilis primaire, secondaire ou latente précoce et si le suivi est peu probable ou si les consultations cliniques ou les résultats sérologiques sont anormauxDépend du risque et des résultats des évaluations¶
Le nourrisson avait un test RPR (et un TT) réactif à l’âge de six moisNon applicableDépend du moment de la dernière sérologieOuiEn général**
*Selon ce tableau, les résultats du TT réactif de la mère étaient connus à l’accouchement ou peu avant l’accouchement. Il faut procéder à un suivi à des intervalles comparables si on constate le problème plusieurs mois plus tard; †Il faut reprendre le test rapide de réagine plasmatique (RPR) et les TT à des intervalles recommandés jusqu’à l’âge d’au moins six mois en raison de la possibilité de résultats faussement négatifs à la naissance à cause d’une transmission à l’accouchement ou à trois mois en raison d’un traitement partiel. On peut omettre les tests à l’âge de 12 ou 18 mois si le test RPR et le TT sont tous deux non réactifs à l’âge de six mois; ‡La syphilis latente tardive sous-tend que la mère a été infectée plus d’un an avant la grossesse. Si on n’est pas certain de la phase de l’infection de la mère, il faut présumer la possibilité d’une syphilis infectieuse (primaire, secondaire ou latente précoce) qui exige un suivi beaucoup plus étroit du nourrisson; §On peut décider d’opter pour un suivi étroit si toutes les explorations sont normales et que le suivi du nourrisson est garanti, mais le traitement de la syphilis congénitale serait la solution à retenir en raison de l’importance du risque; ¶S’il semble probable que la mère a subi un traitement pertinent, que son risque de réinfection est faible et que le suivi du nourrisson est garanti ou si la mère était atteinte de syphilis latente tardive, le suivi sérologique suffit. Si l’un de ces critères n’est pas respecté, il faut envisager une évaluation complète et un traitement. **Si on présume que toutes les évaluations sont normales, ce nourrisson n’est peut-être pas atteint de syphilis congénitale. Il est possible que le test RPR réactif soit passif, mais le traitement serait la solution à retenir en raison de la grande possibilité que le nourrisson soit atteint de syphilis congénitale. LCR : liquide céphalorachidien; VDRL : test du Laboratoire de recherche sur les maladies vénériennes

L’interprétation des résultats du LCR des nourrissons n’est pas normalisée, et il est courant de prélever du LCR contenant du sang. Il faut donc interpréter les résultats d’après le risque de syphilis congénitale et les résultats d’autres explorations. Selon divers experts, une numération de globules blancs dans le LCR de l’ordre de 5x106/L à 20×106/L et une protéine du LCR de 0,45 g/L à 1,0 g/L sont normales.[5] Le test VDRL du LCR n’est pas assez sensible, mais un test VDRL réactif garantit un diagnostic de neurosyphilis. Puisque le FTA-ABS du LCR n’est pas assez spécifique, il ne faut pas l’effectuer systématiquement. Toutefois, un FTA-ABS négatif contribue à écarter le diagnostic de neurosyphilis.

Si une femme était en période d’incubation de la syphilis au moment de l’accouchement, la sérologie de la mère et du nourrisson peut alors être négative.[6] Par conséquent, tout nourrisson dont les constatations sont compatibles à la syphilis doit subir des explorations, quels que soient les résultats sérologiques de la mère à l’accouchement.

Quels nourrissons ont besoin d’être traités et avec quels antibiotiques?

Les définitions de cas de syphilis congénitale manquent d’uniformité parce qu’en général, le diagnostic est présumé,[5] ce qui donne lieu à des recommandations de traitement divergentes selon les diverses situations. Ces recommandations sont résumées au tableau 4. Le traitement de choix consiste à administrer par voie intraveineuse, pendant dix jours, 50 000 unités/kg de crystalline pénicilline G toutes les 12 heures aux nourrissons âgés de moins d’une semaine, toutes les huit heures aux nourrissons âgés de une à quatre semaines et toutes les six heures à ceux âgés de plus de quatre semaines.[3] Une seule dose de benzathine-pénicilline G à longue durée d’action (Bicillin-LA, King Pharmaceuticals, États-Unis) est décelable dans le sérum des adultes pendant deux à quatre semaines et permet probablement de guérir la syphilis congénitale précoce en l’absence de neurosyphilis. Certains experts recommandent d’administrer une dose unique ou trois doses hebdomadaires de ce produit aux nouveau-nés qui n’ont pas de manifestation probante de syphilis congénitale, mais qui sont nés d’une mère ayant reçu un traitement pertinent de la syphilis pendant la grossesse ou qui a été traitée contre une syphilis latente tardive pendant ou après la grossesse.[7] Il faut décourager cette démarche, à moins que le suivi soit peu probable, car la majorité de ces nourrissons ne sont pas infectés et, en présence de neurosyphilis, cette posologie pourrait théoriquement entraîner une diminution temporaire des titres de RPR sans pour autant guérir la maladie. Une erreur courante consiste à administrer de la benzylpénicilline au lieu de benzathine-pénicilline. Il faut éviter les antibiotiques sans pénicilline en attendant d’obtenir des données d’efficacité.[3]

Puisque le schéma thérapeutique suggéré ne guérit pas tous les cas de syphilis congénitale, la sérologie de suivi est essentielle et doit démontrer la disparition des anticorps tréponémiques à l’âge de 18 mois chez les nourrissons qui n’étaient pas atteints de syphilis congénitale. La plupart des enfants dont la syphilis congénitale est traitée correctement présentent des titres soutenus de RPR au moins quatre fois plus faibles et n’ont plus d’anticorps tréponémiques à l’âge de 18 mois.(8) Dans un faible pourcentage de cas, il faudra procéder à une deuxième série de traitements si les titres de RPR ne chutent pas comme prévu. Si les paramètres du LCR étaient anormaux au départ, il faut en prélever tous les six mois jusqu’à ce qu’ils deviennent normaux. Il faut reprendre le traitement au moindre soupçon clinique si les anomalies du LCR persistent, même à l’âge de six mois.

Remerciements

L’auteure principale remercie les docteures Bonita Lee et Ameeta Singh pour leurs conseils d’expertes dans leurs domaines respectifs.


COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION

Membres : Robert Bortolussi MD (président); Jane Finlay MD; Dorothy L Moore MD; Joan L Robinson MD; Élisabeth Rousseau-Harsany MD (représentante du conseil; Lindy M Samson MD
Conseillère : Noni E MacDonald MD
Représentants : Upton D Allen MD, Groupe canadien de recherche sur le sida chez les enfants; Charles PS Hui MD, représentant de la SCP auprès de Santé Canada, Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages; Nicole Le Saux MD, Programme canadien de surveillance active de l’immunisation; Larry Pickering MD, American Academy of Pediatrics; Marina I Salvadori MD, représentante de la SCP auprès de Santé Canada, Comité consultatif national de l’immunisation
Auteure principale : Joan Louise Robinson MD


Références

  1. Agence de la santé publique du Canada. Nombre de cas signalés de maladies de 1924 à 2015 au Canada – maladies à déclaration obligatoire en direct. http://maladies.canada.ca/declaration-obligatoire/graphiques?c= (consulté le 10 janvier 2017)
  2. Radolf JD, Tramont EC, Salazar JC. Treponema pallidum (Syphilis). In: Mandell GL, Bennett JE, Dolin R, éd. Mandell, Douglas and Bennett’s Principles and Practice of Infectious Disease, 8e éd., volumes 1 et 2. Philadelphie: Elsevier Churchill Livingstone, 2005.
  3. Agence de la santé publique du Canada. Lignes directrices canadiennes sur les infections transmissibles sexuellement – Prise en charge et traitement d’infections spécifiques – Syphilis. www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies-infectieuses/sante-sexuelle-infections-transmissibles-sexuellement/lignes-directrices-canadiennes/infections-transmissibles-sexuellement/lignes-directrices-canadiennes-infections-transmissibles-sexuellement-27.html (consulté le 9 janvier 2017)
  4. Harter C, Benirschke K. Fetal syphilis in the first trimester. Am J Obstet Gynecol 1976;124:705-11.
  5. Risser WL, Hwang LY. Problems in the current case definitions of congenital syphilis. J Pediatr 1996;129:499-505.
  6. Dorfman DH, Glaser JH. Congenital syphilis presenting in infants after the newborn period. N Engl J Med 1990;323:1299-302.
  7. Centers for Disease Control and Prevention. 2015 Sexually Transmitted Diseases Treatment Guidelines: Congenital Syphilis.www.cdc.gov/std/tg2015/congenital.htm (consulté le 9 janvier 2017)
  8. Singh AE, Guenette T, Gratrix J et coll. Seroreversion of treponemal tests in infants meeting Canadian surveillance criteria for confirmed early congenital syphilis. 2013;32(3):199-202.

Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.

Mise à jour : le 6 avril 2018