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Canadian Paediatric Society

Document de principes

Soutenir la santé mentale des enfants et des adolescents de parents qui se séparent

Affichage : le 3 septembre 2013 | Reconduit :le 1 février 2016


The Canadian Paediatric Society gives permission to print single copies of this document from our website. For permission to reprint or reproduce multiple copies, please see our copyright policy.

Auteur(s) principal(aux)

Brenda Clark; Société canadienne de pédiatrie, Comité de la santé mentale et des troubles du développement

Paediatr Child Health 2013;18(7):378-82

Résumé

La tendance internationale croissante des divorces et des séparations soulève des inquiétudes quant aux conséquences à long terme pour le bien-être des enfants et des adolescents et leur adaptation à la vie adulte. La séparation et le divorce peuvent accroître le risque d’issues négatives en matière de bien-être physique, mental, éducatif et psychosocial pendant l’enfance et par la suite, lorsque les adolescents passent à l’âge adulte. La plupart des enfants de familles séparées et divorcées ne présentent pas d’atteintes importantes ou pouvant être diagnostiquées. Certaines dynamiques familiales ont un effet positif important sur le bien-être de l’enfant après le divorce ou la séparation de ses parents, soit l’amélioration de la qualité des pratiques parentales, l’amélioration de la qualité de la relation parent–enfant et le contrôle des conflits hostiles. Les médecins peuvent offrir du soutien et des conseils aux parents qui se séparent en les aidant à déterminer les facteurs de risque, à renforcer les facteurs protecteurs et à améliorer la capacité des enfants à s’adapter aux changements familiaux.

Mots-clés : Divorce; Mental health; Outcome; Separating parents

Au Canada, la structure familiale change depuis 20 ans. La proportion de familles de couples mariés fléchit, tandis que celle de familles de couples en union libre et de familles monoparentales augmente.[1] D’après le recensement canadien de 2011, le total des familles recensées (qui ont rempli le recensement cette année-là) s’est accru de 5,5%, tandis que la proportion de familles de couples mariés diminuait légèrement, à 67,0 %. La proportion de familles de couples en union libre a augmenté de 13,9 %, plus de quatre fois le taux des couples mariés au cours de la même période de cinq ans. Pour la première fois, le nombre de familles de couples en union libre (16,7 %) a dépassé le nombre de familles monoparentales (16,3 %), tandis que le nombre de couples de même sexe a presque triplé entre 2006 et 2011.[1][2] Malgré ces tendances, le nombre de couples mariés demeure plus élevé que celui de couples en union libre au Canada, même si cette proportion est assujettie à une décroissance régulière.

On recensait 5 587 165 enfants de 14 ans ou moins qui vivaient dans des maisons privées en 2011. La plupart de ces enfants habitaient avec des parents mariés (63,6 %), en union libre (16,3 %) ou monoparentaux (19,3 %), tandis que 0,8 % habitait avec d’autres membres de leur parenté ou avec des personnes non apparentées.[2] De ce nombre, 29 590 (0,5 %) étaient déclarés comme des enfants en famille d’accueil et 30 005 (0,5 %) habitaient dans une « famille avec saut de génération », en général avec leurs grands-parents.[2] En 2006, pour la première fois, les familles recensées sans enfants (42,7 %) étaient plus nombreuses que celles ayant des enfants (41,4 %) et en 2011, le nombre de couples ayant des enfants avait reculé à 39,2 %.[1][2]

Selon Statistique Canada et les statistiques des six provinces et territoires répondants,[2][3] le nombre de nouvelles causes de divorce (c’est-à-dire la dissolution juridique d’un mariage[3]) entre 2006-2007 et 2010-2011 a diminué régulièrement, pour atteindre un total de 8 %. Pourtant, en 2008, on estimait que 41 % des mariages se solderaient par un divorce avant leur 30e anniversaire, ce qui représente une augmentation par rapport à 36 % en 1998.[2] Le taux élevé de divorces et de séparations continue d’avoir des répercussions considérables sur la santé physique, scolaire, économique et mentale des enfants et adolescents canadiens. Les médecins de première ligne et les pédiatres doivent prendre conscience de leur rôle dans la défense et le soutien de la santé mentale des enfants et des adolescents de parents qui se séparent.[2]-[5]

Les conséquences d’une séparation ou d’un divorce

En général, la séparation ou le divorce dissout un mariage disharmonieux truffé de tensions, de conflits familiaux et, dans certains cas, de violence. Le divorce est un processus et non un événement. C’est pourquoi l’enfant s’y adapte graduellement.[4][6][7] La violence ou les conflits parentaux continus peuvent susciter du stress et de l’inquiétude relativement à la santé mentale bien avant la séparation. La plupart des enfants et des adolescents ressentent d’abord des émotions douloureuses, y compris la tristesse, la confusion, la peur de l’abandon, la colère, la culpabilité, le deuil et les conflits relatifs à la loyauté et aux idées fausses.[4]-[9] De nombreux enfants ont des sentiments de perte lorsqu’un parent quitte la famille, mais certains ressentent également du soulagement, parce que la violence familiale ou la maltraitance prend fin. Presque tous les enfants ressentiront de la confusion et des inquiétudes à la perspective de ce qu’ils deviendront.[4]-[9] Si les conflits sont importants, les enfants semblent s’en sortir mieux en cas de rupture du mariage et de séparation. Lorsque l’enfant perçoit peu de conflits, la séparation de ses parents peut lui sembler inattendue, et il peut sembler s’en sortir moins bien après la séparation. Quoi qu’il en soit, il est probable que le revenu du ménage diminue, que l’enfant ait moins de contacts avec l’un des parents et que de multiples changements relatifs au domicile, à l’école et aux amis se produisent.[4]-[9]

Même si de nombreux enfants et adolescents de parents qui se séparent ou divorcent ont des pensées et des émotions perturbantes, l’écrasante majorité ne présente pas d’issues néfastes.[5]-[9] Cependant, même des effets négatifs peu marqués représentent un grave problème de santé publique lorsqu’on les multiplie par les millions de personnes qui vivent une séparation ou un divorce.[5] D’après des recherches menées dans les années 1990, les enfants de parents divorcés obtenaient des résultats beaucoup plus faibles que ceux de parents qui étaient demeurés mariés à l’égard des mesures de performance scolaire, de conduite, d’adaptation psychologique, d’image de soi et de relations sociales.[6]-[10] Des recherches plus récentes indiquent toujours un écart constant entre les enfants de parents divorcés et ceux de parents qui demeurent mariés. Les effets négatifs d’un divorce peuvent se répercuter à l’âge adulte et même sur la future vie de couple, et ils risquent d’accroître le taux de pauvreté, d’échec scolaire, de comportement sexuel à risque, de grossesses non planifiées, de mariage ou de cohabitation précoce, de dissensions conjugales et de divorce.[8][11]-[14]

Par les recherches, on a tenté de répondre à des questions cruciales sur la magnitude des effets d’une séparation ou d’un divorce et des facteurs de risque coexistants. Les associations négatives sont-elles attribuables au processus ou à l’expérience de la séparation ou du divorce? Ces associations sont-elles d’ordre causal ou sont-elles imputables aux facteurs à l’origine des perturbations conjugales?[4] Quels sont les facteurs environnementaux précis médiateurs de ces associations?[4]

La promotion de la résilience

L’expérience du divorce par les enfants peut se manifester de diverses façons. La réaction aux conséquences du divorce peut varier selon les membres de la fratrie, et les parents doivent tenir compte de l’étape de développement et du tempérament de chaque enfant.[15][16] Le risque de stress à court terme est élevé au moment où les enfants et les adolescents affrontent les perturbations et les bouleversements affectifs découlant de décisions qui ont une incidence sur leur vie personnelle.[11] D’après les recherches, même si le risque d’issues négatives est plus élevé chez les enfants de familles divorcées que chez les enfants de familles qui demeurent mariées, la variabilité est importante. La plupart des enfants ne présentent pas d’effets négatifs à court et à long terme, et de nombreux facteurs peuvent réduire le risque et promouvoir la résilience.[17]-[21]

Les dynamiques familiales sont responsables de la plus grande partie de l’accroissement du risque associé au divorce des parents. Les trois principaux facteurs qui influent sur le bien-être des enfants pendant le processus de séparation ou de divorce s’établissent comme suit : la qualité des pratiques parentales, la qualité de l’interaction entre les parents et l’enfant et le degré, la fréquence, l’intensité et la durée des conflits hostiles.[17]-[21] Le fait de cibler ces dynamiques peut améliorer l’issue des enfants.[18] Les parents ont le potentiel de modifier l’évolution de l’enfant en apprenant à gérer les conflits, en adoptant des pratiques parentales efficaces et en favorisant des relations chaleureuses et aimantes avec leurs enfants.[9][18] Bon nombre auront besoin de conseils et de soutien au fil du temps pour réaliser ces objectifs. Il y a beaucoup à faire pour favoriser la résilience des enfants, et la prévention dépend largement des parents.[17][18] Les médecins peuvent offrir du soutien et des conseils aux parents qui se séparent en les aidant à déterminer les facteurs de risque, à renforcer les facteurs protecteurs et à améliorer la capacité des enfants à s’adapter aux changements familiaux. Dans le cadre de son rôle, le pédiatre doit évaluer les facteurs de risque et prodiguer des conseils préventifs pour réduire la morbidité associée à la séparation et au divorce.[18]-[21]

Les rubriques suivantes contiennent une analyse détaillée des trois principaux facteurs influant sur la résilience des enfants et des adolescents, ainsi que des recommandations sur les pratiques parentales que peuvent utiliser les médecins pour conseiller les parents en cabinet.

Des pratiques parentales efficaces

Les recherches démontrent que la qualité des pratiques parentales, définie par la chaleur et les soins conjointement à une discipline efficace et à l’établissement de limites, est un puissant facteur de protection et de promotion de la résilience chez les enfants qui vivent la séparation ou le divorce de leurs parents.[12]-[17] Les parents ont besoin de communiquer bien et souvent avec leurs enfants et adolescents[6] ainsi que d’exprimer ouvertement leur amour et leur dévouement. Cependant, la discipline, qui constitue l’autre volet des pratiques parentales, est tout aussi importante et se caractérise par des directives claires, des limites et des attentes adaptées au développement.[17][18] Une discipline efficace aide les enfants et les adolescents à s’adapter au changement en accroissant la prévisibilité de leur environnement et en favorisant leur sentiment de contrôle.[16][17] Les enfants ont besoin de comprendre qu’il est normal d’éprouver de nombreux sentiments à l’égard de leur propre expérience du divorce et de la séparation. Tant les parents que l’enfant peuvent avoir du mal à apprendre à affronter les diverses émotions et les comportements qui en découlent.[16]

La relation parent–enfant

La plupart des publications sont axées sur la relation entre la mère et l’enfant, et peu d’études font état de la relation entre les parents ou les tuteurs et l’enfant. La plupart des auteurs ont émis comme opinion d’expert que, selon toute probabilité, leurs commentaires s’appliquent à la relation de l’enfant ou de l’adolescent avec l’un ou l’autre parent. C’est pourquoi nous avons choisi d’utiliser le terme « relation parent–enfant ». La qualité de cette relation constitue un important facteur de protection qui est prédicteur des répercussions à long terme de la séparation ou du divorce sur les enfants.[19]-[22] Une relation parent–enfant, caractérisée par la chaleur, le soutien, la résolution efficace des problèmes, une communication positive et un minimum de conflits et de négativisme, s’associe constamment à peu d’issues négatives en matière de santé mentale et à des issues plus positives quant à l’adaptation sociale après une séparation ou un divorce.[23] La formation d’une solide relation parent–enfant dépend d’une communication efficace et fréquente avec l’enfant. De nombreux défis peuvent s’associer à l’exercice du rôle parental pendant une séparation ou un divorce.[9][18] Puisque la plupart des enfants ne parlent pas du divorce à leurs parents, il peut être difficile de savoir ce qu’ils pensent ou ressentent vraiment au sujet de cette nouvelle situation.[18] Les parents doivent apprendre à écouter sans porter de jugement, à refléter leur compréhension, à permettre le silence et à répondre avec empathie. Le fait de créer des habitudes familiales, de partager des activités et de passer plus de temps seul à seul avec chaque enfant peut contribuer à renforcer le lien entre les parents et les enfants, ce qui finira par renforcer le message le plus important des parents : un amour durable et inconditionnel envers leurs enfants.[17]-[21]

TABLEAU 1
Les facteurs de risque familiaux par rapport aux facteurs de protection familiaux

Facteurs de risque familiaux

Facteurs de protection familiaux

Un conflit qui perdure entre les parents, particulièrement s’il est violent ou centré sur les enfants

Une protection contre le conflit qui a lieu entre les parents

Une capacité réduite d’exercer ses fonctions parentales ou l’emploi de mauvaises pratiques parentales

La coopération entre les parents (sauf dans les situations de violence familiale)

Un manque de surveillance des activités des enfants

Des relations saines entre parents et enfants

Des transitions familiales multiples

Le bien-être psychologique des parents

Des problèmes de santé mentale chez les parents

Des pratiques parentales de qualité, qui misent sur l’encadrement

Une famille chaotique et instable

Une famille structurée et stable

Une relation parent–enfant de faible qualité

Des relations de soutien avec la fratrie et la famille élargie

Un appauvrissement économique

La stabilité économique

Adapté de la référence [18]

Le contrôle des conflits

Les conflits interparentaux continus font partie des aspects les plus dommageables du divorce.[24]-[26] L’exposition à la violence et un comportement violent sont particulièrement néfastes pour les enfants, et les parents doivent apprendre à contrôler les conflits verbaux et physiques. Il faut éviter l’hostilité verbale ou physique intense exprimée couramment, surtout si elle est orientée vers les enfants, car elle est très dommageable.[24]-[26] Une mesure protectrice consiste à établir une relation respectueuse et pratique entre les parents, comportant des limites claires et des règles d’interaction de base, alliée à un investissement commun pour l’intérêt et le bien-être des enfants.[18][25][26]

La médiation, un moyen efficace de résoudre les conflits, peut remplacer le seul litige. Par rapport aux parents qui privilégient uniquement le litige, les parents qui font appel à la médiation sont souvent mieux en mesure d’être des coparents, de résoudre les conflits et de demeurer investis.[27]-[30] Lorsque les parents éprouvent beaucoup de difficulté à partager les responsabilités ou entretiennent d’énormes conflits, des professionnels du milieu juridique et de la santé mentale peuvent les aider à rédiger un plan parental.[28] Ce document structurera et réduira la durée d’interaction entre les parents tout en s’assurant de respecter les besoins de l’enfant en matière de développement.[24]

Les interventions préventives ont des résultats positifs sur le plan de l’adaptation sociale et affective, de l’investissement scolaire et de la réduction de l’anxiété et des problèmes physiques.[19][28]-[30] Le soutien collectif contribue à réduire le sentiment d’isolement des enfants, à clarifier les idées fausses et à enseigner la résolution de problèmes et une communication plus efficace avec les parents. Les interventions permettent de donner de l’information essentielle afin d’aider les parents à comprendre les facteurs de risque et de résilience qui influeront sur l’issue de leurs enfants, et elles peuvent aider les parents divorcés à recadrer leur relation parentale pour qu’elle devienne respectueuse et pratique. Des messages positifs habilitent les parents et les aident à comprendre les aspects qu’ils contrôlent et ceux qu’ils ne contrôlent pas. Une intervention peut faire ressortir les avantages de pratiques parentales de qualité et renforcer de manière positive la relation parent–enfant.[9][15][17][19][20]

Les sentiments et les émotions entourant la séparation sont souvent complexes et difficiles à négocier pour les parents, en raison du stress, du bouleversement affectif, de l’hostilité et du sentiment de perte qu’eux-mêmes ressentent.[4][7] Des conflits persistants avec l’ancien conjoint ou des litiges devant les tribunaux peuvent nuire à la relation parent–enfant et aux pratiques parentales, et les deux parents peuvent alors éprouver de la difficulté à se concentrer sur les priorités des enfants.[15][18]

Le stress de la séparation ou du divorce peut chambouler les habitudes de sommeil, l’appétit et le mode de vie, qui peuvent entraîner des changements physiques et une diminution de la santé générale.[4][7][9] Ces problèmes peuvent s’ajouter aux effets du stress et réduire la capacité parentale et la disponibilité affective.[18][20] Les parents doivent se préoccuper de leur propre santé et se réserver du temps pour eux. L’amorce trop rapide d’une nouvelle relation peut accroître le sentiment de perte de l’enfant et sa crainte d’être « remplacé », tandis que le parent déplace son affection vers un nouveau conjoint.[15][19] Il faut introduire lentement les nouvelles relations et les aborder avec précaution, surtout si elles mettent d’autres enfants en cause.[15]

Les enfants dont les parents gèrent une garde partagée efficace ont tendance à être plus épanouis après une séparation ou un divorce que les enfants dont un seul parent a la garde.[15][19][23][27]-[29] Dans une étude à long terme, une bonne relation avec le parent qui avait la garde était prédictive d’un moins grand nombre de troubles de comportement, de meilleures aptitudes de communication, de meilleures notes et d’un meilleur taux d’adaptation.[19][24] Il ne faut pas insister sur le temps que le parent consacre aux enfants autant que sur un plan parental qui permet aux deux parents de se sentir investis et responsables.[28] On ne soulignera jamais assez l’importance de valoriser l’apport de l’un et l’autre à l’éducation de l’enfant et ce que chaque parent apporte à la tâche. Cet effet synergique produit un travail d’équipe dans l’intérêt de l’enfant.[23,28]

La période de séparation ou de divorce est marquée par la confusion, la désorganisation, le stress et les conflits.[9][10] En général, les parents veulent ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants, mais ont souvent besoin de soutien et des conseils pour faire les meilleurs choix et prendre les meilleures décisions. De nombreux facteurs sont en cause, et des projets et décisions très variés peuvent bien fonctionner. Le principe à respecter est simple : dans la mesure du possible, les ententes qui découleront de la prise de décision devront préserver et renforcer la relation des enfants avec les deux parents.[23][28][29]

Les considérations relatives au développement

Les chercheurs ont soulevé trois grands volets d’inquiétude, dont il faut tenir compte lorsqu’on soutient les jeunes enfants de parents qui se séparent : les effets directs des conflits et de la violence des parents,[18][24] les effets de la diminution de la qualité des pratiques parentales[9][10][17] et les effets de séparations répétées entre le nourrisson et les principales figures d’attachement.[24]-[33]

Il faut tenir compte de l’étape de développement et du tempérament de chaque enfant. En général, l’attachement envers un parent commence à se développer à un âge cognitif de sept à neuf mois. Les nourrissons, les tout-petits et les enfants d’âge préscolaire s’attachent à la figure parentale qui répond à leurs besoins de manière cohérente et sensible. Ils réagissent mieux à des horaires prévisibles et à des pratiques parentales attentives qui tiennent compte de leur tempérament. Un accès fréquent aux deux parents les aide à se bâtir des souvenirs du parent absent et favorise la coopération parentale lors des repas, à l’heure du coucher et dans le cadre d’autres habitudes quotidiennes.[26][32][33]

Il faut s’attarder particulièrement aux enfants de moins de cinq ans en raison de leur vulnérabilité, attribuable à leur rapide croissance physique, cognitive, langagière, sociale et affective pendant cette période.[20] Le cerveau continue de se développer après la naissance, et pour atteindre son plein potentiel, il dépend de soins et d’expériences de qualité. La période entre zéro et cinq ans correspond également à la période de pointe pour la formation de l’attachement.[16][32][33]

Il est essentiel de privilégier des pratiques parentales de qualité pendant la petite enfance, afin de favoriser le développement psychologique et affectif de l’enfant et sa capacité subséquente à réguler son stress et son éveil émotionnel.[26][32][33] Les jeunes enfants ont besoin d’un environnement prévisible et sécuritaire, ainsi que d’un accès constant aux figures d’autorité qui s’occupent d’eux et qui sont disponibles sur le plan affectif et en mesure de répondre à leurs besoins de manière continue et sensible. La séparation répétée ou prolongée avec une figure d’autorité en raison de la garde partagée peut compromettre la formation et la consolidation de l’attachement si le bébé ou le jeune enfant n’a pas d’expérience continue et fiable avec l’un ou l’autre parent.[30]-[33] Dans des analyses approfondies, on indique que les principes de la théorie de l’attachement et que les mesures validées de sécurité de l’attachement peuvent contribuer à étayer les évaluations relatives à la garde.[34]

Les nourrissons et les jeunes enfants ont besoin de soins continus, chaleureux et attentifs. Les nourrissons et les enfants de moins de trois ans peuvent refléter la détresse et la tristesse d’une figure d’autorité, et afficher de l’irritabilité, une perturbation des rythmes de sommeil et d’éveil, de l’anxiété de séparation, des troubles alimentaires ou même un recul du développement.[16][26][32][33] Des conflits parentaux extrêmes, dangereux ou écrasants peuvent également menacer la capacité du nourrisson à former un attachement organisé et sa capacité d’autorégulation subséquente.[16][30]-[33] Des conflits intenses sont liés à l’apparition de styles d’attachement instables et désorganisés.[16][30]-[33] Des conflits chroniques, accompagnés de disputes constantes, de tristesse et de perte non résolues et d’un stress financier, nuisent à la sensibilité et à la disponibilité des parents. La perte de patience et d’énergie émotive diminue la sensibilité parentale et peut susciter des styles de discipline plus sévères.[20][21]

Vers quatre ou cinq ans, les enfants se tiennent souvent responsables de la séparation et deviennent de plus en plus « collants », éprouvant de l’anxiété de séparation, extériorisant leurs comportements et ayant des craintes d’abandon excessives.[16][28] Les enfants d’âge scolaire ont une notion tranchée des règles et de la justice et cherchent à maîtriser les difficultés cognitives, physiques et sociales. Ils ont tendance à avoir des conflits de loyauté et peuvent prendre parti. À cet âge, ils apprennent à distinguer le bien du mal et éprouvent un intense désir d’appartenir à un groupe d’amis.[16][28] Il faut prendre en compte l’investissement des deux parents aux réunions d’école, aux activités parascolaires et aux visites avec des camarades dans l’horaire de visite entre les maisons des parents. Il est important que les deux parents maintiennent un comportement respectueux et pratique et qu’ils tiennent les enfants à l’écart de leurs conflits. La civilité aide les enfants à maintenir une relation stable avec leurs deux parents et évite les complications au moment du transfert à l’autre maison et aux autres habitudes.[28][29] Les enfants d’âge scolaire doivent continuer de nouer des relations avec des camarades et de participer à des activités parascolaires.[28][29]

Pendant l’adolescence, la personnalité et l’identité s’affirment, et les camarades deviennent le groupe de référence des activités quotidiennes et de nombreuses décisions. Les adolescents recherchent l’acceptation et l’appartenance. Les parents conservent leur importance; ils ont une influence marquée dans bien des domaines, y compris la santé, les choix scolaires, les activités et les valeurs morales. À cette étape, les adolescents ont besoin d’avoir accès à leurs deux parents, et ils choisissent souvent de transiter d’une maison à l’autre, selon leurs besoins scolaires et sociaux. Les parents ont besoin de communiquer avec efficacité, d’établir des limites constantes et de promouvoir le développement sain de l’adolescent.[9][10][17][28]

Sommaire

La structure de la famille canadienne est en plein changement. Même si le taux de divorce a légèrement reculé entre les années de recensement 2006-2007 et 2010-2011 (de 2 % par année), le nombre de couples qui se séparent ou divorcent et qui a des enfants demeure important, ce qui soulève des inquiétudes quant aux conséquences à long terme pour le bien-être et l’adaptation de l’enfant et de l’adolescent à l’âge adulte. Les répercussions d’une séparation et d’un divorce sont étayées, de même qu’une augmentation du risque d’issues négatives en matière de bien-être physique, mental, scolaire et psychosocial pendant l’enfance et par la suite, lorsque l’adolescent passe à l’âge adulte. Même si le risque de diverses issues négatives est plus élevé, la plupart des enfants et des adolescents de familles qui se séparent ou divorcent ne présentent pas d’atteintes importantes ou pouvant être diagnostiquées. Les dynamiques familiales qui ont un effet médiateur important sur le bien-être de l’enfant après le divorce ou la séparation des parents s’établissent comme suit : l’amélioration de la qualité des pratiques parentales, l’amélioration de la qualité de la relation parent–enfant et le contrôle des conflits hostiles. Les médecins peuvent offrir un soutien et des conseils aux parents qui se séparent en les aidant à déterminer les facteurs de risque, à renforcer les facteurs protecteurs et à améliorer la capacité des enfants à s’adapter aux changements familiaux.

Recommandations aux médecins

  • Se familiariser avec les issues négatives possibles liées aux parents qui se séparent ou divorcent.
  • Fournir de l’information, des conseils et des mesures de défense d’intérêts aux enfants, aux adolescents et aux parents sur les questions liées à la séparation et au divorce. Les informer des réponses affectives et comportementales possibles à la séparation et au divorce. Un document à l’intention des parents, intitulé «Comment aider les enfants à affronter une séparation ou un divorce», est accessible.
  • Maintenir des relations d’appui positives avec les enfants et les deux parents. Éviter de prendre parti. Favoriser des communications ouvertes.
  • Aiguiller les parents ou les enfants et les adolescents vers des services de santé mentale pour soigner leurs problèmes de santé mentale connexes, s’il y a lieu, et fournir de l’information sur les programmes d’entraide communautaire.
  • Inciter les parents à s’occuper de leur propre santé physique et mentale.
  • Recommander la médiation dans les cas complexes de séparation ou de divorce.
  • Favoriser des pratiques parentales positives et une discipline efficace. Aiguiller les parents vers des programmes de pratiques parentales positives et vers d’autres services communautaires de soutien pertinents.
  • Préconiser plus de recherches sur les répercussions de la relation parent–enfant, incluant les parents de chaque sexe.
  • Préconiser des recherches qui répondront à des questions liées à la magnitude des effets de la séparation ou du divorce et des facteurs de risque coexistants.
  • Préconiser plus de recherches pour répondre aux questions liées à la garde partagée et à ses effets sur le développement du jeune enfant.

Sites web utiles

Remerciements

L’Académie canadienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent ainsi que le comité de la santé de l’adolescent et le comité de la pédiatrie communautaire de la Société canadienne de pédiatrie ont approuvé le présent document de principes.


COMITÉ DE LA SANTÉ MENTALE ET DES TROUBLES DU DÉVELOPPEMENT DE LA SCP

Membres : Stacey A Bélanger MD Ph. D. (présidente); Brenda Clark MD; Johanne Harvey MD (représentante du conseil); Daphne J Korczak MD
Représentantes : Debra Andrews MD, section de la santé mentale de la SCP; Clare Gray MD, Académie canadienne de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent; Janet Kawchuk MD, section de la pédiatrie du développement de la SCP
Auteure principale : Brenda Clark MD


Références

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Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.

Mise à jour : le 16 mars 2016