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Canadian Paediatric Society

Document de principes

Les « nosodes » ne remplacent pas les vaccins

Affichage : le 11 mai 2015 | Mise à jour : le 23 février 2016


The Canadian Paediatric Society gives permission to print single copies of this document from our website. For permission to reprint or reproduce multiple copies, please see our copyright policy.

Auteur(s) principal(aux)

Michael J Rieder, Joan L Robinson; Société canadienne de pédiatrie, Comité de pharmacologie et des substances dangereuses, , Comité des maladies infectieuses et d’immunisation

Paediatr Child Health 2015;20(4):221-22

Résumé

Un mouvement croissant d’opposition à la vaccination au Canada et ailleurs parle de plus en plus d’un traitement homéopathique non démontré, les « nosodes », pour remplacer les vaccins systématiques. Le présent document de principes contient la définition de ce que sont les nosodes et décrit les limites de leur utilisation chez les enfants. Les publications médicales offrent peu de données probantes sur l’efficacité ou l’innocuité des nosodes, qui n’ont pas fait l’objet d’études approfondies sur leur capacité à prévenir les maladies infectieuses chez les humains. La Société canadienne de pédiatrie recommande donc de modifier l’étiquetage de ces produits pour en refléter les limites.

Trois évolutions de la santé publique : l’hygiène publique, les antibiotiques et la vaccination, ont radicalement changé un monde dans lequel, il n’y a pas si longtemps, les maladies infectieuses étaient la principale cause de décès pendant l’enfance.[1] La vaccination réussit particulièrement à prévenir des maladies qui ne sont pas dotées d’un traitement efficace.[2] Cependant, malgré l’efficacité et l’innocuité démontrées des vaccins, un mouvement opposé à la vaccination véhément a pris de l’expansion ces dernières années et incité de nombreux parents à remplacer la vaccination par autre chose.

Les « nosodes » (du grec nosos, maladie) sont des préparations biologiques utilisées en homéopathie pour prévenir les maladies. C’est le docteur Samuel Hahnemann (1755-1843), inventeur de l’homéopathie, qui en a proposé le concept.[3] Les nosodes désignent une catégorie précise de traitement homéopathique dérivé d’un élément de maladie ou de tissus pathologiques, définis comme « un remède homéopathique fabriqué à partir du produit d’une maladie infectieuse extrait directement de la bactérie ou du virus ou, moins directement, d’un tissu supposé contenir cette bactérie ou ce virus ».[3] La préparation de nosodes est composée de dilutions successives d’une matière biologique, généralement par un facteur de 100, qui est ensuite administrée pour prévenir ou traiter un problème de santé. Les nosodes, très utilisés en homéopathie vétérinaire, le sont désormais dans un cadre thérapeutique chez les humains.

Le modèle conceptuel de la manière dont les nosodes préviennent une maladie infectieuse diffère considérablement des modèles médicaux actuels sur le mode d’acquisition de l’immunité et sur la réponse du système immunitaire humain aux attaques infectieuses. Très peu de recherches appuient l’efficacité des nosodes dans les publications scientifiques. Selon une étude réalisée en 1997 sur des souris exposées à une dose potentiellement mortelle de Francisella tularensis, le groupe traité à l’aide de nosodes mourait plus rapidement, mais présentait une diminution modeste de la mortalité par rapport aux sujets témoins.[4] Une étude de cohorte à grande échelle faisant appel à une préparation de nosodes pour soigner une épidémie potentielle de leptospirose à Cuba semblait s’associer à une diminution des taux d’infection, même si cette étude comportait de multiples facteurs confusionnels et n’a toujours pas été répliquée.[5]-[7] Des études chez les animaux, évaluant l’efficacité potentielle des nosodes pour traiter une infection par le Plasmodium berghei, semblent également démontrer une survie prolongée dans un modèle murin.[8][9] L’analyse Cochrane d’une préparation de sarcode extraite du foie de canards en santé pour prévenir et traiter l’influenza a conclu que les données pour en soutenir l’efficacité étaient de faible qualité.[10]

En revanche, les données probantes démontrant à la fois l’innocuité et l’efficacité de tous les vaccins administrés systématiquement aux enfants canadiens abondent. Les vaccins préviennent presque tous les cas de rougeole, de rubéole, d’oreillons, de diphtérie, de tétanos, de polio et d’hépatite B. Chaque année au Canada, les campagnes publiques de vaccination permettent également de prévenir de nombreux cas de varicelle, de coqueluche, de méningite et d’infections bactériennes invasives. Les nosodes n’ont jamais fait l’objet d’études sur la prévention de ces infections.[11]

Le Règlement sur les produits de santé naturels de Santé Canada approuve l’utilisation des nosodes chez les humains. Au moment de la publication, 179 produits différents étaient approuvés à la vente, y compris 82 dont l’étiquette indiquait qu’ils pouvaient être utilisés pour prévenir les infections courantes et importantes. Cependant, comme on l’a précisé plus haut, aucune donnée scientifique ni médicale n’appuie l’efficacité des nosodes pour la prévention des maladies infectieuses.

Il est important de faire connaître les meilleures données probantes aux parents canadiens afin qu’ils puissent prendre des décisions éclairées sur la santé de leur enfant. Selon la réglementation actuelle, l’étiquetage des nosodes doit inclure le libellé suivant : « Ce produit n’est pas une alternative à la vaccination ». La Société canadienne de pédiatrie (SCP) ne croit pas que cette réserve rend pleinement compte du fait que, de toute évidence, les nosodes ne sont ni efficaces ni sécuritaires pour remplacer la vaccination. La SCP recommande que le libellé des nosodes soit modifié pour se lire comme suit : « Il n’est pas démontré que ce produit prévient les infections. Santé Canada recommande de faire administrer à votre enfant tous les vaccins systématiques, même s’il utilise ce produit. » En plus des modifications au libellé, la SCP recommande que Santé Canada lance une campagne d’éducation publique pour favoriser l’utilisation des vaccins et pour fournir aux Canadiens les meilleures données probantes sur les avantages démontrés de la vaccination et sur les risques associés au refus des vaccins.

Remerciements

Le comité de la pédiatrie communautaire de la Société canadienne de pédiatrie a révisé le présent document de principes.

 


COMITÉ DE PHARMACOLOGIE ET DES SUBSTANCES DANGEREUSES DE LA SCP
Membres : Mark L Bernstein MD; François Boucher MD (représentant du conseil); Ran D Goldman MD; Geert’t Jong MD; Philippe Ovetchkine MD; Michael J Rieder MD (président)
Représentants : Daniel L Keene MD, Santé Canada; Doreen M Matsui MD, Société canadienne de pharmacologie et de thérapeutique

COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION DE LA SCP
Membres :
Natalie A Bridger MD; Jane C Finlay MD (membre sortante); Susanna Martin MD (représentante du conseil); Jane C McDonald MD; Heather Onyett MD; Joan L Robinson MD (présidente); Marina Salvadori MD (membre sortante); Otto G Vanderkooi MD
Conseillère : Noni E MacDonald MD
Représentants : Upton D Allen MBBS, Groupe de recherche canadien sur le sida chez les enfants; Tobey Audcent MD, Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages, Agence de la santé publique du Canada; Carrie Byington MD, comité des maladies infectieuses, American Academy of Pediatrics; Nicole Le Saux MD, Programme canadien de surveillance active de l’immunisation (IMPACT); Dorothy L Moore MD, Comité consultatif national de l’immunisation; Nancy Scott-Thomas MD, Le Collège des médecins de famille du Canada; John S Spika MD, Agence de la santé publique du Canada

Auteurs principaux : Michael J Rieder MD, Joan L Robinson MD


Références

  1. Bideau A, Desjardins B, Pérez Brignoli H, éd. Infant and Child Mortality in the Past. Oxford: The Clarendon Press, 1997.
  2. Bonanni P. Demographic impact of vaccination: A review. Vaccine 1999;17(Suppl 3):S120-5.
  3. Klein L. Miasms and Nosodes, Volume 1 – Origins of Disease. Kandern: Narayana Verlag, 2009.
  4. Jonas WB. Do homeopathic nosodes protect against infection? An experimental test. Altern Ther Health Med 1999;5(5):36-40.
  5. Roniger H, Jacobs J. Prophylaxis against Leptospirosis using a nosode: Can this large cohort study serve as a model for future replications? Homeopathy 2010;99(3):153-5.
  6. Bracho G, Varela E, Fernández R et coll. Large-scale application of highly diluted bacteria for Leptospirosis epidemic control. Homeopathy 2010;99(3):155-66.
  7. Golden I, Bracho G. A reevaluation of the effectiveness of homeoprophylaxis against Leptospirosis in Cuba in 2007 and 2008. J Evid Based Complementary Altern Med 2014;19(3):155-60.
  8. Bagai U, Rajan A, Kaur S. Antimalarial potential of Nosode 30 and 200 against Plasmodium berghei infection in BALB/c mice. J Vector Borne Dis 2012;49(2):72-7.
  9. Bagai U, Walter NS. Antiplasmodial potential of homeopathic drugs Chelidonium and nosode against Plasmodium berghei infection. J Complement Integr Med 2014;11(3):195-201.
  10. Malthie RT, Frye J, Fisher P. Homeopathic Oscillococcinum® for preventing and treating influenza and influenza-like illness. Cochrane Database Syst Rev 2015;1:CD001957.
  11. Fisher P. Enough nonsense on immunization. Br Homeopath J 1990;79(4):198-200.

Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.

Mise à jour : le 23 février 2016