Le staphylocoque doré méthicillinorésistant dans les communautés des Premières nations du Canada

Comité de santé des Premières nations et des Inuits, Société canadienne de pédiatrie (SCP)

Paediatr Child Health 2005;10(9):561-4
No de référence : FNIH05-02

Révision en cours en octobre 2009

Index des documents de principes du Comité de santé des Premières nations, des Inuits et des métis 


La Société canadienne de pédiatrie autorise l’impression d’exemplaires uniques de ce document à partir de son site Web. Visitez la liste des documents de principes pour savoir lesquels sont disponibles en format pdf. Pour obtenir la permission d’imprimer ou de photocopier des exemplaires multiples, vous devez soumettre une demande détaillée à info@cps.ca.

Contenu


Déclaré pour la première fois au Canada en 1981 par Low et coll. (1), le staphylocoque doré (Staphylococcus aureus) méthicillinorésistant (SDMR) est devenu un important pathogène bactérien en milieu hospitalier au pays (2,3). Des données de surveillance hospitalière ont été colligées dans neuf provinces canadiennes depuis 1995 (4). Répertoriée entre 1995 et 1999, cette surveillance documente une augmentation soutenue de l’incidence d’infections causées par le SDMR et par la colonisation au SDMR. On observe des variations régionales de la prévalence du SDMR. En 1999, un peu plus de 5 % des souches de staphylocoque doré isolées chez des patients hospitalisés au Canada étaient devenues méthicillinorésistantes (4). Le taux correspondant d’isolats dans des hôpitaux américains s’élevait à 35 % (5,6). Pour prévenir la transmission du SDMR en milieu hospitalier, on s’est attardé aux pratiques de contrôle de l’infection et à la surveillance (6-8).

En 1999, la Société canadienne de pédiatrie publiait le document de principes intitulé Le contrôle du staphylocoque doré résistant à la méthicilline dans les établissements pédiatriques canadiens est toujours d’actualité (8) (tableau 1). Le présent énoncé décrit l’évolution des infections à SDMR acquis dans la collectivité dans les communautés des Premières nations du Canada.

Tableau 1
Sommaire du document de principes publié par la Société canadienne de pédiatrie en 1999 sur le staphylocoque doré méthicillinorésistant (SDMR) dans les établissements pédiatriques

  • Procure des normes pour les épreuves de dépistage du SDMR en laboratoire.
  • Énumère des modes de transmission du SDMR en milieu hospitalier.
  • Fait état d’une durée moyenne de 40 mois de portage.
  • Indique que la virulence du SDMR, démontrée par les taux de morbidité et de mortalité, semble équivaloir à celle des souches sensibles à la méthicilline.
  • Déclare que l’éradication du portage du SDMR à l’aide de divers agents est de 80 % à 100 % efficace à court terme.
  • Laisse supposer que le traitement du portage se limite aux dipensateurs de soins reliés de manière épidémiologique à des flambées en milieu hospitalier, aux pensionnaires d’établissements de soins de longue durée où les mesures de contrôle comme l’isolement ne sont pas réalisables et au contrôle des flambées dans certaines circonstances.
  • Énumère des mesures de contrôle de l’infection en milieu hospitalier visant à prévenir la propagation au sein des établissements de soins pédiatriques, y compris la surveillance, l’isolement, les précautions antibiorésistantes, le lavage des mains et la formation du personnel.

Données tirées de la référence 8

Le SDMR acquis dans la collectivité

Chez les enfants, le SDMR a fait son apparition dans les années 1990 sous forme de pathogène acquis dans la collectivité. Des séries provenant d’hôpitaux pédiatriques de Chicago, en Illinois (9), et de Corpus Christi, au Texas (10), ont permis de constater une incidence croissante de SDMR acquis dans la collectivité. Quatre cas pédiatriques fatals attribués à cette infection ont été comptabilisés au Minnesota et dans le Dakota du Nord entre 1997 et 1999 (11). Le SDMR acquis dans la collectivité était défini comme un échantillon de culture positive recueilli en milieu communautaire ou entre 48 heures et 72 heures sui-vant l’hospitalisation (12).

Plusieurs comptes rendus (13-16) de portage asymptomatique pédiatrique du SDMR ont été diffusés. Les taux pu-bliés dans les collectivités urbaines canadiennes ou américaines oscillent entre 0,2 % et 2,2 %. Les taux de portage du staphylocoque doré, sans en préciser la sensibi-lité, se situent entre 30 % et 50 % en cas de portage intermittent, et entre 10 % et 20 % en cas de portage persistant (7,8). Les fosses nasales, le périnée et la peau représentent les principaux foyers de colonisation pédiatrique (8). Une méta-analyse (17) de dix enquêtes communautaires sur le portage du SDMR cumulait plus de 8 000 patients répartis sur trois continents et révélait une prévalence de SDMR de 1,3 %. Les facteurs de risque de portage du SDMR incluent l’hospitalisation ou un passage récent aux cliniques externes, le recours aux antibiotiques, une maladie chronique, l’abus de drogues injectables et un contact étroit avec un individu présentant l’un ou l’autre de ces facteurs de risque.

Le SDMR dans les communautés des premières nations du Canada

L’un des premiers comptes rendus de portage communautaire du SDMR provient d’une communauté des Premières nations de l’Alberta (18). Vingt et un des 422 (4,9 %) patients consécutifs hospitalisés dans cette communauté entre 1987 et 1989 étaient porteurs du SDMR. Des soins hospitaliers antérieurs constituaient le seul facteur identificateur du risque. Une enquête rétrospective menée dans cinq hôpitaux d’enseignement des Prairies canadiennes entre 1990 et 1992 a révélé que les patients des Premières nations représentent 62 % des personnes positives au SDMR au moment de l’hospitalisation (19).

En 1999, on a découvert que le pensionnaire d’un éta-blissement de soins de longue durée du nord-est de la Saskatchewan qui avait été hospitalisé récemment était infecté par le SDMR. En 2002, 180 cas et porteurs avaient été déclarés dans la région, et 76 % de ces infections acqui-ses dans la collectivité se produisaient dans des communautés métisses et des Premières nations. Les enfants de moins de dix ans représentaient 39 % des cas et des porteurs (20). Dans six communautés métisses et des Premières nations du nord de la Saskatchewan, le SDMR acquis dans la collectivité était devenu endémique entre 2000 et 2002, et il provoquait surtout des infections cutanées. Environ 50 % des cas s’étaient manifestés chez des enfants de 14 ans ou moins (J Irvine, communication personnelle).

On a également isolé des cas de SDMR acquis dans la collectivité responsables d’infections dans des communautés autochtones américaines. Quarante-six des 62 (74 %) infections à SDMR étaient classées comme acquises dans la collectivité, notamment aux cliniques externes du service de santé des autochtones d’une collectivité rurale du midwest (21). Des cas de SDMR acquis dans la collectivité ont aussi été repérés chez des aborigènes australiens de collectivités éloignées du Territoire du Nord (22). Dans un article, Maguire et coll. (22) préconisent l’implantation d’un programme de contrôle en milieu communautaire afin d’améliorer les logements et l’hygiène, de contrôler la sepsis cutanée et d’utiliser les antibiotiques de manière pertinente.

L’entassement, l’absence d’eau courante de qualité et le recours généralisé aux antibiotiques peuvent aussi expliquer la présence de SDMR dans les communautés des Premières nations du Canada.

La sensibilité aux antibiotiques

La majorité des souches de S aureus produisent de la béta-lactamase capable d’inactiver les béta-lactamines, y compris la pénicilline et l’ampicilline. De plus, le SDMR a adapté le mécanisme d’assemblage de la paroi cellulaire en modifiant les récepteurs de liaison de la pénicilline. Les bactéries munies de ces récepteurs modifiés sont résistantes à toutes les pénicillines et à toutes les céphalosporines (7). Les données canadiennes courantes (23) sur les profils de résistance et de sensibilité déclarés du SDMR aux antibiotiques en milieu hospitalier s’établissent comme suit :

Au Canada, on n’a dépisté aucun isolat du SDMR ayant une sensibilité réduite à la vancomycine (23,24). Des souches de SDMR possédant une sensibilité réduite à la vancomycine ont toutefois été repérées au Japon, aux États-Unis et en Europe (24,25).

Les souches de SDMR acquis dans la collectivité sont moins susceptibles de résister aux non-béta-lactamines que les souches de SDMR acquis en milieu hospitalier (9,10,12,15,26,27). La sensibilité à la clindamycine et au triméthoprim-sulfaméthoxazole était maintenue dans plus de 90 % des isolats de SDMR acquis dans la collectivité prélevés chez des patients d’établissements des États-Unis (28,29). Certains clones canadiens du SDMR ont développé une résistance à la mupirocine (30).

Recommandations

La sensibilisation

La prévention

Le contrôle de l’infection

Le traitement

Références

  1. Low DE, Garcia M, Callery S, et al. Methicillin-resistant Staphylococcus aureus – Ontario. Can Dis Wkly Rep 1981;7:249-50.
  2. Cooper CL, Dyck B, Ormiston D, et al. Bed utilization of patients with methicillin-resistant Staphylococcus in a Canadian tertiary-care centre. Infect Control Hosp Epidemiol 2002;23:483-4.
  3. Kim T, Oh PI, Simor AE. The economic impact of methicillin-resistant Staphylococcus aureus in Canadian hospitals. Infect Control Hosp Epidemiol 2001;22:99-104.
  4. Simor AE, Ofner-Agostini M, Bryce E, et al. The evolution of methicillin-resistant Staphylococcus aureus in Canadian hospitals: 5 years of national surveillance. CMAJ 2001;165:21-5.
  5. Warshawsky B, Hussain Z, Gregson DB, et al. Hospital- and community-based surveillance of methicillin-resistant Staphylococcus aureus: Previous hospitalization is the major risk factor. Infect Control Hosp Epidemiol 2000;21:724-7.
  6. Conly J. Antimicrobial resistance in Canada. CMAJ 2002;167:885-91.
  7. Lowy FD. Staphylococcus aureus infections. N Engl J Med 1998;339:520-32.
  8. Canadian Paediatric Society, Infectious Diseases and Immunization Committee. Control of methicillin-resistant Staphylococcus aureus in Canadian paediatric institutions is still a worthwhile goal. Paediatr Child Health 1999;4:337-41.
  9. Herold BC, Immergluck LC, Maranan MC, et al. Community-acquired methicillin-resistant Staphylococcus aureus in children with no identified predisposing risk. JAMA 1998;279:593-8.
  10. Fergie JE, Purcell K. Community-acquired methicillin-resistant Staphylococcus aureus infections in south Texas children. Pediatr Infect Dis J 2001;20:860-3.
  11. From the Centers for Disease Control and Prevention. Four pediatric deaths from community-acquired methicillin-resistant Staphylococcus aureusMinnesota and North Dakota, 1997-1999. JAMA 1999;282:1123-5.
  12. Cookson BD. Methicillin-resistant Staphylococcus aureus in the community: New battlefronts, or are the battles lost. Infect Control Hosp Epidemiol 2000;21:398-403.
  13. Suggs AH, Maranan MC, Boyle-Vavra S, Daum RS. Methicillin-resistant asymptomatic Staphylococcus aureus colonization in children without identifiable risk factors. Pediatr Infect Dis J 1999;18:410-4.
  14. Shahin R, Johnson IL, Jamieson F, et al. Methicillin-resistant Staphylococcus aureus carriage in a child care center following a case of disease. Toronto Child Care Center Study Group. Arch Pediatr Adolesc Med 1999;153:864-8.
  15. Hussain FM, Boyle-Vavra S, Bethel CD, Daum RS. Current trends in community-acquired methicillin-resistant Staphylococcus aureus at a tertiary care pediatric facility. Pediatr Infect Dis J 2000;19:1163-6.
  16. Nakamura MM, Rohling KL, Shashaty M, Lu H, Tang YW, Edwards KM. Prevalence of methicillin-resistant Staphylococcus aureus nasal carriage in the community pediatric population. Pediatr Infect Dis J 2002;21:917-22.
  17. Salgado CD, Farr BM, Calfee DP. Community-acquired methicillin-resistant Staphylococcus aureus: A meta-analysis of prevalence and risk factors. Clin Infect Dis 2003;36:131-9.
  18. Taylor G, Kirkland T, Kowalewska-Grochowska K, Wang Y. A multistrain cluster of methicillin-resistant Staphylococcus aureus based in a native community. Can J Infect Dis 1990;1:121-6.
  19. Embil J, Ramotar K, Romance L, et al. Methicillin-resistant Staphylococcus aureus in tertiary care institutions on the Canadian prairies 1990-1992. Infect Control Hosp Epidemiol 1994;15:646-51.
  20. MacDougall L. MRSA outbreak in three Aboriginal communities in northern Saskatchewan. Melfort, Saskatchewan: Field Epidemiology Training Program. Ottawa: Health Canada, 2002.
  21. Groom AV, Wolsey DH, Naimi TS, et al. Community-acquired methicillin-resistant Staphylococcus aureus in a rural American Indian community. JAMA 2001;286:1201-5.
  22. Maguire GP, Arthur AD, Boustead PJ, Dwyer B, Currie BJ. Clinical experience and outcomes of community-acquired and nosocomial methicillin-resistant Staphylococcus aureus in a northern Australian hospital. J Hosp Infect 1998;38:273-81.
  23. Simor AE, Ofner-Agostini M, Bryce E, McGeer A, Paton S, Mulvey MR; Canadian Hospital Epidemiology Committee and Canadian Nosocomial Infection Surveillance Program, Health Canada. Laboratory characterization of methicillin-resistant Staphylococcus aureus in Canadian hospitals: Results of 5 years of National Surveillance, 1995-1999. J Infect Dis 2002;186:652-60.
  24. Conly JM, Johnston BL. VISA, hetero-VISA and VSRA: The end of the vancomycin era? Can J Infect Dis 2002;13:282-4.
  25. Sieradzki K, Roberts RB, Haber SW, Tomasz A. The development of vancomycin resistance in a patient with methicillin-resistant Staphyloccus aureus infection. N Engl J Med 1999;340:517-23.
  26. Okuma K, Iwakawa K, Turnidge JD, et al. Dissemination of new methicillin-resistant Staphylococcus aureus clones in the community.J Clin Microbiol 2002;40:4289-94.
  27. Chambers HF. The changing epidemiology of Staphylococcus aureus? Emerg Infect Dis 2001;7:178-86.
  28. Martinez-Aguilar G, Hammerman WA, Mason EO Jr, Kaplan SL. Clindamycin treatment of invasive infections caused by community-acquired methicillin-resistant and methicillin-sensitive Staphylococcus aureus in children. Pediatr Infect Dis J 2003;22:593-8.
  29. Naimi TS, LeDell KH, Boxrud DJ, et al. Epidemiology and clonality of community-acquired methicillin-resistant Staphylococcus aureus in Minnesota, 1996-1998. Clin Infect Dis 2001;33:990-6.
  30. Mulvey MR, MacDougall L, Cholin B, Horsman G, Fidyk M, Woods S; Saskatchewan CA-MRSA Study Group. Community-associated methicillin-resistant Staphylococcus aureus, Canada. Emerg Infect Dis 2005;11:844-50.
  31. Baggett HC, Hennessy TW, Leman R, et al. An outbreak of community-onset methicillin-resistant Staphylococcus aureus skin infections in southwestern Alaska. Infect Control Hosp Epidemiol 2003;24:397-402.
  32. Paradisi F, Corti G, Messeri D. Antistaphylococcal (MSSA, MRSA, MSSE, MRSE) antibiotics. Med Clin North Am 2001;85:1-17.
  33. Simor AE, Loeb M. The management of infection and colonization due to methicillin-resistant Staphylococcus aureus: A CIDS/CAMM position paper. Can J Infect Dis 2004; 15:39 -48.

Comité de santé des Premières nations et des Inuits 

Membres : Docteurs James Carson (président, 2000-2005), université du Manitoba, Winnipeg (Manitoba); James Irvine, La Ronge (Saskatchewan); Marie-Claude Lebeau, Stanton Regional Hospital, Yellowknife (Territoires du Nord-Ouest) (2002-2005); Heather Onyett (représentante du conseil), université Queen’s, Kingston (Ontario); Kent Saylor (président), L’Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec); Leigh Wincott, Thompson General Hospital, Thompson (Manitoba)
Représentants :
Docteur George Brenneman, Baltimore (Maryland) États-Unis (comité de la santé des enfants autochtones américains, American Academy of Pediatrics); mesdames Debbie Dedam-Montour, Kahnawake (Québec) (Organisation nationale des représentants indiens et inuit en santé communautaire); Claudette Dumont-Smith, Ottawa (Ontario) (Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada, 2003-2004); Doris Fox, Ottawa (Ontario) (Association des infirmières et infirmiers autochtones du Canada); Carolyn Harrison, Ottawa (Ontario) (Santé Canada); Margaret Horn, Kahnawake (Québec) (Organisation nationale des représentants indiens et inuit en santé communautaire,1995-2004); Kathy Langlois, Ottawa (Ontario) (Direction générale de la santé des Premières nations et des Inuits, Santé Canada); Melanie Morningstar, Ottawa (Ontario) (Assemblée des Premières nations); docteur Vincent Tookenay, Ottawa (Ontario) (Native Physicians Association of Canada, 1993-2004)
Auteur principal :
Docteur James Carson, université du Manitoba, Winnipeg (Manitoba)

Affiché en novembre 2005


Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.