L’utilisation
des trampolines à la maison et au terrain de jeux
Un document conjoint avec
l’Académie canadienne de médecine du sport
Comité d’une vie active saine,
Société canadienne de pédiatrie
Comité de prévention des
blessures, Société canadienne de pédiatrie
Comité de la médecine du sport et de
l’exercice en pédiatrie, Académie canadienne de médecine du sport
Paediatr Child Health 2007;12(6):507-11
No de référence : IP07-01
Aussi disponible : Les
trampolines sont-ils sécuritaires à la maison?
Index des documents de principes du comité de prévention des blessures
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Contenu
INTRODUCTION
C’est George Nissen, acrobate de cirque, qui a créé la gymnastique sur
trampoline en 1936 (1-7). Depuis les années 1950, l’utilisation récréative
du trampoline a considérablement augmenté, notamment en Amérique du Nord, en
Europe et en Australie (1). Aux États-Unis, les ventes de trampolines extérieurs
dépassent les 500 000 unités par année (1).
Les
blessures liées à l’usage de trampolines sont bien do-cumentées dans les
publications médicales depuis 50 ans (1,2,4-16). Ces blessures continuent
d’augmenter au fil du temps (1,15,17-19). Selon une étude (1), elles ont
connu une hausse de 98 % entre 1990 et 1995. Bon nombre d’entre elles exigent
une hospitalisation avec ou sans opération et provoquent une morbidité
permanente (1,2,4-19). La majorité de ces blessures se produisent au sein du
groupe d’âge pédiatrique (18-22).
Le présent
document de principes analyse les blessures subies par des enfants en raison de
l’usage récréatif d’un trampoline à la maison, y compris l’incidence,
le type et la circonstance des blessures, ainsi que le sort des enfants après
la blessure. On a procédé à une analyse bibliographique des blessures liées
au trampoline entre 1966 et avril 2006 au moyen de MEDLINE. L’Agence de la
santé publique du Canada a fourni des données canadiennes sur les blessures.
On émet des recommandations au sujet de l’usage récréatif du trampoline par
les enfants à la maison. On ne traite ni des blessures liées à
l’utilisation des trampolines dans le cadre des programmes scolaires d’éducation
physique, d’un entraînement ou de compétitions sportives comme le plongeon,
la gymnastique ou le trampoline, ni de l’usage du trampoline sous la
supervision directe d’un thérapeute pour la réadaptation après une blessure.
LES
BLESSURES LIÉES AU TRAMPOLINE
La prévalence des blessures liées au trampoline au sein du groupe d’âge
pédiatrique semble être à la hausse. La principale source de données sur les
blessures liées au trampoline au Canada provient du Système canadien
hospitalier d’information et de recherche en prévention des traumatismes (SCHIRPT),
une base de données de renseignements informatisée qui comptabilise les
blessures subies par des patients dans 14 départements d’urgence, y compris
dix hôpitaux pour enfants. L’Agence de la santé publique du Canada a publié
de nombreuses études du SCHIRPT sur les blessures liées au trampoline. Entre
1990 et 1998, le nombre de blessures liées au trampoline subies par des enfants
a presque quadruplé (passant de 149 en 1990 à 557 en 1998) (18). On a également
observé une augmentation considérable du nombre de blessures entre 1999 et
2003, notamment entre 2002 et 2003 (tableau 1) (19). Ces chiffres sous-estiment
probablement ce nombre, car la base de données ne tient pas compte des enfants
qui consultent au cabinet d’un médecin, à une clinique sans rendez-vous ou
à un hôpital ne faisant pas partie du réseau du SCHIRPT. Les blessures
fatales sont également sous-représentées, puisque la base de données du
SCHIRPT ne tient pas compte des décès ayant eu lieu avant l’arrivée à
l’hôpital ou après le congé de l’hôpital (18). Par ailleurs, les données
du SCHIRPT ne reflètent pas les taux d’exposition et de participation.
C’est pourquoi l’augmentation du taux de blessures peut s’expliquer par
une augmentation de l’usage des trampolines.
La
gravité des blessures liées au trampoline est également préoccupante. Si on
utilise le taux d’hospitalisation pour mesurer la gravité des blessures, les
blessures liées au trampoline provoquent plus de dommages que celles subies par
suite de la pratique d’un autre sport ou d’une autre activité récréative.
Au Canada, même si les blessures liées au trampoline sont moins fréquentes
que les autres blessures liées à un sport ou à une activité récréative,
peut-être en raison d’un plus faible taux de participation, elles
s’associent à une fréquence relativement plus élevée d’hospitalisations
(S McFaull, communication personnelle) (tableau 2). Les données du SCHIRPT
confirment également qu’entre 1990 et 2001, le nombre d’hospitalisations a
augmenté de 56 % par suite d’une blessure liée au trampoline (19).
Le
type de blessure, les circonstances et le sort des patients
D’après les données sommaires du SCHIRPT pour 1998, la majorité des
blessures liées au trampoline sont subies au sein du groupe des cinq à 14 ans
(78,9 %), la plupart (72,2 %) dans le cadre d’un usage récréatif à la
maison. Les fractures sont les blessures les plus courantes (48,6 %), touchant
souvent un membre supérieur (57,7 %), et représentent la majorité des
hospitalisations (86,3 %). Le taux global d’hospitalisations était de 13,1 %,
par rapport à celui de 6,8 % pour toutes les blessures enregistrées dans la
base de données du SCHIRPT au cours de la même période. Par ailleurs, 82,2 %
des patients hospitalisés avaient de cinq à 14 ans.
Les plus
récentes statistiques du SCHIRPT portent sur les blessures liées au trampoline
subies entre 1999 et 2003 (tableau 1) (19). L’étude ne traitait que des
trampolines extérieurs et excluait les mini-trampolines, les trampolines
d’exercice, les trampolines aquatiques et les incidents au club de gymnastique
et à l’école. Les jeunes de dix à 14 ans ont subi 43,3 % de ces blessures,
leur âge médian étant de 10,1 ans. Les fractures étaient les plus courantes
(47,2 %), 62,5 % d’entre elles touchant les membres supérieurs. Le taux
d’hospitalisations était de 12,4 %, soit plus de deux fois celui (5,9 %) pour
tous les autres types de blessures, enre-gistré dans la base de données du
SCHIRPT au cours de la même période. Environ la moitié des patients (52,4 %)
se sont blessés sur le trampoline même, et 14,3 % lorsque plusieurs personnes
partageaient le trampoline (19).
Une étude
régionale canadienne (6) a obtenu des résultats similaires. Black et Amadeo
ont analysé les blessures orthopédiques subies par des enfants à cause de
l’usage récréatif d’un trampoline à Winnipeg, au Manitoba. La majorité
des blessures ont été subies par des enfants de cinq à neuf ans (49 %).
Soixante-cinq pour cent des enfants se sont blessés sur le trampoline même,
tandis que 30 % se sont blessés en chutant du trampoline. Trente-cinq pour cent
des enfants se sont blessés lorsqu’ils étaient plusieurs à partager le
trampoline. Une fracture ou une fracture-luxation (75 %) constituait la blessure
la plus courante, les membres supérieurs étant les plus atteints (avant-bras
45 %, humérus et coude 35 %). Les chercheurs ont recensé une fracture-luxation
de la colonne cervicale accompagnée d’une paralysie chez un enfant de huit
ans qui avait chuté du trampoline, mais aucun décès. Dix pour cent des cas
sont survenus sous la supervision d’un adulte (6).
La
perspective mondiale
Plusieurs études d’autres pays ont également traité des blessures liées au
trampoline chez les enfants (1,2,4,6,7,13-19,21,22). L’analyse de ces
articles, incluant les données canadiennes déjà abordées, se résume comme
suit :
Les
âges les plus vulnérables : La majorité des blessures liées au
trampoline se produisent chez les cinq à 14 ans, l’âge moyen se situant
entre sept et dix ans (1,6,7,13-15,17-19,22). C’est au sein de ce groupe d’âge
qu’on observe le plus d’hospitalisations liées au trampoline (4,18).
Les
blessures les plus fréquentes : D’après la majorité des études
(1,4,6,13,15,17-19,21,22), les fractures représentaient la blessure la plus fréquente
(32 % à 75 %) et la principale raison d’une hospitalisation (1,17,18,21,22).
Cependant, selon deux petites études rétrospectives (2,14), ce sont les
entorses et les foulures qui étaient les principales blessures liées au
trampoline.
Les
principaux foyers de blessures : Les extrémités, notamment les membres supérieurs,
étaient blessées dans 30 % à 80 % des cas (1,4,6,7,13,17-19,21,22). Deux
petites études rétrospectives (2,14) établissaient plutôt que les membres
inférieurs étaient les plus touchés.
Les
circonstances : La plupart des blessures liées au trampoline (71 % à 99 %)
s’étaient produites à la maison ou chez un voisin (1,2,4,7,15,17,18,21,22).
Jusqu’à 83 % des blessures avaient eu lieu lorsque plus d’un enfant
partageaient le trampoline (6,7,13,15,17,19). La majorité étaient causées par
une chute sur le trampoline (52 % à 66 %) (6,7,13,15,17,19). À l’exception
d’une étude (4), selon laquelle 80 % des blessures découlaient d’une chute
du trampoline, ces chutes représentaient 30 % ou moins des blessures
(6,7,13,15). Parmi les circonstances moins courantes entraînant une blessure,
soulignons les tentatives de cascades comme des figures acrobatiques ou des
pirouettes (7,15,19) et les jeux imaginatifs comme sauter d’une échelle sur
le trampoline (15). Le pic saisonnier de blessures avait lieu pendant les mois
du printemps et de l’été, lorsque les trampolines extérieurs sont les plus
utilisés (1,6,7,13,15,18,19,21,22).
Le
sort des enfants : La plupart des enfants ont obtenu leur congé après l’évaluation
de leur blessure à l’urgence (18,22). Le taux d’hospitalisation oscillait
entre 3 % et 17 % (1,2,7,13-15,17-19,21). Une étude néo-zélandaise (4) a révélé
une augmentation du taux d’hospitalisations imputables à une blessure liée
au trampoline de 3,1 à 9,3 cas pour 100 000 habitants par année entre 1979 et
1988, le plus fort taux d’hospitalisations se produisant chez les cinq à neuf
ans (30,3 cas pour 100 000 personnes par année). La majorité des
hospitalisations étaient attribuables à une fracture (1,6,17,18,21,22), de 6 %
à 17 % des enfants ayant besoin d’être opérés (7,13,15,17).
Les
blessures graves : On a déclaré des blessures rares mais graves liées au
trampoline, responsables d’une importante morbidité, y compris des
traumatismes de la colonne vertébrale (5,6,8- 10,15,16,19), des dissections de
l’artère vertébrale (23), d’importantes blessures ligamentaires du genou
(9,24), des thromboses de l’artère poplitée (25) et des blessures du nerf
cubital (26). Les traumatismes de la colonne cervicale sont probablement les
plus préoccupants, en raison du risque de grave morbidité à long terme. Une
étude (15) sur des enfants a révélé que 12 % des blessures étaient de
nature cervicale, y compris sept fractures cervicales ou thoraciques, dont une
associée à une paraplégie au niveau de la vertèbre C7. Torg et Das (5,11) et
Torg (12) ont analysé 114 traumatismes catastrophiques de la colonne cervicale
liés au trampoline et responsables d’une quadriplégie. La majorité de ces
traumatismes sont survenus pendant la séance d’entraînement d’athlètes de
haut niveau, ce qui indique qu’une supervision expérimentée ne permet pas de
les prévenir (5,9-12).
LES
POLITIQUES EN PLACE
Le trampoline est une activité à haut risque qui s’associe à un
potentiel de grave blessure, notamment chez les enfants et les adolescents. De
nombreux auteurs et organismes, y compris l’American Academy of Pediatrics (AAP)
et SécuriJeunes Canada, demandent l’élimination des trampolines comme matériel
de jeu récréatif à la maison (1-4,7,8,14,17,27) ou l’interdiction catégorique
des trampolines dans quelque situation que ce soit au sein du groupe d’âge pédiatrique
(5,9-12,15,16) (tableau 3). D’autres, dont Santé Canada et l’American
Academy of Orthopedic Surgeons, préconisent des limites propres au groupe d’âge
pédiatrique, y compris la non-participation des enfants de moins de six ans à
cette activité, la présence d’un seul enfant à la fois sur le trampoline,
la supervision parentale et l’interdiction de faire des sauts périlleux ou
des pirouettes sur le trampoline (6,7,13,21,22,28-31).
Pour ce
qui est de l’usage limité des trampolines dans le cadre de programmes
d’entraînement supervisé en vue de compétitions, telles que le trampoline,
le plongeon et la gymnastique, l’AAP (17) et le Victorian Injury Surveillance
System (21,22) recommandent le respect rigoureux des mesures de sécurité
suivantes : l’utilisation de matelas de sécurité recouvrant la structure et
les ressorts du trampoline et la surface entourant le trampoline; la présence
de surveillants compétents formés en sécurité sur trampoline en tout temps
lorsque le trampoline est utilisé; la présence d’une seule personne au
centre du trampoline; l’évitement de manœuvres qui dépassent les habiletés
de l’athlète et l’utilisation d’un harnais de sécurité pendant
l’apprentissage ou la pratique d’habiletés plus avancées.
Malgré
ces recommandations en matière de sécurité, on observe encore de graves
blessures liées au trampoline chez les enfants. Par exemple, en Australie,
malgré l’adoption de recommandations claires sur l’usage sécuritaire du
trampoline depuis 1992 (21), on recense 1 355 blessures liées au trampoline
chez des enfants de moins de 15 ans ayant consulté aux urgences de Victoria
entre 1995 et 1999, dont 16 % ont exigé une hospitalisation (22).
CONCLUSIONS
Les blessures liées au trampoline sont fréquentes au sein du groupe d’âge
pédiatrique. La majorité des blessures et des hospitalisations se produisent
chez les cinq à 14 ans. On remarque une augmentation alarmante du taux
d’hospitalisations découlant de blessures liées au trampoline au Canada, et
surtout de fractures des membres supérieurs. La majorité de ces blessures sont
subies sur des trampolines extérieurs en raison d’une chute sur le trampoline
même, ce qui contredit la notion selon laquelle des surveillants entourant le
trampoline, la supervision parentale ou même les filets de sécurité peuvent
éliminer les blessures. De nombreuses blessures surviennent lorsque plusieurs
utilisateurs partagent le trampoline ou que la supervision est insuffisante.
De
nombreux auteurs et de nombreux organismes, comme l’AAP, recommandent que les
enfants n’utilisent pas le trampoline. D’autres organismes, comme
l’American Academy of Orthopedic Surgeons, Santé Canada et la Consumer
Product Safety Commission, recommandent des restrictions précises sur l’usage
des trampolines au sein du groupe d’âge pédiatrique. Malgré ces
avertissements, les taux de blessures liées au trampoline continuent
d’augmenter.
Le trampoline est une activité à haut risque qui s’associe à un potentiel de grave blessure. L’augmentation rapide des blessures liées à l’usage récréatif des trampolines par les enfants démontre l’inefficacité des stratégies de prévention actuelles pour prévenir la majorité des blessures. C’est pourquoi la Société canadienne de pédiatrie et l’Académie canadienne de médecine du sport recommandent :
REMERCIEMENTS
: Les auteurs remercient Steven McFaull, analyste de recherche principal,
section des blessures et de la violence envers les enfants (Division de
surveillance de la santé et de l’épidémiologie, Agence de la santé
publique du Canada), pour son aide inestimable dans l’obtention des données
sur les blessures liées au trampoline du Système canadien hospitalier
d’information et de recherche en prévention des traumatismes.
SOCIÉTÉ
CANADIENNE DE PÉDIATRIE : Comité d’une vie active saine
Membres : Docteurs Claire LeBlanc (présidente), Ottawa (Ontario); Tracy
Bridger, St John’s (Terre-Neuve); Stan Lipnowski, Winnipeg (Manitoba); Peter
Nieman, Calgary (Alberta); Tom Warshawski, Kamloops (Colombie-Britannique)
Représentante : Docteur Laura Purcell, London (Ontario) (Société
canadienne de pédiatrie, section de la médecine du sport et de l’exercice en
pédiatrie)
SOCIÉTÉ
CANADIENNE DE PÉDIATRIE : Comité de prévention des blessures
Membres : Docteurs Lynne Warda (présidente), Winnipeg (Manitoba); John
Philpott, Toronto (Ontario); Ann Hawkins, Halifax (Nouvelle-Écosse); Richard
Stanwick, Victoria (Colombie-Britannique); Charmaine Van Schaik, Newmarket
(Ontario)
Représentantes : Docteur Laurel Chauvin-Kimoff, Montréal (Québec) (Société
canadienne de pédiatrie, section de la médecine d’urgence); mesdames Allyson
Hewitt, Toronto (Ontario) (SécuriJeunes Canada); Gail Salminen, Ottawa
(Ontario) (Santé Canada)
ACADÉMIE
CANADIENNE DE MÉDECINE DU SPORT : Comité de la médecine du sport et de
l’exercice en pédiatrie
Membres du groupe de travail : Docteurs Laura Purcell (présidente); John
Philpott (vice-président); Elaine Joughin; Claire LeBlanc; Bill Mackie;
Merrilee Zetaruk
Auteurs principaux : Docteurs Laura Purcell, London (Ontario); John
Philpott, Toronto (Ontario)
Affiché : août 2007
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |