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Canadian Paediatric Society

Document de principes

L’adoption interraciale

Affichage : le 1 septembre 2006 | Reconduit :le 30 janvier 2017


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Auteur(s) principal(aux)

C Baxter; Société canadienne de pédiatrie, Comité de la pédiatrie communautaire

Paediatr Child Health 2006;11(7): 448-53

Le terme « adoption interraciale » désigne l’adoption d’un enfant par une famille d’une race différente de la sienne. Les familles interraciales sont des familles multiraciales [1]. Au Canada, on a dénombré près de 2 000 adoptions internationales en 2004 (tableau 1), dont la plupart était interculturelles et souvent interraciales (tableaux 2 et 3). Il existe aussi de nombreuses adoptions interraciales internes (nationales). Les médecins occupent une position privilégiée pour offrir des conseils préventifs à ces enfants et à leur famille, tant d’ordre médical que psychosocial. Le présent document traite de la manière dont les enfants en viennent à percevoir leur identité raciale et contient une analyse des résultats de l’adoption interraciale et des conseils afin d’apporter un soutien maximal aux enfants et aux familles issus d’une adoption interraciale.

Méthodologie

Le présent document a été rédigé par suite de l’analyse des bases de données suivantes, de 1993 à 2003 : Medline, PsychInfo, Education Resources Information Center, et des résumés en sociologie et en sciences sociales (en anglais seulement). Puisque bon nombre des études proviennent de recherches historiques et de publications dans le domaine des sciences sociales, les conseils préventifs se fondent en grande partie sur des consensus et des avis d’experts.

Le contexte historique

Après la Seconde guerre mondiale, de nombreux soldats canadiens et américains et leur famille ont adopté des enfants de pays d’Asie ravagés par la guerre. Ainsi, entre 1948 et 1962, près de 3 000 enfants japonais et 840 enfants chinois ont été adoptés, surtout par des familles américaines blanches [2]. La guerre de Corée (1950 à 1953) a renouvelé l’intérêt envers l’adoption interraciale, puisque plus de 38 000 enfants coréens ont été adoptés aux États-Unis (ÉU) entre 1953 et 1981. Encore maintenant, chaque année, de 1 000 à 2 000 enfants adoptés sont d’origine coréenne [3]. Le nombre d’adoptions d’enfants asiatiques a également augmenté après la guerre du Vietnam. Depuis les années 1950, le nombre d’adoptions en provenance d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud a peu à peu pris de l’ampleur aux ÉU, s’établissant à environ 1 000 adoptions par année. De même, le nombre d’adoptions internationales au Canada est passé de moins de dix en 1970, au début de la tenue des registres, au nombre indiqué ci-dessus [4].

Dans les années 1960, des groupes de citoyens de Montréal (Québec) et du Minnesota rural (ÉU) ont fait la promotion d’une augmentation du nombre d’adoptions interraciales entre enfants noirs et familles blanches [5]. En 1972, la National Association of Black Social Workers a publié un document de principes farouchement opposé à l’adoption interraciale. Ce document a évolué depuis. En effet, il prône maintenant la préservation de la famille, l’adoption interraciale étant présentée comme une solution de dernier recours [6]. De même, dans les années 1950 et 1960, ce sont surtout des familles blanches qui ont adopté des enfants des Premières nations du Canada et des ÉU. Depuis, compte tenu du droit inhérent à l’autodétermination des Premières nations et de leur compétence exclusive en matière de protection de l’enfance, plusieurs provinces ont adopté des lois explicites sur l’adoption, reflétant le souci de bien placer les enfants des Premières nations et l’importance de préserver leur identité culturelle et leur statut unique [7].

Depuis 1971, les politiques canadiennes en matière d’immigration appuient l’importance de l’identification ethnique et raciale, non seulement pour le sentiment d’identité personnelle, mais également pour le caractère multiculturel du pays [8]. L’intégration est définie comme un processus bidirectionnel exigeant des aménagements et des adaptations, tant de la part des migrants que de la société hôtesse [9]. Le Canada appuie la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations Unies [10], selon laquelle chaque enfant a le droit « de préserver son identité, y compris sa nationalité, son nom et ses relations familiales ». L’adoption internationale est perçue comme acceptable pour assurer une continuité dans l’éducation de l’enfant ainsi que dans son bagage ethnique, religieux, culturel et linguistique [10]. Selon les sondages, la majorité des Canadiens sont très favorables à l’adoption internationale [11].

Depuis les années 1980, en raison d’une sensibilisation internationale aux enfants des orphelinats chinois et roumains, le nombre d’adoptions d’enfants de ces pays a subi une hausse au Canada et aux ÉU. Au Canada, la plupart des enfants issus de l’adoption internationale proviennent de Chine, tandis qu’une plus faible proportion sont adoptés en raison de la pauvreté ou de la famine ou parce qu’ils habitent dans des régions en guerre (tableau 2).

Des controverses

Malgré le caractère controversé de l’adoption interraciale, le North American Council on Adoptable Children (NACAC), qui représente plus de 400 organismes de défense d’intérêts des enfants canadiens et américains, soutient l’adoption interraciale. Le NACAC souligne l’importance de la race et de l’ethnie pour placer un enfant et précise qu’il est préférable de retenir une famille de la même origine raciale ou ethnique, car elle permet de mieux offrir aux enfants les compétences et les aptitudes nécessaires pour lutter contre le racisme [12]. Pourtant, le NACAC juge également l’adoption interraciale préférable aux soins prolongés en famille d’accueil et croit en l’intérêt de ce type d’adoption lorsqu’il est impossible de trouver une famille intraraciale satisfaisante. Selon le NACAC, les familles qui adoptent un enfant d’une autre origine ethnique doivent convenir que l’origine ethnique et culturelle de cet enfant constitue un droit essentiel [12].

TABLEAU 1
Les adoptions internationales au Canada

Année

Nombre d'adoptions

2004

1955

2003

2181

2002

1926

2001

1874

2000

1866

1999

2019

1998

2222

1997

1800

1996

2061

Données de Citoyenneté et Immigration Canada (2005) [39]

TABLEAU 2
Le pays d'origine des enfants adoptés sur la scène internationale au Canada en 2004*

Pays

Nombre d'enfants adoptés

Chine

1001

Haïti

159

Russie

106

États-Unis

79

Corée du Sud

97

Inde

37

Philippines

62

Thaïlande

40

Colombie

38

Éthiopie

34

*Principaux pays selon le nombre d'adoptions (données de Citoyenneté et Immigration Canada [2005] [39])

TABLEAU 3
Les adoptions internationales par région métropolitaine recensée

Région

2003

2004

Montréal

468

404

Toronto

402

340

Vancouver

136

124

Québec

92

73

Ottawa

80

69

Calgary

34

36

Hamilton

47

33

Edmonton

36

31

Gatineau

49

29

Winnipeg

28

28

Autres régions

808

788

Total

2180

1955

Données de Citoyenneté et Immigration Canada (2005) [39]

Le développement de l’identité raciale

L’identité raciale se définit comme la perception de soi et le sentiment d’appartenance à un groupe donné, y compris non seulement la description et la définition de soi, mais aussi la manière de se distinguer des autres groupes ethniques [27]. L’identité raciale se développe en deux étapes pendant l’enfance : l’enfant distingue d’abord les races d’un point de vue conceptuel, puis il évalue sa propre appartenance à un groupe racial [13]. Les enfants prennent conscience des différences raciales dès l’âge de trois ans; ils peuvent alors distinguer les couleurs de la peau et les textures des cheveux. Auprès de leurs camarades et de leurs proches, ils acquièrent graduellement des valeurs et des convictions au sujet des groupes raciaux [14].

Entre trois et sept ans, les enfants se rendent compte des étiquettes et des réactions affectives associées à divers groupes raciaux et commencent à observer et à évaluer ce que signifie être différent d’une autre race. Leurs attitudes envers leur propre groupe racial sont fortement influencées par leurs interactions avec leurs proches et par leur observation des attitudes et des comportements de ces proches [14]. Dans les familles où il y a peu de dialogue sur la sensibilisation raciale, l’enfant peut penser qu’il n’est pas convenable d’exprimer des sentiments positifs ou négatifs envers une race. Par contre, si les parents sont préoccupés par les classifications raciales, l’enfant peut apprendre que la race a beaucoup d’importance, ce qui, selon certains auteurs, pourrait susciter de l’anxiété [14]. Les enfants ne comprennent pas la permanence de la race avant l’âge de sept ans environ [15]. À; l’adolescence, les enfants sont à la recherche de leur identité et apprennent à se détacher de leur famille. C’est une période au cours de laquelle ils explorent leur identité raciale et ethnique [5]. Les adolescents sont préoccupés par leur apparence, et les différences physiques évidentes entre eux et leurs parents adoptifs leur sont alors plus visibles. Ces différences peuvent exacerber le sentiment d’isolement des adolescents adoptés par rapport à leurs camarades non adoptés.

L’adaptation aux adoptions interraciales

Pour analyser l’adaptation des enfants afro-canadiens et afro-américains issus de l’adoption interraciale au Canada et aux ÉU, les chercheurs ont fait passer des tests de personnalité aux enfants et ont évalué des données obtenues auprès des parents et des enseignants (y compris des entrevues) pour obtenir une mesure globale d’intégration. D’après cette évaluation, 77 % des adoptions étaient considérées comme réussies. Seulement 13 % des enfants éprouvaient de graves difficultés surtout attribuables à la race [16]. Une autre étude, menée auprès d’adolescents issus de l’adoption interraciale ou intraraciale, a établi que les enfants noirs de familles blanches ont plus de problèmes à se former une identité positive et affirmée que ceux des familles intraraciales [17]. Certains enfants avaient tendance à dévaluer leur ascendance noire, à adopter les mêmes valeurs que leurs camarades blancs et leur famille et à renoncer aux similarités et aux allégeances avec le peuple noir. Cependant, les enfants issus de l’adoption intraraciale ou interraciale obtenaient des résultats similaires au chapitre de l’estime de soi. Le comportement des parents adoptifs était tout aussi important que leurs attitudes pour modeler la perspective de leurs enfants adoptifs. Les familles dont les enfants fréquentaient des écoles où l’on pratiquait l’intégration raciale, qui habitaient dans des collectivités intégrées et qui acceptaient l’identité raciale noire de l’enfant avaient tendance à avoir des enfants qui avaient une opinion plus positive d’eux-mêmes en tant que Noirs [17].

D’autres études n’ont pas révélé de tels problèmes de formation de l’identité raciale [3]. D’après l’analyse de familles blanches qui avaient adopté des enfants noirs, coréens, vietnamiens, colombiens ou blancs [18], la plupart des enfants adoptés s’adaptaient plutôt bien, la plupart des troubles de développement étant reliés aux expériences vécues avant l’adoption. Les retards de placement et les problèmes dans le milieu précédant celui de l’adoption étaient plus susceptibles de s’associer à des difficultés d’adaptation plus tard, y compris des troubles de l’attachement. Des études scandinaves et américaines ont révélé peu de différences déclarées dans les troubles du comportement, la qualité de vie et l’estime de soi des enfants issus de l’adoption internationale par rapport aux autres adolescents et jeunes adultes [19][20].

D’après une étude longitudinale menée pendant 12 ans [21] auprès de 204 familles et 366 enfants dont les familles incluaient des enfants issus de l’adoption interraciale ainsi que des enfants adoptés et biologiques de race blanche, les enfants issus de l’adoption interraciale étaient tout aussi intégrés à leur famille que les enfants biologiques. On ne remarquait aucune différence significative de l’estime de soi. Au bout de 12 ans, tandis qu’environ la moitié des familles participaient encore à l’étude, 18 enfants adoptés avaient de graves problèmes, tous reliés à un âge plus avancé au moment de l’adoption (plus de quatre ans), à des troubles d’apprentissage, à des retards de développement ou à une maltraitance passée. Dans un seul cas, la race occupait une place prépondérante dans ces problèmes [15].

Au cours d’un suivi du même groupe à l’étude [21], on a analysé 41 enfants noirs, 14 enfants d’autres races, 13 enfants adoptés de race blanche et 30 enfants biologiques, tous adultes au moment de l’enquête [22]. On leur a demandé si leur origine raciale différente de celle de leurs frères et sœurs avait influé sur leurs relations avec eux pendant qu’ils grandissaient. Quatre-vingt-dix pour cent trouvaient que la race n’avait rien changé, tandis qu’une proportion égale des 10 % restants ont déclaré un effet négatif, un effet positif ou ne pas être certains de la réponse. Lorsqu’on demandait aux enfants issus de l’adoption interraciale vers qui ils se tourneraient en cas de problème grave, ils étaient tout aussi susceptibles ou plus susceptibles de se tourner vers leurs parents ou vers leurs frères et sœurs que les enfants adoptés ou biologiques de race blanche. Une autre analyse [23] a établi que de 75 % à 80 % des enfants et adolescents issus de l’adoption interraciale fonctionnaient bien et n’avaient pas plus de troubles de comportement et d’éducation à la maison et à l’école que les autres enfants.

Dans le cadre d’une enquête canadienne auprès de familles de la Colombie-Britannique, de l’Ontario et du Québec qui avaient des enfants adolescents ou jeunes adultes issus de l’adoption internationale, ces jeunes avaient une meilleure estime de soi que la population générale, mais moins bonne que celle de leurs frères et sœurs. Environ 10 % de ces jeunes adoptés affirmaient se considérer comme blancs même s’ils étaient d’origine coréenne, bangladaise ou haïtienne. La grande majorité des jeunes adoptés se sentaient bien avec leur origine ethnique, même si plus de 80 % affirmaient avoir vécu de la discrimination ou du racisme. En comparaison, 26,5 % des parents avaient l’impression que leur enfant n’avait jamais vécu la discrimination ou le racisme [4]. Dans une étude auprès d’un sous-ensemble de la même population, la majorité des jeunes issus de l’adoption internationale s’adaptaient bien à la vie au Canada, compte tenu de l’intégration familiale, de l’estime de soi, du rendement scolaire, des relations avec les pairs ainsi que de l’identité raciale et ethnique. On remarquait des différences d’adaptation entre les jeunes issus de l’adoption internationale et leurs frères et sœurs, ceux-ci s’adaptant mieux (mais il n’y avait pas de différence selon les sexes). Les chercheurs ont postulé que, puisque les enfants issus de l’adoption internationale ont tendance à être adoptés dans des familles axées sur l’excellence et au statut socioéconomique plus élevé, des tensions peuvent se former s’ils ne réussissent pas aussi bien que leurs frères et sœurs ou que leurs parents [24].

Une analyse des enfants coréens adoptés aux ÉU et dans plusieurs pays européens [25] a permis d’évaluer si des problèmes bien reconnus dans le développement de l’enfant adopté, comme l’absence de connaissances quant à l’origine biologique et des conflits dans la formation de l’identité et les relations entre les parents et l’enfant, étaient beaucoup plus complexes et intenses dans le cadre des adoptions interraciales. Les adoptés coréens semblaient s’en tirer mieux que les adoptés des autres groupes ethniques. L’analyse laisse supposer que ces enfants auraient subi moins de traumatismes avant l’adoption, car les agences d’adoption coréennes facilitent les soins médicaux et le placement en foyer d’accueil pendant la période anténatale. La surreprésentation de filles parmi les enfants adoptés coréens peut expliquer cette bonne adaptation après l’adoption, puisqu’il est démontré que les filles courent un moins grand risque de troubles affectifs et comportementaux.

La Suède possède la plus grande population d’enfants issus de l’adoption interraciale de l’Europe, provenant surtout de la Corée, de l’Inde et de la Colombie. Une étude de cohorte [26] a été menée auprès de 11 320 enfants issus de l’adoption interraciale et de leur 2 343 frères et sœurs d’origine suédoise, de 4 006 enfants immigrants élevés par au moins un parent biologique et d’une population générale de 853 419 habitants d’origine suédoise. Après avoir tenu compte de leur statut socioéconomique, les enfants issus de l’adoption interraciale risquaient de trois à quatre fois plus de souffrir de graves troubles de santé mentale, comme le suicide, les tentatives de suicide et les hospitalisations à l’unité de psychiatrie, cinq fois plus d’être dépendants des drogues et de deux à trois fois plus d’être dépendants de l’alcool ou de commettre des crimes. Les facteurs contributifs incluaient des problèmes préexistants comme une pauvreté extrême, la malnutrition, l’exposition prénatale à l’alcool, la prédisposition génétique aux maladies mentales et l’effet du placement en établissement. Il a été démontré que l’adoption après l’âge de quatre ans s’associait à un risque plus élevé d’inadaptation. Ce sont tous là des facteurs connus d’accroissement du risque de troubles de santé mentale, y compris les troubles de l’attachement. Les chercheurs de cette étude ont postulé que la discrimination et les préjudices envers les enfants et les adolescents ne ressemblant pas à des Suédois peuvent contribuer à des risques relatifs rapprochés entre les enfants immigrants et les enfants issus de l’adoption interraciale. Dans l’ensemble, 82 % des garçons et 92 % des filles issus de l’adoption interraciale ne présentaient aucune trace de trouble de santé mentale ou d’inadaptation sociale [26].

Une méta-analyse de six études qui portaient sur les effets de l’adoption interraciale ou interethnique sur l’identité raciale et ethnique des enfants et sur leur estime de soi a conclu que ce type d’adoption avait un effet modérément négatif sur l’identité raciale et ethnique. Cependant, il n’avait pas d’effet statistiquement significatif sur l’estime de soi [27].

Une analyse détaillée d’études portant sur les résultats de l’adoption interraciale pour les enfants noirs des ÉU et de l’Angleterre [28], y compris les dissolutions (un enfant retiré pour toujours de son foyer adoptif), le rendement scolaire, la relation avec les camarades, l’estime de soi et les troubles du comportement a révélé que dans 70 % à 90 % des cas, les enfants s’adaptaient bien. Le risque de problèmes d’adoption augmentait avec l’âge du placement. Dans plusieurs études, l’identité raciale s’associait à quelques difficultés pour les enfants issus de l’adoption interraciale, au moins une étude démontrant que ces enfants voulaient être blancs et ne se sentaient pas à l’aise avec des personnes de leur race [28]. D’après d’autres études, certains enfants issus de l’adoption interraciale n’aimaient pas leur apparence, avaient honte de leurs origines et tentaient de se distancer des immigrants partageant leur origine raciale et ethnique [23]. Certains auteurs se sont demandé si l’adaptation ne se faisait pas au détriment du patrimoine et de l’identité ethniques et culturelles uniques des enfants adoptés [25].

L’adaptation des jeunes adultes issus de l’adoption interraciale ou intraraciale, selon la perception qu’en avaient les parents, a démontré que le choix du lieu de vie des parents d’enfants issus de l’adoption interraciale avait d’importantes répercussions sur l’adaptation de l’enfant [23]. Les enfants qui habitaient dans des collectivités à prédominance blanche avaient tendance à être moins à l’aise avec leur apparence que ceux qui habitaient dans des collectivités intégrées. Des facteurs comme l’âge de l’enfant au moment de l’adoption ou le fait d’avoir opté pour une adoption interraciale ou de s’être séparé par la suite ne changeaient rien à la variation de l’adaptation. Les chercheurs ont postulé que le racisme avait des répercussions négatives sur les issues d’adaptation des adolescents et des jeunes adultes.

La majorité des enfants canadiens issus de l’adoption internationale étaient à l’aise avec leur origine ethnique et raciale. Il n’y avait pas de différence significative entre le degré de bien-être face à l’ethnie et le type d’activités que les parents encourageaient leurs enfants à pratiquer pour qu’ils se sensibilisent à leurs origines ethniques et raciales. On ne constatait aucune relation entre l’expérience du racisme et le fait d’être à l’aise envers l’origine ethnique ou raciale [8].

Les conclusions et les conseils préventifs

Les publications reflètent le consensus selon lequel les enfants issus de l’adoption interraciale interne ou internationale doivent se créer une identité qui leur permet d’accepter leur apparence propre, leur patrimoine d’origine et leur patrimoine de vie. Pourtant, les enfants issus de l’adoption interraciale et leur famille endurent des remarques racistes ou stéréotypées [4][20][29] et risquent davantage d’être la cible de moqueries raciales que ceux qui sont issus de l’adoption intraraciale [30]. Les travailleurs sociaux, par exemple, conviennent que les parents adoptifs doivent être mieux sensibilisés, mieux au courant et mieux outillés pour aider leurs enfants à s’adapter à la maison et à développer des compétences d’adaptation durable [31]. L’American Academy of Pediatrics souligne également l’importance des pédiatres pour aider les familles adoptives à affronter les défis éventuels, tels que les différences raciales, ethniques et culturelles [32]. Les enfants issus de l’adoption interraciale peuvent développer un patrimoine racial et culturel unique, fondé sur un mélange de leur propre race et de celle de la famille dans laquelle ils sont élevés [8][33][34].

Pour être en santé, les enfants ont besoin d’un foyer sécuritaire et aimant, d’une bonne estime de soi et des compétences nécessaires pour affronter les défis de la vie. L’adoption interraciale représente un moyen d’offrir un foyer stable à des enfants qui ne peuvent pas être élevés par des parents d’une ethnie similaire. L’estime de soi de ces enfants semble similaire à celle des enfants non adoptés élevés dans leur foyer biologique, et la majorité d’entre eux sont bien adaptés. Parmi les facteurs qui peuvent influer sur le sort de l’enfant, soulignons un âge plus avancé au moment de l’adoption, des antécédents de maltraitance ou de négligence, des antécédents de placement en établissement et des troubles de santé. L’adoption interraciale permet aux familles de découvrir une autre culture et de célébrer la diversité. Les familles adoptives interraciales doivent aider leurs enfants à développer les compétences nécessaires pour affronter les défis de la vie et devenir des enfants et des adultes sains du point de vue affectif.

Recommandations

Les médecins peuvent jouer un rôle essentiel dans la promotion du développement des enfants issus de l’adoption interraciale en encourageant les parents à prendre les mesures suivantes :

  • Admettre qu’il est important que l’enfant connaisse et comprenne son histoire culturelle [1][12][30][31].
  • Admettre que l’enfant a besoin d’apprendre à se sentir fier de son identité raciale et à développer des habiletés d’adaptation au racisme [32].
  • Favoriser la sensibilisation raciale, les habiletés d’adaptation et la planification de rencontres familiales multiculturelles (susciter des occasions pour que l’enfant apprenne à connaître sa culture d’origine et y participe) [31].
  • Admettre l’identité raciale de leur enfant, plutôt que la nier ou agir comme si la race n’avait aucune importance [1][31][37].
  • Convenir que leur famille est plus visible que les autres et aider leurs enfants à acquérir les compétences pour affronter avec succès le défi de faire partie d’une minorité raciale [1][31][35].
  • Admettre et comprendre leurs propres préjugés [1][35][37]. Ceux qui n’ont jamais vécu le racisme devront peut-être être particulièrement sensibilisés à l’importance d’enseigner à leurs enfants des moyens efficace de réagir au racisme [32].
  • Comprendre que s’il s’intéresse et participe à sa culture d’origine, leur enfant s’y engagera mieux et s’y sentira à l’aise.
  • Aider leurs enfants adoptés à nouer des relations avec des adultes et des enfants de la même race ou de la même origine ethnique qu’eux [1][28][35][38].
  • Célébrer la diversité et montrer à leurs enfants que tous les groupes ethniques ont quelque chose de précieux à célébrer [1][35]. Il peut être difficile pour les familles des petites collectivités de vivre une expérience multiculturelle, mais elles peuvent planifier des vacances familiales dans un plus grand centre pendant un festival multiculturel, rechercher ce type de possibilités par l’entremise des églises, des écoles et des collectivités ou développer des amitiés multiculturelles [35].
  • Aider leurs enfants à développer une bonne estime de soi malgré le racisme et discuter honnêtement et ouvertement de cette question avec eux [1].
  • Convenir que les enfants blancs de la famille subissent parfois de la violence verbale au sujet de leur frère ou sœur issu de l’adoption interraciale, surtout de la part de leurs camarades. Les parents peuvent prévoir la situation et aider tous leurs enfants à apprendre à affronter le racisme sans prendre le parti de leurs camarades [1][37].
  • Élaborer des habiletés d’adaptation pour que les enfants affrontent les situations en l’absence de leurs parents, par des jeux de rôle avec les parents, par exemple [32][36].
  • Être conscient des stéréotypes subtils présentés dans les médias [34]. Les enfants peuvent apprendre que dans tous les groupes raciaux, des personnages historiques ont eu un apport à la fois positif et négatif sur le monde [1].
  • Garder le contact avec des familles vivant des problèmes similaires, s’exercer à réagir aux commentaires insensibles et à ne pas tolérer les commentaires peu respectueux de la race ou de l’ethnie, afin de devenir un modèle de réaction au racisme [35][37].

Remerciements

Le présent document de principes a été révisé par le comité de la pédiatrie psychosociale de la SCP.


COMITÉ DE LA PÉDIATRIE COMMUNAUTAIRE

Membres : Minoli Amit MD; Janet Grabowski MD (représentante du conseil); Mark Feldman MD; Mia Lang MD; Michelle Ponti MD (présidente); Linda Spigelblatt MD
Représentant : Raphael Folman MD, section de la pédiatrie générale, Société canadienne de pédiatrie
Auteure principale : Cecilia Baxter MD


Références

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  38. Hopkins-Best M. Toddler Adoption, The Weaver’s Craft. Indianapolis: Perspectives Press, 1998.
  39. Conseil d’adoption du Canada. http://www.adoption.ca (version à jour le 15 août 2006).

Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.

Mise à jour : le 30 janvier 2017