Le contrôle des infections au cabinet du pédiatre

Comité des maladies infectieuses et d'immunisation, Société canadienne de pédiatrie (SCP)

Paediatr Child Health 2008;13(5):422-35
No de référence : ID 08-03

Aussi disponible : Éviter les infections : Que faire au cabinet du médecin

Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d'immunisation


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Contenu


RÉSUMÉ
La transmission des infections au cabinet du pédiatre est de plus en plus préoccupante. Le présent document expose les voies de transmission des infections et les principes sous­jacents aux mesures actuelles pour contrôler les infections. Pour prévenir les infections, il faut bien concevoir le cabi­net et adopter des politiques administratives et de triage convenables, de même que des pratiques de base pour les soins de tous les patients (p. ex., hygiène des mains, port de gants, de masques, de lunettes de protection et d’une blouse d’hôpital pour des interventions précises; nettoyage, désin­fection et stérilisation convenables des surfaces et du matériel, y compris les jouets, et techniques d’asepsie en cas d’interventions effractives) et des précautions addition­nelles en cas d’infections précises. Le personnel doit avoir reçu les vaccins pertinents, et les personnes infectées doivent respecter les politiques de restriction au travail.


INTRODUCTION
Les jeunes enfants contractent et transmettent des infec­tions facilement. Ils sont souvent porteurs d’organismes infectieux et peuvent excréter des pathogènes, notamment des virus respiratoires et gastrointestinaux, même s’ils sont asymptomatiques. Dans les lieux où se réunissent de jeunes enfants, la proximité étroite avec de nombreux hôtes infec­tieux et susceptibles favorise la transmission. Les caractéris­tiques comportementales comme l’incontinence ou une mauvaise hygiène, le fait de porter souvent les jouets et les objets à la bouche et de baver ainsi que les contacts directs entre les enfants pendant les jeux peuvent faciliter la pro­pagation de l’infection.

Prévenir la transmission des infections au cabinet du médecin représente un élément important des soins aux patients et un élément préoccupant pour les dispensateurs de soins, les patients et les parents. Il existe un vaste ensem­ble de données sur les infections que contractent les enfants hospitalisés, et des protocoles établis de contrôle des infections sont en place pour réduire le risque d’infection en milieu hospitalier. Cependant, on ne connaît ni le risque de contracter une infection en milieu ambulatoire ni l’efficacité ou la faisabilité des mesures de contrôle de l’infection qui y sont implantées. Les recommandations publiées appliquées aux cabinets des médecins sont rares, imprécises sous certains aspects et parfois difficiles à appliquer (1-6).

Le présent document de principes traitera des recomman­dations publiées et des questions controversées, et il exposera des suggestions et des recommandations selon des avis professionnels. Il s’adresse aux médecins qui soignent des enfants en pédiatrie générale. Les milieux ambulatoires spé­cialisés où des interventions effractives, telles que la dialyse, l’alimentation parentérale, l’endoscopie ou les interventions chirurgicales ou dentaires d’un jour, sont exécutées régulière­ment peuvent exiger des mesures supplémentaires.

Équilibrer les priorités
Les programmes de contrôle des infections sont conçus pour réduire le risque de transmission à un niveau acceptable. Il faut soupeser les conséquences de la transmission, c’est-à-dire la gravité de l’infection et de l’issue, par rapport aux conséquences des mesures préventives adoptées. Il faut adapter les pratiques au niveau de soins dispensés et à la population de patients servie (1).

La prévention de la transmission des infections et le maintien d’un bureau accueillant pour les enfants peuvent constituer des objectifs opposés. Les médecins doivent décider si les bienfaits d’un bureau où les enfants sont libres de jouer les uns avec les autres, de partager des jouets, d’avoir du plaisir et d’exercer leurs aptitudes de socialisation sont supérieurs aux risques d’y contracter une infection.

HISTORIQUE

La transmission des infections en pédiatrie ambulatoire
La plupart des déclarations d’infections contractées en milieu ambulatoire découlent d’interventions qui y ont été effectuées, comme la formation d’abcès après l’injection de vaccins ou de médicaments contaminés, une conjonctivite virale causée par du matériel ophtalmique contaminé, la transmission de virus à diffusion hématogène par du matériel mal stérilisé, des infections compliquant une chirurgie d’un jour et des infections reliées à la mauvaise décontamination des endoscopes (7,8). Les virus de l’hépatite B et de l’hépatite C ont déjà été transmis par la contamination de fioles multidoses ou d’un même espace physique pour préparer, désassembler et jeter le matériel d’injection (9).

La rougeole a déjà été transmise au cabinet du pédiatre. Dans les années 1980, une forte proportion de tous les cas de rougeole aux États-Unis était contractée en milieu ambulatoire (7,8). ­On a documenté la transmission seulement par l’air contaminé dans deux cas de flambées au cabinet du pédiatre (10,11). Il existe des déclarations de transmission de la tuberculose du médecin au patient dans des cabinets de pédiatre (12,13).

Il est à peu près certain que des infections courantes dans la collectivité, comme la varicelle, la coqueluche et les infections respiratoires et gastrointestinales virales, sont transmises au cabinet du médecin, mais non déclarées, peut-être parce qu’il est difficile de distinguer l’exposition en cabinet de celle dans la collectivité. Les jeunes enfants ont de quatre à dix infections respiratoires et jusqu’à quatre infections gastrointestinales par année (14,15). Ils peuvent les contracter en milieu de garde, à l’école, dans des centres commerciaux ou des centres de loisirs achalandés ou auprès de leurs frères ou sœurs, de leurs parents ou d’autres contacts familiaux, de leurs amis ou de leur gardienne. Une seule étude publiée portait sur le risque d’infection après une visite au cabinet du pédiatre. Les auteurs y ont comparé les taux d’infections respiratoires et gastrointestinales chez des enfants en santé de moins de trois ans qui étaient allés au cabinet du médecin au cours des deux semaines précédentes par rapport à ceux d’enfants témoins du même cabinet, mais qui n’avaient pas vu le médecin au cours de cette période. Le risque d’infection n’augmentait pas. En effet, 30 % des enfants qui étaient allés au cabinet et 32 % de ceux qui n’y étaient pas allés ont contracté une infection (16). Une étude pilote (17), menée à L’Hôpital de Montréal pour enfants (de Montréal, au Québec), n’a révélé aucune différence dans le taux de nouvelles infections chez les enfants qui étaient allés au département d’urgence au cours de la semaine précédente (17,5 %) et ceux qui n’y étaient pas allés (22,1 %).

Les facteurs influant sur le risque de transmission
Les jeunes enfants et les autres enfants qui sont incapables d’évacuer leurs sécrétions respiratoires, les enfants qui font de la diarrhée et qui sont aux couches ou sont incontinents et ceux qui ont une plaie ouverte ou une lésion cutanée infectée sont des sources probables d’infection (18).

Les organismes qui peuvent survivre sur le matériel de soins des patients, les diverses surfaces de l’environnement ou les jouets peuvent être transmis entre patients. Une forte contamination de l’environnement favorise le potentiel d’infection, tout comme une faible dose infectieuse. Les virus respiratoires et le rotavirus ont de faibles doses infectieuses et subsistent pendant de longues périodes sur les objets inanimés (19-24). Le staphylocoque doré méthicilli­norésistant (SARM) (25) et le virus respiratoire syncytial (VRS) (26) survivent sur le diaphragme du stéthoscope. La transmission du VRS à partir d’objets inanimés est démon­trée (27). Les bases contaminées des thermomètres électroniques et les brassards des sphygmomanomètres ont permis la transmission du Clostridium difficile et de l’entérocoque vancomycinorésistant (ERV) (28-30).

Les enfants non immunisés contre l’agent infectieux et ceux qui sont malades, immunocompromis ou atteints d’une maladie débilitante sont plus vulnérables à l’infection.

Le risque de transmission entre patients peut être plus faible en cabinet qu’en milieu hospitalier. En cabinet, le contact entre les individus est plus court, les patients sont généralement en meilleure santé, et on pratique moins d’interventions effractives. Cependant, les patients peuvent rester dans des salles d’attente communes achalandées pen­dant de longues périodes, il n’est pas toujours établi rapide­ment qu’un patient est atteint d’une maladie contagieuse et le roulement rapide dans les salles d’examen peut nuire au nettoyage (4). Dans certaines pratiques, on a éliminé les salles d’attente et on installe les patients directement dans la salle d’examen à leur arrivée (31).

Les principes des lignes directrices actuelles de contrôle de l’infection
Les lignes directrices actuelles pour éviter de transmettre des infections se fondent sur les principes suivants :

TABLEAU 1 Maladies qui justifient des précautions additionnelles*

Infection  

Précautions

Durée des précautions


Contact avec les oreillons, non immunisé, en période d’incubation

 

Gouttelettes

De dix jours après la première journée d’exposition jusqu’à 26 jours après la dernière journée d’exposition

Contact avec la rougeole, non immunisé, en période d’incubation

 

Aéroportées

De cinq jours après la première journée d’exposition jusqu’à 21 jours après la dernière journée d’exposition

Contact avec la rubéole, non immunisé, en période d’incubation

 

Gouttelettes

De sept jours après la première journée d’exposition jusqu’à 21 jours après la dernière journée d’exposition

Contact avec la varicelle, non immunisé, en période d’incubation

 

Aéroportées

De huit jours après la première journée d’exposition jusqu’à 21 jours après la dernière journée d’exposition; jusqu’à 28 jours après avoir reçu de l’immunoglobuline contre la varicelle-zoster

Coqueluche (diagnostiquée ou présumée)

 

Gouttelettes

Jusqu’à cinq jours après la prise d’antibiothérapie pertinente ou jusqu’à ce que la coqueluche soit écartée

Gale (diagnostiquée ou présumée)

 

Par contact

Jusqu’après le premier traitement

Gastroentérite

 

Par contact

Durée des symptômes ou jusqu’à ce que la cause infectieuse soit écartée

Grippe aviaire†

 

Gouttelettes et
par contact

Jusqu’à 14 jours après l’apparition

Hépatite virale (types A et E, diagnostiquée ou présumée)

 

Par contact

Jusqu’à ce que l’infection virale soit écartée; jusqu’à sept jours après l’apparition de l’hépatite A

Impétigo à streptocoque de groupe A non recouvert d’un pansement

 

Par contact

Jusqu’à 24 heures après le début de la thérapie pertinente

Infection cutanée (lésions étendues, abcès ou plaie infectée qui suppure ou exsudat non contenu par un pansement)

 

Par contact

Durée de la suppuration ou jusqu’à la guérison des lésions

Infection entérovirale (diagnostiquée ou présumée)

 

Par contact

Durée de la maladie

Infection virale des voies respiratoires (diagnostiquée ou présumée - bronchiolite, rhume, faux croup, pneumonie, pharyngite)

 

Gouttelettes et
par contact

Durée da la maladie ou jusqu’à ce que l’infection virale soit écartée

Influenza Gouttelettes et
par contact

 

Durée de la maladie

Maladie envahissante à streptocoque de groupe A, pharyngite, pneumonie, scarlatine

 

Gouttelettes

Jusqu’à 24 heures après le début de l’antibiothérapie pertinente

Méningite (diagnostiquée ou présumée)

 

Gouttelettes et
par contact

 

     bactérienne

 

Gouttelettes

Jusqu’à 24 heures après la prise des antibiotiques pertinents

     virale

 

Par contact

Durée de la maladie

Organismes antibiorésistants (infection ou colonisation)

 

Par contact

Si on évalue que les patients risquent de transmettre la maladie (voir le texte)

Oreillons

 

Gouttelettes

Jusqu’à neuf jours après le début de l’œdème

Pétéchies ou éruption ecchymotique accompagnées de fièvre (méningococcémie présumée)

 

Gouttelettes

Jusqu’à 24 heures après la prise de l’antibiothérapie pertinente ou jusqu’à ce que le méningocoque soit écarté

Rougeole (diagnostiquée ou présumée)

 

Aéroportées

Jusqu’à quatre jours après l’apparition de l’éruption (durée de la maladie si le patient est immunocompromis)

Rubéole

 

Gouttelettes

Jusqu’à sept jours après l’apparition de l’éruption

SRAS†

 

Gouttelettes,
par contact et
masque N95

Dix jours après la résolution de la fièvre

Tuberculose (diagnostiquée ou présumée) de forme infectieuse‡

 

Aéroportées

Jusqu’à ce que l’évaluation révèle qu’elle n’est plus ou pas infectieuse

Varicelle (diagnostiquée ou présumée)

 

Aéroportées et
par contact

Jusqu’à ce que les lésions aient formé des croûtes ou que la varicelle soit écartée

Zona (diagnostiqué ou présumé) non couvert

 

Aéroportées et
par contact

Jusqu’à ce que les lésions aient formé des croûtes ou que le zona soit écarté


*Cette liste n’est pas complète. Pour ce qui est des infections non énumérées dans ce tableau, consulter les références 1 et 4; †Ces recommandations pourraient être révisées à mesure que d’autre information sera disponible. Il faut consulter les autorités locales, provinciales ou fédérale; ‡Il faut présumer que la tuberculose est contagieuse chez les personnes atteintes d’une tuberculose cavitaire non traitée, d’une maladie laryngée, ayant un frottis positif d’expectorations, une atteinte pulmonaire étendue ou une infection congénitale disséminée. Les jeunes enfants atteints de tuberculose sont rarement infectieux, mais les membres adultes de la famille peuvent l’être et devraient subir une évaluation de leur toux. SRAS Syndrome respiratoire aigu sévère. Données tirées des références 1,4,38,55-57

Les voies de transmission des infections (1,2,4,18)
La voie de transmission la plus fréquente s’effectue par con­tact, soit le contact direct (contact physique entre des patients infectés et des patients susceptibles) et le contact indirect (par des surfaces contaminées, comme les mains, le matériel et les jouets). Les pratiques de base de soins des patients devraient prévenir la majorité de ce type de transmission. Les précautions additionnelles (le port de gants et d’une blouse et la désinfection du matériel et des surfaces) s’imposent dans le cas d’agents infectieux aux doses infec­tieuses faibles (p. ex., le rotavirus) et dans les situations où une vaste contamination de l’environnement du patient est à prévoir (p. ex., diarrhée aqueuse qui ne peut être contenue dans une couche ou jeune enfant atteint d’une infection respiratoire ayant de copieuses sécrétions respiratoires).

La transmission par gouttelettes désigne la transmission par de grosses gouttelettes expulsées des voies respiratoires par la toux ou les éternuements, et inhalées ou déposées dans la muqueuse respiratoire des personnes qui se trouvent à proximité de l’enfant infecté. Il n’est pas nécessaire de prévoir une ventilation spéciale parce que les grosses gout­telettes ne restent pas suspendues dans l’air, mais se déposent sur les surfaces situées près du patient source. Le port du masque chirurgical ou opératoire est recommandé pour les personnes qui se trouvent à deux mètres du patient (lignes directrices antérieures stipulaient un mètre de distance). Certains organismes transmis par cette voie (p. ex., Haemophilus influenzae de type b, Neisseria meningitidis et Bordetella pertussis) sont très fragiles et ne survivent ni dans l’environnement, ni sur les mains.

D’autres organismes, comme le VRS, l’influenza, la para­influenza, le rhinovirus, l’adénovirus et le coronavirus du SRAS survivent assez longtemps sur les surfaces pour être transmis sur les mains des patients ou du personnel. Dans ce cas, on constate une transmission par gouttelettes et par contact. Ainsi, les virus respiratoires peuvent être transmis par inhalation, par dépôt de larges gouttelettes sur les muqueuses ou par inoculation de la muqueuse nasale ou de la conjonctive par des mains contaminées. Les masques chirurgicaux ou opératoires protègent le personnel contre l’acquisition par le dépôt de gouttelettes et peuvent même inciter à maintenir les mains éloignées du nez et de la bouche. Les lunettes protectrices offrent une protection supplémentaire contre l’infection de la conjonctive. Il est démontré que les protecteurs faciaux ou les lunettes de pro­tection préviennent l’infection au VRS chez l’équipe soignante (34,35). La transmission du VRS au personnel diminue également grâce au port de gants en l’absence de masques et de lunettes de protection, probablement parce que la personne risque moins de se toucher le nez ou les yeux avec des mains gantées, ce qui laisse supposer qu’en cas de VRS, la transmission par contact serait plus importante que celle par gouttelettes (36,37).

La transmission aéroportée se produit lorsque des parti­cules infectieuses survivent sous forme de gouttelettes asséchées en aérosol dans l’air, provenant des voies respiratoires ou de squames cutanées qui demeurent en suspension et sont dispersées sur de vastes distances par les courants atmosphériques. Les mesures de contrôle consistent à utili­ser une salle à pression positive où l’air est évacué de l’immeuble ou à recourir à un filtre absolu (filtre HEPA) avant de faire circuler l’air de nouveau. Le port d’un masque très ajusté spécial, comportant un filtre intégré qui bloque les particules à 1 µ de diamètre et dont l’efficacité est garantie à 95 % (N95), est recommandé pour les personnes vulnérables qui doivent pénétrer dans la pièce. La transmis­sion aéroportée est plutôt rare, mais importante, car c’est tout de même le mode de transmission de la varicelle, de la rougeole, de la tuberculose et de la variole. Même si les don­nées probantes laissent supposer que le coronavirus du SRAS est transmis par de grosses gouttelettes et par contact, on pense que de petites particules en aérosol peuvent se former pendant certaines interventions, comme l’intubation ou la bronchoscopie (4,38).

Les masques N95 sont rarement nécessaires au cabinet du pédiatre. Le personnel devrait être immunisé contre la vari­celle et la rougeole, tandis que la tuberculose est rarement contagieuse chez l’enfant (2). Il faut toutefois la considérer contagieuse chez les enfants atteints d’une tuberculose cavi­taire, d’une maladie laryngée, ayant des frottis d’expectorations positifs, une atteinte pulmonaire étendue ou une infection congénitale disséminée (39). En cas de flambée d’un nouveau pathogène comme le SRAS ou une réappari­tion de la variole, les masques N95 peuvent être indiqués.

Les objets inanimés et l’infection
Pour éviter l’acquisition d’infections à partir d’objets ina­nimés, il faut bien désinfecter et stériliser le matériel et les autres objets, nettoyer les surfaces et entretenir la ventila­tion et la plomberie.

En matière de nettoyage, le matériel médical se divise en trois catégories. Les objets introduits dans des cavités organiques stériles (critique) doivent être stérilisés. Les objets en contact avec la muqueuse ou la peau non intacte ou à travers lesquels l’air inspiré circule (semi-critique) exige un fort taux de désinfection conçu pour inactiver tous les microorganismes, à l’exception des spores bactériennes. Les objets seulement en contact avec la peau intacte (non critique) exigent une désinfection de faible intensité afin de supprimer la plupart des microorganismes et de ramener la contamination à un niveau acceptable (2-5,40,41).

La plus grande partie du matériel d’examen en cabinet n’entre en contact qu’avec la peau intacte du patient. Selon certains experts, le nettoyage à l’eau et au détergent suffit pour le matériel non critique (6,40,42). Il faut utiliser un désinfectant si le matériel est contaminé par du sang ou un liquide corporel. Idéalement, il faut nettoyer tout ce matériel entre chaque patient (1,2,6). Si c’est impossible, un nettoyage quotidien peut suffire, mais le matériel doit être lavé avant d’être réutilisé s’il est contaminé par les sécrétions ou les excrétions d’un patient ou s’il est visible­ment souillé (1-3). Il faut nettoyer régulièrement le matériel qui n’entre pas en contact direct avec les patients, de même que le matériel souillé.

Il faut nettoyer régulièrement les diverses surfaces de l’environnement à l’aide d’un désinfectant à faible intensité ou d’un détergent (2,3,5,40,41). Il faut nettoyer les surfaces les plus touchées tous les jours (2,3). Le nettoyage à l’aide de détergent et d’eau peut suffire, à moins que les surfaces soient contaminées par du sang ou des liquides corporels (2,40,41) (tableau 2).

TABLEAU 2 Exigences de stérilisation et de désinfection

Instrument  

Taux de désinfection

Produits


Objets critiques : Objets qui pénètrent dans des tissus stériles (p. ex. aiguilles)

 

Stérilisation

Vapeur, chaleur sèche, stérilisants chimiques

Objets semi-critiques : objets qui sont entrés en contact avec les muqueuses ou la peau non intacte mais qui n’ont pas pénétré dans les tissus (p. ex., laryngoscopes, spéculum)

 

Stérilisation ou désinfection approfondie

Pasteurisation, glutaraldéhyde 2 %, orthophthalaldéhyde 0,55 %, peroxyde d’hydrogène 6 % à 7,5 % avec ou sans acide péracétique, immersion d’hypochlorite de sodium 5,25 % diluée dans une solution de 1/50 pendant au moins 20 minutes; immersion dans l’eau bouillante pendant 20 minutes

Objets non critiques*: objets qui n’ont touché qu’à la peau intacte (p. ex., stéthoscopes ou brassard de sphygmomanomètres)

 

Désinfection intermédiaire ou de faible intensité. Certaines autorités trouvent que le détergent et l’eau suffisent

Alcool éthylique ou isopropylique 70 % à 90 %, hypochlorite de sodium 5,25 % diluée dans une solution de 1/500, peroxyde d’hydrogène 3 %, produits ammoniaques quaternaires, iode, iodophores, peroxyde d’hydrogène accéléré 0,5 %, phénoliques†

Surfaces de l’entourage : poignées de porte, surface des tables, chariots, planchers

 

Désinfection de faible intensité ou détergent et eau

 


*Si l’objet est visiblement contaminé par du sang, utiliser de l’hypochlorite de sodium diluée de une partie pour dix à 100 d’eau ou de l’alcool 70 % à 90 %; †Il ne faut pas utiliser de phénoliques pour les objets qui entreront en contact direct avec la peau des nouveau-nés. Données tirées des références 2,3,5,6,40,41,59

Les jouets et la transmission de l’infection
Le fait de jouer ensemble et de partager des jouets contribue au processus de socialisation de l’enfant. Les jouets peuvent faire partie du matériel du cabinet du médecin, mais le partage des jouets représente un certain risque pour la san­té. La contamination microbienne des jouets est documen­tée dans les hôpitaux, au cabinet du médecin et dans les milieux de garde (43-45). On a découvert des coliformes fécaux et des rotavirus sur les jouets des milieux de garde et des hôpitaux (46,47).

Dans une étude (48) effectuée au cabinet du médecin, les jouets placés dans les salles d’attente ont fait l’objet de tests au moins une semaine après leur dernier nettoyage. On a découvert des coliformes sur 90 % des jouets mous et 13,5 % des jouets rigides. Les jouets rigides nettoyés régulièrement toutes les une ou deux semaines sont moins contaminés que ceux des cabinets qui ne font pas l’objet d’un nettoyage systématique, tandis que les jouets mous nettoyés aux une à deux semaines en contenaient une quantité similaire à celle des jouets non nettoyés. Les jouets rigides étaient décontaminés avec efficacité s’ils étaient nettoyés et mis à tremper dans un daquin pendant une heure. Les jouets mous lavés à la machine demeurent con­taminés, mais ce lavage en machine est efficace s’ils sont d’abord mis à tremper dans un daquin pendant 30 minutes. Au bout d’une semaine d’utilisation, les jouets mous étaient de nouveau contaminés par des coliformes, mais pas les jouets rigides. Les auteurs concluent que les jouets mous ne convi­ennent pas aux salles d’attente des médecins (48).

Dans ses lignes directrices publiées en 2000 (42), l’American Academy of Pediatrics recommandait de nettoyer les jouets des cabinets. En réponse à ces recommandations, certains pédiatres ont retiré les jouets de leur salle d’attente, jugeant le nettoyage et la surveillance des jouets trop com­plexes (49). Les médecins doivent tenir compte des besoins des enfants lorsqu’ils évaluent les risques et les bienfaits des jouets dans leur cabinet.

Les fabricants de jouets ont intégré des antiseptiques aux jouets de plastique. Aucune donnée probante ne démontre que cette pratique a des répercussions sur la contamination des jouets par des microorganismes ou sur la transmission des infections, et aucun fondement théorique n’en étaye les effets supposés (2,41).

L’hygiène des mains
L’hygiène des mains est un élément capital du contrôle des infections. On l’a toujours effectuée à l’eau savon­neuse, mais il est démontré que les liquides ou les gels à base d’alcool sont plus efficaces pour se débarrasser des microorganismes et permettent de gagner du temps (1,2,50). Les petits contenants qu’on peut transporter dans sa poche ou fixer aux vêtements sont utilisables dès qu’on en a besoin.

RECOMMANDATIONS
En l’absence de données provenant des cabinets des pédia­tres, toutes les recommandations se fondent sur l’avis d’experts et sont extrapolées d’autres milieux de santé, selon la qualité de preuve et la catégorie de recommandation B-III (51).

Les politiques administratives

La conception du cabinet

Le triage
Le triage doit être effectué par téléphone, au moment de la prise du rendez-vous, ou le plus tôt possible après l’arrivée (2,6).

Les salles d’attente

Les pratiques de base pour les soins de tous les patients
L’hygiène des mains

Le matériel de protection du personnel

Les politiques au sujet des pathogènes à diffusion hématogène

La désinfection, la stérilisation et le nettoyage du matériel et des surfaces

Le nettoyage des jouets La technique d’asepsie et la sécurité des injections

L’étiquette respiratoire
L’étiquette respiratoire désigne les mesures conçues pour réduire au minimum la transmission de pathogènes respira­toires par gouttelettes dans les établissements de santé, au moyen de mesures de confinement entreprises à l’endroit de la première consultation avec le patient (2,4,5,54). Ces mesures s’établissent comme suit :

Les précautions additionnelles (tableau 1)
Les précautions au sujet de la transmission aéroportée

Les précautions au sujet de la transmission par gouttelettes

Les précautions au sujet de la transmission par contact

Les organismes antibiorésistants en soins ambulatoires

La santé du personnel

TABLEAU 3 Restriction au travail des dispensateurs de soins

Infection  

Restriction

 

Durée


Conjonctivite

 

Des soins directs aux patients

 

Jusqu’à la disparition de l’exsudat

Coqueluche

 

Du cabinet

 

Jusqu’à cinq jours d’antibiothérapie pertinente

Gale

 

Des soins directs aux patients

 

Jusqu’à la fin d’un traitement (moins de 24 heures)

Gastroentérite†

 

Des soins directs aux patients

 

Jusqu’à la résolution des symptômes ou que la maladie soit jugée non contagieuse

Hépatite A

 

Des soins directs aux patients

 

Jusqu’à une semaine après l’apparition de la jaunisse

Herpès simplex, orofacial

 

Des soins directs aux nouveau-nés et aux patients immunocompromis non immunisés si les lésions ne sont pas couvertes‡

 

Jusqu’à ce que les lésions aient séché

Infection cutanée à staphylocoque (SARM)

 

Des soins directs aux patients

 

Jusqu’à la guérison des lésions et l’évaluation du risque de transmission

Infection cutanée à staphylocoque (SASM)

 

Des soins directs aux patients

 

Jusqu’à la guérison des lésions sur les mains

 

 

     Lésions sur les mains

 

Jusqu’à ce que les autres lésions puissent être couvertes de pansements

 

 

     Lésions ailleurs comportant des exsudats et
     une suppuration impossibles à contenir avec
     efficacité à l’aide d’un pansement

 

 

Infection à streptocoque de groupe A

 

Des soins directs aux patients

 

Jusqu’à ce qu’elle soit traitée pendant 24 heures

Influenza

 

Du cabinet

 

Jusqu’à la résolution des symptômes

Oreillons

 

Du cabinet

 

Jusqu’à neuf jours après l’apparition de la parotite

Panaris herpétique

 

Des soins directs aux patients

 

Jusqu’à ce que les lésions aient séché

Pédiculose

 

Des soins directs aux patients

 

Jusqu’à la fin d’un traitement (moins de 24 heures)

Rhumes, autres infections virales des voies respiratoires supérieures

 

Des soins directs aux patients très vulnérables*. Auprès des autres patients, porter un masque chirurgical ou opératoire pendant les soins et se laver les mains après tout contact avec les sécrétions nasales ou respiratoires et avant tout contact avec les patients

 

Jusqu’à la résolution des symptômes

Rougeole

 

Du cabinet

 

Jusqu’à quatre jours après l’apparition de l’éruption

Rubéole

 

Du cabinet

 

Jusqu’à sept jours après l’apparition de l’éruption

Tuberculose pulmonaire active

 

Du cabinet

 

Jusqu’à l’évaluation confirmant que la maladie n’est plus infectieuse

Varicelle

 

Du cabinet

 

Jusqu’à la formation des croûtes

Virus à diffusion hématogène (hépatite B et hépatite C, VIH)

 

De l’exécution d’interventions associées à un haut risque de transfert de sang (59)

 

Conformément à la politique locale de santé publique (virémie résolue ou charge virale sanguine contrôlée)

Zona

 

Des soins directs aux patients si les lésions ne sont pas couvertes.

 

Jusqu’à la formation des croûtes

 

 

     Si elles sont couvertes : Des soins aux
     nouveau-nés, auxpatients
     immunocompromis non immunisés et aux
     femmes enceintes

 

 


* Les patients atteints d’une cardiopathie congénitale importante sur le plan hémodynamique ou d’une maladie pulmonaire chronique, les nouveau-nés et les patients immunocompromis; †Diarrhée ou vomissements importants d’un point de vue clinique; ‡Au travail, garder les lésions couvertes, éviter de se toucher le vi­sage pendant les soins aux patients, porter un masque chirurgical ou opératoire pendant les soins et se laver les mains après avoir touché les lésions et avant de toucher un patient ou le matériel de soins au patient. SARM staphylocoque doré méthicillinorésistant; SASM staphylocoque doré sensible à la méthicilline. Données tirées des références 2,5,6,52

Les déchets médicaux

REMERCIEMENTS : Le Collège des médecins de famille du Canada et le comité de la pédiatrie communautaire de la Société canadienne de pédiatrie ont révisé le présent document de principes.

RÉFÉRENCES
  1. Agence de la santé publique du Canada, comité directeur chargé de l’élaboration du guide de prévention des infections. Pratiques de base et précautions additionnelles visant à prévenir la transmission des infections dans les établissements de santé. Version révisée des techniques d’isolement et précautions. RMTC 1999;25S4:1-142.
  2. American Academy of Pediatrics, Committee on Infectious Diseases. Infection prevention and control in pediatric ambulatory settings. Pediatrics 2007;120:650-65.
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COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION
Membres : Docteurs Robert Bortolussi (président), IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse); Dorothy L Moore, L’Hôpital de Montréal pour enfants, Centre de santé de l’Université McGill, Montréal (Québec); Joan L Robinson, Edmonton (Alberta); Élisabeth Rousseau-Harsany (représentante du conseil), CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec); Lindy M Samson, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario)
Conseillère : Docteure Noni E MacDonald, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)
Représentants : Docteurs Upton D Allen, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (Canadian Pediatric AIDS Research Group); Scott A Halperin, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)(Programme canadien de surveillance active de l’immunisation); Charles PS Hui, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario) (Santé Canada, comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages); Larry Pickering, Elk Grove (Illinois) États-Unis (American Academy of Pediatrics, rédacteur en chef du Red Book et membre d’of-fice du comité des maladies infectieuses); Marina I Salvadori, Children’s Hospital of Western Ontario, Ottawa (Ontario) (représentante de la SCP auprès du Comité consultatif national de l’immunisation)
Auteure principale : Docteure Dorothy L Moore, L’Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec)

Affichage : juin 2008


Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.