Le recours au fluor chez les nourrissons et les enfants
Comité de nutrition, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatr Child Health 2002;7(8):579-82
No de référence : N02-01 (antérieurement N95-02)
Révision en cours en février 2009
Aussi disponible : Des dents saines pour votre enfant
Index des documents de principes du Comité de nutrition et de gastroentérologie
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Contenu
L’ajout de fluor à l’eau potable en 1958 a suscité une réduction remarquable du taux de carie dentaire (1). Par la suite, les suppléments de fluor ont été recommandés pour les enfants dont l’eau n’était pas fluorée et, à l’heure actuelle, presque tous les dentifrices contiennent du fluor. Cependant, les multiples sources de fluor, telles les dentifrices fluorés, les suppléments de fluor (sous forme de gouttes et de pastilles) et le fluor naturel, ont contribué à une augmentation de l’incidence de fluorose. Le défi consiste à trouver la bonne quantité de fluor de manière fiable et sûre. Le fluor est efficace pour prévenir la carie, mais aucune étude contrôlée n’en a évalué la dose optimale.
Les recommandations relatives à l’usage du fluor publiées en 1995 dans un énoncé de la Société canadienne de pédiatrie (SCP) (2) différaient considérablement de celles de l’Association dentaire canadienne (ADC). L’ADC (3) prônait qu’à part le fluor contenu dans l’eau, la principale source de fluor devrait provenir du dentifrice fluoré, et que les suppléments ne devraient pas être utilisés chez les enfants de moins de trois ans. La SCP affirmait qu’un bon brossage de dents, surtout dans les populations à haut risque, pouvait être difficile à instaurer, que le report des suppléments à l’âge de trois ans augmenterait le taux de caries et que les suppléments devraient être administrés dès l’âge de six mois (2). Des études plus récentes sur les actions du fluor ont entraîné la modification de ces deux positions. La position présentée dans le présent énoncé respecte les principes convenus à la conférence consensuelle cana-dienne de 1997 sur le recours au fluor (4).
La fluorose dentaire, un trouble associé au développement anormal de l’émail, a été remarquée pour la première fois dans des collectivités dotées de taux élevés de fluor naturel dans l’eau potable, mais il s’est observé par la suite chez des personnes qui ingèrent du fluor provenant d’autres sources.
Ce trouble, constaté surtout chez les enfants de moins de sept ans, s’associe à une détérioration de la biosynthèse de la matrice dentaire. Les manifestations peuvent osciller entre des changements minimaux (effet toxique [ET] de 1), qui incluent de 80 % à 90 % des cas et n’être remarquées qu’après un examen dentaire minutieux et, pour de plus rares individus, des marbrures et des picots nombreux et inesthétiques sur les dents, des stries sur l’émail et, dans les cas graves, des « calottes neigeuses » et des dents d’un blanc crayeux (ET d’au moins 2) peuvent être très disgracieux et exiger un traitement esthétique. Les dents secondaires sont les plus à risque de fluorose entre 15 et 24 mois (5).
La prévalence de fluorose a augmenté depuis 1945 (6), ce qui correspond à l’augmentation des sources possibles de fluor, y compris l’eau, le dentifrice, les aliments et les boissons composés à partir d’eau fluorée et les suppléments de fluor, comme les gouttes, les rince-bouche et les pastilles. La prévalence de fluorose est inversement proportionnelle au contrôle de la carie. Dans une vaste étude menée par Heller et coll. auprès de 18 755 enfants (7), la diminution la plus marquée de surfaces cariées, vides ou obturées s’observait par suite de l’augmentation des concentrations de fluor dans l’eau de 0 ppm à 0,7 ppm, tandis que peu de bénéfices supplémentaires se produisaient au-delà de cette concentration. La prévalence de fluorose augmentait avec l’augmentation des concentrations de fluor dans l’eau, passant de 13,5 % des enfants exposés à de l’eau contenant moins de 0,3 ppm de fluor, à 41,4 % de ceux exposés à plus de 1,2 ppm. Le recours aux suppléments ajoutait à l’effet et s’associait à une réduction supplémentaire de la carie, aux dépens d’une augmentation de la fluorose. Un compromis acceptable entre la carie et la fluorose est atteint lorsque le taux de fluor correspond à 0,7 ppm (7). D’autres études (8-10) démontrent également une prévalence de fluorose supérieure à 40 % lorsque l’exposition au fluor augmente, même si seule une petite proportion des changements dentaires découlant de la fluorose soient assez perceptibles pour qu’on envisage un traitement. Une récente étude de la fluorose chez 2 435 enfants de sept à 13 ans menée à Toronto, en Ontario (11), a permis d’établir qu’une fluorose dentaire modérée (indice de surface dentaire de 2 – fluorose de gra-vité moyenne) atteint 14 % des enfants de sept ans, 12,3 % de ceux de 13 ans et 13,2 % des deux groupes combinés, ce qui entraîne une prévalence semblable à la plupart des études récentes exécutées à Toronto.
Le fluor prévient surtout la carie grâce à son effet topique (12). La carie dentaire se produit lorsque la plaque, une pellicule collante de bactéries à la surface de la dent, s’alimente de sucre et de résidus alimentaires pour produire de l’acide, qui dissout la surface de la dent (c’est la déminéralisation). Le fait de badigeonner la surface de la dent avec une quantité aussi minime que 1 ppm de fluor entraîne une diminution marquée de la solubilité de l’émail. Le fluor ingéré, par contre, a peu d’effets sur la carie, mais il contribue énormément au développement de la fluorose.
Le développement de l’émail se caractérise par trois phases :
Le fluor appliqué systématiquement aux dents influe à la fois sur les phases de transition et de maturation. Le développement de l’émail est particulièrement sensible au fluor systémique pendant la phase de transition. La matrice devient poreuse tandis que le fluor et d’autres ions s’accumulent. Pendant la phase de maturation, des dépôts de minéraux altérés se produisent. Cet effet du fluor provoque une interférence avec les dépôts de cristaux, la modulation des cellules altérées et le report de la maturation osseuse.
Le fluor topique agit de trois façons principales pour prévenir la carie dentaire (12).
Le dentifrice est offert avec ou sans fluor. Les tubes de dentifrice qui renferment du fluor sont maintenant étiquetés et contiennent environ 0,5 mg de fluor par gramme de dentifrice. Sur certains tubes, il est conseillé de couvrir de dentifrice les soies de la brosse à dents. Une portion de la taille d’un pois pèse environ 0,75 g et contient environ 0,4 mg de fluor, tandis qu’une portion qui couvre toutes les soies pèse environ 2,25 g et contient environ 1,0 mg de fluor. Ainsi, deux brossages de dents quotidiens transmettent de 0,8 mg à 2,0 mg de fluor, selon la quantité utilisée. Si le dentifrice est avalé, la quantité de fluor peut être excessive et contribuer à l’apparition de fluorose.
Les considérations sous-jacentes
Il n’y a aucun doute que le recours au fluor réduit la carie dentaire. Par contre, il est clair que l’ingestion d’une trop grande quantité de fluor peut entraîner divers degrés de fluorose. Ainsi, en pratique, l’administration de fluor devrait permettre d’établir un équilibre entre les deux situations.
Tableau 1 : Classification des modes d’action du fluor pour prévenir la carie dentaire
|
Catégorie (18) |
Description |
| I | Résultats obtenus dans le cadre d’au moins un essai comparatif convenablement randomisé |
| II-1 | Résultats obtenus dans le cadre d’au moins un essai clinique non randomisé bien conçu |
| II-2 | Résultats obtenus à partir d’études analytiques de cohorte ou cas-témoin, provenant préférablement de plus d’un centre de recherche |
| II-3 | Résultats obtenus par suite de la comparaison entre le temps et les lieux, avec ou sans intervention. Des résultats remarquables d’expériences non contrôlées peuvent également être inclus dans cette catégorie |
| III | Opinions exprimées par des sommités respectées d’après leur expérience clinique, des études descriptives ou les rapports de comités de spécialistes |
| Recommandations relatives aux mesures préventives | |
| A | On dispose de données suffisantes pour appuyer la recommandation. |
| B | On dispose de données acceptables pour appuyer la recommandation. |
| C | On dispose de données insuffisantes pour appuyer la recommandation, mais une recommandation pourrait être présentée selon d’autres critères. |
| D | On dispose de données acceptables pour rejeter la recommandation. |
| E | On dispose de données suffisantes pour rejeter la recommandation. |
Tableau 2 : Concentrations recommandées de suppléments de fluor pour les enfants
| Concentration de fluor | ||
| âge de l’enfant | < 0,3 ppm | > 0,3 ppm |
| De 0 à 6 mois | Aucun | Aucun |
| > 6 mois à 3 ans | 0,25 mg/jour | Aucun |
| > 3 à 6 ans | 0,50 mg/jour | Aucun |
| > 6 ans | 1,00 mg/jour | Aucun |
Références
Les adresses dans Internet sont à jour au moment de la publication.
Membres : Docteurs Margaret Boland (présidente), Hôpital
pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario); Robert Issenman (administrateur
responsable), Children’s Hospital – Hamilton HSC, Hamilton (Ontario);
Alexander Leung, Alberta Children’s Hospital, Calgary (Alberta); Valérie
Marchand, Hôpital Sainte-Justine, Montréal (Québec); Anthony Otley, IWK
Health Centre, Halifax (Nouvelle-écosse)
Conseillers : Docteurs Claude Roy, Hôpital Sainte-Justine,
Montréal (Québec); Reginald Sauve, université de Calgary, Calgary (Alberta);
Stanley Zlotkin, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario)
Représentants : Mesdames Anne Kennedy, Institut national
de la nutrition, Ottawa (Ontario); Marilyn Sanders, Comité canadien pour
l’allaitement, Toronto, Ontario; Donna Secker, The Hospital for Sick Children,
Toronto (Ontario); Rosemary Sloan, Direction générale de la santé de la
population et de la santé publique, Santé Canada, Ottawa (Ontario); Christina
Zehaluk, Direction générale des produits de santé et des aliments, Santé
Canada, Ottawa (Ontario)
Auteur principal : Docteur John Godel, Heriot Bay
(Colombie-Britannique)
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |