Les politiques dexclusion des
garderies et des écoles en cas de varicelle : Une démarche rationnelle Comité des maladies infectieuses et d'immunisation, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatrics & Child Health
1999;4(4):290-292
No de référence : ID 99-01
Révision en cours en janvier 2009
Addenda (janvier 2008)
Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d’immunisation
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Dans bien des endroits, les écoles et les garderies exigent que les enfants atteints de la varicelle demeurent à la maison jusquà ce que léruption ait croûté ou disparu. En 1994, la Société canadienne de pédiatrie (SCP), dans son document intitulé «La varicelle : Prévention et traitement», recommandait lexclusion de lenfant malade seulement sil avait besoin de plus de soins que ceux que pouvait lui prodiguer le personnel de lécole ou de la garderie (1). La SCP recommandait que les enfants atteints dune varicelle bénigne puissent retourner à la garderie ou à lécole dès quils se sentaient assez bien pour participer normalement à toutes les activités, quel que soit létat de léruption.
Par contre, lAmerican Public Health Association recommande lexclusion pendant au moins cinq jours après la première manifestation de léruption (2). LAmerican Academy of Pediatrics, dans le rapport du comité des maladies infectieuses émis en 1994 et en 1997, accepte cette politique dexclusion plus stricte, mais la modère ainsi : «dans les cas bénins où on ne perçoit que quelques lésions et quune résolution rapide sannonce, les enfants peuvent revenir plus vite si toutes les lésions sont croûtées» (3,4).
Puisque les données et les démarches à lappui des politiques plus permissives de la SCP et de celles de lAmerican Academy of Pediatrics ne sont pas incluses dans les énoncés (1,4), les praticiens et les responsables de la santé publique hésitent souvent à laisser tomber le critère dexclusion plus strict, même si lenfant est bien. Pourtant, cette absence forcée de cinq jours dun enfant autrement actif et en santé atteint dune maladie très bénigne peut être coûteuse pour la famille, qui peut être forcée de trouver dautres dispositions de garde si les deux parents travaillent.
Le présent document vise à réviser les données et la démarche favorisant un assouplissement de la politique dexclusion des garderies et des écoles en cas de varicelle bénigne.
Les humains sont les seuls récepteurs connus du virus varicelle-zoster (du groupe herpesvirus varicellæ) (VVZ) responsable de la varicelle. Il sagit dune infection de lenfance très courante et très contagieuse, même en milieu scolaire. Dans un rapport publié en 1950 par Wells et Holla (5), 61 des 67 enfants susceptibles entre la maternelle et la quatrième année ont contracté la varicelle au cours dune éclosion en milieu scolaire. En général, on considère que la période dincubation de la varicelle est de 14 à 16 jours, mais celle-ci peut se manifester dès le dixième jour ou aussi tard que le vingt-et-unième jour après le contact (6,7).
Les rapports épidémiologiques au sujet de lacquisition de la varicelle auprès de contacts chez qui la maladie sest déclarée 24 heures ou peut-être jusquà 96 heures avant lapparition de léruption (6,8,9) et les rapports déclosion de varicelle en milieu hospitalier où seule la transmission aérienne était possible (10,11) corroborent lhypothèse selon laquelle le VVZ se contracte par les voies respiratoires et se réplique dans le rhinopharynx ou les voies aériennes supérieures. Malheureusement, bien quil soit possible disoler le VVZ dans le liquide vésiculaire prélevé jusquà trois jours après lapparition de léruption, celui-ci na pas souvent été cultivé dans des cultures tissulaires de sécrétions rhinopharyngiennes juste avant ou juste après lapparition de léruption (12). Ce constat sexplique probablement par le peu de sensibilité des méthodes de culture. Cependant, la méthode de réaction en chaîne de la polymérase, plus sensible, a récemment permis de déceler immédiatement lADN du VVZ dans les sécrétions rhinopharyngiennes des personnes exposées le jour avant léruption, la quantité la plus élevée dADN du VVZ dans la gorge sobservant le jour même de léruption (13). Ces données étayent lhypothèse de transmission par les voies respiratoires. De plus, Asano et coll. (14) ont également démontré une corrélation directe et solide entre la virulence de la virémie et les observations cliniques des enfants atteints de varicelle. Une virémie plus élevée sassocie à une forte fièvre, plus prolongée, et à la présence de plus de vésicules. Ainsi, lexclusion des enfants trop malades pour participer pleinement aux activités permettra probablement décarter les enfants symptomatiques à la virémie la plus élevée.
Par conséquent, tant les données de virologie épidémiologiques que celles de la réaction en chaîne de la polymérase indiquent que lexclusion des enfants de lécole ou de la garderie pendant cinq jours après léruption de la varicelle se produit trop tard pour éviter lexposition des camarades de classe au VVZ. Aucune donnée ne prouve que la politique dexclusion après le diagnostic de varicelle en ralentit la propagation à lécole ou en garderie. Une étude menée par Moore et Hopkins en 1991 évalue lefficacité dune politique dexclusion pendant sept jours après lapparition de léruption dans deux écoles de lOhio (15). Au moyen dune analyse temps-personne, les auteurs ont découvert que les camarades de classe de lenfant atteint risquent 3,6 fois plus de présenter linfection entre 12 jours et 17 jours (une période dincubation) après la dernière journée à lécole de lenfant de référence quà tout autre moment (15). Contrairement à lexpérience vécue en milieu familial, les cas ultérieurs nétaient pas plus graves. La transmission était la plus élevée pendant la phase prodromique (le jour avant lapparition de léruption). Aucune transmission nétait documentée après le retour de lenfant à lécole, même si 15 dentre eux y étaient retournés moins de cinq jours après lapparition des premières vésicules.
Les études épidémiologiques de la varicelle en milieu hospitalier confirment que les politiques dexclusion après lapparition de léruption ne suffisent pas à prévenir la transmission. À lhôpital, un enfant exposé à la varicelle est isolé entre le huitième et le vingt-et-unième jour du contact connu avec le VVZ afin déviter que dautres enfants de létage ne soient exposées au VVZ dans les jours précédant lapparition de léruption chez le premier enfant (4). Une modalité disolation si rigide et si prolongée est requise en milieu hospitalier afin de réduire la propagation du VVZ au minimum. Dans les cas où cette modalité ou que lisolation nest adoptée quaprès lapparition de léruption, des éclosions prolongées de varicelle sobservent en milieu hospitalier (6). Cette politique dexclusion de deux semaines, commençant huit jours après le contact (deux jours avant la période dincubation la plus courte), en attendant la manifestation du VVZ nest ni pratique ni faisable dans les écoles ou les garderies.
Daprès ces données, la SCP recommande les mesures suivantes :
Un enfant atteint dune maladie bénigne devrait pouvoir réintégrer lécole ou la garderie dès quil se sent assez bien pour participer normalement à toutes les activités, quel que soit létat de léruption. Les parents, et surtout ceux denfants immunosupprimés, devraient être avisés de la présence de cas de varicelle et recevoir de linformation sur la période dincubation du VVZ et sur les moyens de déceler le VVZ rapidement.
Les autorités en matière de santé publique devraient revoir leurs politiques.
Les hôpitaux devraient conserver leurs précautions disolation rigide et prolongée (du huitième au vingt-et-unième jour suivant le contact) auprès de tous les patients hospitalisés, exposés et non immunisés et exclure les visiteurs non immunisés afin de réduire au minimum la propagation nosocomiale.
Aux États-Unis, ladoption du vaccin contre la varicelle a suscité une diminution des cas de varicelle en garderie (16) et rend les politiques dexclusion moins pertinentes. Lorsque le vaccin contre la varicelle sera disponible et généralisé au Canada, les cas de varicelle à lécole et en garderie devraient diminuer, et les politiques dexclusion deviendront sûrement moins préoccupantes.
ADDENDA
Les
recommandations dans ce document de principes n'ont pas changé en
2007. Pour de l'information plus à jour au sujet du vaccin contre la varicelle,
consultez le document de principes de la Société canadienne de pédiatrie, intitulé
La prévention de la varicelle chez les enfants
et les adolescents.
RÉFÉRENCES
1. Comité des maladies infectieuses et dimmunisation. Société canadienne de pédiatrie. La varicelle : Prévention et traitement. ID 94-04, 1994.
2. Benenson AS. Chickenpox/Herpes Zoster. In: Benenson AS, ed. Control of Communicable Diseases Manual, 16th edn. Washington: American Public Health Association, 1995:87-91.
3. Peter G, ed. Report of the Committee on Infectious Diseases, 23rd edn. Elk Grove Village: American Academy of Pediatrics, 1994.
4. Peter G, ed. Report of the Committee on Infectious Diseases, 24th Edition. Elk Grove Village: American Academy of Pediatrics, 1997.
5. Wells MW, Holla WA. Ventilation in the flow of measles and chickenpox through a community. JAMA 1950;142:1337-44.
6. Evans P. An epidemic of chickenpox. Lancet 1940;ii:339-40.
7. Preblud SR, Orenstein WA, Bart KJ. Varicella: Clinical manifestations, epidemiology and health impact in children. Pediatr Infect Dis 1984;3:505-9.
8. Gordon JE, Meader FM. The period of infectivity and serum prevention of chickenpox. JAMA 1929;93:2013-5.
9. Brunell PA. Transmission of chickenpox in a school setting prior to observed exanthem. Am J Dis Child 1989;143:1451-2.
10. Leclair JM, Zaia JA, Levin MJ, et al. Airborne transmission of chickenpox in a hospital. N Engl J Med 1980;302:450-3.
11. Gustafson TL, Lavely GB, Brawner ER Jr, et al. An outbreak of airborne nosocomial varicella. Pediatrics 1982;70:550-6.
12. Ozaki T, Matsui Y, Asano Y, et al. Study of virus isolation from pharyngeal swabs in children with varicella. Am J Dis Child 1989;143:1448-50.
13. Hondo R, Ito S, Inouye S. Titration of varicella-zoster virus DNA in throat swabs from varicella patients by combined use of PCR and microplate hybridization. Jpn J Med Sci Biol 1995;48:249-55.
14. Asano Y, Itakura N, Kajita Y, et al. Severity of viremia and clinical findings in children with varicella. J Infect Dis 1990;161:1095-8.
15. Moore DA, Hopkins RS. Assessment of a school exclusion policy during a chickepox outbreak. Am J Epidemiol 1991;133:1161-7.
16. Izurieta HS, Strebel PM, Blake PA. Postlicensure effectiveness of varicella vaccine during an outbreak in a child care center. JAMA 1997;278:1495-9.
Comité des maladies infectieuses et d'immunisation
Membres :
Docteurs Gilles Delage (président), Laboratoire de santé publique du Québec,
Sainte-Anne-de-Bellevue (Québec); François Boucher, département de pédiatrie, Centre
hospitalier universitaire de Québec, Pavillon CHUL, Sainte-Foy (Québec); H Dele Davies,
unité des maladies infectieuses, Alberta Childrens Hospital, Calgary (Alberta);
Joanne Embree, université du Manitoba, Winnipeg (Manitoba); Charles Morin (administrateur
responsable), Chicoutimi (Québec); David Speert, chef, unité des maladies infectieuses
et immunologiques, université de la Colombie-Britannique, Vancouver
(Colombie-Britannique); Ben Tan, unité des maladies infectieuses, Royal University
Hospital, université de la Saskatchewan, Saskatoon (Saskatchewan)
Conseillers :
Docteurs Noni MacDonald (auteure principale), unité des maladies infectieuses,
Hôpital pour enfants de lest de lOntario, Ottawa (Ontario); Victor
Marchessault, Cumberland (Ontario)
Représentants :
Docteurs Neal Halsey, université Johns Hopkins, Baltimore (Maryland) (American Academy of
Pediatrics); Susan King, unité des maladies infectieuses, The Hospital for Sick Children,
Toronto (Ontario) (Canadian Paediatric AIDS Research Group); Scott Halperin, département
de pédiatrie, IWK-Grace Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse) (IMPACT); Monique
Landry, Direction de la santé publique de Laval, Laval (Québec) (santé publique); John
Waters, agent de santé provincial, Santé Alberta, Edmonton (Alberta) (Épidémiologie)
Auteure principale : Docteure Noni MacDonald, unité des maladies
infectieuses,
Hôpital pour enfants de lest de lOntario, Ottawa (Ontario)
Mise à jour : décembre 2008
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |