La prévention et le traitement des infections bactériennes chez les
enfants aspléniques ou hypospléniques Comité des maladies infectieuses et d'immunisation, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatrics & Child Health
1999;4(6):427-431
No de référence : ID 99-04
Révision en cours en janvier 2009
Aussi disponible : Le traitement des enfants atteints d'une dysfonction de la rate
Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d’immunisation
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L'éducation des patients et de leur famille
Les
vaccins antibactériens
La chimioprophylaxie
Les enfants aspléniques fiévreux ou atteints d'une maladie aiguë
Recommandations
Références
Lasplénie, quelle soit fonctionnelle ou anatomique, sassocie à un accroissement du risque dinfection potentiellement fatale ou constituant un danger de septicémie postsplénectomie (SPS) (1-10). Par rapport à lincidence chez les enfants en santé (des enfants généralement bien qui nont pas subi de splénectomie), lincidence de mortalité causée par une septicémie est cinquante fois plus élevée chez les enfants ayant subi une splénectomie après un traumatisme, et environ 350 fois plus élevée chez ceux souffrant dhémoglobinopathie (anémie falciforme ou thalassémie) (11). Le risque de septicémie atteint un sommet chez les personnes (enfants et adultes) qui présentent une asplénie congénitale ou une asplénie fonctionnelle associée à une anémie falciforme. Il est également relativement élevé après une splénectomie exécutée en raison dune thrombocytopénie idiopathique, à une anémie hémolytique acquise, à une maladie de Hodgkin ou à dautres troubles hémolytiques (11). Le risque de septicémie bactérienne est plus élevé chez les jeunes enfants que chez les enfants plus âgés. Il atteint un pic pendant lannée suivant la splénectomie, mais le risque demeure plus élevé tout au long de la vie par rapport à celui de la population générale. Le risque de septicémie est relativement plus faible chez les enfants qui subissent une splénectomie consécutive à un traumatisme (11).
La rate occupe une fonction essentielle dans les réactions de défense de lorganisme contre linfection. Elle filtre les complexes dantigènes et danticorps et les bactéries. La rate est aussi importante dans léradication des bactéries mal opsonisées de la circulation. De plus, elle représente un foyer considérable de production dimmunoglobuline M, de présentation dantigènes aux lymphocytes T et de différenciation des cellules mémoires B. La carence de ces fonctions par suite de lablation de la rate ou dun mauvais fonctionnement de celle-ci explique laugmentation de la susceptibilité aux infections bactériennes (12-21). Une diminution des taux de properdine (22) et de lactivité des voies alternatives complément (23) sobserve chez les personnes qui ont subi une splénectomie. Par ailleurs, un peptide qui favorise la phagocytose est produit par la rate humaine (24), et labsence de cette substance compromet davantage la personne asplénique.
La bactériémie ou la méningite potentiellement fatale chez des personnes aspléniques est surtout causée par des bactéries encapsulées ou polysaccharidiques. Les pneumocoques sont les principaux pathogènes responsables de la SPS, et un décès survient chez 50 % à 70 % de ces patients. Cependant, on isole de plus en plus lHaemophilus influenzae de type b (Hib) et le Neiserria meningitidis. Le staphylocoque doré, le Streptococcus pyogenes, lEscherichia coli et le Salmonella salmonelle constituent également un sujet dinquiétude, mais représentent des causes relativement moins courantes de bactériémie chez ces patients. Dautres infections bactériennes plus rares peuvent surgir en association avec une asplénie. Par exemple, les personnes aspléniques courent un risque plus élevé de bactériémie après une morsure de chien, en raison des organismes qui colonisent la gueule des chiens, comme les Capnocytophage.
Le présent document vise à fournir des recommandations afin de normaliser les soins aux enfants présentant une asplénie fonctionnelle ou anatomique. Ainsi, des suggestions sont présentées en vue de léducation des patients et de leur famille. Des recommandations portent sur les vaccins contre linfection bactérienne et des conseils, sur la chimioprophylaxie en cette ère dantibiorésistance croissante. On insiste sur une étroite observation médicale des enfants aspléniques souffrant de fièvre et sur une antibiothérapie énergique en cas dinfection présumée.
Léducation des patients et de leur famille
Bien que les vaccins antibactériens et que les antibiotiques prophylactiques soient efficaces, ils ne couvrent pas toutes les maladies et nassurent pas une protection complète. Par conséquent, les enfants aspléniques et leur famille doivent être avisés dinformer leur médecin rapidement en cas de signes ou de symptômes dinfection, même sil sagit de symptômes «mineurs» comme ceux qui sont associés à des infections des voies respiratoires supérieures. Le patient et sa famille doivent être conscients que les personnes aspléniques présentent un risque accru de maladie grave par suite dune infection bactérienne et ce, tout au long de leur vie.
Le patient et les membres de sa famille devraient être informés quil est souvent difficile didentifier la SPS à cause de son apparition insidieuse. Cependant, un décès peut survenir en lespace de quelques heures. Limportance dun bon usage dune prophylaxie et de vaccins antibactériens devrait donc être constamment soulignée. Les professionnels de la santé devraient conseiller à leur patient de porter un bracelet MedicAlert. Celui-ci devrait également posséder une carte médicale précisant les vaccins recommandés, ses besoins en antibiotiques prophylactiques, le risque de SPS et limportance détablir un plan dintervention médicale en cas durgence. En voyage, lenfant asplénique devrait posséder une lettre de son médecin indiquant son état et les risques qui y sont associés, ainsi que des suggestions thérapeutiques en cas de maladie. Il devrait également être muni de pénicilline (ou dun médicament similaire en cas dallergie à la pénicilline ou à dautres antibiotiques). Sil devient fiévreux ou ne peut consulter un médecin rapidement, il doit prendre le médicament sur-le-champ et consulter un médecin dans les plus brefs délais (25,26).
Parce que le risque de bactériémie est plus élevé chez les enfants aspléniques, on recommande plusieurs vaccins antibactériens (tableau 1). Règle générale, la réponse de la personne asplénique à chaque vaccin suffit pour fournir une protection. Il se peut que la réaction immunitaire des enfants aspléniques aux vaccins polysaccharidiques, tels que les vaccins antipneumococciques et antiméningococciques, ne soit pas comparable à celle des enfants en bonne santé. Par conséquent, il peut être nécessaire de procéder à une vaccination répétée. En cas de splénectomie non urgente, ces vaccins devraient être administrés au moins deux semaines avant lopération, dans la mesure du possible, afin daccroître les chances de réaction immunitaire protectrice. Au besoin, ces vaccins peuvent être administrés conjointement, à des sites dinjection distincts.
Le vaccin antipneumococcique polysaccharidique 23-valent non conjugué, le seul à être disponible pour linstant, devrait être administré aux enfants dès deux ans, ou plus tard (27,28). Une revaccination est recommandée au bout de trois ans pour les enfants vaccinés avant lâge de cinq ans, et cinq ans plus tard pour les enfants plus âgés. On ne recommande pas dautres doses de rappel. Il va sans dire que ces recommandations changeront après la commercialisation de vaccins antipneumoccociques conjugués. On prévoit que ces vaccins assureront une meilleure protection puisquils seront efficaces dès la naissance.
Limmunisation par le vaccin anti-Hib conjugué devrait être entreprise dans la petite enfance, conformément aux recommandations destinées aux enfants en bonne santé (28,29). Les enfants plus âgés et les adultes qui nont pas reçu ce vaccin peuvent également en profiter. Dans ce cas, une seule dose suffit.
Bien quune septicémie méningococcique après une splénectomie demeure rare, ladministration dun vaccin polysaccharidique antiméningococcique quadrivalent contre le N meningitidis (groupes A, C, Y et W-135) est recommandée pour les enfants aspléniques de deux ans et plus (25,28). Le vaccin antiméningococcique nassure pas une protection prolongée et est inefficace contre le sérogroupe B, courant dans tous les groupes dâge. Les doses de rappel ne sont pas recommandées de manière systématique, mais devraient être envisagées lorsque le risque dexposition augmente, pendant des épidémies par exemple.
Il est démontré que les personnes aspléniques qui reçoivent des antibiotiques prophylactiques présentent une incidence réduite de SPS (30). Les pathogènes les plus inquiétants comprennent les bacilles coliciformes pendant les trois premiers mois de vie et les pneumocoques par la suite. Les vaccins anti-Hib ont suscité une diminution marquée du Hib au sein de la population générale. Étant donné la bonne réaction immunitaire des enfants aspléniques au vaccin anti-Hib conjugué, il est à prévoir que les personnes aspléniques ou hypospléniques profiteront dune importante protection contre la maladie. Cependant, puisque la vaccination ne représente quune solution partielle au problème, il est recommandé dadopter une prophylaxie antimicrobienne quotidienne pour les enfants aspléniques (5). Cette recommandation se fonde sur une étude auprès denfants atteints danémie falciforme (31). Chez ces enfants, la pénicilline V par voie orale (125 mg deux fois par jour) réduisait lincidence dinfection bactérienne grave de 84 % par rapport aux enfants qui prenaient un placebo. Bien que lefficacité de lantibiothérapie préventive ne soit démontrée quauprès des enfants atteints danémie falciforme, il est recommandé dadministrer des antibiotiques prophylactiques à tous les enfants aspléniques (tableau 1) (27,28).
| TABLEAU 1 : Les recommandations relatives aux vaccins et aux antibiotiques prophylactiques chez les enfants aspléniques | ||
| Âge | Vaccination | Antibiotique prophylactique |
| De la naissance à deux ans |
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| De deux ans à cinq ans |
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| De cinq ans à ladolescence |
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| Hib : Haemophilus influenzae de type b; TMP-SMX : thriméthoprime-sulfaméthoxazole. | ||
La durée de la prophylaxie est controversée. La plupart des spécialistes des maladies infectieuses conviennent quune prophylaxie ininterrompue est indiquée jusquà lâge de cinq ans. Chez les enfants qui deviennent aspléniques après cet âge, une antibiothérapie préventive devrait être administrée pendant au moins un an après la splénectomie. Certains spécialistes des maladies infectieuses recommandent même une prophylaxie ininterrompue jusquà lâge adulte. Toutefois, des études révèlent lémergence de pneumocoques pénicillinorésistants de par le monde. Cette pénicillinorésistance est plus fréquente chez les personnes qui reçoivent des antibiotiques prophylactiques (32). Parce que les patients aspléniques qui reçoivent un traitement ininterrompu à la pénicilline risquent de souffrir dune maladie pneumococcique antibiorésistante, il convient denvisager dautres solutions. À cet égard, la mise au point de techniques améliorées permettant dévaluer la fonction de la rate chez les enfants hypospléniques et chez ceux qui ont subi une splénectomie partielle permet parfois darrêter la chimioprophylaxie.
Pour ce qui est de la prophylaxie antimicrobienne, on recommande de la pénicilline V par voie orale (125 mg deux fois par jour aux enfants de moins de cinq ans et 250 mg deux fois par jour à ceux de plus de cinq ans). Lamoxicilline, la bacampicilline ou la pivampicilline représentent des solutions de rechange acceptables. Chez les enfants de moins de six mois présentant une asplénie congénitale, lE coli constitue une préoccupation. Lagent préconisé est alors la triméthoprime-sulfaméthoxazole (5 mg de TMP et 25 mg de SMX/kg une fois par jour). Si on pense quune allergie à la pénicilline est probable, lenfant devrait être adressé à un allergiste qui vérifiera le diagnostic et contribuera à sélectionner un autre médicament. Dautres antibiotiques peuvent être nécessaires dans les collectivités où on remarque une prévalence élevée de S pneumoniae pénicillinorésistant.
Les enfants aspléniques fiévreux ou atteints d'une maladie aiguë
Le vaccin antipneumococcique polyvalent, le vaccin anti-Hib conjugué et les antibiotiques prophylactiques réduisent le risque de septicémie chez les enfants hypospléniques, sans toutefois léliminer (33). Par conséquent, en cas de fièvre (même sil sagit de faible fièvre) ou de symptômes non spécifiques, lenfant devrait subir un examen physique immédiat. Si on soupçonne la présence de septicémie bactérienne, il faut procéder à une analyse du sang et des autres liquides organiques pertinents et entreprendre immédiatement un traitement antibiotique par voie parentérale à laide de céfotaxime, de ceftriaxone ou dautres antibiotiques efficaces contre le S pneumoniae, le Hib et le N meningitidis. Si le patient est très malade et quil prenait de la pénicilline prophylactique, il convient denvisager dajouter de la vancomycine au céfotaxime ou à la ceftriaxone pour contrer la présence disolats pneumococciques multirésistants, jusquà ce que les profils de sensibilité soient connus. Chez le patient qui présente une bactériémie foudroyante au S pneumoniae, le taux de décès est élevé, même si une antibiothérapie pertinente est adoptée rapidement. Par conséquent, les mesures préventives conservent leur importance.
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Comité des maladies infectieuses et d'immunisation
Membres :
Docteurs Gilles Delage (président), Laboratoire de santé publique du Québec,
Sainte-Anne-de-Bellevue (Québec); François Boucher, département de pédiatrie, Centre
hospitalier universitaire de Québec, Pavillon CHUL, Sainte-Foy (Québec); H Dele Davies,
unité des maladies infectieuses, Alberta Childrens Hospital, Calgary (Alberta);
Joanne Embree (auteure principale), université du Manitoba, Winnipeg
(Manitoba);
Charles Morin (administrateur responsable), Chicoutimi (Québec); David Speert,
chef, unité des maladies infectieuses et immunologiques, université de la
Colombie-Britannique, Vancouver (Colombie-Britannique); Ben Tan, unité des maladies
infectieuses, Royal University Hospital, université de la Saskatchewan, Saskatoon
(Saskatchewan)
Conseillers : Docteurs Noni MacDonald, faculté de médecine, université
Dalhousie, Halifax (Nouvelle-Écosse); Victor Marchessault, Cumberland (Ontario)
Représentants : Docteurs Neal Halsey, université Johns Hopkins, Baltimore
(Maryland) (American Academy of Pediatrics); Susan King, unité des maladies infectieuses,
The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (Canadian Paediatric AIDS Research
Group); Scott Halperin, département de pédiatrie, IWK-Grace Health Centre, Halifax
(Nouvelle-Écosse) (IMPACT); Monique Landry, Direction de la santé publique de Laval,
Laval (Québec) (Santé publique); John Waters, Santé Alberta, Edmonton (Alberta)
(Épidémiologie)
Auteure principale : Docteur Joanne Embree, université du Manitoba,
Winnipeg (Manitoba)
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |