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Canadian Paediatric Society

Document de principes

Lisez, parlez, chantez : La promotion de l’alphabétisation au cabinet du médecin

Affichage : le 1 novembre 2006 | Reconduit :le 30 janvier 2017


The Canadian Paediatric Society gives permission to print single copies of this document from our website. For permission to reprint or reproduce multiple copies, please see our copyright policy.

Auteur(s) principal(aux)

A Shaw; Société canadienne de pédiatrie, Comité de la pédiatrie communautaire

Paediatr Child Health 2006;11(9):611-6

Résumé

Le faible niveau d’alphabétisme est un enjeu important qui influe sur la santé de millions de Canadiens. À la base, c’est un problème pédiatrique. D’après de nouvelles données probantes, les médecins peuvent jouer un rôle positif dans la promotion de l’alphabétisation auprès de leurs jeunes patients. Les médecins doivent être conscients de l’étendue du problème, fournir des conseils préventifs aux familles et promouvoir la lecture aux bébés et aux enfants dans leur cabinet. Des recommandations et des stratégies sont exposées.

Mots-clés : Literacy; Reading

Objectifs

Le présent document de principes a comme objectifs :

  • d’analyser l’état actuel de l’alphabétisation au Canada et ses répercussions sur la santé;
  • d’exposer l’évolution des recherches probantes courantes sur le faible niveau d’alphabétisme;
  • d’analyser les données courantes sur le rôle du médecin dans la promotion de l’alphabétisation;
  • de fournir des ressources pratiques pour permettre aux médecins de promouvoir l’alphabétisation dans leur cabinet.

Introduction

Le faible niveau d’alphabétisme est un problème grave et omniprésent au Canada, car il touche neuf millions d’adultes en âge de travailler [1]. Ce phénomène a des conséquences importantes sur la santé, la vie sociale et la vie économique [2][3]. Une nouvelle compréhension de la neurobiologie de l’apprentissage démontre que le succès de l’alphabétisation est étroitement relié à l’exposition au langage chez les nourrissons et les tout-petits. Les parents et les éducateurs jouent un rôle de premier plan pour déterminer les expériences précoces qui jetteront les bases des futures capacités de lecture de l’enfant [4].

En raison de leur contact précoce et fréquent avec les familles, les médecins ont une occasion unique de soutenir les parents dans ce rôle en les encourageant à lire tous les jours à leurs bébés et leurs enfants [5]. Les enfants d’âge préscolaire à qui on lit des histoires sont considérablement plus susceptibles de posséder les capacités de lecture et d’écriture nécessaires pour une réussite scolaire précoce [6].

Le présent document de principes, qui est une mise à jour d’un ancien document de principes de la Société canadienne de pédiatrie [7], analyse l’information la plus récente sur le rôle des médecins dans la promotion de l’alphabétisation. Des études évaluées par des pairs démontrent que lorsque les médecins discutent du développement de l’alphabétisation avec les parents et qu’ils leur fournissent des outils comme des livres pour enfants, ils peuvent avoir des effets positifs sur l’attitude des parents envers la lecture, la fréquence de la lecture et les indices de langage en préscolaire [8]. Les stratégies et les ressources pour intégrer la promotion de l’alphabétisation aux conseils préventifs standards sont abordées.

Les données probantes

Le présent document de principes contient des recommandations évaluées d’après les données disponibles (annexe) [9]. Une recherche des publications électroniques a été menée dans les bases de données MEDLINE et PsychINFO entre 1995 et juin 2006 afin de trouver des études sur les enfants (de zéro à 18 ans) en anglais et en français, à l’aide des mots-clés lecture, alphabétisation et analphabétisme.

Le paysage de l’alphabétisation au Canada

Il y a une crise quant au faible niveau d’alphabétisme au Canada. Il est alarmant de constater que 42 % des Canadiens de 16 à 65 ans ne possèdent pas les capacités de lecture et d’écriture minimales pour affronter la vie quotidienne et travailler au sein d’une économie et d’une société axées sur le savoir (le niveau de compétence nécessaire pour réussir le secondaire au Canada). Parmi ces 42 %, 15 % éprouvent de la difficulté envers toute documentation imprimée. Les résultats au sein de certains groupes sont encore plus troublants. On remarque un faible niveau d’alphabétisme chez 80 % des détenus des prisons, 60 % des immigrants (par rapport à 37 % des Canadiens de souche) et 18 % à 38 % (selon la région du pays) des jeunes de 16 à 25 ans. Chez les autochtones de 15 à 49 ans, 17 % n’ont pas terminé leur 9e année. Puisque les capacités de lecture et d’écriture sont comme des muscles, qu’on entretient et qu’on renforce par un usage régulier, la compétence moyenne pour l’alphabétisation écrite semble diminuer avec l’âge. Ainsi, 80 % des personnes âgées ont des capacités de lecture et d’écriture insuffisantes [1].

L’alphabétisation influe directement et indirectement sur la santé, et elle est étroitement liée à pratiquement tous les principaux déterminants de la santé établis par Santé Canada. Le faible niveau d’alphabétisme est, à la base, un problème pédiatrique. Il devient manifeste dans les écoles lorsque certains enfants ne réussissent pas à apprendre à lire et à écrire au même rythme que les autres. On estime que de 5 % à 15 % des enfants d’âge scolaire éprouvent des retards de lecture [10]. D’ailleurs, la plupart des enfants qui n’ont pas maîtrisé la lecture à la fin de la 3e année ne rattraperont jamais leur retard [11]. Ce phénomène provoque l’échec scolaire et le décrochage, qui rendent les jeunes adultes plus vulnérables à des issues négatives. La promotion de l’alphabétisation est un élément essentiel de la médecine préventive active [12] (tableau 1).

Non seulement la promotion de l’alphabétisation représente-t-elle une bonne médecine, mais elle est aussi logique d’un point de vue économique. Les problèmes d’alphabétisation coûtent 10 milliards de dollars par année au Canada [13]. Les personnes au faible niveau d’alphabétisme risquent deux fois plus d’être sans emploi, et jusqu’à 50 % des adultes ayant un faible niveau d’alphabétisme vivent dans des habitations à loyer modique. D’après un rapport de Statistique Canada remontant à 2004 [14], une augmentation de l’indice d’alphabétisation de 1 % par rapport à la moyenne internationale se traduirait par une hausse relative éventuelle de 2,5 % de la productivité en milieu de travail et de 1,5 % du produit intérieur brut par personne. Le faible niveau d’alphabétisme est un problème que les Canadiens ne peuvent pas se permettre d’ignorer.

TABLEAU 1
Les cons
équences d’un faible niveau d’alphabétisation

Les effets directs d'un faible niveau d'alphabétisme sur la santé

Mauvais usage des médicaments

Incapacité de respecter les consignes médicales

Erreurs dans l'administratrion de préparation lactée aux nourissons

Risques pour la sécurité dans la collectivité, en milieu de travail et à la maison

Associations indirectes entre un faible niveau d'alphabétisme et la santé

Taux de pauvreté plus élevés

Taux plus élevés d'accidents de travail que la moyenne

Degré de stress plus élevé

Modes de vie malsains, comme :

  • le tabagisme,
  • une mauvaise alimentation,
  • peu d'activité physique,
  • la non-utilisation de la ceinture de sécuritié ou du casque de vélo,
  • une mons grande prévalence d'allaitement (s'il ya lieu),
  • la moins grande susceptibilité de faire vérifier sa tension artérielle une fois dans sa vie,
  • (parmi les femmes) la moins grande susceptibilité de procéder à l'autoexamen des seins et de faire effectuer le test Pap.

Accès limité à l'information en santé et compréhension limitée de cette information

Mauvais usage des services médicaux

Données tirées de références [12] and [13]

L’alphabétisation et le développement du langage

À; la naissance, le cerveau du bébé contient 100 milliards de neurones. Peu après la naissance, le cerveau produit des trillions d’autres connexions entre les neurones qu’il utilisera. Les synapses stimulées par un usage fréquent pendant les premières années sont préservées, et celles qui sont peu utilisées sont éliminées par un processus du nom d’élagage. Les expériences précoces, notamment les interactions quotidiennes avec les parents, forment l’architecture du cerveau qui appuiera l’apprentissage plus tard dans la vie [4].

Les aptitudes langagières précoces, qui constituent le fondement de la capacité de lecture plus tard dans la vie, se fondent principalement sur l’exposition au langage. Les enfants qui sont davantage exposés au langage disposent d’un vocabulaire expressif plus vaste. Tant l’exposition au langage que le taux de développement du langage expressif varient selon le statut socio-économique, les enfants de trois ans économiquement favorisés étant exposés à plus de deux fois le nombre de mots que ceux des familles pauvres, et étant capables d’en prononcer tout autant [15].

Non seulement est-il important d’être beaucoup exposé au langage, mais la qualité de cette exposition importe aussi. Parmi toutes les activités entre parents et enfants, l’exposition au langage la plus riche se produit pendant la lecture, notamment la lecture dialogique (lorsque le parent pose des questions pour encourager l’enfant à participer plutôt qu’à être un auditeur passif) [16][17]. Les livres pour enfants sont des outils essentiels pour que les éducateurs utilisent un langage adapté au développement et pour faciliter le langage bébé, c’est-à-dire le langage chantant exagéré que préfèrent les bébés. En 1985, la National Commission on Reading a conclu que la lecture à voix haute par les parents est l’activité la plus importante pour accumuler les connaissances qui favoriseront un succès éventuel en lecture [10].

L’exposition des nourrissons et des tout-petits aux livres favorise le développement des aptitudes d’alphabétisation précoces, y compris l’orientation du livre, la structure narrative, la capacité d’écoute, la durée d’attention, la manière de tourner les pages et la reconnaissance des caractères imprimés. On postule que l’enfant se met à aimer les livres lorsqu’il associe la lecture au confort agréable de l’attention et des genoux douillets de ses parents.

De nouvelles données probantes sur le rôle des médecins

Depuis la publication de l’édition originale du présent document de principes en 2002 [7], on a confirmé et enrichi les données appuyant le rôle des médecins dans la promotion de l’alphabétisation. L’ensemble de la recherche a porté sur le modèle d’intervention en alphabétisation en milieu clinique Reach Out and Read (ROR), [18] un programme américain desservant 2,5 millions d’enfants chaque année dans 3 000 cliniques et centres de santé. Ses trois éléments sont les conseils préventifs au sujet du développement de l’alphabétisation par les dispensateurs de soins pédiatriques à chaque visite des enfants en santé, la remise d’un nouveau livre adapté au développement à chaque visite et une salle d’attente encourageant l’alphabétisation, incluant des bénévoles qui montrent à partager la lecture. ROR a été étudié dans plus d’une douzaine d’articles révisés par des pairs [8].

Les publications actuelles indiquent ce qui suit :

  • Les parents désirent que les médecins leur fournissent de l’information sur l’apprentissage [19]. Près de la moitié des parents qui ne lisent pas tous les jours pensent qu’il serait utile de discuter d’alphabétisation avec leur pédiatre [20] (qualité de preuves III).
  • Les parents qui reçoivent les interventions de ROR sont de quatre à dix fois plus susceptibles de lire souvent (au moins trois jours par semaine) à leur enfant. L’effet est plus visible dans les familles les plus pauvres, ce qui indique que l’intervention est plus bénéfique à ceux qui en ont le plus besoin [8][21][22][23][24] (qualité de preuves II-1)
  • Les parents trouvent souvent plus important de lire à leur enfant lorsque le livre est donné par un pédiatre [19] (qualité de preuves III). La distribution de livres améliore l’efficacité de l’intervention en alphabétisation, bien plus que les seuls conseils préventifs [24] (qualité de preuves II-2).
  • Les enfants d’âge préscolaire qui reçoivent l’intervention obtiennent des indices plus élevés de langage réceptif [23][26][27][28] et expressif [26][27] aux tests standardisés (qualité de preuves II-1].
  • Il existe un lien dose-réponse entre l’exposition à une intervention de promotion de l’alphabétisation et les comportements désirés reliés à l’alphabétisation [29] (qualité de preuves II-2).
  • Les parents qualifient de plus « coopératifs » les médecins qui montrent comment lire tout haut et qui remettent des livres [25] (qualité de preuves II-2).

Les études disponibles comportent certains problèmes d’ordre méthodologique. Aucune n’est un essai aléatoire bien conçu, et les études qui faisaient appel aux déclarations volontaires des parents étaient exposées à des biais de sélection et à des biais liés à l’intervieweur [8]. Les études portaient surtout sur des familles américaines à faible revenu provenant en grande partie de populations hispaniques. On n’en connaît pas l’applicabilité aux familles canadiennes.

De plus, on n’a pas encore répondu à la question de recherche ultime (« La promotion de l’alphabétisation par les dispensateurs de soins prévient-elle les troubles de lecture au primaire? ») dans le cadre d’études longitudinales ou cas-témoins ou d’essais aléatoires et contrôlés. Néanmoins, d’après les constatations actuellement disponibles, les interventions par les pédiatres en matière d’alphabétisation ont des résultats positifs qui sont reliés, en théorie, au but ultime de promotion de l’alphabétisation et de réussite scolaire [8].

TABLEAU 2
Les étapes du développement reliées à l’alphabétisation précoce*

Âge

Fonction motrice

Capacité cognitive et sociale

Interaction avec les parents

6 à 12 mois

Essaie d'attraper un livre.
Porte le livre à la bouche.
S'assoit sur les genoux de l'adulte.
Tient bien la tête.

Regarde et tapote les images, vocalise.
Préfère les photos de visages.

Le parent tient l'enfant comfortablement, le regarde dans les yeux.
Le parent respecte les « indices » du bébé pour poursuivre ou arrêter.

12 à 18 mois

Tient le livre avec de l'aide.
Tourne plusieurs pages à la fois.
S'assoit sans aide.
Est capable de transporter le livre.

Ne porte plus immédiatement le livre à sa bouche.
Pointe les photos du doigt.
Peut attribuer un son précis à une image donnée.

L'enfant se fâche si le parent ne lui laisse pas le contrôle du livre.
L'enfant peut apporter un livre à lire.
Si le parent insiste pour que l'enfant écoute, celui-ci peut refuser obstinément.

18 à 36 mois

Tourne un page à la fois.
Transporte les livres avec lui dans la maison.

Nommes les images familières.
A d'énormes variations d'attention.
Demande la même histoire encore et encore.
« Lit » des livres à ses poupées.

Le parent demand « Qu'est-ce que c'est? » et donne à l'enfant temps de répondre.
Le parent associe le livre aux expériences de l'enfant.
Le parent devrait se sentir à l'aise face à l'attention fluctuante du tout-petit.

3 ans et plus older

Tient le livre sans aide.
Tourne des page d'épaisseur normale une à la fois.

Décrit des actions simples.
Peut redire des histoires familières.
Joue à lire, en déplaçant le doigt de gauche à droite et de haut en bas.
« Écrit » son nom (griboulis linéaire).

Le parent pose des questions comme « Qu' est-ce qui se passe? »
Le parent valide les réponses de l'enfant et les élabore.
Le parent n'enforce pas les notions dans la tête de l'enfant mais le louange lorsqu'il trouve un mot.

*Adapté de la réference [7]

TABLEAU 3
Les techniques dans la salle d'examen
  • Apporter le livre au début de l'examen; ne pas le conserver pour la fin de la visite.
  • Remettre immédiatement le livre à l'enfant, observer comment il le manipule, écouter son langage et observer l'interaction entre le parent et l'enfant.
  • Écouter les mots que suscitent les livres et les images; les livres élargissent le vacabulaire des jeunes enfants.
  • Complimenter le parent sur l'intérêt de l'enfant pour le livre, la capacité de l'enfant à le manipuler et à tourner les pages et son potentiel à titre du future lecteur.
  • S'informer des livres favoris et de l'usage des livres dans la tourine de l'enfant.
  • Aider les parents à constater que l'intérêt de leur enfant envers les livres est relié au développement du langage et à l'intelligence.
  • Montrer comment lire tout haut (30 secondes à 60 secondes) et discuter de ce qu'il fait et de la raison pour laquelle il le fait.
  • Intéger le livre et des discussions sur la lecture aux routines dans la salle d'examen, comme l'examen physique ou une distraction pendant une intervention (p. ex., la vaccination).

Modifié de la référence [30]

TABLEAU 4
Ce que les enfants aiment dans les livres
  • Les nourissons de 0 à 12 mois :
    • Les livres de carton contenant des photos de bébés
    • Les livres de carton aux couleurs vives, pour les toucher et les goûter
    • Les livres contenant des images d'objets familiers, comme les balles et les biberons
    • Les petits livres pour les petites mains
  • Les tout-petits de 12 à 24 mois :
    • Les livres de carton solides, à manipuler et à transporter
    • Les livres contenant des photos d'enfants faisant des activités familières, comme dormir, manger ou jouer
    • Les livres qui disent « bonne nuit », pour le coucher
    • Les livres sur les manières de dire bonjour et au revoir
    • Les livres ne contenant que quelques mots par page
    • Les livres contenant des rimes simples ou des textes prévisibles
  • Les tout-petits de 24 à 36 mois :
    • Les livres de carton et les livres aux pages de papier
    • Les rimes, les rythmes, les textes répétitifs faciles à mémoriser
    • Les livres sur les enfants, les familles, l'amitié, les aliments ou les animaux
    • Les livres de mots
  • Les enfants d'âges préscolaire, de 2 à 5 ans
    • Les livres qui racontent des histoires
    • Les livres contenant des textes simples facilies à lire ou à mémoriser
    • Les livres sur les enfants qui leur ressemblent et vivent comme eux
    • Les livres sur le fait d'aller à l'école, l'amitié, les visites chez le médecin
    • Les livres pour compter, les abécédaires, les livres de vacabulaire

Modifié de la référence [30]

Les recommendations

Les médecins et les professionnels de la santé sont invités à promouvoir l’alphabétisation, comme suit :

  • Aborder le faible niveau d’alphabétisme comme un problème de santé infantile qui prend sa source à la naissance et se poursuit jusqu’à l’âge adulte (catégorie de recommandation B).
  • S’informer de l’orientation de la famille en matière d’alphabétisation aux rendez-vous réguliers. Les questions peuvent porter sur la fréquence du partage de livres, l’accès aux livres pour enfants à la maison, l’utilisation des livres dans les routines des enfants et le niveau d’alphabétisme des éducateurs (catégorie de recommandation I).
  • Inclure la promotion de l’alphabétisation dans la pratique clinique habituelle. Les interventions doivent inclure des conseils préventifs au sujet du développement de l’alphabétisation (tableaux 2 et 3), la remise d’outils comme des livres adaptés au développement (tableau 4), dans la mesure du possible, la remise de formulaires d’abonnement à la bibliothèque ou d’une prescription pour lire un livre amusant et l’aiguillage vers des services d’alphabétisation pour adultes, au besoin (catégorie de recommandation B).
  • Encourager les parents et tous les éducateurs à regarder des livres tous les jours avec les enfants dès la naissance et à créer et à maintenir un environnement riche pour l’alphabétisation des enfants à la maison et dans tous les autres lieux de garde (p. ex., service de garde, maternelle). Si les éducateurs possèdent un faible niveau d’alphabétisme ou parlent une langue étrangère, il faut les encourager à chanter, à raconter des histoires et à décrire des images dans leur langue maternelle (catégorie de recommandation B).
  • Encourager les familles à s’abonner à la bibliothèque et à y aller régulièrement (catégorie de recommandation I).
  • S’assurer que les salles d’attente favorisent l’alphabétisation. Du matériel de lecture adapté à la culture et à l’âge, des affiches, de l’information sur les ressources d’alphabétisation et des lecteurs bénévoles sont des moyens d’y parvenir. Il faut envisager d’adopter des politiques de contrôle des infections, comme le retrait des livres souillés et le nettoyage des couvertures de livre après usage (catégorie de recommandation I).

Les médecins et les professionnels de la santé doivent prôner :

  • l’inclusion de conseils préventifs sur l’importance de la lecture aux enfants dans les lignes directrices standards en matière de santé (catégorie de recommandation B).
  • une formation en développement et en promotion de l’alphabétisation pour les résidents en pédiatrie et en médecine de famille par des corps administratifs responsables de la formation, comme le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et les départements de formation médicale postdoctorale des universités (catégorie de recommandation I).
  • des alliances entre les médecins et les organismes de promotion de l’alphabétisation, tels que le Secrétariat national à l’alphabétisation (http://www.rhdcc.gc.ca/fra/competence/ACE/index.shtml), ABC Canada (www.abc-canada.org/) et le Réseau canadien de recherche sur le langage et l’alphabétisation (RCRLA) (http://www.cllrnet.ca/index-fr.html), pour mettre sur pied une stratégie nationale de promotion de l’alphabétisation. Les médecins doivent travailler à la promotion locale de l’alphabétisation avec les éducateurs et les spécialistes de l’alphabétisation en milieu communautaire. La première étape peut consister à téléphoner à la bibliothèque locale pour obtenir des formulaires d’abonnement à la bibliothèque (catégorie de recommandation I).
  • la compilation d’un inventaire, établi par la Société canadienne de pédiatrie, des ressources d’alphabétisation offertes aux médecins à l’échelle nationale et locale (catégorie de recommandation I).
  • le financement de l’achat de livres pour enfants par le gouvernement et le secteur privé, afin de les distribuer aux rendez-vous des enfants en santé (catégorie de recommandation B).
  • l’attribution de fonds suffisants pour des recherches de qualité sur la prévention du faible niveau d’alphabétisme (catégorie de recommandation I).

TABLEAU 5
Qu
alité des preuves et catégories de recommandations*

Qualité des preuves

Description

I

Données obtenues dans le cadre d’au moins un essai comparatif bien conçu randomisé

II-1

Données obtenues dans le cadre d’essais comparatif bien conçu, sans randomisation

II-2

Données obtenues dans le cadre d’études de cohortes ou d’études analytiques cas-témoins bien conçues, réalisées de préférence dans plus d’un centre ou par plus d’un groupe de recherche

II-3

Données comparatives de différents lieux et époques avec ou sans intervention; résultats spectaculaires d’études non comparatives

III

Opinions exprimées par des sommités dans le domaine et reposant sur l’expérience clinique; études descriptives ou rapports de comités d’experts

Catégories de recommandations

Description

A

Il y a des preuves suffisantes pour recommander la mesure clinique préventive.

B

Il y a des preuves acceptables pour recommander la mesure clinique préventive.

C

Les preuves sont conflictuelles pour qu’on puisse recommander l’inclusion ou l’exclusion d’une mesure clinique préventive, mais d’autres facteurs peuvent influer sur la prise de décision.

D

Il y a des preuves acceptables pour recommander d’exclure une mesure clinique préventive.

E

Il y a des preuves suffisantes pour recommander d’exclure une mesure clinique préventive.

F

Les preuves sont insuffisantes pour faire une recommandation, mais d’autres facteurs peuvent influer sur la prise de décision.

*Données tirées de la référence [9]. Remarque : Le groupe de travail convient que dans de nombreux cas, des facteurs propres aux patients peuvent être évalués et discutés, tels que la valeur que le patient accorde à la mesure clinique préventive, ses éventuelles issues positives ou mégatives et la situation du patient (médicale ou autre). Dans certaines situations où les données probantes sont complxes, conflictuelles ou insuffisantes, une discussion plus approfondie peut s'imposer.

Remerciements

Le présent document de principes a été révisé par le sous-comité d’éducation publique et le comité de la pédiatrie communautaire de la Société canadienne de pédiatrie.


COMITÉ DE LA PÉDIATRIE PSYCHOSOCIALE

Membres : Minoli Amit MD (représentante du conseil); Stacey Belanger MD; John LeBlanc MD (président); Alan Murdock MD
Représentante : Rose Geist MD, Académie canadienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent
Conseillère : Alyson Shaw MD
Auteure principale : Alyson Shaw MD


Références

  1. Statistique Canada. Miser sur nos compétences : Résultats canadiens de l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les competences des adultes. 2003. http://dsp-psd.pwgsc.gc.ca/Collection/Statcan/89-617-X/89-617-XIF2005001.pdf (version à jour le 10 octobre 2006).
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Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.

Mise à jour : le 30 janvier 2017