La promotion de la santé mentale pour les enfants de parents qui se séparent

Comité de la pédiatrie psychosociale, Société canadienne de pédiatrie (SCP)

Paediatr Child Health 2000;5(4):237-40
No de référence : PP 2000-01

Révision en cours en janvier 2009

Aussi disponible : Comment aider les enfants à affronter la séparation de leur parents

Index des documents de principes du Comité de la pédiatrie psychosociale


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Contenu 

·         Historique et épidémiologie

·         Les effets de la séparation parentale sur les enfants

·         Les problèmes de développement

·         Pour minimiser les effets négatifs de la séparation parentale

·         Quelle aide peut offrir le médecin?

·         Conclusion

·         Références


Le présent énoncé vise à décrire les effets de la séparation parentale sur les enfants à diverses étapes du développement et à divers niveaux de compétence ainsi qu’à donner des conseils pratiques aux médecins sur les moyens d’aider les enfants et les familles qui vivent une séparation parentale.

Historique et épidémiologie

La séparation et le divorce sont de plus en plus prévalents en Amérique du Nord, où de 40 % à 70 % des enfants vivent le divorce de leurs parents (1). En 1997, on dénombrait 151 224 mariages et 67 408 divorces au Canada. Entre 1971 et 1991, le taux de mariage a diminué, et le taux de divorce a augmenté. En 1991, 82 % de toutes les familles monoparentales étaient dirigées par une femme (2).

La séparation parentale n’est pas un événement circonscrit dans le temps, mais un processus. En général, du point de vue de l’enfant, les deux parents demeurent des membres de la famille.

Jusqu’à présent, la compréhension de l’épidémiologie et des effets du divorce se fondait sur des études de conceptions diverses, dont des rapports de cas, des recherches qualitatives par entrevues, le suivi de cohortes prospectives et des recherches transversales par sondage.

Règle générale, les enfants qui vivent le divorce de leurs parents habitent dans un ménage dirigé par la mère pendant les cinq premières années suivant le divorce (3). Puisque la plupart des parents divorcés se remarient et que le taux de divorce est plus élevé chez les personnes remariées, les enfants de parents divorcés risquent de connaître d’autres ruptures, avec les nouvelles tensions qui en découlent. Comme les parents séparés ont tendance à s’engager dans de nouvelles relations, il est fort probable que leurs enfants aient de nombreux modèles parentaux.

Des recherches s’imposent sur les effets de la séparation sur les enfants en cas d’unions entre personnes du même sexe ainsi que sur les stratégies visant à favoriser le bien-être des enfants qui vivent dans des «belles-familles».

Le gouvernement canadien est en voie d’adopter une démarche plus axée vers l’enfant dans les processus juridiques que traversent les parents qui se séparent et leurs enfants (4).

Les effets de la séparation parentale sur les enfants

La fin d’un mariage peut nuire à un rôle parental efficace et priver les enfants du soutien émotif de leurs parents, qui peuvent être temporairement préoccupés par leur propre angoisse. De même, le divorce est souvent suivi d’une baisse de revenu pour le parent ayant la garde et pour ses enfants. La séparation parentale, même si elle est stressante, peut toutefois finir par profiter à la fois à l’enfant et aux parents, selon la situation familiale. Les nombreuses influences sur l’enfant et la famille comprennent la stabilité parentale, le soutien social ainsi que l’âge, le tempérament et la résilience de l’enfant.

Les premières études laissaient supposer que les enfants de familles qui vivent un divorce et un remariage sont plus susceptibles de décrocher de l’école, d’avoir des problèmes avec la justice, d’abuser de drogues ou d’alcool et de souffrir de détresse affective que les enfants qui grandissent avec leurs deux parents biologiques (5). Des études plus récentes démontrent que seule une proportion légèrement plus élevée d'enfants dont l’état mental ne pose aucun problème vivent dans une famille intacte. Certaines études qui indiquent qu’une forte proportion des enfants sont perturbés par un divorce sont faussées parce que les échantillons cliniques proviennent de familles en thérapie plutôt que de la population générale. Wallerstein et Blakeless (6), par exemple, ont effectué une étude à long terme auprès d’enfants de parents divorcés de classe moyenne, et ont découvert que près de la moitié des enfants présentaient un stress et une insécurité prolongés qui nuisaient à leur travail et à leurs relations sociales.  L’étude était toutefois limitée par un échantillon relativement restreint et faussé de familles autosélectionnées, toutes envoyées en thérapie (6). Des études faites auprès de populations plus représentatives indiquent que le risque de dysfonction que courent les enfants des parents divorcés est inférieur à celui qu’avance Wallerstein et Blakeless, et des observations font état d'une légère augmentation des troubles de comportement chez ces enfants par rapport aux enfants de parents non divorcés (7).

Quels sont les déterminants négatifs connus? Le stress chronique, relié à une maladie chronique de l’enfant, une incapacité ou un tempérament difficile, peut contribuer aux tensions familiales et aux conflits parentaux, de même que le stress suivant la séparation pour les parents. Les styles parentaux, caractérisés par une attitude négative, des conflits verbaux ou physiques et un comportement autoritaire, sont reconnus comme dommageables (8). Les recherches laissent supposer que c’est le conflit parental, et non la séparation, qui nuit le plus aux enfants (9).

Quels sont les déterminants positifs connus? Des observations indiquent que les enfants de parents coopératifs s’en sortent mieux dans une résidence physique conjointe (1). Les enfants qui s’adaptent le mieux ont des contacts réguliers avec un adulte bienveillant, soutenant et compétent, qu’il s’agisse d’un parent, d’un membre de la famille, d’un professeur ou d’une autre personne.

Ce qui ressort des études jusqu’à présent, c’est la grande diversité des réactions des enfants et de leurs parents face à la séparation parentale. Certains enfants sont capables d’affronter le processus de séparation de manière constructive et se dégagent de cette situation  compétents et équilibrés d’un point de vue psychologique. D’autres vivent une période de détresse, mais retrouvent un équilibre psychologique en l’espace de deux ou trois ans. Le dernier groupe d’enfants souffre de conséquences désastreuses durables.

Les problèmes de développement

L’âge de l’enfant influence sa réaction à court terme à la séparation et au divorce. À chaque étape, les problèmes de développement sont abordés de manière différente. Il se peut que le médecin puisse lui-même prendre ces problèmes en charge, mais il devrait connaître les ressources psychiatriques et psychologiques communautaires pour l’aider à gérer des situations plus complexes. Les troubles de développement s’établissent comme suit :

Pour minimiser les effets négatifs de la séparation parentale

Les comportements parentaux énumérés ci-dessous font courir aux enfants des risques d’effets nuisibles reliés à la séparation. Les parents qui affichent ces comportements peuvent bien réagir aux interventions.

Le meilleur moyen de réduire au minimum les dommages affectifs aux enfants qui vivent une séparation ou un divorce consiste à s’assurer que l’enfant maintient un lien étroit et sûr avec les deux parents, à moins de violence ou de négligence infligée à l’autre conjoint ou à l’enfant ou d’abus d’intoxicants de la part d’un parent.

Quelle aide peut offrir le médecin?

Le médecin joue un rôle de soutien et d’interprétation auprès des parents, et prône les meilleurs intérêts des enfants qui vivent une séparation ou un divorce (12,13). Les médecins peuvent aider les enfants et les familles comme suit :

Conclusion

La séparation parentale est devenue monnaie courante pour les enfants nord-américains. Le médecin a l’occasion et la responsabilité de conseiller les parents qui se séparent sur les répercussions importantes de la séparation parentale sur la santé mentale de leurs enfants. Il peut aider les familles par son soutien et ses conseils et se porter à la défense des enfants dans des systèmes établis pour les familles qui se séparent. Ainsi, le médecin peut transmettre de l’information de manière que les personnes qui travaillent avec ces enfants reconnaissent leurs besoins et y soient sensibles et qu’elles offrent aux enfants des expériences affectives à l’école, au camp et dans le cadre d’activités sportives.

Ces efforts favoriseront une meilleure santé mentale aux enfants touchés par la séparation de leurs parents. Des recherches s’imposent pour permettre de dépister les enfants de parents séparés qui risquent le plus de subir des conséquences désastreuses durables et pour établir des mesures de prévention efficaces pour ce groupe d’enfants.

Références

1. Emery RE, Coiro MJ. Divorce: consequences for children. Pediatr Rev 1995;16:306-10.

2. Hanvey I, Avard D, Graham I, Underwook K, Campbell J, Kelly C. La santé des enfants du Canada : Un profil de l’ICSI, 2ième édition (sic). Ottawa: L’Institut canadien de la santé infantile, 1994.

3. Wallerstein J. Separation, Divorce and Remarriage. In Levine M, Carey W, Crocker A, Gross R, eds. Developmental Behavioral Pediatrics, 3rd edn. Philadelphia: WB Saunders, 1999:149-61.

4. Comité mixte spécial du Sénat canadien et de la Chambre des communes sur la garde et le droit de visite des enfants. Pour l’amour des enfants, 1998.

5. Amato PR. Life-span adjustment of children to their parents’ divorce. Future Child 1994;4:143-64.

6. Wallerstein J, Blakeless S. Second Choices – Men, Women and Children a Decade after Divorce. New York: Technor and Fields, 1989.

7. Amato PR, Keigh B. Parental divorce and well-being of children: A meta-analysis. Psychol Bull 1991;110:26-46.

8. Amato PR, Keith B. Parental divorce and the well-being of children: A meta-analysis. Psychol Bull 1991;110:26-46.

9. Hetherington E. Coping with Family Transition: Winners, Losers, and Survivors, Child Dev 1989;60:1-14.

10. Ahrons CR, Miller R. The effect of the post divorce relationship on paternal involvement: a longitudinal analysis. Am J Orthopsychiatry 1993;63:441-50.

11. Bala N, Schuman J. Allegations of sexual abuse when parents have separated. Canadian Family Law Quarterly (in press).

12. Kelly JB. Marital conflict, divorce and children’s adjustment. Child Adol Psychiatr Clin N Am 1998;7:259-71.

13. Shea S. How to help your child adjust to divorce. Contemporary Pediatrics  1991;28-29.

14. Children With School Problems: A Physician’s Manual. Fox A, Mahoney W, eds. Ottawa: Canadian Paediatric Society, 1998.

Comité de la pédiatrie psychosociale

Membres : Docteurs Anne C Bernard-Bonnin, département de pédiatrie, Hôpital Sainte-Justine, Montréal (Québec); T Emmett Francœur (administrateur responsable), Westmount (Québec); Sally Longstaffe (auteure principal), clinique de développement de l’enfant, Children’s Hospital, Winnipeg (Manitoba); William J Mahoney (président), Children’s Hospital - Hamilton Health Sciences Centre, Hamilton (Ontario); Peter Nieman, Calgary (Alberta); Sarah Emerson Shea, IWK-Grace Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)
Conseillers : Docteurs Katerina Haka-Ikse, Toronto (Ontario); Rose Geist, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (représentante de l’Académie canadienne de pédopsychiatrie)
Représentants : Docteurs Diane Marie Moddemann, clinique de développement de l’enfant, Children’s Hospital, Winnipeg (Manitoba) (représentant la section de la pédiatrie du développement de la Société canadienne de pédiatrie); Mark Wolraich, Vanderbilt Child Development Center, Nashville (Tennessee) (American Academy of Pediatrics, comité des aspects psychosociaux de l’enfant et de la famille)
Auteure principal : Docteur Anne C Bernard-Bonnin, département de pédiatrie, Hôpital Sainte-Justine, Montréal (Québec)


Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.

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