Passer au contenu
Canadian Paediatric Society

Document de principes

Les répercussions de la fréquentation des services de garde sur la santé des enfants Partie A : Les tendances canadiennes des issues du comportement et du développement sur les enfants en service de garde

Affichage : le 1 décembre 2008 | Reconduit :le 1 février 2016


The Canadian Paediatric Society gives permission to print single copies of this document from our website. For permission to reprint or reproduce multiple copies, please see our copyright policy.

Auteur(s) principal(aux)

M Lang; Société canadienne de pédiatrie, Comité de la pédiatrie communautaire

diatr Child Health 2008;13(10):869-74

Introduction et objectifs

Entre 1967 et 1995, le nombre d’enfants qui fréquentaient des services de garde payants au Canada a triplé, passant de 357 000 à 1,36 million [1]. Puisque tant d’enfants reçoivent désormais une forme de services de garde non parentaux, le présent document de principes vise à :

  • décrire les caractéristiques des familles et des enfants canadiens qui ont recours à des services de garde à l’enfance;
  • décrire les facteurs qui favorisent des services de garde de qualité;
  • rendre compte des données probantes sur les issues le développement et le comportement des enfants d’âge préscolaire en service de garde;
  • aborder les répercussions des services de garde sur la santé (qui seront traités dans Les répercussions de la fréquentation des services de garde sur la santé des enfants. Partie B – Les blessures et les infections, dans le numéro de janvier 2009 de Paediatrics & Child Health);
  • exposer les coûts des services de garde;
  • fournir des recommandations sur la manière de mettre sur pied et de maintenir un système de garde à l’enfance de qualité qui pourrait être offert à tous les Canadiens à coût abordable.

Le présent document de principes portera sur les services de garde à l’enfance, définis comme les services fournis à l’extérieur de la maison de l’enfant, dispensés par au moins une personne ne faisant pas partie de sa famille et que fréquentent généralement plusieurs enfants de moins de six ans.

Méthodologie

Les auteurs ont effectué des recherches dans MEDLINE (1950 à août 2008), EMBASE (1988 à août 2008), PsycInfo (1985 à 2008) et Cochrane Reviews au moyen des termes d’indexation day care et child day care centres, qu’ils ont combinés avec child development ou costs et cost analysis ou cost allocation ou health care costs. La recherche bibliographique était limitée aux recherches sur les humains et aux articles rédigés en anglais. De plus, les auteurs ont communiqué avec des représentants du gouvernement du Canada et de Statistique Canada pour obtenir des renseignements supplémentaires.

Limites

Même si les répercussions des services de garde non parentaux sont importantes pour tous les enfants, ceux qui ont des incapacités (physiques ou mentales) dépassent la portée du présent document de principes. La plupart des études sur les services de garde étaient longitudinales ou transversales. L’aléation et l’insu sont difficiles à obtenir dans le domaine de la recherche sur les services de garde. Les modèles de régression étaient souvent utilisés; c’est pourquoi les données corrélationnelles ne fournissaient pas de réponses de cause à effet. Il faut en tenir compte à la lecture du présent document. De plus, il est à peu près impossible de contrôler toutes les variables confusionnelles dans ce domaine de la recherche. Pour cette raison, il est encore plus difficile de tirer des conclusions claires [2].

Les tendances canadiennes dans les programmes de services de garde à l’enfance

D’après le recensement du Canada de 2001, environ 8,4 millions de familles habitaient alors au Canada, dont 5,3 millions avaient des enfants à la maison et 1,3 million étaient monoparentales (surtout des femmes). Les données de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ) – une enquête bisannuelle auprès de cohortes d’enfants canadiens atteignant une moyenne de 2 000 enfants pour chaque tranche d’âge échantillonnée (période de l’enquête : 1994-1995 à 2002-2003) – démontrent que la proportion d’enfants de six mois à cinq ans qui fréquentent un service de garde a augmenté régulièrement, tant dans les collectivités rurales qu’urbaines. Parmi les possibilités de garde non parentale, on compte la garde à domicile par un membre de la parenté ou une autre personne (p. ex., une bonne d’enfant) et la garde hors du domicile en milieu préscolaire (pour les enfants de plus de trois ans), dans une garderie ou un jardin d’enfants, ou des services de garde au milieu de travail d’un parent [3]. Ce dernier service n’est pas généralisé, mais il peut réduire l’absentéisme et améliorer la rétention du personnel [4]. Selon les enquêtes [5], les mères qui travaillent seraient également intéressées à disposer d’une infirmerie en milieu de travail, où leur enfant malade pourrait être surveillé en toute sécurité.

Pour ce qui est des enfants dont les parents ont le niveau de revenu le plus faible, le pourcentage de ceux qui recevaient des services de garde non parentaux était direc­tement proportionnel au revenu familial. Par rapport aux données de 1994-1995, le recours à des services de garde avait presque triplé pour les nourrissons de six à 12 mois en 2002-2003 [3]. Pendant cette période, la plupart des enfants (73 %) ne disposaient que d’une solution de garde, 21 % en avaient deux et 6 % en avaient trois ou plus. La plupart des services de garde canadiens sont exploités en entreprise privée, surtout (79 %) dans un cadre sans but lucratif [6). En 2006, 811 262 places réglementées étaient offertes au Canada, la plupart (45 %) au Québec [6].

Le recours aux services de garde à l’enfance augmente au Canada. Il est donc important de comprendre les avantages et les inconvénients possibles de ce choix pour la santé des enfants et de la famille.

L’évaluation de la qualité des services de garde à l’enfance

Au tableau 1 figurent quelques-uns des outils d’évaluation de la qualité des services de garde à l’enfance utilisés cou­ramment. Dans une enquête canadienne largement diffusée en 1998 [7], la qualité globale de 325 groupes d’enfants s’élevait à 60,1 % (les auteurs ont converti les indices globaux de l’ITERS et de l’ECERS en pourcentages). Les services sans but lucratif obtenaient des indices de qualité considérablement plus positifs (62 %) que ceux à but lucratif (55,4 %). Cependant, les auteurs ont postulé qu’il faudrait un indice de qualité d’au moins 67 % pour promouvoir le développement de l’enfant (d’après le système d’indices décrit au tableau 1). Les services sans but lucratif obtenaient des indices considérablement plus élevés dans certains domaines des questionnaires sur la qualité, soit parents-personnel (perfectionnement du personnel et communication entre les parents et le personnel), protocoles de soins, raisonnement par le langage et interactions (entre les enfants et le personnel) [7].

TABLEAU 1
Outils d’évaluation de la qualité des services de garde à l’enfance

Outil d’évaluation

Nombre d’éléments évalués

Domaines évalués

Référence

 

ECCOS

87

Interactions entre les éducatrices et les enfants, programme, interactions entre les éducatrices et les parents, formation du personnel, gestion, dotation en personnel, environnement physique, santé et sécurité, alimentation et évaluation

<http://www.cckm.ca/ChildCare/ToolsQuality.htm> [14]

ECERS

37

Espace et ameublement, protocoles de soins, raisonnement par le langage, activités, interactions, structure du programme et relations entre les parents et le personnel

<http://www.fpg.unc.edu/~ecers/> [14]

ITERS (de la naissance à 30 mois)

35

Ameublement et affichage, protocoles de soins, activités d’écoute et de conversation, activités d’apprentissage par le jeu, interactions (observation de la motricité globale et interactions entre le personnel et les enfants), structure du programme et besoins des adultes

<http://www.fpg.unc.edu/~ecers/> [9]

 

L’Early Childhood Classroom Observation Scale (ECCOS) évalue chaque élément de 1 à 3; l’Early Childhood Environment Rating Scale (ECERS) et l’Infant/Toddler Environment Rating Scale (ITERS) sont calculées selon des échelles de sept points, où 1 signifie « insuffisant », 3 « minimal », 5 « bon » et 7 « excellente qualité » [14]. Dans le cadre de l’ECERS, d’autres ont utilisé des indices globaux où la plage de 37 à 92 était considérée comme « insuffisante », celle de 93 à 148 « minimale », celle de 149 à 203 « bonne » et celle de 204 à 259 « excellente qualité » [9]. Les sites Web sont à jour le 23 octobre 2008.

Par ailleurs, la qualité des services de garde est souvent définie simplement par le ratio éducatrice-enfants, la formation des éducatrices et leur expérience. Tant l’American Public Health Association que l’American Academy of Pediatrics recommandent des ratios (enfants-adulte) de 3:1 pour les enfants de moins de 24 mois, de 4:1 pour ceux de 24 à 30 mois, de 5:1 ou moins pour ceux de 31 à 36 mois et de 7:1 ou moins pour ceux de plus de 36 mois [8]. On croit que ces ratios favorisent davantage d’interactions entre les enfants et les éducatrices, facilitant ainsi la réactivité des enfants aux personnes et aux objets [9].

Dans l’énoncé de principe national sur la qualité dans les services de garde, la Fédération canadienne des services de garde à l’enfance indique que pour dispenser des services de garde de qualité, il faut offrir les éléments intégrés suivants :

  • le respect de l’enfant;
  • des partenariats établis sur un mode de collaboration avec les familles;
  • des environnements à l’intérieur et en plein air et des milieux d’apprentissage de qualité;
  • un programme d’apprentissage bien conçu;
  • une main-d’oeuvre épaulée;
  • un leadership au sein de chaque service de garde;
  • des pratiques administratives efficaces au sein de chaque service de garde;
  • une infrastructure efficace qui comprend une vision du système de garde et d’apprentissage de la petite enfance souhaité;
  • des politiques et des pratiques gouvernementales probantes fondées sur une planification et une affectation des ressources pour l’ensemble du système;
  • un financement public permettant d’absorber les coûts d’exploitation et d’immobilisations;
  • des salaires satisfaisants et des frais abordables pour les parents;
  • des recherches et des évaluations, de même que la diffusion des résultats de recherche;
  • des éducatrices compétentes et informées, possédant une certaine formation postsecondaire officielle en éducation à la petite enfance [10].

Plusieurs études citent la formation officielle des éducatrices parmi les éléments contribuant à des services de garde de qualité [9]. La National Association for the Education of Young Children (des États-Unis) a recommandé que les éducatrices en service de garde possèdent au moins un diplôme associé ès arts en éducation à la petite enfance (ÉPE) ou un diplôme associé en développement de l’enfant [9] (aux États-Unis, on obtient généralement un diplôme associé après deux ans de formation dans un établissement postsecondaire). La proportion d’éducatrices canadiennes possédant une formation en ÉPE oscille entre 30 % (travaillant au domicile de l’enfant) et 36 % (à l’extérieur du domicile). Les données de l’ELNEJ ne comprennent ni les taux de formation en ÉPE des éducatrices [3] ni le type de formation obtenu.

Les issues des services de garde sur le comportement et le développement

Peu d’études probantes de qualité portent sur les effets des services de garde sur les enfants d’âge préscolaire. Une ana­lyse de Collaboration Cochrane [11], qui incluait sept essais aléatoires et contrôlés et un essai contrôlé presque aléatoire, a révélé un effet positif sur le QI des enfants, leur performance scolaire, leur comportement et même des avantages à long terme à l’égard de l’emploi (un essai), d’une diminution des comportements criminels et d’une diminution du taux de grossesse à l’adolescence. Les enfants à l’étude (tous améri­cains) provenaient de milieux socioéconomiques défavorisés, sauf dans deux essais qui incluaient des familles de classe moyenne. Ils fréquentaient les services de garde entre deux heures par semaine, pendant huit mois, et sept heures par jour, cinq jours par semaine, pendant cinq ans. Le ratio enfants-éducatrice était très faible (pas plus de 6:1 pour les enfants plus âgés et de 1:1 pour les nourrissons). Ce dernier ratio est particulièrement rare dans la plupart des services de garde, et il faut en tenir compte dans l’interprétation des résultats. Certains essais (quatre sur huit) incluaient également une forme de formation des parents, ce qui pouvait apporter une variable confusionnelle aux résultats. En réponse à cette critique, les auteurs ont indiqué que le devenir des enfants dont les parents n’avaient pas de formation demeurait « convaincant », mais ils n’ont pas étayé ce commentaire par la publication de résultats [11]. Ainsi, même si les analyses systématiques de Cochrane d’essais aléatoires et contrôlés fournissent généralement les meilleures données, il faut tout de même interpréter les résultats avec prudence.

D’autres données probantes sur les issues de développement et de comportement proviennent d’études d’observation. Une grande étude américaine (n=1 300) longitudinale d’une durée de cinq ans (l’étude des services de garde à l’enfance du National Institute of Child Health and Human Development [NICHD]) a été menée pour évaluer la démographie familiale et la qualité des services de garde. Au cours de leurs 18 premiers mois de vie, 19 % de ces enfants passaient un certain temps en service de garde (moyenne de 31 heures par semaine), et ce pourcentage augmentait à 79 % pour les enfants de 36 à 54 mois (moyenne de 22 heures par semaine). Leur performance scolaire (test de rendement de Woodcock-Johnson) à cinq ans était inversement proportionnelle aux heures passées en service de garde pendant la première enfance. Toutefois, le nombre d’heures passées en service de garde au sein du groupe des tout-petits (18 à 35 mois) était directement proportionnel aux capacités langagières (échelle de langage préscolaire) à cinq ans [12]. Pour ce qui est des enfants de 36 à 54 mois, le temps passé en service de garde n’était pas relié à la performance scolaire ou aux capacités langagières à cinq ans [12].

D’après les données tirées de deux des plus vastes études américaines sur les services de garde (l’étude sur le coût, la qualité et les issues [l’étude CQO d’après l’acronyme anglais] et l’étude des services de garde à l’enfance du NICHD), les interactions entre le personnel et les enfants auraient des effets sur les issues cognitives. Dans l’étude CQO, les enfants d’âge préscolaire qui avaient fréquenté un service de garde à plein temps pendant au moins 11 mois présentaient une meilleure compréhension du langage réceptif (test de vocabulaire par l’image de Peabody – révisé), de meilleures aptitudes d’initiation à la lecture et aux mathématiques (tests de connaissances de Woodcock-Johnson) lorsque les éducatrices étaient sensibles et stimulantes. Les aptitudes prosociales ou les troubles de comportement (inventaire du comportement en classe) n’étaient pas reliés à ces caractéristiques des éducatrices [13]. Dans l’étude des services de garde à l’enfance du NICHD, les enfants de trois ans qui fréquentaient un service de garde au moins dix heures par semaine obtenaient de meilleurs indices de maturité scolaire (échelle de maturité scolaire de Bracken) et une meilleure compréhension du langage (échelle de compréhension du développement du langage de Reynell), de meilleures aptitudes prosociales (inventaire du comportement social adaptatif) et moins de troubles de comportement (vérification du comportement de l’enfant 2/3) s’ils avaient obtenu des services de garde positifs [13]. À la fois dans l’étude CQO et l’étude NICHD, les données corrélationnelles étaient contrôlées d’après le niveau de scolarité de la mère, le sexe et l’ethnie de l’enfant, mais non le milieu socioéconomique, ce que les auteurs reconnaissaient comme un biais potentiel [13].

Dans une enquête transversale menée à Montréal (au Québec) [14] auprès de 155 familles (classe sociale moyenne de 3,18 sur l’échelle de Blishen de 1 à 6), les enfants de quatre à cinq ans qui fréquentaient un service de garde de moindre qua­lité (évalué d’après l’ECERS et l’ECCOS) étaient considérablement plus susceptibles de provenir de familles socioéconomiques défavorisées. Cependant, le statut socioéconomique n’avait pas de corrélation importante avec les issues comportementales. L’arrivée en bas âge dans un service de garde de moindre qualité était significativement corrélée avec un comportement de colère et de défi, notamment chez les garçons ou en présence de stress chez les parents ou l’enfant. Un service de garde de qualité annulait cet effet sur la colère et le défi et était bénéfique pour certains enfants à l’étude, quel que soit leur sexe ou leur structure familiale [14]. D’autres études [15] ont démontré que les enfants qui avaient fréquenté un service de garde de qualité pendant leur première année de vie avaient de meilleures aptitudes scolaires, moins de troubles de comportement et de bonnes relations sociales avec leurs camarades. La qualité des services de garde était un meilleur prédicteur de l’issue du comportement que l’âge du début de la fréquentation du service de garde ou le pourcen­tage de temps passé au service de garde. Ces résultats laissent supposer que l’âge d’arrivée au service de garde serait moins important que la qualité du service de garde.

Une étude longitudinale [9] auprès de 89 enfants afro-américains de six à 36 mois a démontré qu’un faible ratio enfants-éducatrice s’associait à de bien meilleurs indices cognitifs et langagiers. Ces résultats ne dépendaient en rien de certaines caractéristiques familiales, y compris le statut socioéconomique, le niveau de scolarité de la mère, le sexe de l’enfant ou l’âge gestationnel [9]. Cependant, les enfants ayant un milieu familial plus stimulant et plus enrichissant obtenaient de meilleurs indices pour le langage réceptif et la communication globale. L’âge de la mère était inversement proportionnel aux capacités cognitives des enfants de 12 mois, et son niveau de scolarité, directement proportionnel aux aptitudes de langage réceptif des enfants de 12 mois [9]. Une étude longitudinale américaine plus vaste (n=1 364) [16] a révélé qu’un rôle parental de meilleure qualité laissait pré­sager de meilleurs indices de rendement en lecture, en mathématique et en vocabulaire de cinquième année, de même que de meilleures aptitudes sociales.

Cette vaste étude longitudinale américaine (n=1 364) a fait état d’une augmentation de l’agressivité chez les enfants de première et de deuxième année qui avaient fréquenté un service de garde avant l’âge de 12 mois [16]. Une longue période passée en service de garde au cours de la vie s’associait de manière significative à des troubles de comportement qui se poursuivaient jusqu’en sixième année (fin de l’étude). Ce comportement ne découlait pas du rôle parental ou de troubles d’attachement [16]. Les auteurs ont avancé la possibilité que les enseignants du primaire n’ont peut-être pas le temps ou la formation pour gérer les troubles de comportement [16]. Fait important, l’agressivité précoce repérée dans certaines études n’entraînait pas d’actes criminels agressifs plus tard [15]. Même si des services de garde non parentaux prolongés peuvent avoir certains effets négatifs sur le comportement, les enfants peuvent acquérir des aptitudes sociales, y compris le jeu avec les camarades, la confiance en soi et la gestion de nouvelles situations [17]. Selon l’analyse [15] de neuf études effectuées entre 1975 et 1990, certaines indiquaient que les garçons en service de garde étaient plus agressifs, tandis que d’autres ne relevaient aucune différence et que d’autres encore concluaient que les filles étaient plus agressives.

Le sexe influe peut-être sur les effets cognitifs des services de garde [15]. Dans une étude longitudinale [9] auprès de 89 enfants afro-américains, la formation de l’éducatrice (baccalauréat) ou son expérience (14 ans ou plus) n’avait aucun effet sur le développement langagier ou cognitif des garçons, mais avait un effet positif dans ces deux aspects du déve­loppement chez les filles [9]. Selon les auteurs, cette différence selon les sexes pourrait s’expliquer par le fait que les filles d’âge préscolaire ont tendance à rechercher davantage l’attention des adultes (éducatrices) que les garçons et participent ainsi à plus de conversations avec eux [9].

Les enfants canadiens qui fréquentaient des services de garde réglementés ou non réglementés obtenaient un meilleur indice à l’égard du vocabulaire que ceux qui étaient gardés par un membre de leur parenté ou qui ne recevaient pas de services de garde officiels. Selon une étude longitudinale américaine [16], les enfants de cinquième année qui avaient fréquenté des services de garde de qualité alors qu’ils étaient nourrissons ou tout-petits maintenaient un meilleur indice à l’égard du voca­bulaire. Les indices de lecture en maternelle étaient supérieurs chez les enfants exposés à des services de garde de qualité, mais cette différence n’était plus visible en première année. Cependant, les enfants canadiens de maternelle ou de première année qui avaient fréquenté un service de garde ou un programme d’ÉPE deux ans auparavant obtenaient des notes considérablement plus élevées de la part de leur enseignante quant à leurs aptitudes en matière de langage, d’apprentissage et de mathématique, quel que soit leur statut socioéconomique. D’autres variables confusionnelles entachaient cette analyse, y compris d’autres types de programmes auxquels ces enfants étaient exposés (p. ex., groupes de jeu) [18].

Il existe peut-être une association entre le temps passé dans un service de garde non parental et les mauvaises interactions avec les camarades ainsi que les troubles d’adaptation [17]. Selon certaines petites études [19], les enfants inscrits très jeunes dans un service de garde à temps plein étaient plus vulnérables à l’insécurité de l’attachement. Cependant, dans une vaste étude longitudinale prospective (étude des services de garde à l’enfance) dans laquelle on avait contrôlé des facteurs comme la qualité, le type de service de garde et les antécédents familiaux, l’insécurité de l’attachement ne se manifestait que si les mères étaient hautement insensibles [17]. Selon les données extraites de l’ensemble de données de l’ELNEJ pour 1994-1995, les enfants qui fréquen­tent un service de garde et dont la mère est dépressive peuvent présenter un risque plus élevé de piètre développement [20].

En 1997, dans le cadre de sa politique familiale, le Québec a adopté des frais de garde de 5 $ par jour pour tous les enfants de quatre ans. En 2000, ces frais s’appliquaient à tous les enfants, ce qui rendait les services de garde « universels ». D’après les données de l’ELNEJ colligées avant (1994-1995 à 1996-1997) et après (2000-2001 et 2002-2003) l’adoption de cette politique, les mesures d’hyperactivité, d’inattention, d’agressivité, d’aptitudes motrices et sociales et de santé des enfants déclarées par les pa­rents s’étaient détériorées après l’adoption des services de garde universels au Québec [21]. Ces données ont été obtenues par les réponses des parents à un certain nombre de questions et par les indices du test de vocabulaire par l’image de Peabody pour les enfants de quatre à cinq ans. Les auteurs ont décidé de ne tenir compte que des données des enfants provenant d’une famille biparentale, ce qu’ils reconnaissaient comme une limite potentielle. Ils ont conclu que les enfants du Québec étaient moins bien lotis dans diverses dimensions du comportement et de la santé. Cependant, les données graphiques révélaient des tendances comportementales similaires au Québec et dans le reste du Canada. Aucune donnée statistique n’était fournie, ce qui rendait les conclusions des auteurs sujettes à caution. Des analyses statistiques plus approfondies de ces données seraient inestimables pour mieux comprendre l’effet des services de garde universels sur les issues de santé.

Les coûts des services de garde

De 1994-1995 à 2002-2003, toutes les provinces sauf l’Alberta ont constaté une augmentation de la proportion d’enfants recourant à des services de garde, notamment au Québec, où la proportion a plus que doublé. Ce phénomène s’explique probablement par les frais de garde peu élevés mis en place par le Québec entre 1997 et 2003 (en novembre 2003, les frais s’élevaient à 7 $ par jour par enfant de moins de quatre ans) [3]. Le Québec et le Manitoba sont les seules provinces où les frais de garde sont régis par le gouvernement provincial. Le Manitoba fixe des frais de garde maximaux de 376 $ par mois pour les enfants de deux à cinq ans, et de 560 $ par mois pour les nourrissons [6].

En 2002, 61 % des ménages canadiens ayant au moins un enfant de cinq ans ou moins dépensaient 2,3 milliards de dollars en frais de garde (d’après l’Enquête sur les dépenses des ménages, une enquête canadienne s’appliquant aux dix pro­vinces). Les frais de garde annuels nationaux moyens s’élevaient à 2 500 $ par ménage en 2002, en légère chute par rapport aux 2 700 $ de 1998, ce qui reflète les variations régionales. Les frais de garde avaient augmenté dans les provinces de l’Atlantique, en Ontario et en Colombie-Britannique (les plus élevés correspondant à 3 200 $ par année) pendant cette période, mais ils avaient diminué au Québec (les moins élevés atteignant 1 400 $ par année) et dans les provinces des Prairies [3]. D’après une analyse de simulation des données de l’Étude nationale canadienne sur la garde des enfants, l’octroi de subventions pour les services de garde pourrait accroître le taux d’emploi des mères monoparentales [1].

En 2004, le gouvernement fédéral libéral a octroyé cinq milliards de dollars répartis sur cinq ans afin que les enfants aient accès à des places de garderie de qualité réglementées par le gouvernement, à coût abordable pour les parents [6]. Cependant, le gouvernement conservateur élu a annulé ce programme en 2006 pour lui préférer la Prestation universelle pour la garde d’enfants, qui prévoit un versement imposable de 100 $ par mois aux parents d’un enfant de zéro à six ans afin de les encourager à choisir le mode de garde qui leur convient. En 2006, ce même gouvernement a attribué 250 millions de dollars par année en paiements de transfert aux provinces et aux territoires à l’intention de l’ÉPE et des services de garde et a ajouté un crédit d’impôt aux entreprises qui prévoyaient de nouvelles places de garde en milieu de travail [6]. D’après un rapport de 2008 publié par le Congrès du travail du Canada, seulement 16 % des Canadiens ont accès à des services de garde réglementés, dont 50 % au Québec. Dans l’ensemble, le Congrès du travail du Canada est d’avis que le gouvernement fédéral a légèrement amélioré l’accessibilité (le nombre de places a augmenté de 2 % à 3 %) et la qualité (même si les salaires varient de manière substantielle entre les provinces), mais l’abordabilité demeure problématique [22].

Sommaire

Les recherches sur les issues du comportement et du déve­loppement des enfants en service de garde sont truffées de problèmes méthodologiques. On peut trouver des résultats positifs, négatifs ou neutres pour la plupart des issues. Cependant, selon les meilleures études effectuées jusqu’à présent (données des essais, essais d’observation ayant d’importantes valeurs n et données tenant compte des va­riables confusionnelles), des services de garde à l’enfance de qualité peuvent avoir un effet positif à la fois dans le domaine du comportement et dans le domaine cognitif.

Conclusions

Les enfants canadiens passent beaucoup de temps dans un milieu de garde non parental, y compris un service de garde. Certains enfants peuvent améliorer leurs aptitudes cognitives et comportementales, notamment s’ils fréquentent un service de garde de qualité. Les services de garde sont coûteux et peuvent être inabordables pour de nombreux Canadiens. La Direction de l’éducation de l’Organisation de coopération et de développement économiques a fait des recommandations dans son analyse des politiques et des services à la petite enfance parue en 2003, y compris la mise sur pied de services de garde universels pour les enfants de un à six ans [23]. Il faut créer des partenariats entre les familles, les employeurs, les dispensateurs de soins et les gouvernements provinciaux, territoriaux et fédéral pour offrir des services de garde à l’enfance de qualité à tous les Canadiens. Les futures recherches sur les services de garde devraient également tenir compte de la nécessité d’utiliser une terminologie uniforme et de tenter de contrôler les nombreuses variables confusionnelles, y compris la variabilité entre les provinces et les services offerts, le style des parents, le niveau de scolarité, la santé et le statut socioéconomique.

Recommandations

La qualité des preuves citées dans les recommandations est décrite au moyen des critères d’évaluation des preuves établies par le Groupe d'étude canadien sur les soins de santé préventif [24].

  • Il faut concevoir les services de garde à l’enfance de manière à dispenser et à maintenir des services de qualité, car selon certaines données probantes, des services de qualité améliorent certaines issues cognitives et de comportement (qualité des preuves I, catégorie A) [11].
  • Pour optimiser la qualité des services de garde à l’enfance (qualité des preuves III, catégorie A), les ratios du personnel doivent respecter les recommandations de l’American Academy of Pediatrics et de l’American Public Health Association (3:1 pour les enfants de moins de deux ans, 4:1 pour ceux de 24 à 30 mois, et 5:1 pour les enfants de 31 à 36 mois).
  • Pour améliorer davantage la qualité des services de garde à l’enfance, les éducatrices doivent posséder une certaine formation en ÉPE (qualité des preuves III, catégorie A). Pour réduire au minimum le roulement du personnel, celui-ci doit être rémunéré convenablement.
  • Les services de garde peuvent être coûteux et constituer un obstacle à l’emploi pour les mères monoparentales (qualité des preuves III, catégorie B). Les dispensateurs de soins, les organismes gouvernementaux et non gouvernementaux et les familles doivent collaborer pour mieux mettre sur pied des services de garde abordables, accessibles et de qualité.
  • Les entreprises comptant un grand nombre d’employés pourraient envisager d’aménager des services de garde en milieu de travail (qualité des preuves II-2, catégorie B).
  • Il faut effectuer des études de qualité (aléatoires, contrôlées et réduisant au minimum les variables confusionnelles ou en tenant compte) pour mieux comprendre les issues des services de garde non parentaux sur la santé.

Remarque : De nombreux mots décrivent la personne qui s’occupe des enfants tous les jours, de l’éducatrice de la petite enfance à la gardienne. Nous avons opté pour le terme éducatrice, parce qu’idéalement, toutes les personnes qui travaillent en milieu de garde devraient chercher à participer à l’éducation des enfants. Par ailleurs, nous avons privilégié le féminin, parce que les femmes représentent la majorité des personnes qui travaillent dans le domaine des services de garde à l’enfance.

COMITÉ DE LA PÉDIATRIE COMMUNAUTAIRE

Membres : Minoli Amit MD; Carl Cummings MD; Barbara Grueger MD; Mark Feldman MD (président); Mia Lang MD; Janet Grabowski MD (représentante du conseil)
Conseillère : Anita Greig MD
Représentant : David Wong MD, Société canadienne de pédiatrie, section de la pédiatrie générale
Auteure principale : Mia Lang MD


Références

  1. Kohen DE, Forer B, Hertzman C. Ensembles de données nationales : sources d’information sur la garde des enfants au Canada. In: Direction des études analytiques : documents de recherche. Ottawa: Statistique Canada, 2006.
  2. Shpancer N. The effects of daycare: Persistent questions, elusive answers. Early Child Res Q 2006;21:227-37.
  3. Bushnik T. La garde des enfants au Canada. Série de documents de recherche sur les enfants et les jeunes. Ottawa: Statistique Canada, 2006.
  4. Hope P, Rayworth JF. Meeting employees’ needs through on-site child care. Health Manpow Manage 1992;18:15-7.
  5. Landis SE, Earp JA. Sick child care options: What do working mothers prefer? Women Health 1987;12:61-77.
  6. Friendly M, Beach J, Ferns C, Turiano M. Early Childhood Education and Care in Canada 2006, 7e éd. Toronto: Childcare Resource and Research Unit, 2007. www.childcarecanada.org/ECEC2006/index.html (version à jour le 23 octobre 2008).
  7. Cleveland G, Krashinsky M. The quality gap: A study of nonprofit and commercial child care centres in Canada. Scarborough: University of Toronto, 2005.
  8. American Academy of Pediatrics, Committee on Early Childhood, Adoption and Dependent Care. Quality early education and child care from birth to kindergarten. Pediatrics 2005;15:187-91.
  9. Burchinal MR, Roberts JE, Riggins R Jr, Zeisel SA, Neebe E, Bryant D. Relating quality of center-based child care to early cognitive and language development longitudinally. Child Dev 2000;71:339-57.
  10. Fédération canadienne des services de garde à l’enfance. Énoncé de principe national sur la qualité dans les services de garde et d’apprentissage de la petite enfance. Ottawa: Fédération canadienne des services de garde à l’enfance, 2007.
  11. Zoritch B, Roberts I, Oakley A. Day care for pre-school children. Cochrane Database Syst Rev 2000;3:CD000564.
  12. NICHD Early Child Care Research Network. Type of child care and children’s development at 54 months. Early Child Res Q 2004;19:203-30.
  13. Burchinal MR, Cryer D. Diversity, child care quality, and developmental outcomes. Early Child Res Q 2003;18:401-26.
  14. Hausfather A, Toharia A, LaRoche C, Engelsmann F. Effects of age of entry, day-care quality, and family characteristics on preschool behavior. J Child Psychol Psychiatry 1997;38:441-8.
  15. Hennessy E, Melhuish EC. Early day care and the development of school-age children: A review. J Reprod Infant Psychol 1991;9:117-36.
  16. Belsky J, Vandell DL, Burchinal M, Clarke-Stewart KA, McCartney K, Owen MT; The NICHD Early Child Care Research Network. Are there long-term effects of early child care? Child Dev 2007;78:681-701.
  17. Bradley RH, Vandell DL. Child care and the well-being of children. Arch Pediatr Adolesc Med 2007;161:669-76.
  18. Lipps G, Yiptong-Avila J. De la maison à l’école : comment les enfants canadiens se débrouillent. In: Premières analyses des données de la composante scolaire du deuxième cycle de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes. Ottawa: Statistique Canada, 1999.
  19. Belsky J, Rovine MJ. Nonmaternal care in the first year of life and the security of infant-parent attachment. Child Dev 1988;59:157-67.
  20. To T, Cadarette SM, Liu Y. Child care arrangement and preschool development. Can J Public Health 2000;91:418-22.
  21. Baker M, Gruber J, Milligan K. Universal childcare, maternal labor supply and family well-being. In: NBER Working Paper Series 2005:1-61.
  22. Congrès du travail du Canada. Child care report cards.
  23. Direction de l’Éducation de l’OCDE. Early childhood education and care policy. www.oecd.org/dataoecd/42/34/33850725.pdf (version à jour le 23 octobre 2008).
  24. Groupe d’étude canadien sur les soins de santé préventifs. New grades for recommendations from the Canadian Task Force on Preventive Health Care. CMAJ 2003;169:207-8. www.ctfphc.org/ctfphc&methods.htm#Methods (version à jour le 23 octobre 2008).

Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.

Mise à jour : le 8 juillet 2016