|
Section de la santé des enfants dans le monde : articles
Objet : rapport de stage au CHU Ibn Rochd, Casablanca (Maroc)
À qui de droit,
Je m’appelle Rislaine Benkelfat et suis actuellement R3 en pédiatrie à l’Université de Montréal. Je suis d’origine maghrébine : ma mère est marocaine, mon père algérien. Je passe presque toutes mes vacances au Maroc depuis mon plus jeune âge, mais n’y ai jamais vécu. J’ai épousé, il y a maintenant un peu plus de deux ans, Brahim, un Marocain soucieux de retourner vivre un jour dans son pays d’origine. Avant de me lancer tête baissée dans une telle aventure, j’ai voulu mieux connaître la réalité du pédiatre au Maroc, qui doit régulièrement composer avec les difficultés d’accessibilité aux soins de santé, l’absence de services médicaux dans les régions éloignées et la quasi inexistence des services médicaux d’urgence pré-hospitaliers .
Je reviens d’un séjour de trois mois au Maroc où j’ai effectué un stage de deux mois au centre hospitalo-universitaire Ibn Rochd, dans l’Hôpital pour enfants de Casablanca, le seul hôpital pédiatrique public de la région. Ce dernier est situé au centre de la ville et draine principalement la population de la grande région casablancaise.
J’ai passé mon premier mois dans un service de pédiatrie générale comptant une quarantaine de lits, répartis dans 6 chambres. Les pathologies principales prises en charge à cet étage relevaient surtout de la pneumologie, de la cardiologie et de l’endocrinologie. L’équipe médicale comptait quatre médecins qui s’alternaient chaque jour pour effectuer la tournée médicale, huit résidents et internes de pédiatrie, une quarantaine d’externes, 3 infirmières et une nutritionniste.
J’ai passé mon second mois dans le service d’urgences pédiatriques. L’accueil y est assuré par des secrétaires, qui sont également chargées de faire le triage : selon le motif de consultation et l’apparence physique de l’enfant, il est orienté vers les ‘urgences vitales’, vers la consultation ou vers l’urgence chirurgicale. Trois médecins assurent en alternance la prise en charge des patients. Un groupe de quatre à huit résidents, souvent juniors, complète l’équipe médicale. Les enfants jugés les plus malades sont installés dans un des deux lits de réanimation ou dans la salle d’observation qui compte quatre lits avec la possibilité de monitoring de base (saturométrie, cardioscope).
Le manque d’effectifs infirmiers, ainsi que la formation inégale de ces derniers, amène le médecin à accomplir plusieurs tâches habituellement prises en charge par le personnel infirmier, telles que l’installation de voies veineuses et de solutés, la prise des glycémies capillaires, l’administration des nébulisations de ventolin, etc. Le plateau technique permet tout de même de faire de multiples investigations. Les examens en radiologie, incluant les Rayons-X, les CT-scan et les IRM sont relativement faciles d’accès. Le service de laboratoire effectue une grande sélection d’examens, qui peuvent, au besoin, être complétés dans les laboratoires privés avoisinants. Toutefois, les résultats n’étant pas informatisés, l’obtention de ceux-ci peut être longue et fastidieuse, et revient également souvent au médecin. De surcroît, au niveau du fonctionnement, il me paraît important de signaler l’absence complète de patrons dès la fin (et souvent le début) de l’après-midi. De garde sur appel, les rejoindre en pleine nuit relève parfois du véritable exploit. L’autonomie importante devant la lourdeur des tâches et des décisions incombant aux résidents, m’a, tout en forçant mon respect, fait réaliser la chance que j’avais de poursuivre une résidence en pédiatrie dans un milieu comme le mien.
Trois volets ont été le plus difficiles pour moi à accepter : la dureté paradoxale avec laquelle les résidents étaient traités par leurs supérieurs (malgré le manque de soutien qu’on leur prodiguait), la perte régulière, quasi quotidienne, de patients, soit pour des accidents ou alors pour des pathologies initialement bénignes mais qui se dégradaient faute de prise en charge rapide ou de manque de ressources, et finalement, le rapport inégal, très paternaliste et supérieur, dans la relation médecin-patient, où les patients, issus des milieux socio-économiques les plus défavorisés, pour la plupart analphabètes, étaient parfois rabroués et menacés de ne plus être pris en charge s’ils ne suivaient pas à la lettre les recommandations des médecins.
En revanche, du point de vue de mon exposition clinique, j’ai eu la chance d’être exposée à de multiples pathologies relevant de la pédiatrie générale et également de la pédiatrie surspécialisée, en passant le spectre quasi complet des présentations (typiques et bénignes jusqu’aux formes très sévères et tardives). Je n’ai d’ailleurs jamais été aussi exposée aux syndromes génétiques, ce qui n’est pas si surprenant étant donné le haut taux de consanguinité encore présent au Maroc.
En débutant mon stage, j’étais prête à recenser des différences majeures entre ce que je connais de la médecine occidentale, telle que celle pratiquée au Canada, et la médecine marocaine, même celle pratiquée dans un centre spécialisé tertiaire. Une fois la période d’adaptation passée, quelle n’a pas été ma surprise et mon contentement en me rendant compte que, malgré des différences majeures au niveau des ressources humaines et financières, au niveau des protocoles de soins, l’issue de la plupart des patients était somme toute bonne. Un autre aspect que j’ai vraiment apprécié a été la solidarité et l’aide dont tout un chacun, quelle que soit sa propre situation, faisait régulièrement preuve pour aider son prochain plus démuni.
En résumé, grand éventail de pathologies, acuité des présentations cliniques, manque criant de ressources et par conséquent, moyens différents… Mais quelle belle opportunité d’apprentissage et de remise en question pour moi !
Mise à jour : janvier 2012
|
|