Les infections d’origine alimentaire

Comité des maladies infectieuses et d'immunisation, Société canadienne de pédiatrie (SCP)

Paediatr Child Health 2008;13(9) : 785-8

Aussi disponible : La salubrité alimentaire à la maison

Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d'immunisation


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Le présent commentaire sur les maladies infectieuses en pédiatrie vise à fournir une orientation pratique aux médecins qui conseillent des patients au sujet de la salubrité des aliments (1). La salubrité des aliments est devenue un enjeu de santé publique important en Amérique du Nord. Un système sentinelle de surveillance des maladies d’origine alimentaire existe aux États-Unis depuis 1996 (2), et un système similaire a récemment été mis en place au Canada (3). Ces dernières années aux États-Unis, on a constaté une diminution importante de l’incidence de plusieurs infections d’origine alimentaire, peut-être attribuable à l’adoption d’initiatives de salubrité (4-6).

HISTORIQUE
Le nombre de cas déclarés d’infections entériques, dont la plupart sont d’origine alimentaire, a augmenté dans de nombreux pays dans les années 1990 (7-10). De nouveaux pathogènes (Cryptosporidium, Cyclospora, calicivirus et norovirus) ont émergé ou leur origine alimentaire a été établie (5,8,10). De plus, la population de patients immunocompromis hautement susceptibles aux pathogènes entériques a augmenté (11,12).

La responsabilité de pathogènes d’origine alimentaire dans de graves maladies extra-intestinales est également établie (13). L’infection par l’Escherichia coli O157 est une cause importante de syndrome hémolytique et urémique (14,15). Au Royaume-Uni, la variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob est reliée à du bœuf contaminé (16,17). Une arthrite réactionnelle après une infection par des pathogènes bactériens entériques, le syndrome de Guillain-Barré après une entérite à Campylobacter et la Listeria disséminée chez les nouveau-nés de femmes infectées pendant la grossesse en sont d’autres exemples (13,18).

D’ordinaire, les vecteurs de transmission des infections d’origine alimentaire sont la viande, la volaille ou les fruits de mer mal cuits ainsi que le lait non pasteurisé. On avait l’habitude de considérer les œufs non fêlés comme sécuritaires. On sait maintenant que la Salmonella endémique au sein des troupeaux pondeurs peut contaminer des œufs intacts, et pour cette raison, les œufs mal cuits sont devenus une importante cause d’infection. Les fruits et légumes frais sont de plus en plus mis en cause dans les flambées d’origine alimentaire. La luzerne, les framboises importées, les tomates, les cantaloups, les oignons verts et les feuilles de laitue contaminés, de même que le jus de pomme non pasteurisé, le cidre, le jus d’orange et le jus de carotte ont tous été responsables de telles flambées (5,8,10,19,20). Au tableau 1 figure le sommaire des principaux aliments associés à des maladies d’origine alimentaire et les principaux microorganismes en cause. Dans le site Web de Santé Canada, on trouve les alertes sur les nouvelles flambées de maladie d’origine alimentaire (21).

LE CONSOMMATEUR ET LA SALUBRITÉ ALIMENTAIRE DANS UN ENVIRONNEMENT ALIMENTAIRE EN ÉVOLUTION
La salubrité alimentaire incombe à l’industrie de l’alimentation, aux agences de la santé publique et aux consommateurs. Le présent document ne traite pas des questions relatives à l’industrie alimentaire et à la santé publique. Les consommateurs assument une importante responsabilité en matière de salubrité alimentaire. Ils sont peut-être de plus en plus inquiets, mais peu au fait des pratiques sécuritaires de préparation des aliments (22,23), et les médecins peuvent participer à leur éducation. De nombreux consommateurs pensent qu’on contracte surtout les maladies d’origine alimentaire à l’extérieur du domicile, mais la plupart des infections se produisent à la maison (24). Des facteurs contribuent à ces infections : la contamination des aliments crus, la manipulation incorrecte des aliments et la consommation intentionnelle d’aliments crus ou mal cuits d’origine animale.

Les consommateurs mangent plus de fruits et de légumes frais et de produits céréaliers qu’auparavant, des aliments recommandés dans le cadre d’un régime alimentaire plus sain. Ces aliments peuvent être transportés sur de longues distances. La demande de produits agricoles frais toute l’année a entraîné une plus grande consommation de produits agricoles frais importés de pays où les modes de production ne sont pas aussi bien contrôlés qu’au Canada et où une contamination microbienne est plus susceptible de se produire (8,22). On postule que plus de 50 % des légumes frais vendus dans les pays industrialisés proviennent de pays en voie de développement (12).

Par ailleurs, les consommateurs font appel aux services de repas commerciaux plus souvent, que ce soit à domicile ou à l’extérieur. Ils achètent souvent des repas préparés à l’épicerie ou au restaurant. La préparation en gros, l’entreposage ou le réchauffage sous-optimaux peuvent favoriser la croissance de pathogènes dans ces aliments (22).

Les choix alimentaires qui incluent de la viande bleue, des poissons et fruits de mer crus et des méthodes de cuisson rapide qui ne réchauffent pas bien les aliments gagnent en popularité. Les consommateurs doivent être sensibilisés aux risques d’infection associés à ces pratiques et à la nécessité de s’assurer que les ingrédients de départ sont sécuritaires (22).

Les parents peuvent penser à tort que les produits biologiques sont sans risque. Pourtant, le risque d’infection par ces produits est aussi élevé que celui des produits non biologiques, et en raison de certaines conditions de production, il peut même être plus élevé. Il faut préparer ces deux types de produits avec attention (25-27).

L’exposition des aliments à une source contrôlée de radiation ionisante à faible dose améliore la salubrité des aliments, car elle élimine la majorité des pathogènes microbiens. Les parents peuvent s’inquiéter de la salubrité des aliments irradiés. Pourtant, des aliments irradiés correctement sont nutritifs et salubres (28-30). Ceux qui s’inquiètent d’ingérer une substance radioactive doivent être rassurés : les aliments irradiés ne sont pas radioactifs. Cependant, l’irradiation ne débarrasse pas les aliments de tous les microbes. Elle ne remplace donc pas une production, un traitement et une préparation convenables des aliments.

CONSEILS POUR LA MANIPULATION SÉCURITAIRE DES ALIMENTS

Dix règles pour préparer des aliments conformément aux règles de salubrité (31,32) :

LA SALUBRITÉ ALIMENTAIRE DES PATIENTS IMMUNOCOMPROMIS
Les médecins doivent avertir les parents d’enfants immunocompromis de se montrer particulièrement vigilants. Ces enfants courent un risque plus élevé de maladie grave après avoir contracté des microorganismes d’origine alimentaire, y compris la Salmonella, le Toxoplasma, le Cryptosporidium et la Listeria. Par conséquent, il faut être très attentif dans la sélection et la préparation des aliments à leur intention. Il faut éviter les aliments non cuits qui contiennent une forte charge microbienne ou qui ne peuvent être nettoyés correctement. Il existe des recommandations publiées pour prévenir les maladies d’origine alimentaire chez les personnes devenues immunodéficientes après une transplantation de globules rouges hématopoïétiques (34) ou en raison du VIH (35,36). Les conseils que renferment ces documents sont également pertinents pour les patients immunocompromis en raison d’une autre maladie ou d’une thérapie.

RENSEIGNEMENTS SUPPLÉMENTAIRES SUR LA SALUBRITÉ ALIMENTAIRE À L’INTENTION DES FAMILLES

RÉFÉRENCES

  1. Société canadienne de pédiatrie, Comité des maladies infectieuses et d’immunisation [auteur principal : G Delage]. Des bestioles dans notre assiette : Matière à nourrir l’esprit. Paediatr Child Health 2001;6:219-22.
  2. Centers for Disease Control and Prevention. Foodnet reports. <www.cdc.gov/foodnet/reports.htm> (version à jour le 21 octobre 2008).
  3. Agence de la santé publique du Canada. C-EnterNet. <www.phac-aspc.gc.ca/c-enternet/index-fra.php> (version à jour le 21 octobre 2008).
  4. Marwick C. Putting money where the US mouth is: Initiative on food safety gets under way. JAMA 1997;277:1340-2.
  5. Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Preliminary FoodNet data on the incidence of infection with pathogens transmitted commonly through food – 10 states, 2007. MMWR 2008;57:366-70.
  6. Scallan E. Activities, achievements, and lessons learned during the first 10 years of the Foodborne Diseases Active Surveillance Network: 1996-2005. Clin Infect Dis 2007;44:718-25.
  7. Käferstein FK, Motarjerni J, Bettcher DW. Foodborne disease control: A transnational challenge. Emerg Infect Dis 1997;3:503-10.
  8. Tauxe RV. Emerging foodborne diseases: An evolving public health challenge. Emerg Infect Dis 1997;3:425-34.
  9. Bryan FL. Reflections on a career in public health: Evolving foodborne pathogens, environmental health, and food safety programs. J Environ Health 2002:65:14-24.
  10. Agence de la santé publique du Canada. Raport annuel de C-EnterNet 2006. Programme de surveillance nationale intégrée des agents pathogènes entériques. <www.phac-aspc.gc.ca/publicat/2007/c-enternet06/areport06_f.html> (version à jour le 21 octobre 2008).
  11. Morris JG Jr, Potter M. Emergence of new pathogens as a function of changes in host susceptibility. Emerg Infect Dis 1997;3:435-41.
  12. Scott E. Food safety and foodborne disease in 21st century homes. Can J Infect Dis 2003;14:277-80.
  13. Lindsay JA. Chronic sequelae of foodborne disease. Emerg Infect Dis 1997;3:443-52.
  14. Rowe PC, Orrbine E, Lior H, Wells GA, McLaine PN. A prospective study of exposure to verotoxin-producing Escherichia coli among Canadian children with hemolytic uraemic syndrome. The CPKDRC co-investigators. Epidemiol Infect 1993;110:1-7.
  15. Rangel JM, Sparling PH, Crowe C, Griffin PM, Swerdlow DL. Epidemiology of Escherichia coli O157:H7 outbreaks, United States, 1982-2002. Emerg Infect Dis 2005;11:603-9.
  16. Will RG, Ironside JW, Zeidler M et coll. A new variant of Creutzfeldt-Jakob disease in the UK. Lancet 1996;347:921-5.
  17. Beisel CE, Morens DM. Variant Creutzfeldt-Jakob disease and the acquired and transmissible spongiform encephalopathies. Clin Infect Dis 2004;38:697-704.
  18. Schlech WF III. Foodborne listeriosis. Clin Infect Dis 2000;31:770-5.
  19. Marcus R. New information about pediatric foodborne infections: The view from FoodNet. Curr Opin Pediatr 2008;20:79-84.
  20. American Academy of Pediatrics. Appendix VI. Clinical syndromes associated with foodborne diseases. In: Pickering LK, ed. Red Book: 2006 Report of the Committee on Infectious Diseases. 27th edn. Elk Grove Village: The American Academy of Pediatrics 2006:857-60.
  21. Santé Canada. Aliments et nutrition. Avis, mises en garde et retraits. <www.hc-sc.gc.ca/fn-an/advisories-avis/index_f.html> (version à jour le 21 octobre 2008).
  22. Collins JE. Impact of changing consumer lifestyles on the emergence/reemergence of foodborne pathogens. Emerg Infect Dis 1997;3:471-9.
  23. Bruhn CM. Consumer concerns: Motivating to action. Emerg Infect Dis 1997;3:511-5.
  24. Agence de la santé publique du Canada. Rapport sur la surveillance canadienne intégrée: Salmonella, Campylobacter, E. coli pathogène et Shigella, de 1996 à 1999. RMTC 2003;29(S1). <www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/03vol29/29s1/index.html> (version à jour le 21 octobre 2008).
  25. Heuer OE, Pedersen K, Andersen JS, Madsen M. Prevalence and antimicrobial susceptibility of thermophilic Campylobacter in organic and conventional broiler flocks. Lett Appl Microbiol 2001;33:269-74.
  26. Dixon B. Natural might not be healthier. Lancet Infect Dis 2001;1:360.
  27. Phillips CA, Harrison MA. Comparison of the microflora on organically and conventionally grown spring mix from a California processor. J Food Prot 2005;68:1143-6.
  28. Shea KM. Technical report: Irradiation of food. Committee on Environmental Health. Pediatrics 2000;106:1505-10.
  29. Tauxe RV. Food safety and irradiation: protecting the public from foodborne infections. Emerg Infect Dis 2001;7:516-21.
  30. Osterholm MT, Norgan AP.  The role of irradiation in food safety. N Engl J Med 2004;350:1898-901.
  31. Organisation panaméricaine de la santé. The WHO Golden Rules for Safe Food Preparation. <www.paho.org/English/DD/PED/te_gold.htm> (version à jour le 21 octobre 2008).
  32. Organisation mondiale de la santé. Five keys to safer food. <www.who.int/foodsafety/publications/consumer/5keys/en/index.html> (version à jour le 21 octobre 2008).
  33. Partenariat canadien pour la salubrité des aliments. <www.canfightbac.org/fr/> (version à jour le 21 octobre 2008).
  34. Centers for Disease Control and Prevention. Guidelines for preventing opportunistic infections among hematopoietic stem cell transplant recipients: Recommendations of CDC, the Infectious Disease Society of America, and the American Society of Blood and Marrow Transplantation. MMWR 2000;49(RR-10):48-52. <www.cdc.gov/mmwr/PDF/rr/rr4910.pdf> (version à jour le 21 octobre 2008).
  35. Centers for Disease Control and Prevention. Guidelines for preventing opportunistic infections among HIV-infected persons – 2002: Recommendations of the U.S. Public Health Service and the Infectious Diseases Society of America. MMWR 2002;51(RR-8):49. <www.cdc.gov/mmwr/PDF/rr/rr5108.pdf> (version à jour le 21 octobre 2008).
  36. Centers for Disease Control and Prevention. Caring for someone with AIDS at home. <www.cdc.gov/hiv/pubs/brochure/careathome.htm> (version à jour le 21 octobre 2008).
COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION
Membres : Docteurs Robert Bortolussi (président), IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse); Dorothy L Moore, L’Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec) ; Joan L Robinson, Edmonton (Alberta); Élisabeth Rousseau-Harsany (représentante du conseil), CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec); Lindy M Samson, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario)
Conseillère : Docteure Noni E MacDonald, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)
Représentants :Docteurs Upton D Allen, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (Canadian Pediatric AIDS Research Group); Charles PS Hui, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario) (représentant de la SCP auprès de Santé Canada, Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages); Nicole Le Saux, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario) (Programme canadien de surveillance active de l’immunisation); Larry Pickering, Elk Grove (Illinois) États-Unis (American Academy of Pediatrics, rédacteur en chef du Red Book et membre d’office du comité des maladies infectieuses); Marina I Salvadori, Children’s Hospital of Western Ontario, Ottawa (Ontario) (représentante de la SCP auprès de Santé Canada, Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages)
Auteure principale : Docteure Dorothy L Moore, L’Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec)

Affichage : novembre 2008

Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.