|
Section de la santé des enfants dans le monde : articles
Francistown, Botswana, mai-juin 2007
soumis par Gillian Morantz
Je suis très reconnaissant pour la récente expérience que j’ai vécue au Botswana dans le secteur de la recherche, sous la supervision du docteur Jody Heymann, directrice de l’Institut de la santé et des politiques sociales de McGill. Pendant six semaines, en mai et juin 2007, j’ai colligé des données qualitatives et quantitatives au Village d’enfants SOS de Francistown, la deuxième ville en importance du Botswana. Cet organisme international de services d’aide à l’enfance est un établissement résidentiel de soins à l’intention d’orphelins et d’autres enfants vulnérables qui ont été soit négligés, soit violentés, soit abandonnés. Pour bon nombre de ces enfants, la pandémie de VIH-sida a été déterminante dans leur besoin d’hébergement. De plus, 38 des 232 enfants qui habitaient la résidence de SOS Francistown étaient atteints d’une infection par le VIH diagnostiquée. J’ai choisi d’entreprendre une étude dans cet organisme en particulier parce qu’il offre des services de soins complets. Ce projet de recherche visait à mieux comprendre les besoins psychosociaux et les expériences d’orphelins et d’autres enfants vulnérables en soins résidentiels de l’Afrique subsaharienne, dans l’espoir d’améliorer leurs soins.
Bien qu’à l’heure actuelle, le Botswana soit l’un des pays les plus stables d’Afrique, il est ravagé par le VIH-sida, à l’instar de nombreux autres pays d’Afrique du Sud. Avec plus d’un adulte sur trois infecté par le VIH, le Botswana possède la deuxième prévalence d’infection par le VIH dans le monde. En raison de cette maladie, l’espérance de vie au Botswana, qui était de 64 ans en 1990, a chuté à 35 ans, la plus faible sur la scène internationale. Ce fléau entraîne une épidémie d’orphelins et « l’érosion » de la société, les très âgés demeurant à la charge des très jeunes. Au Botswana, un enfant sur cinq est orphelin. Plusieurs études ont démontré que les enfants sidéens sont moins susceptibles d’aller à l’école et d’avoir une sécurité alimentaire que leurs camarades. Ils présentent un taux plus élevé de dépression et d’anxiété et risquent davantage d’être exposés au VIH. De plus, nous ne comprenons pas encore les répercussions psychologiques reliées au fait qu’une large partie d’une génération d’enfants grandissent sans l’un de leurs parents ou leurs deux parents, sans compter qu’ils doivent soigner leurs parents et être témoins de leur maladie et de leur décès.
Auparavant, en Afrique subsaharienne, les enfants orphelins étaient absorbés par les réseaux familiaux élargis. La majorité de ces enfants le sont encore, mais ces réseaux sont surchargés par le nombre d’orphelins et affaiblis par le décès des parents-substituts d’âge mûr, l’urbanisation et la pauvreté. Les établissements résidentiels de soins constituent une solution. Ils sont toutefois examinés de près en raison du roulement élevé du personnel et du ratio entre les enfants et le personnel, ce qui provoque des problèmes de transition à la vie communautaire au début de l’âge adulte, des coûts de fonctionnement plus élevés et de plus graves problèmes d’agrandissement. Plusieurs études sur les établissements résidentiels de soins ont révélé des issues physiques et mentales négatives. Néanmoins, lorsque les réseaux familiaux élargis sont démantelés ou incapables d’assurer un milieu sécuritaire et empathique, les établissements résidentiels peuvent devenir essentiels.
SOS Francistown fait partie de ces établissements qui cherchent à offrir des soins complets en milieu familial. Il fait partie de l’organisme bien établi Villages d’enfants SOS, qui le finance, conjointement avec des donateurs privés locaux et internationaux. SOS Francistown a été fondé en 1999 et accueille maintenant 232 enfants qui vivent dans des groupes de 12 à 15 enfants, répartis dans 17 maisons familiales. Chaque maison familiale est dotée de deux « mères SOS », des éducatrices rémunérées qui supervisent la vie quotidienne des enfants. L’organisme compte 14 adolescents qui habitent dans un établissement pour adolescents et adolescentes, où ils ont plus d’indépendance, afin de faciliter la transition vers une vie autonome. SOS Francistown exploite également un jardin d’enfants fréquenté par les enfants d’âge préscolaire de SOS et des collectivités avoisinantes. Comme je l’ai déjà dit, 38 enfants sont atteints d’une infection par le VIH diagnostiquée. Ils reçoivent tous un traitement très actif aux antirétroviraux, fourni gratuitement par le gouvernement du Botswana.
Pendant les six semaines que j’ai passées au sein de l’organisme, j’ai procédé à 160 entrevues semi-structurées avec l’aide d’un traducteur. J’ai parlé à près de 80 enfants, adolescents et anciens du programme ainsi qu’avec plus de quarante membres du personnel de SOS. J’ai interviewé vingt enseignants dans le jardin d’enfants de SOS et les écoles communautaires qu’ils fréquentent. J’ai également posé des questions à plusieurs parents qui envoient leurs enfants au jardin d’enfants de SOS. Mes entrevues visaient à mieux comprendre le processus de sélection de l’établissement et les services complets offerts. J’ai tenté de découvrir le point de vue des enfants sur leur vie avant et après leur arrivée à SOS. J’ai également colligé de l’information démographique quantitative sur tous les enfants, sous forme de base de données.
Je suis à analyser les données que j’ai accumulées et j’espère publier une étude de cas de SOS Francistown, de même que plusieurs articles sur divers aspects du projet. Je travaille à un article qui sera rédigé entièrement du point de vue des enfants et de leurs expériences de vie.
Mon intérêt pour ce projet provient de mon travail antérieur avec des enfants infectés et touchés par le VIH au Zimbabwe et au Burkina Faso. Bien que j’aie eu la chance de travailler dans plusieurs pays d’Afrique, jusque-là, je m’étais limité au milieu du développement ou de la santé clinique. C’était mon premier projet de recherche dans un pays en voie de développement. J’ai beaucoup appris sur les entrevues d’enfants et d’adultes d’une autre culture et sur le processus de recherche qualitative en général. De plus, ce projet a confirmé mon intérêt à orienter ma carrière éventuelle en pédiatrie vers la recherche et la défense d’intérêts en santé internationale. Je suis très reconnaissant au prix Don et Elizabeth Hillman aux résidents pour la santé des enfants dans le monde d’avoir soutenu ce projet.
Affichage : octobre 2007
|
|