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Canadian Paediatric Society

Document de principes

La prévention des blessures dans les terrains de jeux

Affichage : le 1 juin 2012


The Canadian Paediatric Society gives permission to print single copies of this document from our website. For permission to reprint or reproduce multiple copies, please see our copyright policy.

Auteur(s) principal(aux)

P Fuselli; NL Yanchar; Société canadienne de pédiatrie, Comité de prévention des blessures

Version abrégée : Paediatr Child Health 2012;17(6):329-30

Résumé

Dans un climat d’inquiétude croissante à l’égard de l’obésité juvénile et de l’inactivité, les terrains de jeux permettent aux enfants d’être actifs. Ils comportent toutefois aussi des risques, les blessures causées par des chutes étant de loin les plus courants. Les recherches démontrent la possibilité de réduire les blessures dans les terrains de jeux si on abaisse la hauteur des structures de jeu et si on utilise des surfaces molles et profondes pour amortir les chutes. L’Association canadienne de normalisation a publié des normes volontaires qu’elle a mises à jour plusieurs fois pour tenir compte de ces risques. Afin de contribuer à les réduire, les parents peuvent respecter des stratégies simples. Le présent document de principes souligne le fardeau des blessures subies dans les terrains de jeux. Il procure également aux parents et aux dispensateurs de soins des occasions de réduire l’incidence et la gravité des blessures grâce à l’éducation et à la défense d’intérêts, ainsi que de mettre en œuvre des normes de sécurité probantes et des stratégies plus sécuritaires dans les terrains de jeux locaux. Enfin, il remplace le document de principes de la Société canadienne de pédiatrie publié en 2002 sur le sujet.

Mots-clés : Equipment; Falls; Injury; Playground; Play space; Standards; Surfacing

Les jeux extérieurs actifs contribuent énormément à la santé, au bien-être et au développement global de l’enfant. Les terrains de jeux locaux offrent des occasions de grimper, de glisser, de sauter, de courir et de socialiser avec d’autres enfants, ainsi que de jouer de manière créative. Les terrains de jeux sont également des endroits où l’on peut se blesser, mais il est possible de réduire les risques au minimum pour les enfants si on améliore la conception des structures et si on les installe à des endroits plus sécuritaires et sur des surfaces mieux adaptées, tout en conservant d’énormes possibilités d’activité physique. Parmi les mesures de prévention qui réduisent les risques au minimum, soulignons une hauteur de structures adaptée à l’âge, la mise à niveau des surfaces d’absorption des impacts autour et en-dessous des structures de jeux, l’inspection et l’entretien réguliers des structures et des aires de jeux et une supervision pertinente et active.

Des données sur les terrains de jeux

Chaque année au Canada, au moins 29 000 enfants de moins de 15 ans sont traités au département d’urgence d’un hôpital en raison d’une blessure subie dans un terrain de jeux [1]. Les enfants de cinq à neuf ans sont les plus vulnérables, les garçons se blessant légèrement plus souvent que les filles (53 % par rapport à 47 %). La plupart du temps, ces blessures sont subies pendant l’été (43 %), suivies de l’automne (27 %), du printemps (24 %), puis de l’hiver (6 %).

Les mécanismes et les types de blessures

Jusqu’à 75 % des blessures observées au département d’urgence sont provoquées par une chute [2]-[4]. La plupart des autres découlent d’un impact avec un obstacle (11 %), de la coupure, du pincement ou de l’écrasement d’une partie du corps (8 %) ou d’un piégeage (1 %) [5]. Les fractures, généralement d’un membre supérieur, sont les plus courantes [2][5][6], les chutes d’une structure d’escalade, plutôt que d’une balançoire ou d’une glissoire, en étant le plus souvent responsables [7].

Les traumatismes crâniens représentent environ 15 % des blessures subies dans les terrains de jeux observés à l’urgence [5]. Les chutes d’une balançoire, plutôt que d’une glissoire ou d’une structure d’escalade, en sont les plus souvent responsables [7].

Les hospitalisations

De 1994 à 2003, on estime que 2 500 enfants de 14 ans ou moins ont été hospitalisés chaque année au Canada par suite d’une grave blessure causée par une chute dans un terrain de jeux. Environ 81 % de ces enfants ont été victimes d’une fracture, tandis que 14 % ont été hospitalisés en raison d’un traumatisme crânien. Les autres 5 % avaient subi des lésions comme une dislocation articulaire ou une plaie ouverte. Pendant la période à l’étude, les taux d’hospitalisation ont fléchi de 27 %, probablement grâce aux améliorations aux structures de jeux et au respect des normes de sécurité dans les terrains de jeux [8].

Les blessures subies dans les structures de jeux à la maison

Les structures de jeux installées dans la cour sont responsables d’environ 20 % de toutes les blessures subies dans une aire de jeux. Les enfants de un à quatre ans risquent davantage de se blesser à domicile que les enfants plus âgés. Les structures d’escalade, les balançoires et les glissoires sont responsables de la plupart des blessures subies à domicile [8].

Les décès

Les décès dans les terrains de jeux sont rares. Ils sont presque toujours attribuables à une strangulation. Celle-ci peut se produire lorsque les cordons des vêtements, un foulard ou une corde à sauter restent pris dans une structure de jeux, en général dans le haut d’une glissoire. La tête d’un enfant peut également se coincer dans l’ouverture d’une structure de jeu (p. ex., dans l’espace entre les barreaux d’une échelle). C’est déjà arrivé lorsque des enfants portaient un casque de vélo [8].

Les stratégies pour réduire les blessures dans les terrains de jeux

L’amélioration de la conception des terrains de jeux, notamment la hauteur et la surface, contribuerait davantage à réduire les blessures dans les terrains de jeux.[4][12].

Les recherches démontrent que la hauteur et l’impact (soit la surface sur laquelle tombe l’enfant) de la chute influent sur la nature et la gravité des blessures.[4][9]-[11] Une étude a révélé qu’une chute de plus de 1,5 mètre (4 pi 11 po) quadruplait le risque de blessure [9]. Les chutes de hauteurs plus élevées causent des blessures encore plus graves [10]. Les matériaux qui absorbent les impacts, tels que le sable ou le gravillon, procurent une meilleure protection [4] que les surfaces gazonnées. Une étude a d’ailleurs indiqué que le risque de blessure est 1,7 fois moins élevé lorsque le terrain de jeux est recouvert de sable plutôt que de gazon [11].

L’Association canadienne de normalisation (CSA, www.csa.ca) a préparé la seule norme reconnue sur la scène nationale en matière de sécurité des terrains de jeux. Ce guide, intitulé Aires et équipements de jeu, a été publié pour la première fois en 1990. Le Conseil canadien des normes l’a révisé et accepté comme norme nationale volontaire en 1998, et des mises à jour ont été publiées en 2003 et en 2007. La norme CSA fournit des spécifications détaillées sur la disposition des terrains de jeux, leur accès (pour monter et descendre des structures), les matériaux de remplissage, la force des structures, les exigences de rendement, l’installation, l’inspection et l’entretien, de même que les normes de conception de chaque pièce des structures de jeux. La norme recommande les mesures suivantes :

  • Réduire la hauteur maximale de chutes des structures. Les stratégies incluent :
    • la conception novatrice de nouvelles structures moins hautes;
    • des structures adaptées à l’âge.
  • Réduire le risque de chute des structures. Par exemple :
    • des barrières et des rambardes de protection;
    • des barres verticales plutôt qu’horizontales (pour décourager l’escalade);
    • l’utilisation de surfaces pointues ou recourbées en guise de rambardes (afin de décourager leur utilisation comme surface de jeux).
  • Améliorer la surface de protection située autour et en-dessous des structures de jeux. Les surfaces convenables incluent :
    • des matériaux de remplissage meubles, comme le gros sable ou les gravillons (gravier rond, lisse et de la grosseur d’un pois), les copeaux de bois et les surfaces synthétiques à une profondeur d’au moins 15 cm (6 po) pour les structures destinées aux enfants d’âge préscolaire, et 30 cm (12 po) pour les structures pleine grandeur.

Les modifications et les améliorations à la norme actuelle incluaient une hauteur de chute optimale moins élevée, un tableau de comparaison des matériaux de remplissage et des lignes directrices supplémentaires pour rendre les aires de jeux plus accessibles aux enfants ayant des besoins particuliers [18]. D’après une étude, les terrains de jeux modifiés pour respecter la norme CSA actuelle peuvent réduire de 49 % le risque de blessures connexes [13].

Il est important d’assurer une supervision active. Les recherches démontrent que les enfants de moins de cinq ans étaient moins susceptibles de prendre des risques lorsqu’un parent se trouvait à proximité [14][15]. Un programme a réussi à accroître la supervision des jeunes enfants par les enseignants dans les terrains de jeux, ce qui a entraîné une diminution des comportements de prise de risque par les enfants [16][17].

Outre les terrains de jeux structurés, les collectivités peuvent envisager des milieux de jeux extérieurs non traditionnels. La mise en valeur de ces aires de jeux peut coûter moins cher, et celles-ci sont conçues pour stimuler les facultés naturelles des enfants et leur envie de jouer, sans qu’ils risquent de tomber des structures. Des exemples de terrains de jeux de ce type figurent à l’adresse www.evergreen.ca/fr.

Recommandations

Pour protéger les enfants de la plupart des blessures subies dans des terrains de jeux, la Société canadienne de pédiatrie recommande les mesures suivantes :

Les dispensateurs de soins :

  • offrent des conseils préventifs sur les blessures dans les terrains de jeux et expliquent aux parents ce qu’ils peuvent faire pour réduire le risque que court l’enfant. SécuriJeunes Canada (www.securijeunescanada.ca) et la Société canadienne de pédiatrie (www.soinsdenosenfants.ca) proposent de l’information et des ressources probantes pour rendre les terrains de jeux plus sécuritaires pour les familles, les éducatrices en milieu de garde et les collectivités.
  • déclarent les blessures subies sur le terrain de jeux aux exploitants locaux du terrain et aux autorités.
  • informent les exploitants des terrains de jeux de la prévention des blessures dont il faut tenir compte dans la planification municipale et les initiatives de santé publique. Un médecin ou un professionnel de la santé peut donner de la crédibilité aux enjeux de sécurité et fournir des détails plus précis sur la nature et le risque des blessures subies dans les terrains de jeux.
  • préconisent de concevoir les nouveaux terrains de jeux de la collectivité et de mettre à niveau ceux déjà en place, de manière à respecter les lignes directrices à jour de l’Association canadienne de normalisation (CSA). Pour obtenir une copie du document intitulé Aires et équipements de jeu, ils consultent le site www.csa.ca/cm/ca/fr/home.

Les décideurs :

  • s’assurent que les politiques municipales relatives à la conception et à l’entretien des terrains de jeux visent le respect des normes CSA et reflètent des stratégies probantes, de manière à réduire les blessures d’enfants subies dans les terrains de jeux. Pour obtenir une copie du document intitulé Aires et équipements de jeu, ils consultent le site www.csa.ca/cm/ca/fr/home.

Les parents et les personnes qui s’occupent d’enfants :

  • fournissent une supervision active.
  • enseignent et respectent les règles de sécurité dans les terrains de jeux et rappellent aux enfants comment utiliser les structures en toute sécurité.
  • vérifient régulièrement les structures et les surfaces de jeux et informent les exploitants des problèmes.
    • font enfiler un cache-col aux enfants par temps froid plutôt qu’un foulard et évitent les vêtements munis de cordons. Ces objets peuvent se prendre dans les structures de jeux et provoquer une strangulation.
    • font enlever à l’enfant son casque protecteur avant de lui permettre l’accès aux structures de jeux.
    • construisent des structures de jeux à domicile qui respectent les normes CSA. Pour obtenir une copie du document intitulé Aires et équipements de jeu, ils consultent le site www.csa.ca/cm/ca/fr/home.

Remerciements

Le comité d’une vie active saine et de la médecine sportive de la Société canadienne de pédiatrie a révisé le présent document de principes.


COMITÉ DE PRÉVENTION DES BLESSURES

Membres : Claude Cyr MD; Brent E Hagel Ph. D.; I Barry Pless MD; Jeffrey W Scott MD; Lynne J Warda MD (présidente sortante); Natalie L Yanchar MD (présidente); Mitchell Zelman MD (représentant du conseil)
Représentantes : Pamela Fuselli, SécuriJeunes Canada; Gail Salminen, Santé Canada, Bureau de la sécurité des produits de consommation; Robin Skinner, Agence de la santé publique du Canada
Conseillers : Mathew J Bowles MD; Amy Ornstein MD
Auteures principales : Pamela Fuselli; Natalie L Yanchar MD 


Références

  1. Analyse des données de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS) et du Système canadien hospitalier d'information et de recherche en prévention des traumatismes (SCHIRPT) par la section des blessures de l'Agence de la santé publique du Canada. In; 2000. Consulté le 18 avril 2012.
  2. Chalmers DJ, Langley JD. Epidemiology of playground equipment injuries resulting in hospitalization. J Paediatr Child Health 1990;26(6):329-34.
  3. Mowat DL, Wang F, Pickett W, Brison RJ. A case-control study of risk factors for playground injuries among children in Kingston and area. Inj Prev 1998;4(1):39-43.
  4. Norton C, Nixon J, Sibert JR. Playground injuries to children. Arch Dis Child 2004;89(2):103-8.
  5. Vollman D, Witsaman R, Comstock RD, Smith GA. Epidemiology of playground equipment-related injuries to children in the United States, 1996-2005. Clin Pediatr (Phila) 2009;48(1):66-71.
  6. Roberts I, Norton R, Jackson R, Hassall I. Effect of environmental factors on risk of injury of child pedestrians by motor vehicles: a case-control study. BMJ 1995;310:91-4.
  7. Loder RT. The demographics of playground equipment injuries in children. J Pediatr Surg 2008;43(4):691-9.
  8. SécuriJeunes Canada. Analyse des blessures non intentionnelles chez les enfants et les adolescents sur une période de 10 ans : 1994-2003. 2006.
  9. Chalmers DJ, Marshall SW, Langley JD, Evans MJ, Brunton CR, Kelly AM et coll. Height and surfacing as risk factors for injury in falls from playground equipment: a case control study. Inj Prev 1996;2:98-104.
  10. Macarthur C, Hu X, Wesson DE, Parkin PC. Risk factors for severe injuries associated with falls from playground equipment. Accid Anal Prev 2000;32:377-82.
  11. Laforest S, Robitaille Y, Dorval D. Surface characteristics, equipment height, and the occurrence and severity of playground injuries. Inj Prev 2001;7:35-40.
  12. Roseveare CA, Brown JM, Barclay McIntosh JM, Chalmers DJ. An intervention to reduce playground equipment hazards. Inj Prev 1999;5(2):124-8.
  13. Howard AW, Macarthur C, Willan A, Rothman L, Moses-McKeag A, Macpherson AK. The effect of safer play equipment on playground injury rates among school children. CMAJ 2005;172(11):1443-6.
  14. Morrongiello BA, Rennie H. Why do boys engage in more risk taking than girls? The role of attributions, beliefs, and risk appraisals. J Pediatr Psychol 1998;23(1):33-43.
  15. Morrongiello BA, Dawber T. Mothers' responses to sons and daughters engaging in injury-risk behaviors on a playground: implications for sex differences in injury rates. J Exp Child Psychol 2000;76(2):89-103.
  16. Chelvakumar G, Sheehan K, Hill AL, Lowe D, Mandich N, Schwebel DC. The Stamp-in-Safety programme, an intervention to promote better supervision of children on childcare centre playgrounds: an evaluation in an urban setting. Inj Prev 2010;16(5):352-4.
  17. Schwebel DC, Summerlin AL, Bounds ML, Morrongiello BA. The Stamp-in-Safety program: a behavioral intervention to reduce behaviors that can lead to unintentional playground injury in a preschool setting. J Pediatr Psychol 2006;31(2):152-62.
  18. Association canadienne de normalisation. Aires et équipements de jeu Z614-F07. 2007.

Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.

Mise à jour : le 20 avril 2016