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Section de la santé des enfants dans le monde : articles
Mongolie
Soumis par Catherine Grenier Cliche
Le stage que j’ai effectué en Mongolie à l’automne 2006 s’est déroulé en deux parties, ce qui m’a permis de visiter différents milieux de vie et de mieux comprendre ce qu’est l’état de la santé en Mongolie. Pays de l’ex-URSS, la Mongolie se targuait autrefois d’infrastructures médicales de standard international et d’une solide formation médicale. Toutefois, comme pour la plupart de ses institutions publiques, le système de santé a pris un dur coup depuis la chute de l’URSS. La pauvreté est également plus flagrante, en grande partie dû au passage à l’économie de marché et à l’exode des paysans vers les villes. Pour ajouter à ces difficultés, le pays est vaste, en altitude et vit sous la neige plus de six mois par année. C’est également un pays où la tuberculose et les hépatites B et C sont endémiques et où chaque année voit invariablement ses quelques cas de peste.
La première partie de mon stage s’est déroulée à Dashbalbar, capitale d’un canton comptant quelques milliers d’âmes et dont l’hôpital dessert les habitants du village ainsi que la population nomade environnante. L’hôpital est en fait constitué de deux corridors : le premier étant pour les 3 salles de consultation et la salle d’accouchement, le deuxième pour les 3 chambres d’hospitalisation et la « salle de plâtre » (qui se mue en salle de télé le soir venu…). Il n’y a ni eau courante, ni électricité et, il va sans dire, aucun examen paraclinique n’est disponible. Les gens que nous avons reçus en consultation là-bas avaient peu de problèmes majeurs de santé : la plupart venait pour la nouveauté de l’étranger et de l’oto-ophtalmoscope (même la pédiatre du village n’en possède pas – j’ai vu des dizaines de paires de tympans, dont la majorité était perforée). D’autres venaient pour se faire rassurer – non, leur toux occasionnelle ne cache rien de majeur, ni leur diarrhée biannuelle. Les mesures d’hygiènes étant minimes ou inexistantes, j’ai même été étonnée de ne pas rencontrer plus de cas de diarrhées chroniques ou autres problèmes gastro-intestinaux importants. Les enfants sont pour la plupart bien portants, grands et gras, cachant une malnutrition invisible : la diète se compose quasi exclusivement de produits laitiers et de viande, sans fruit ni légume, ce qui entraîne des problèmes de santé majeurs, surtout chez la population adulte, en grande partie hypertendue. En plus des gens qui venaient nous voir en consultation, nous avons fait des visites à domicile et participé à une campagne de sensibilisation à de saines habitudes de vie dans l’école locale.
J’ai fait face à plusieurs défis à Dashbalbar. Le premier a été l’absence complète et permanente de confidentialité : la salle qui m’était attitrée était également la salle de 1 à 3 autres médecins locaux, en plus de l’infirmière de vaccination (l’UNICEF a fourni un réfrigérateur à vaccins fonctionnant avec une génératrice que se trouvait dans la même pièce) qui entrait à tout moment pendant la consultation, sans compter les mères-cousines-voisines qui cherchent quelqu’un en ouvrant toutes les portes une après l’autre et, au passage, en écoutant une partie de la consultation en cours. Pour moi qui viens d’Amérique du Nord, il était difficile de rester concentrée dans ce cirque et d’accepter cette absence de confidentialité, particulièrement dans ce village où tout le monde connaît tout le monde. Le défi le plus important était toutefois de travailler avec des interprètes. C’est à ce moment que j’ai vraiment pris conscience à quel point le contact direct avec le patient est essentiel pour moi et également essentiel au diagnostic : souvent un mot peut faire toute la différence entre deux diagnostics, mais j’ai trouvé difficile d’avoir une telle exactitude via les interprètes.
La deuxième partie du stage s’est déroulée dans Tolgoit, en banlieu d’Ulaan Baator, la capitale. Ce quartier est habité par des éleveurs exilés de la campagne pensant trouver une vie meilleure en ville. Ces gens sont souvent sans emploi, sans couverture médicale et habitent les uns sur les autres des yourtes ou de petites cabanes en bois. Les problèmes rencontrés dans ce milieu, outre l’épidémique problème d’alcoolisme, ont été incroyablement variés. Les plus fréquents demeurent les problèmes orthopédiques : les bébés étant emballés « à la russe » (allongés et boudinés serré), j’ai vu de très nombreux cas de dysplasie développementale de la hanche, souvent très graves (certains enfants d’âge scolaire ayant plusieurs centimètres de différence entre les deux jambes). Je n’ai aucune idée du programme de dépistage périodique de cette malformation en Mongolie, mais je suis maintenant convaincue de la pertinence du nôtre. Par ailleurs, j’ai vu de nombreux cas d’enfants avec un déficit moteur cérébral. Leur évolution est étonnament bonne étant donné le milieu où ils vivent et l’absence totale de support pour leur famille. La plupart de ces enfants venait simplement pour se faire confirmer leur diagnostic, avec l’espoir que la « médecine extérieure » puisse quelque chose à l’état de leurs enfants. Les questions du genre « Et si j’allais en Chine? » ou « Est-ce comme ça que l’on fait chez vous? » revenaient souvent. La confiance en leur système n’est pas très grande…
Bref,
ce fut une expérience incroyable, où
j’ai appris à me faire plus confiance
sur le plan clinique. J’ai aussi pu
constater les limites qu’impose un système
qui n’a pas de budget : les ergo et
physiothérapeutes pour les DMC, les
orthophonistes pour tous les cas de bégaiement
ou de trouble du langage, les suivis en
psychologie, rien de tout cela n’existe.
J’ai conseillé à quelques patients
d’aller consulter à l’hôpital pour
passer des examens plus poussés (par
exemple pour cet enfant qui semblait
atteint de dystrophie musculaire), mais le
doute reste sur le suivi possible – les
médecins ont-ils la formation et les
ressources nécessaires? Les parents, qui
doivent payer pour tous les soins,
auront-ils les moyens? Un stage aussi
court a quelque chose d’irritant, ce qui
m’a donné envie de m’impliquer à
plus long terme dans un même milieu lors
de ma prochaine expérience internationale.
Beaucoup de questions demeurent, ainsi
qu’un certain sentiment d’impuissance...
Mais surtout le souhait pour ce pays de
trouver sa voie et de se refaire
tranquillement, pour le bien de sa
population.

la yourte alimentaire – campagne
nationale pour une bonne alimentation

l’hôpital de Dashbalbar – ses
toilettes sèches à l’arrière et le
parking de cheval devant

visite à domicile dans la campagne
entourant Dashbalbar

la campagne mongole

l’ambulance de Dashbalbar – et moi
devant qui m’assure que la course de
chevaux des
enfants se déroule sans blessure
importante

Tolgoit

consultation de patients dans notre
yourte-clinique, à Tolgoit

bébé emmailloté à la russe
Mise à jour : mai
2007
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