Les blessures par piqûre d’aiguille dans un lieu public

Comité des maladies infectieuses et d'immunisation, Société canadienne de pédiatrie (SCP)

Paediatr Child Health 2008;13(3):213-18
No de référence : ID08-01

Aussi disponible : Les blessures par piqûre d'aiguille

Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d'immunisation


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Contenu


RÉSUMÉ
Lorsque des enfants subissent des blessures causées par une piqûre d’aiguille abandonnée dans un lieu public, on s’inquiète du risque d’exposition à des virus à diffusion hématogène. Le risque d’infection est faible, mais l’évaluation, le counseling et le suivi de l’enfant blessé s’imposent. Le présent document contient une analyse des publications portant sur les infections virales à diffusion hématogène après des blessures causées par une piqûre d’aiguille abandonnée dans un lieu public et des recommandations pour la prévention et la prise en charge de ces incidents.  

INTRODUCTION
Les blessures causées par une aiguille ou une seringue usagée abandonnée dans un lieu public suscitent beaucoup d’inquiétude, surtout lorsqu’un enfant trouve une aiguille abandonnée et se blesse en la manipulant. D’ordinaire, on ne connaît pas l’utilisateur de la seringue, et les parents et les dispensateurs de soins craignent que celle-ci ait servi à un utilisateur de drogues injectables. Même si le véritable risque d’infection par une telle blessure est très faible, les parents ont une perception de ce risque qui leur cause beaucoup d’anxiété. Il faut procéder à une évaluation et à un counseling. Le présent document est une mise à jour du document de principes de la Société canadienne de pédiatrie publié en 1999 (1).  

Les pathogènes importants à envisager dans une telle situation sont le virus de l’hépatite B (VHB), le virus de l’hépatite C (VHC) et le VIH (2,3). Le dispensateur de soins doit absolument connaître les risques d’acquisition de ces virus après une blessure par piqûre d’aiguille, de même que les recommandations de prise en charge et de suivi. La prévalence de VHB, de VHC et de VIH chez les utilisateurs de drogues injectables varie selon les régions du Canada et peut évoluer rapidement. En l’absence de données locales à jour, il est prudent d’assumer que l’aiguille a pu être contaminée par un ou plusieurs de ces virus.  

Des rapports de cas uniques ont été publiés au sujet de la transmission du VHB (4) et du VHC (5), mais pas au sujet de la transmission du VIH après des blessures par piqûre d’aiguille abandonnée dans un lieu public. Une analyse bibliographique (6-17) menée jusqu’en septembre 2007 a permis de repérer 12 séries de cas en provenance de régions à forte prévalence de virus à diffusion hématogène. Elles portaient sur un total de 483 enfants ayant été suivis pour le VIH, 452, pour le VHB et 265, pour le VHC. Aucun n’avait été infecté. La majorité des enfants ont reçu une prophylaxie contre le VHB si elle était indiquée, mais seulement 130 enfants ont reçu une prophylaxie antirétrovirale.  

Il est essentiel d’assurer un suivi après une blessure importante par piqûre d’aiguille. Le clinicien qui s’occupe de l’incident initial devrait s’assurer que les parents et l’enfant comprennent bien l’importance du suivi et que des dispositions pertinentes sont prises. Les parents présument parfois que si les analyses sanguines exécutées au moment de la blessure sont négatives, il n’y a pas de risque d’infection et il n’est pas nécessaire de poursuivre les tests.  

Il est possible de prévenir les blessures par piqûre d’aiguille en informant les enfants, les parents, les éducateurs et les dispensateurs de soins des dangers reliés à la manipulation d’aiguilles et de seringues usagées ou d’autres objets contaminés par du sang. Il faut sensibiliser les enfants très jeunes. Dans les études précédentes sur les blessures par piqûre d’aiguille, les enfants blessés avaient un âge moyen de cinq à huit ans. Dans une étude (8), 15 % des blessures s’étaient produites chez des enfants qui faisaient semblant d’utiliser des drogues. Il incombe à la collectivité de bien nettoyer les parcs et les cours d’école. De plus, la collectivité doit s’engager à appuyer les programmes de traitement des dépendances et de prévention des infections pour les utilisateurs de drogues injectables.  

Le VHB
Le VHB est le virus à diffusion hématogène le plus stable, et il peut être transmis par une infime quantité de sang. Le risque de contracter le VHB à cause d’une blessure par piqûre d’aiguille au travail lorsque la source est positive à l’antigène de surface du virus de l’hépatite B (Ag HBs) oscille entre 2 % et 40 %, selon le taux de virémie de la source (2). Le VHB peut survivre jusqu’à une semaine dans des conditions optimales, et on l’a déjà détecté sur des aiguilles abandonnées (6,18). On a déjà déclaré un cas de VHB contracté par une piqûre d’aiguille abandonnée par un porteur connu du VHB (4).  

Même si le vaccin contre le VHB est désormais recommandé pour tous les enfants du Canada, la plupart des programmes ciblent des enfants plus âgés que l’âge auquel ils subissent généralement une blessure par piqûre d’aiguille (19). Ainsi, la majorité des enfants blessés risquent d’être sensibles à l’infection par le VHB. La prophylaxie postexposition à l’immunoglobuline anti-VHB et au vaccin contre le VHB est efficace si elle est administrée rapidement (20).  

Le VHC
Le risque de contracter le VHC à cause d’une blessure par piqûre d’aiguille au travail lorsque la source est infectée oscille entre 3 % et 10 % (2). On pense que le VHC est un virus fragile peu susceptible de survivre dans l’environnement, mais on possède peu de données à ce sujet pour l’instant. On a déjà déclaré un cas (5) de VHC contracté après une blessure causée par une aiguille abandonnée.  

Malheureusement, il n’existe pas de prophylaxie postexposition efficace pour l’instant. L’alpha-interféron et la ribavirine servent au traitement de l’infection chronique par le VHC (21), mais on n’en connaît pas les bienfaits pour un usage prophylactique. Il est important de déterminer si une exposition potentielle entraîne la transmission du VHC, parce que de 50 % à 60 % des enfants atteints souffriront d’une infection persistante et asymptomatique qui justifie un suivi auprès d’un spécialiste. Dans certains de ces cas, une hépatite chronique finira par s’ensuivre, et un traitement antiviral sera peut-être nécessaire (22).  

Le VIH
D’après les études prospectives sur les cas de blessures par piqûre d’aiguille en milieu de travail, le risque de contracter le VIH d’une aiguille creuse contenant le sang d’une source connue séropositive au VIH se situe entre 0,2 % et 0,5 % (2,23). Ce risque est proportionnel à la puissance de l’inoculat viral, laquelle dépend de la quantité de sang introduite et de la concentration du virus dans le sang. La dimension de l’aiguille, la profondeur de pénétration et le fait que le sang ait été injecté ou non sont également des facteurs importants. Dans la plupart des cas déclarés ayant provoqué la transmission du VIH, la blessure par piqûre d’aiguille avait eu lieu dans les secondes ou les minutes suivant le retrait de l’aiguille du patient infecté.  

Contrairement à la situation qui prévaut pour les travailleurs de la santé, le sang contenu dans les aiguilles abandonnées est généralement d’origine inconnue, la blessure ne se produit pas immédiatement après l’utilisation de l’aiguille, il est rare que l’aiguille contienne du sang frais, le virus présent a séché et a été exposé aux températures ambiantes et les blessures sont généralement superficielles. Le VIH est un virus relativement fragile, susceptible de sécher. Cependant, il a été démontré qu’il peut survivre jusqu’à 42 jours dans des seringues inoculées par le virus, la durée de la survie dépendant de la température ambiante (24). Dans une étude (25), on n’a trouvé aucune trace d’ADN proviral au VIH dans des seringues abandonnées par des utilisateurs de drogues injectables, mais dans une autre (26), on a trouvé l’ADN du VIH dans des aiguilles et des seringues visiblement contaminées provenant de piqueries.  

Il est extrêmement peu probable qu’une infection par le VIH se produise par suite d’une blessure par piqûre d’aiguille abandonnée dans un lieu public. Cependant, si l’incident se produit avec une aiguille et une seringue contenant du sang frais, et si une partie du sang est injectée, il existe théoriquement un risque d’infection, et une prophylaxie s’impose. En cas d’exposition à des aiguilles en milieu de travail, on a démontré que la prophylaxie à la zidovudine réduit de 80 % le risque de transmission du VIH provenant d’une source positive (23). On présume qu’une antirétrovirothérapie prophylactique associative est encore plus efficace. On ne s’entend pas si la bithérapie ou la trithérapie constitue le traitement optimal. Le recours à la trithérapie se fonde sur les observations pour le traitement de l’infection par le VIH et sur l’hypothèse qu’une suppression maximale est la plus efficace pour prévenir l’infection. Par contre, la bithérapie est mieux tolérée, et la compliance au traitement peut être plus élevée qu’avec la trithérapie (27,28).  

RECOMMANDATIONS

La prévention

La prise en charge

La prophylaxie du VHB  
Voir le tableau 1.  

La prophylaxie du VIH

Le suivi  

RÉFÉRENCES  

  1. Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d’immunisation [auteure principale : J Embree]. Les blessures par piqûre d’aiguille dans un lieu public. Paediatr Child Health 1999;4:305-8.
  2. Gerberding JL. Management of occupational exposures to blood-borne viruses. N Engl J Med 1995;332:444-51.
  3. American Academy of Pediatrics, Committee on Infectious Diseases. Injuries from discarded needles in the community. In: Pickering LK, ed. Red Book 2006, 27th edn. Elk Grove: American Academy of Pediatrics, 2006:188-91.
  4. García-Algar O, Vall O. Hepatitis B virus infection from a needle stick. Pediatr Infect Dis J 1997;16:1099.
  5. Libois A, Fumero E, Castro P et coll. Transmission of hepatitis C virus by discarded-needle injury. Clin Infect Dis 2005;41:129-30.
  6. Walsh SS, Pierce AM, Hart CA. Drug abuse: A new problem. Br Med J (Clin Res Ed) 1987;295:526-7.
  7. Montella F, Di Sora F, Recchia O. Can HIV-1 infection be transmitted by a “discarded” syringe? J Acquir Immune Defic Syndr 1992;5:1274-5.  
  8. Wyatt JP, Robertson CE, Scobie WG. Out of hospital needlestick injuries. Arch Dis Child 1994;70:245-6.  
  9. Aragón Peña AJ, Arrazola Martínez MP, García de Codes A, Dávila Alvarez FM, de Juanes Pardo JR. [Hepatitis B prevention and risk of HIV infection in children injured by discarded needles and/or syringes.] Aten Primaria 1996;17:138-40.
  10. Nourse CB, Charles CA, McKay M, Keenan P, Butler KM. Childhood needlestick injuries in the Dublin metropolitan area. Ir Med J 1997;90:66-9.
  11. Slinger R, Mackenzie SG, Tepper M. Community-acquired needle stick injuries in Canadian children: Review of Canadian hospitals injury reporting and prevention program data from 1991 to 1996. Paediatr Child Health 2000;5:324-8.
  12. Babl FE, Cooper ER, Damon B, Louie T, Kharasch S, Harris JA. HIV postexposure prophylaxis for children and adolescents. Am J Emerg Med 2000;18:282-7.
  13. Russell FM, Nash MC. A prospective study of children with community-acquired needlestick injuries in Melbourne. J Paediatr Child Health 2002;38:322-3.
  14. Papenburg J, Blais D, Moore D et coll. Les piqûres d’aiguille survenues en communauté chez l’enfant: Description et risque de séroconversion. 36e Congrès Annuel de l’Association des Pédiatres de Langue Française. Paris. June 2005. Archives de pédiatrie 2005;12:1025-6.
  15. Makwana N, Riordan FA. Prospective study of community needlestick injuries. Arch Dis Child 2005;90:523-4.
  16. Thomas HL, Liebeschuetz S, Shingadia D, Addiman S, Mellanby A. Multiple needle-stick injuries with risk of human immunodeficiency virus exposure in a primary school. Pediatr Infect Dis J 2006;25:933-6.
  17. de Waal N, Rabie H, Bester R, Cotton MF. Mass needle stick injury in children from the Western cape. J Trop Pediatr 2006:52:192-6.
  18. Cocchi P, Silenzi M, Corti R, Nieri R, De Majo E, Parri F. Risk of contracting hepatitis B from discarded syringes. Lancet 1984;1:1356.  
  19. Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d’immunisation [auteurs principaux : N MacDonald, S Dobson, E Sartison]. Immunization update 2005: Stepping forward. Paediatr Child Health 2005;10:315-6.
  20. American Academy of Pediatrics, Committee on Infectious Diseases. Hepatitis B. In: Pickering LK, ed. Red Book 2006, 27th edn. Elk Grove: American Academy of Pediatrics, 2006:335-55.
  21. Hoofnagle JH, Seeff LB. Peginterferon and ribavirin for chronic hepatitis C. N Engl J Med 2006;355:2444-51.
  22. American Academy of Pediatrics, Committee on Infectious Diseases. Hepatitis C. In: Pickering LK, ed. Red Book 2006, 27th edn. Elk Grove: American Academy of Pediatrics, 2006:355-9.
  23. From the Centers for Disease Control and Prevention. Case-control study of HIV seroconversion in health-care workers after percutaneous exposure to HIV-infected blood – France, United Kingdom, and United States, January 1988-August 1994. MMWR 1995;44:929-33.
  24. Abdala N, Reyes R, Carney JM, Heimer R. Survival of HIV-1 in syringes: Effects of temperature during storage. Subst Use Misuse 2000;35:1369-83.
  25. Zamora AB, Rivera MO, García-Algar O, Caylà Buqueras J, Vall Combelles O, García-Sáiz A. Detection of infectious human immunodeficiency type 1 virus in discarded syringes of intravenous drug users. Pediatr Infect Dis J 1998;17:655-7.
  26. Shah SM, Shapshak P, Rivers JE et coll. Detection of HIV-1 DNA in needle/syringes, paraphernalia, and washes from shooting galleries in Miami: A preliminary laboratory report. J Acquir Immune Defic Syndr Hum Retrovirol 1996;11:301-6.
  27. Smith DK, Grohskopf LA, Black RJ et coll; US Department of Health and Human Services. Antiretroviral postexposure prophylaxis after sexual, injection-drug use, or other nonoccupational exposure to HIV in the United States: Recommendations from the U.S. Department of Health and Human Services. MMWR Recomm Rep 2005;54:1-20.
  28. Panlilio AL, Cardo DM, Grohskopf LA, Heneine W, Ross CS; US Department of Health and Human Services. Updated US Public Health Service guidelines for the management of occupational exposures to HIV and recommendations for postexposure prophylaxis. MMWR Recomm Rep 2005;54:1-17.
  29. Gouvernement du Québec, Ministère de la Santé et des Services sociaux, Le Groupe de travail sur la récupération des seringues usagées au Québec. La récupération des seringues et des aiguilles usagées: Une responsabilité à partager. Rapport et recommandations du Groupe de travail sur la récupération des seringues usagées au Québec. 2005. <publications.msss.gouv.qc.ca/acrobat/f/documentation/2004/04-322-01.pdf> (version à jour le 4 janvier 2008).  
  30. Agence de la santé publique du Canada, Comité consultatif national de l’immunisation. Guide canadien d’immunisation – Septième édition : Anatoxine tétanique. <www.phac-aspc.gc.ca/publicat/cig-gci/index.html> (version à jour le 4 janvier 2008).  
  31. Havens PL; American Academy of Pediatrics, Committee on Pediatric AIDS. Post-exposure prophylaxis in children and adolescents for nonoccupational exposure to human immunodeficiency virus. Pediatrics 2003;111:1475-89.
  32. Working Group on Antiretroviral Therapy and Medical Management of HIV-Infected Children, Health Resources and Services Administration, National Institutes of Health. Guidelines for the use of antiretroviral agents in pediatric HIV infection. <aidsinfo.nih.gov/contentfiles/PediatricGuidelines.pdf> (version à jour le 4 janvier 2008).  

COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION
Membres :
Docteurs Robert Bortolussi (président), IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse); Dorothy L Moore, L’Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec); Joan L Robinson, Edmonton (Alberta); Élisabeth Rousseau-Harsany (représentante du conseil), CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec); Lindy M Samson, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario)
Conseillère :
Docteure Noni E MacDonald, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)
Représentants :
Docteure Upton D Allen, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (Canadian Pediatric AIDS Research Group); Scott A Halperin, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse) (Programme canadien de surveillance active de l’immunisation); Charles PS Hui, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario) (Santé Canada, Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages); Larry Pickering, Elk Grove (Illinois) États-Unis (American Academy of Pediatrics, rédacteur en chef du Red Book Editor et membre d’office du comité des maladies infectieuses), Marina I Salvadori, Children’s Hospital of Western Ontario, Ottawa (Ontario) (représentante de la SCP auprès du Comité consultatif national de l’immunisation)
Auteure principale :
Docteure Dorothy L Moore, L’Hôpital de Montréal pour enfants, Centre universitaire de santé McGill, Montréal (Québec)

Affichage : mars 2008


Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.