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Section de la santé des enfants dans le monde : articles
Accra, Ghana
Soumis par Izabela Sztukowski
Plus tôt cette année, j’ai eu la chance de passer six semaines à travailler au département de santé infantile de l’hôpital d’enseignement Korle Bu d’Accra, au Ghana. Le département de santé infantile de Korle Bu et le département de pédiatrie de l’université de l’Alberta sont dotés d’un programme d’échange qui facilite les stages des résidents et des médecins outre-mer afin d’apprendre les uns des autres. Mon expérience m’a ouvert les yeux, m’a beaucoup appris et a constitué tout un défi.
Korle Bu est un grand hôpital de soins tertiaires qui accueille des centaines de patients tous les jours, dans un énorme complexe hospitalier composé de douzaines d’immeubles. Les résidents, les médecins et les infirmières du département de santé infantile, comme leurs consœurs et confrères de l’hôpital, sont extrêmement occupés à fournir des soins spécialisés aux patients les plus malades ayant les problèmes les plus complexes du Ghana. On compte une vingtaine de pédiatres dans un pays de 20 millions d’habitants, dont d’innombrables enfants et adolescents.
Les défis qu’affronte la population du Ghana sont immenses. Pendant mes six semaines à Korle Bu, j’ai contribué à soigner de nombreux enfants aux maladies que j’avais rarement observées au Canada, notamment le paludisme, la tuberculose et le VIH. La prévalence du paludisme est extrême, et j’ai constaté que les parents des enfants qui consultaient à cause d’une fièvre avaient souvent déjà commencé à leur donner des antipaludiques en vente libre. La drépanocytose est également très courante, et pendant mon séjour de six semaines, j’ai vu beaucoup d’enfants atteints d’ostéomyélite, d’anémie, de troubles osseux, d’accident vasculaire cérébral et d’autres complications falciformes.
Bon nombre des enfants que j’ai aidé à soigner à Korle Bu étaient gravement malades et, malheureusement, beaucoup sont morts. Même des maladies courantes au Canada, comme la gastroentérite, peuvent être mortelles au Ghana, car souvent, les enfants sont déjà très déshydratés à leur arrivée à l’hôpital. Dans l’ensemble, le taux de mortalité du département de santé infantile correspond à cinq pour cent de tous les enfants hospitalisés.
Je n’ai jamais cessé d’être surprise que, malgré ces défis, les résidents en pédiatrie et les médecins de Korle Bu conservent une attitude positive envers leur travail. Souvent surmenés, les résidents restaient tard le soir pour voir tous les patients qui arrivaient aux consultations externes et au département d’urgence. Ils le faisaient sans cesser d’enseigner aux médecins juniors, de superviser, de procéder à des interventions et de conseiller les familles. Les résidents trouvaient souvent le moyen de s’adapter aux défis reliés à un système pauvre en ressources : l’examen clinique était un outil diagnostique majeur, et les examens de laboratoire étaient réduits au minimum. Lorsque c’était absolument nécessaire, on choisissait judicieusement des analyses sanguines et des examens d’imagerie diagnostique. Si la famille ne pouvait payer ces bilans, les résidents « passaient le chapeau » pour recueillir des fonds et procéder à l’examen.
Les résidents m’ont également très bien intégrée. Je me suis sentie accueillie et membre à part entière de l’équipe. En plus des travaux cliniques, j’ai pu présenter une série de conférences sur la médecine probante pendant les visites matinales, partageant une démarche d’évaluation critique des articles de revues scientifiques. Même si ces articles portaient sur le paludisme, la drépanocytose et l’anémie, la démarche probante était tout aussi applicable au Ghana qu’elle l’est au Canada.
Par hasard, j’étais au Ghana le 6 mars, date du 50e anniversaire de l’indépendance du pays. La journée, de même que les semaines qui l’ont précédée, marquait une célébration d’importance pour le pays, qui a de quoi être fier : une culture dynamique, une vie familiale tricotée serrée, de magnifiques régions agricoles et de l’espoir pour l’avenir. Au cours de cette journée, on a célébré les réalisations du passé ainsi que l’indépendance, mais on a aussi convenu des difficultés du Ghana pour l’avenir, y compris les défis que représentent le paludisme, la tuberculose, le VIH et la mortalité précoce des enfants du pays. J’ai pu travailler dans un milieu où l’on affrontait ces défis tous les jours, et j’en suis venue à pouvoir évaluer le fardeau considérable des maladies dont souffrent les enfants du Ghana. Je tiens à remercier les patients et leur famille, les résidents et le personnel de Korle Bu de m’avoir fait vivre une expérience si enrichissante, de même que la Société canadienne de pédiatrie pour avoir contribué à rendre ce stage possible.
Izabela Sztukowski
Programme d’urgentologie pédiatrique
Université de l’Alberta
Affichage : juin 2007
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