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Canadian Paediatric Society

Sommaire

Chaque jour, trop d’enfants et d’adolescents du Canada sont victimes de blessures et d’infections évitables, souffrent de maladies chroniques, sont aux prises avec la pauvreté ou ne profitent pas du même accès aux soins et à l’éducation que d’autres. Bon nombre de ces difficultés prennent racine dans des politiques publiques qui ne placent pas les besoins des enfants et des adolescents avant tout. D’après le Bilan Innocenti de l’UNICEF publié en 2016, le Canada se classe au 26e rang de 35 pays riches en matière de bien-être global des enfants2. Lorsqu’on ajoutait les réponses d’enfants et d’adolescents à un sondage sur leur satisfaction face à la vie, le Canada remontait d’une seule place au classement, ce qui signifie que les jeunes du pays comptent parmi les moins heureux du monde industrialisé.

En faisons-nous assez? peut contribuer à modifier cette situation. La Société canadienne de pédiatrie travaille depuis longtemps et avec succès auprès des représentants des gouvernements, des organismes gouvernementaux et d’organisations connexes à améliorer la santé et le bien-être des enfants et des adolescents. Les programmes et les stratégies de promotion de la santé dirigés par les gouvernements ont le potentiel considérable et démontré de sauver des vies, de prévenir des blessures et d’assurer une protection contre des maladies. Nous pouvons toutefois toujours en faire plus. Les lois ont évolué dans certains secteurs depuis le rapport de la situation de 2012, mais certains gouvernements n’ont toujours pas coordonné et adopté de meilleures politiques publiques sur les enjeux évaluées dans le présent document. D’autres mesures s’imposent, car comme on l’a déjà constaté, une défense d’intérêts soutenue et des politiques solides donnent des résultats extraordinaires.

Les politiques comptent

Les politiques comptent... Ces dernières années, d’importants progrès ont été réalisés pour protéger les enfants et les adolescents contre les maladies évitables par la vaccination. À quelques exceptions près, les enfants et les adolescents du Canada peuvent recevoir tous les vaccins systématiques gratuitement, puisqu’ils sont financés par le gouvernement. Les programmes de vaccination ont réduit considérablement le taux de plusieurs maladies évitables par la vaccination, telles que la méningococcie et la pneumococcie, l’Haemophilus influenzae et la maladie à rotavirus. Trois provinces n’ont pas encore adopté de programme contre la maladie à rotavirus, même si les données démontrent que le vaccin contre le rotavirus protège les jeunes enfants et réduisent les consultations à l’urgence3.

Les politiques comptent... Lorsque les gouvernements adoptent des politiques sévères en vue de réduire le tabagisme chez les enfants et les adolescents, la prévalence de tabagisme diminue. Moins d’enfants sont exposés à la fumée secondaire, tandis que les familles sont en meilleure santé et vont moins à l’hôpital en raison de pneumonies et de complications liées à l’asthme. Cependant, même si les efforts du Canada en matière d’abandon du tabagisme ont porté beaucoup de fruits, de nouveaux problèmes se profilent à l’horizon. Les jeunes sont exposés à un plus vaste éventail de produits du tabac, y compris le tabac sans fumée, le tabac aromatisé, la pipe à eau et la vapoteuse, pour lesquelles les mesures de contrôle gouvernementales ne sont absolument pas adaptées. Les gouvernements doivent mettre au point des politiques qui réglementent la vapoteuse et les nouveaux produits du tabac de manière aussi rigoureuse que la cigarette et les produits du tabac traditionnels.

Les politiques comptent... Lorsque les lois sur la prévention des blessures sont solides, les pédiatres constatent une diminution du nombre de consultations à l’urgence, d’hospitalisations, de traumatismes crâniens et de décès évitables. Pourtant, les blessures non intentionnelles demeurent la principale cause de décès, de morbidité et de mortalité chez les enfants et les adolescents canadiens, et les lois demeurent lamentablement disparates à l’égard de certains enjeux cruciaux en matière de sécurité. Par exemple, il n’y a pas d’approche uniformisée au sujet des casques de vélo, des sièges rehausseurs et des lois sur les véhicules hors route au pays. Cinq provinces ou territoires n’ont toujours pas adopté de loi sur les casques de vélo, malgré les preuves démontrant que le port du casque réduit de 80 % le risque de traumatisme crânien4. Des politiques et des programmes efficaces en matière de sécurité réduisent les coûts humains et économiques dont nous faisons tous les frais5. Le Canada a besoin d’une stratégie nationale de prévention des blessures qui inclut des mesures de proximité, de l’éducation et des lois sur la sécurité adoptées par tous les ordres du gouvernement. La prévention des blessures est sans aucun doute la meilleure approche pour réduire le fardeau actuel des préjudices, et à l’instar de la vaccination, pourrait constituer l’une des plus grandes réalisations de la santé au XXIe siècle6.

Les politiques comptent… Lorsque les processus d’examen des décès d’enfant sont standardisés (y compris la collecte des données), des résultats positifs s’ensuivent, tels que des campagnes efficaces pour prévenir les blessures et des lois qui protègent réellement la vie des enfants. De plus, les intervenants de multiples disciplines et organismes ont tendance à partager l’information et à apprendre les uns des autres. Lorsque nous comprenons pourquoi et comment les enfants meurent, nous pouvons adopter de meilleures mesures pour les protéger7.

Les politiques comptent… Lorsque des programmes de dépistage universel des troubles de l’audition chez les nouveau-nés sont en place, un diagnostic rapide favorise des interventions précoces et un meilleur résultat clinique pour les jeunes qui présentent une déficience auditive. La déficience auditive permanente est l’un des troubles congénitaux les plus courants de l’enfance, dont l’incidence est de deux cas sur 1 000 naissances vivantes. Les enfants ayant une déficience auditive qui ne profitent pas d’une intervention rapide éprouvent souvent des problèmes sur le plan des communications, des habiletés psychosociales, de la cognition et de l’alphabétisation plus tard au cours de leur vie.

La défense d’intérêts compte

Beaucoup trop souvent, les médecins voient des enfants et des adolescents atteints des problèmes de santé évitables. Il incombe à chaque gouvernement d’assurer une protection par des politiques et des lois, mais les experts de la santé contribuent de manière fondamentale à les façonner. En faisons-nous assez? est destiné aux promoteurs de la santé qui travaillent avec les gouvernements à améliorer la santé et la sécurité des enfants. L’outil que représente le rapport de la situation est particulièrement efficace entre les mains d’experts qui se préoccupent de ces questions. Les modifications aux politiques publiques qui y sont recommandées reposent sur les meilleures données probantes et sur des décennies de travail à persuader le gouvernement de prendre les enjeux pédiatriques au sérieux.

Quelques exemples... Le docteur Richard Stanwick, un ancien président de la SCP, s’est efforcé pendant des années de sensibiliser le public aux graves conséquences de la fumée secondaire, ce qui a suscité l’adoption de lois plus sévères sur le tabac. En 2013, les résidents en pédiatrie du Manitoba ont contribué à persuader leur gouvernement d’adopter une loi sur le port du casque de vélo. L’inquiétude de la docteure Susanna Martin envers le taux de blessures et de décès causés par des accidents d’automobile l’a incitée à préconiser l’adoption d’une loi sur les sièges rehausseurs en Saskatchewan, dont les résultats sont clairement démontrés dans le présent rapport. Les pédiatres sont particulièrement bien outillés pour interpeller les gouvernements au sujet de politiques visant à améliorer la santé et le bien-être des enfants et des adolescents.

Les stratégies en matière de santé mentale pour les enfants et les adolescents ne sont pas évaluées dans la présente édition du rapport, mais la SCP est consciente des graves problèmes liés à la santé mentale au Canada. La nécessité de réduire le taux de suicides chez les jeunes des populations inuites et des Premières nations est peut-être l’appel à l’action le plus évident, mais il y en a beaucoup d’autres. Les enfants et les adolescents méritent un accès équitable à des services, traitements et programmes de soutien en matière de santé mentale qui sont adaptés à leur culture. Bien que certaines provinces et certains territoires aient adopté des stratégies en matière de santé mentale depuis 2012, les membres de la SCP nous apprennent que cette mesure n’a pas vraiment amélioré l’accès aux services et aux programmes. Les temps d’attente et d’autres obstacles aux services de santé mentale ont des conséquences dramatiques et durables sur les individus, les familles et les communautés. Puisqu’environ 70 % des maladies mentales se déclarent pendant l’enfance ou l’adolescence, la prévention, le dépistage et le traitement rapides sont essentiels pour en réduire les conséquences à long terme8. Conjointement avec des experts en santé mentale et des organismes partenaires, la SCP exhorte tous les ordres du gouvernement à élaborer et à financer des programmes qui donneront rapidement accès aux services en santé mentale pour les jeunes.

La pauvreté des enfants n’est pas facile à mesurer, mais une stratégie nationale de réduction de la pauvreté demeure un enjeu primordial. Le gouvernement fédéral s’est récemment engagé, par des lettres de mandat, à aider les familles canadiennes qui vivent dans des conditions insalubres. En fait, au Canada, 19 % des enfants, dont la moitié des enfants inscrits des Premières nations, vivent sous le seuil de la pauvreté9. Parmi ses nombreux effets, une situation de défavorisation s’associe à une moins bonne santé plus tard dans la vie. Tous les enfants et les adolescents du Canada méritent les mêmes possibilités, peu importe leur lieu de résidence. La SCP exhorte tous les ordres du gouvernement à travailler ensemble et avec d’autres intervenants à éradiquer la pauvreté des familles. Les prestations supplémentaires pour soins médicaux, des services de garde accessibles et abordables et des programmes de nutrition et de logement ciblés aideraient tous les enfants et les adolescents à s’épanouir et à réaliser leur plein potentiel. Les gouvernements doivent s’associer aux communautés métisses, inuites et des Premières nations afin d’éradiquer les causes de la pauvreté systémique.

Engagement de la Société canadienne de pédiatrie

Le rapport de la situation n’est qu’une image ponctuelle, mais le portrait qu’il présente est assez clair pour soulever des inquiétudes. Malgré les efforts passés, les politiques en matière de santé et de sécurité demeurent disparates au Canada et se traduisent par des soins inéquitables aux enfants et aux adolescents. Trop souvent, la qualité des soins que reçoivent les enfants et les adolescents dépend de leur lieu de résidence. En faisons-nous assez? est un point de départ pratique pour les promoteurs de la santé, les décideurs et les dispensateurs de soins qui veulent aider tous les enfants et les adolescents à réaliser leur plein potentiel. Ils n’en méritent pas moins.

Références

  1. Centre de recherche Innocenti de l’UNICEF, 2016. L’équité pour les enfants : Tableau de classement des inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches (Bilan Innocenti 13). www.unicef-irc.org/publications/pdf/RC13_FR.pdf (page 12, consulté le 20 mai 2016)
  2. Coyle D, Coyle K, Bettinger JA et coll. Cost effectiveness of infant vaccination for rotavirus in Canada. Can J Infect Dis Med Microbiol 2012;23(2):71-7.
  3. Parachute Canada. Safe Cycling. www.parachutecanada.org/injury-topics/item/safe-cycling1 (consulté le 20 avril 2016)
  4. Parachute. The cost of injury in Canada report, 2015. www.parachutecanada.org/downloads/research/Cost_of_Injury-2015.pdf (consulté le 20 avril 2016)
  5. Yanchar NL, Warda LJ, Fuselli P; Société canadienne de pédiatrie, comité de prévention des blessures. La prévention des blessures chez les enfants et les adolescents : une démarche de santé publique. Paediatr Child Health 17(9):512.
  6. Ornstein A, Bowes M, Shouldice M, Yanchar NL; Société canadienne de pédiatrie, comité de prévention des blessures. L’importance de l’examen des décès d’enfants ou d’adolescents. Paediatr Child Health 2013;18(8):429-32.
  7. Commission de la santé mentale du Canada, 2009. Vers le rétablissement et le bien-être : Cadre pour une stratégie en matière de santé mentale au Canada. www.mentalhealthcommission.ca/Francais/system/files/private/document/FNIM_Toward_Recovery_and_Well_Being_FRE.pdf (consulté le 20 avril 2016)
  8. Campagne 2000. Report Card on Child and Family Poverty in Canada, 2015. http://campaign2000.ca/wp-content/uploads/2016/04/NationalReportCard-French-2015.pdff (consulté le 20 avril 2016)