Le recours à la médecine parallèle dans le traitement des enfants atteints de trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité
Comité de la pédiatrie psychosociale, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatr Child Health 2002;7(10):721-30
No de référence : PP 2002-03
Révision en cours en janvier 2009
Aussi disponible : La médecine parallèle pour les troubles de déficit de l’attention avec hyperactivité
Index des documents de principes du Comité de la pédiatrie psychosociale
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Contenu
Le présent énoncé vise à :
Le TDAH est un trouble courant et complexe pour lequel on n’a établi aucune origine neuroanatomique, physio-logique, biochimique ou psychologique précise. Malgré l’ef-ficacité et l’innocuité relative des stimulants, de nombreux parents s’inquiètent de donner à leur enfant un médicament psychoactif psychodysleptique (qui modifie l’activité men-tale normale) pour ce qui sera vraisemblablement une longue période. Comme ils le font pour de nombreuses maladies chroniques de l’enfance, les parents se tournent vers la médecine parallèle (1). Il existe une mine de renseigne-ments sur la médecine parallèle contre le TDAH dans les médias grand public et dans Internet. Des comptes rendus probants ont été repérés dans la base de données MEDLINE et dans les références d’exposés de synthèse publiés dans la documentation scientifique révisée par des pairs (tableau 1). Les interventions diététiques représentent le type de médecine parallèle le plus populaire contre le TDAH (2). Elles comprennent surtout les types de régimes alimentaires suivants : Les régimes d’éviction dans le TDAH L’élimination des allergènes alimentaires
La restriction du sucre et de l’aspartame Une autre théorie populaire est tirée de l’ouvrage de Crook, intitulé The Yeast Connexion (25), qui postule que la candidose chronique et la production de toxines à Candida sont responsables de l’hyperactivité. Le traitement découlant de cette théorie inclut des antifongiques, un régime sans sucre de quelque origine que ce soit susceptible de promouvoir la croissance de levures, et un régime sans aliments fabriqués avec des moisissures et de la levure (p. ex., pain, fromage, aliments transformés, fruits séchés) ou contaminés par ces matières. Ces théories n’ont pas été validées d’un point de vue scientifique. Les suppléments alimentaires Le fer : Une carence en fer démontrée devrait être traitée. Cependant, un essai ouvert sur les suppléments de fer administrés à des garçons atteints de TDAH ne présentant pas de carence en fer n’a démontré aucune amélioration des évaluations comportementales faites par l’enseignant, même si celles des parents étaient plus positives (28). Puisque cette étude n’a pas été suivie d’un essai clinique contrôlé, rien n’étaye l’indication d’administrer des supplé-ments de fer de manière systématique aux enfants atteints de TDAH. Le magnésium : Une étude démontrait une amélioration du comportement d’une cohorte d’enfants atteints de TDAH et présentant une carence relative en magnésium (29). Cependant, ce compte rendu isolé ne justifie pas l’ad-ministration systématique de suppléments de magnésium aux enfants atteints de TDAH. La pyridoxine (vitamine B6) : Une étude à double insu a démontré une tendance en faveur d’une amélioration du comportement chez les enfants atteints de TDAH prenant de la pyridoxine par rapport au méthylphénidate et à un placebo (30). Aucune autre étude n’a confirmé cette ten-dance, et la pyridoxine n’est pas recommandée, à moins de carence documentée. Zinc : Une étude faisait état d’un zinc sérique plus faible chez les enfants atteints de TDAH en santé et bien nourris par rapport à un groupe d’enfants sans TDAH (31). Une autre étude laissait supposer que le zinc nutritionnel peut être important pour la réponse des enfants atteints de TDAH à la dextroamphétamine, et que les bénéfices poten-tiels de l’huile d’onagre (de l’acide gamma-linolénique) sont dérivés de l’amélioration ou de la compensation de zinc nutritionnel limite (32). Il n’existe pas d’étude con-trôlée, et un apport de suppléments supérieur à l’allocation quotidienne recommandée n’est pas indiqué en l’absence de carence documentée. Les acides gras essentiels : Certaines études démontrent que les enfants atteints de TDAH présentent un taux plus élevé de symptômes non spécifiques, caractéristiques d’une carence en acides gras essentiels (p. ex., plus grande soif et atopie) (33-35). L’huile d’onagre contient plus de 70 % d’acide cislinoléique et environ 9 % d’acide cisgammali-nolénique, et elle est réputée améliorer le comportement des enfants hyperactifs (36). Une autre source d’acides gras essentiels demeure l’huile de poisson, qui contient de l’acide docosahexénoïque, un acide gras polyinsaturé à longue chaîne dont le précurseur obligatoire est l’acide alphali-nolénique. Cependant, trois études en insu contrôlées con-tre placebo sur les suppléments d’acides gras essentiels chez les enfants atteints de TDAH ne révélaient que des amélio-ration minimes ou ne s’associaient à aucune amélioration du comportement (37-39). Le rôle des suppléments alimentaires dans le traitement du TDAH Les nootropiques Les plantes médicinales
Il est difficile de mener des études qui comparent les plantes médicinales aux traitements traditionnels, princi-palement parce que les préparations phytothérapeutiques ne sont pas normalisées. De nombreuses questions sont soulevées quant à la pureté, à la fiabilité, à l’innocuité et à la toxicité de ces produits (56). Les antioxydants
L’entraînement visuel et le traitement oculovestibulaire Rien n’étaye les prétentions selons lesquelles la dyslexie et le TDAH secondaire peuvent être soulagés grâce à des exer-cices oculaires précis ou à des lentilles colorées (61). Une étude comparant la stimulation vestibulaire à la stimulation visuelle accompagnée d’une stimulation à la fois vestibu-laire et visuelle n’a pu démontrer de différence significative entre les traitements (62). Il faudrait faire vérifier l’acuité visuelle des enfants sur une base régulière, et toute préoccu-pation à cet égard devrait justifier une consultation chez l’ophtalmologiste. L’homéopathie est un système thérapeutique qui prétend rétablir les « énergies vitales » au moyen de dilutions extrêmes d’extraits végétaux, animaux ou minéraux haute-ment personnalisés selon les symptômes du patient. Une étude récente contrôlée contre placebo a démontré une importante amélioration du comportement chez les enfants atteints de TDAH suivant un traitement homéopathique (63). Cependant, • les patients étaient dirigés vers le placebo ou l’homéopathie en alternance, selon leur ordre d’aiguillage vers le chercheur en vue d’être évalués; • le chercheur était au courant du traitement suivi; • de nombreux patients présentaient des comorbidités (phobies, syndrome de stress post-traumatique, symptômes maniaques); • l’échelle d’évaluation n’était pas validée; • les enfants dont l’état ne s’améliorait pas au bout de dix jours grâce à un traitement homéopathique donné recevaient une deuxième et, au besoin, une troisième prescription homéopathique. La stimulation auditive : la méthode tomatis de formation acoustique On s’intéresse de plus en plus au rôle de la musique dans les processus affectifs et cognitifs, et de ses applications en médecine et en éducation. Dans une récente étude con-trôlée (64), les garçons atteints de TDAH ont amélioré leurs aptitudes en résolution de problèmes arithmétiques lorsqu’ils écoutaient leur musique favorite. Cependant, une importante interaction selon l’ordre du groupe s’observait, indiquant que le rendement arithmétique s’améliorait seulement dans le groupe écoutant de la musique à la pre-mière condition expérimentale. La méthode Tomatis de formation acoustique se fonde sur l’hypothèse selon laquelle il est possible d’améliorer la concentration et l’attention grâce à une combinaison de stimulation auditive et de formation acoustique, au moyen de modifications de la voix humaine à haute fréquence et de musique classique transmise par une « oreille électronique ». Bien qu’il y ait des prétentions à la diminution des symptômes de TDAH, aucune étude con-trôlée n’a été menée à ce sujet. La forte intensité de l’inter-vention (au moins 75 séances) et l’inclusion de formation en compétences sociales et scolaires dans le programme pourraient être responsables de la plus grande part de l’amélioration observée (40). La rétroaction biologique vise à faciliter l’autorégulation physiologique et psychologique des patients. Du matériel électrique ou électromécanique permet de mesurer, puis d’assurer des renseignements de rétroaction sur les processus physiologiques au patient qui reçoit des directives sur la modulation d’un des paramètres physiologiques selon l’orientation désirée (65). La rétroaction biologique électromyographique est uti-lisée contre le TDAH, l’hypothèse étant que l’enseigne-ment de la relaxation générale contribue à réduire les symptômes d’hyperactivité. Les résultats sont équivoques en raison de la petitesse des échantillons, de l’absence de groupes témoins et de variables de confusion indépen-dantes, comme des traitements supplémentaires (66). L’électroencéphalographie quantitative a permis de documenter des différences électroencéphalographiques (EEG) entre des enfants atteints de TDAH et des enfants non atteints (67). D’ordinaire, les enfants atteints de TDAH affichent des élévations de l’activité thêta ou alpha à onde lente des régions frontopariétales et une diminution de l’activité béta postérieure (67,68). La rétroaction neurologique, ou l’apprentissage par rétroaction EEG, est conçue pour accroître certains types d’activité EEG et réduire d’autres types d’activité EEG lorsqu’ils se produisent en même temps. Les signaux auditifs ou visuels proportionnels à la mesure d’EEG pertinente sont présentés à l’enfant. Puisque, chez les enfants atteints de TDAH, l’objectif consiste à diminuer l’activité des ondes thêta et à accroître le rythme sensorimoteur ou l’activité des ondes béta, un signal sonore peut se déclencher lorsque l’amplitude thêta chute sous un seuil prédéterminé, tandis qu’un second signal sonore peut se déclencher lorsque le rythme sensorimoteur ou les amplitudes béta dépassent une valeur donnée. Les tâches cognitives sont utilisées avec la rétroaction neurologique auditive afin de promouvoir la généralisation (69). Les études de la rétroaction neurologique au cours des années 1970 et 1980 font généralement appel à la conception de tests avant et après un traitement, ou à un schéma ABA (condition expérimentale A, suivie de la condition expérimentale B, suivie de la condition expéri-mentale A), le sujet étant son propre témoin. L’échantillonnage était petit, ce qui limitait la générali-sabilité des améliorations soutenues déclarées dans le comportement social et scolaire pendant de longues pé-riodes après le traitement (70). Les études des dix dernières années confirment les résul-tats antérieurs d’améliorations après le traitement (71,72). Une étude comparant la rétroaction neurologique à l’utili-sation de psychostimulants à l’aide de groupes expérimen-taux et de groupes témoins bien appariés a démontré une amélioration significative après le traitement au moyen des résultats au test des variables d’attention dans les deux groupes (73). Une autre étude comparait l’effet de la rétroaction neurologique à une condition de contrôle sur liste d’attente, et a révélé une augmentation importante du quotient intellectuel (QI) du groupe expérimental, de même qu’une diminution des comportements d’inattention, mais les comportements agressifs ou de défi ne différaient pas dans les deux groupes. Cependant, les données d’EEG n’étaient pas disponibles, et l’amélioration peut s’être pro-duite au moyen de méthodes comportementales (74). Des recherches plus poussées s’imposent, à l’aide d’échantillons plus vastes et de groupes témoins conve-nables, en plus d’une évaluation approfondie des facteurs de confusion, des effets placebo et des biais de sélection et d’information. Il convient de se souvenir de la question éthique du concept de fausse rétroaction face à l’engage-ment exigé des enfants et de leur famille, ainsi que du potentiel de découragement (75). Toutefois, la rétroaction neurologique représente une solution pour les patients qui souffrent d’effets secondaires importants aux stimulants, réagissent peu au traitement ou refusent d’envisager la médication (40). L’hypnothérapie permet à l’enfant d’acquérir un sentiment de contrôle, d’améliorer son estime de soi, d’accroître ses compétences et de réduire le stress. En général, les enfants acceptent la suggestion sur-le-champ, et l’hypnose relie le monde imaginaire intérieur de l’enfant aux modifications thérapeutiques. L’hypnothérapie est particulièrement utile lorsqu’elle est intégrée à un traitement multimodal et qu’elle est adaptée à l’âge de développement de l’enfant (76). Même si aucune étude ne démontre que l’hyp-nothérapie réduit les principaux symptômes des enfants atteints de TDAH, une efficacité thérapeutique est déclarée par rapport à des symptômes connexes comme les troubles du sommeil ou les tics (77). Le médecin est responsable d’établir un diagnostic de TDAH et d’autres comorbidités grâce à une évaluation médicale traditionnelle, puis de discuter soigneusement des possibilités de traitement normalisées. Le médecin devrait être sensibilisé au fait que les parents peuvent utiliser la médecine parallèle auprès de leurs enfants atteints de TDAH, il devrait s’en informer au cours des visites de suivi et il devrait être prêt à partager l’information avec les familles (tableau3). Le médecin devrait fournir des conseils équilibrés au sujet d’une série de possibilités de traitement, en préciser les risques ou les effets néfastes potentiels et informer le parent des effets placebo et du besoin de mener des études contrôlées. L’établissement et le maintien d’une relation de confiance s’imposent avec les familles (78).
Tableau 1: Phases de développement de l’alphabétisation précoce
Tableau 2: Les effets secondaires et les interactions des médicaments
Tableau 3 : Sites Web sélectionnés pour obtenir plus de renseignements Évaluation indépendante de divers produits, en
anglais Site commercial anglais contenant de nombreux articles
et références National Institutes of Health Office of Dietary
Supplements National Center for Complementary and Alternative
Medicine Site Web de Santé Canada sur les produits de santé
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Counselling families who choose complementary and alternative medicine for their child with chronic illness or disability. Pediatrics 2001;107:598-601. Comité de la pédiatrie psychosociale (2002-2003) Membres : Docteurs
Anne-Claude Bernard-Bonnin, département de pédiatrie, Hôpital
Sainte-Justine, Montréal (Québec); Kim Joyce Burrows, Kelowna (Colombie-Britannique);
Anthony Ford-Jones, département de pédiatrie, Joseph Brant Memorial
Hospital, Burlington (Ontario); Sally Longstaffe (présidente), clinique du
développement de l’enfant, Children’s Hospital, Winnipeg (Manitoba);
Theodore A Prince, pédiatrie générale et du développement, Calgary
(Alberta); Sarah Emerson Shea (administratrice responsable), IWK Health
Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)
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