Section de la santé des enfants dans le monde : articles
Cagayan de Oro City, Philippines, du 21 au 27 juillet 2008
Soumis par Dianne D. Lim
L’ai était chaud et la ville bourdonnait, même à cette heure matinale. Puisque je suis moi-même Philippine, je connaissais la population, la culture et la langue avant d’arriver. Ajoutez-y le soutien financier du prix Don et Elizabeth Hillman aux résidents pour la santé des enfants dans le monde, et j’avais un avantage indéniable pour mon aventure internationale.
Cagayan de Oro City, la ville de l’amitié dorée, est située au sud des Philippines. Avec sa population de 12 millions d’habitants, elle est dotée de 12 hôpitaux. Deux sont dirigés par le gouvernement : le centre médical du nord de Mindanao (CMNM), qui dessert la province du Misamis oriental, et l’hôpital général JR Borja, qui dessert surtout la ville. J’ai travaillé au premier, qui est le principal hôpital de formation, où exercent toutes les surspécialités de la pédiatrie. Sa circonscription incluait quatre provinces avoisinantes.
Les maladies infectieuses représentaient le plus fort taux de mortalité et de morbidité aux unités pédiatrique et néonatale. Comme il fallait s’y attendre, la malnutrition et les carences alimentaires étaient monnaie courante. L’infection et la malnutrition compliquaient les traitements et rendaient les issues plus tragiques. J’ai vu des cas de pellagre et plusieurs patients atteints de kwashiorkor caractérisé.
Dans les diverses unités, j’ai observé divers degrés d’hygiène des mains et de pratiques d’hygiène sécuritaires. Il n’était pas courant de se laver les mains et de nettoyer le stéthoscope entre les patients infectieux. Il manquait de blouses, de masques et de gants, à la fois à l’USIN et dans les autres unités. Les blouses devaient être redéposées dans le panier pour être réutilisées. Les membres du personnel conservaient leur masque pendant toute la durée de leur quart de travail.
Pendant ma rotation, j’ai assisté à l’inauguration de la nouvelle USIN du CMNM. Après beaucoup de prises de position, le département de pédiatrie s’est transformé d’une USIN à trois cubicules en une unité moderne de trois à quatre pièces à la ventilation et aux installations améliorées. Ce fut un grand soulagement après avoir vu des cubicules bondés où les réanimations néonatales, les bébés ventilés et les zones septiques étaient séparés par de simples rideaux de tissu.
Comme partout dans la vie, on perçoit des similarités et des différences. Par ailleurs, certains éléments ressortent. J’ai été frappée par le dévouement du personnel à enseigner aux stagiaires et à être leurs mentors. Les membres du personnel étaient également très accessibles à toute heure pour aider et soutenir les stagiaires. Ils communiquaient surtout par téléphone cellulaire. Ils se transmettaient l’information, y compris l’état du patient et les résultats de laboratoire, par messagerie SMS, ou « messagerie texte ». C’est un mode de communication efficace, qui entraîne moins d’interruptions perturbatrices, mais le respect des renseignements personnels et de la confidentialité peut être problématique. Je n’en revenais pas d’apprendre qu’ils s’étaient peu à peu débarrassés des téléavertisseurs il y a huit ans!
Par ailleurs, le talent, le zèle ou le dévouement ne manquaient pas de la part des stagiaires. Ce qui ressortait, toutefois, c’était le sentiment de futilité et d’insuffisance à s’occuper des enfants malades compte tenu du manque de ressources. D’un point de vue technique, les résidents acquéraient d’excellentes compétences étant donné le volume de patient et la charge de travail. Ils effectuaient d’innombrables intraveineuses, prises de sang et ponctions lombaires, y compris la chimiothérapie intrathécale et les aspirations de moelle osseuse quotidiennes. J’ai eu l’occasion d’effectuer non seulement des installations d’intraveineuses et de phlébotomies, mais également de la chimiothérapie ambulatoire, y compris l’administration de cytarabine et de vincristine par voie intraveineuse.
Pendant mon séjour, j’ai réfléchi aux problèmes qu’affrontent les stagiaires ici et à l’étranger, et j’ai constaté d’énormes différences. Les résidents doivent lutter pour surmonter des problèmes financiers (salaire : 680 $CAN/mois), la charge de travail (neuf résidents seulement), le ratio entre le service et la formation, l’horaire de garde (une journée sur trois), les exigences de la recherche, les relations interpersonnelles et professionnelles avec les patients, leur famille et les collègues, tout en essayant de concilier leur travail avec leur vie familiale.
Au Canada, nous avons la chance de compter sur d’innombrables ressources. Aux Philippines, il n’y a pas d’organisation officielle pour défendre les heures de travail et les avantages sociaux des stagiaires. Ils reçoivent ce qu’édicte le service gouvernemental. L’horaire exige des talents d’équilibriste, surtout pendant les gardes. On s’attend que les résidents placent le travail avant tout et leur formation avant leur vie personnelle.
Malgré tout, les résidents avec qui j’ai travaillé ont un goût de la vie et une passion pour leur vocation de maintenir la santé et la vie. Ils travaillent fort et sont reconnaissants de la possibilité de travailler dans le milieu médical. À l’extérieur du travail, ils socialisent et font des voyages de département. À leurs congrès, on sert des repas complets, même au déjeuner!
La santé de l’enfant philippin a encore besoin de beaucoup progresser. Les problèmes que je percevais quand je suis partie il y a plus de dix ans sont toujours d’actualité. Le ralentissement de l’économie et l’augmentation du coût de la vie ont fait reculer les besoins médicaux encore davantage dans la liste de priorité des familles. Le département de pédiatrie du CMNM se perçoit comme le centre de mieux-être et d’excellence qui offre des soins de qualité aux plus jeunes de la société. Je serais honorée d’y retourner pour participer à sa vision.
Grâce à cette expérience, je pense être devenue une meilleure personne. Je suis reconnaissante de la pléthore de ressources que nous avons à notre disposition. J’ai également envie de profiter de la multitude de possibilités pour me préparer à ma pratique future et à ma future collaboration avec des médecins internationaux comme ceux des Philippines. J’ai envie de promouvoir des pratiques médicales sécuritaires pour les jeunes enfants.
Affichage : octobre 2008
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