Le
dépistage du VIH pendant la grossesseComité des maladies infectieuses et d'immunisation, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatr Child Health 2008;13(3):227-30
No de référence : ID08-02
Aussi disponible : Le dépistage du VIH pendant la grossesse
Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d'immunisation
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HISTORIQUE
Le présent
document de principes remplace celui que la Société canadienne de pédiatrie a
publié en 2001 (1). Les modifications comprennent l’information sur les
nouveaux tests de dépistage rapide du VIH et la mise à jour des chiffres
d’incidence de l’infection par le VIH chez les femmes enceintes au Canada.
L’implantation d’une stratégie en vue de réduire la transmission périnatale du VIH se fait en deux étapes. La première consiste à dépister les femmes infectées par le VIH. La deuxième exige des efforts coopératifs de la part des dispensateurs de soins (DS) afin que les femmes et leurs enfants aient accès à des soins coordonnés du VIH.
Cinq
facteurs sont essentiels dans le cadre d’un programme de dépistage, soit :
Dans le
présent document de principes, les facteurs précédents sont analysés en
regard du dépistage du VIH pendant la grossesse.
L’ANALYSE
DES FACTEURS ESSENTIELS À UN PROGRAMME DE DÉPISTAGE, APPLIQUÉS AU DÉPISTAGE
DU VIH PENDANT LA GROSSESSE
La
sensibilité et la spécificité du test
Le mode
de diagnostic habituel de l’infection par le VIH en Amérique du Nord consiste
à procéder à un dépistage sérologique par examens successifs. La première
étape est un test de dépistage des anticorps du VIH au moyen d’un dosage
immunoenzymatique (EIA). La sensibilité et la spécificité des EIA de dépistage
de troisième génération utilisés au Canada sont excellentes. La « fenêtre
sérologique » entre l’infection et l’apparition d’anticorps décelables
(la séroconversion) par les EIA de troisième génération est de quatre à six
semaines. L’EIA de quatrième génération en cours de développement est un
dosage combiné des anticorps et des antigènes qui réduira davantage la fenêtre
sérologique. Si l’EIA est réactif, l’échantillon fait l’objet d’un
test de confirmation des anticorps du VIH par transfert Western (TW) ou, moins
souvent par un autre procédé, tel que l’immunodosage à paramètres
multiples. Le test de confirmation par TW utilisé au Canada est homologué
seulement pour dépister les anticorps du VIH-1. Un TW indéterminé peut être
indicatif d’une infection précoce, d’une infection par le VIH-2 (qu’on
observe surtout en Afrique de l’Ouest), de la baisse des anticorps de la mère
chez le nourrisson ou d’un résultat faux-positif. Les tests qui mesurent la
charge virale du VIH sont surtout utilisés pour le suivi plutôt que pour le
diagnostic du VIH et peuvent donner un faux résultat faible des variantes non-B
(sous-types du VIH), qu’on contracte surtout à l’extérieur de l’Amérique
de Nord et de l’Europe.
Un dépistage
rapide du VIH peut se définir comme un dosage permettant d’obtenir un résultat
des anticorps du VIH en moins de 30 minutes. Ce dépistage n’est pas aussi
facilement disponible partout au pays. Il semble avoir une sensibilité et une
spécificité acceptables, mais un résultat positif obtenu à l’aide de cette
technologie doit être confirmé par des tests de sérologie standard. En fin de
grossesse ou pendant l’accouchement, il est avantageux de dépister les femmes
qui n’ont pas reçu de soins prénatals ou celles qui sont à haut risque au
moyen du test rapide du VIH si le dépistage sérologique standard n’est pas
rapidement accessible. Le test de dépistage rapide du VIH MedMira (MedMira
Laboratories Inc., Canada) est homologué pour être utilisé seulement en
laboratoire. Le test rapide aux anticorps du VIH-1 INSTI (bioLytical
Laboratories Inc, Canada) a été approuvé en 2005 à la fois pour le dépistage
rapide du VIH en laboratoire et pour les tests de sang entier au point de
service (clinique ou autre établissement de santé), et la demande
d’homologation du test du VIH-2 à Santé Canada est en cours de traitement.
Il faut implanter des protocoles et une assurance-qualité pour garantir une
utilisation pertinente et uniforme en milieu périnatal.
L’acceptabilité
et la faisabilité du test
Le dépistage
du VIH inclut non seulement le prélèvement de l’échantillon de sang, mais
également le counseling avant et après le test, au moment de la divulgation
des résultats (2,3). Bien des femmes séropositives au VIH ne déclarent à
leur médecin ou à leur sage-femme aucun des facteurs de risque habituellement
associés à l’acquisition de l’infection par le VIH. Il est donc recommandé
de procéder systématiquement au dépistage du VIH pendant la période prénatale
dans toutes les provinces et tous les territoires, mais le respect de cette
recommandation varie selon les régions (4). Les programmes qui fonctionnent le
mieux incluent le dépistage automatique du VIH dans le cadre du bilan sanguin
prénatal habituel, à moins que la femme s’y oppose catégoriquement. Très
peu de femmes refusent le dépistage lorsque le conseiller le leur recommande
(5). De nombreuses femmes pensent à tort avoir subi le dépistage du VIH même
si elles n’en ont pas discuté avec les DS.
Les
bienfaits du dépistage précoce
On
constate des taux de transmission périnatale du VIH d’environ 25 % en
l’absence d’interventions pendant la grossesse, l’accouchement ou la période
néonatale. Certains cas de transmission se produisent pendant la période
intra-utérine, mais la majorité ont lieu pendant l’accouchement, et le
risque augmente lorsque le nouveau-né est allaité. Plus la femme a
connaissance rapidement de sa séropositivité au VIH, plus elle a l’occasion
d’optimiser son état de santé, de réduire le risque de propagation
horizontale à ses partenaires sexuels et de prévenir la transmission verticale.
On estime que l’incidence de transmission verticale du VIH pourrait diminuer
de 65 % au Canada si 90 % des femmes enceintes subissaient le test de dépistage
du VIH (6).
Les
bienfaits de la monothérapie à la zidovudine (AZT) pour prévenir la
transmission du VIH de la mère à l’enfant ont été démontrés dans un
essai aléatoire et contrôlé contre placebo (7). Dans cette étude, le taux de
transmission diminuait des deux tiers (de 25 % à 8 %) dans le cadre d’une
intervention en trois phases. Depuis, plusieurs études (8,9) ont démontré que
la charge virale de la mère constitue un déterminant essentiel du risque de
transmission périnatale et que les femmes dont la charge virale est indécelable
transmettent rarement le VIH. Le recours à une antirétrovirothérapie
hautement active pendant la grossesse, associé à l’administration d’AZT à
la mère pendant la période intra-utérine et au nouveau-né, est lié à une réduction
supplémentaire (jusqu’à moins de 2 %) de la transmission périnatale (10),
le taux s’élevant à seulement 1,2 % au Canada chez les 168 enfants nés en
2006 chez qui on avait dépisté l’exposition au VIH avant la naissance (11).
Il faut adapter le choix de l’antirétrovirothérapie à chaque femme
enceinte, compte tenu de facteurs comme le statut courant du VIH, les effets
secondaires (notamment ceux qui sont plus importants pendant la grossesse),
l’information sur les effets de médicaments précis sur l’issue de la
grossesse, les antirétrovirothérapies passées, l’intervalle prévu entre le
début du traitement et l’accouchement et, si on la connaît, la susceptibilité
antirétrovirale de la souche virale (6,10). Même si la plupart des nouveau-nés
exposés à l’infection par le VIH pendant la période périnatale reçoivent
encore seulement l’AZT pendant la période néonatale, des situations à haut
risque ou des événements périnatals peuvent justifier des thérapies
associatives. Il faut prendre ce type de décision en consultation avec des
experts de l’infection par le VIH chez les enfants.
Selon
des études internationales (12,13) et des études d’observation aux États-Unis
(14), l’administration d’AZT à la mère pendant une période plus courte réduit
jusqu’à un certain point la transmission périnatale du VIH, mais moins que
les schémas posologiques en trois étapes, plus longs. La névirapine et
diverses antirétrovirothérapies associatives entreprises pendant la période périnatale
(10,15,16) ou l’administration d’AZT moins de 48 heures après
l’accouchement (14), procurent certains bienfaits. Ces stratégies sont
particulièrement utiles dans les milieux pauvres en ressources, mais elles
comportent certains avantages pour les femmes séropositives au VIH dont on ne
connaissait pas le statut de VIH en fin de grossesse ou à l’accouchement.
On sait
que le VIH peut être transmis à un taux d’environ 9 % par année
d’allaitement (17), le risque étant probablement plus élevé dans les six
premiers mois suivant l’accouchement. Par conséquent, au Canada, où
l’alimentation au moyen de préparations lactées commerciales est sécuritaire
et où les produits sont faciles d’accès, il est recommandé d’éviter
d’exposer au VIH contenu dans le lait maternel les bébés nés d’une mère
séropositive au VIH, quelle que soit la charge virale de la mère ou l’antirétrovirothérapie
qui lui est administrée.
Il est démontré
qu’un accouchement par césarienne non urgente effectué avant le début du
travail et la rupture des membranes réduit la transmission périnatale par les
femmes infectées par le VIH qui ne prennent pas d’antirétroviraux ou qui
prennent seulement de l’AZT (18,19). On possède moins de données sur
l’efficacité de cette intervention chez les femmes dont la charge virale
n’est pas entièrement supprimée malgré une antirétrovirothérapie
associative, et les données sont insuffisantes pour qu’on puisse déterminer
à quel seuil la charge virale de la mère est assez faible pour que le risque
de la césarienne l’emporte sur ses bienfaits. Par consensus, l’American College of Obstetricians and Gynecologists a adopté un
seuil de charge virale, mesuré par l’acide ribonucléique du VIH de 1 000
copies/mL, sous lequel les risques de césarienne sont considérés comme supérieurs
aux bienfaits de la prévention de la transmission du VIH (20). Par contre,
selon les lignes directrices consensuelles canadiennes (6), la césarienne et
l’accouchement vaginal peuvent convenir aux femmes dont la charge virale
n’est pas totalement supprimée et demeure à moins de 1 000 copies/mL.
Les
inconvénients du test
La femme
qui apprend qu’elle est séropositive au VIH vit un grand stress personnel,
familial et sociétal (21). Afin de faciliter une prise de décision éclairée,
il est essentiel que la mère et l’enfant aient accès à des experts dans la
prise en charge de l’infection par le VIH.
La
toxicité attribuable à l’exposition intra-utérine aux antirétroviraux
constitue une complication potentielle. À court terme, la toxicité marquée
est rare, et on possède peu d’information sur la toxicité à long terme de
cette exposition (6,22-24). Cependant, les bienfaits de la prophylaxie semblent
l’emporter, et de loin, sur la toxicité potentielle aux médicaments.
La
prévalence de la maladie
De tous les Canadiens séropositifs au VIH, la
proportion de femmes canadiennes séropositives au VIH est passée de 12 % entre
1985 et 1997 à 25 % en 2005 (4). Presque toutes ces femmes étaient en âge de
procréer. Des sondages anténatals effectués en Alberta en 2000 et en
Colombie-Britannique en 2003 ont révélé des incidences du VIH de 3,3 cas pour
10 000 habitants (25) et de 9,0 cas pour 10 000 habitants (4) respectivement,
avec des taux considérablement plus élevés de 31,3 cas pour 10 000 habitants
chez les femmes autochtones de la Colombie-Britannique entre 2000 et 2002 (4).
Chaque année, au Canada, environ 185 enfants naissent d’une femme atteinte
d’une infection connue par le VIH (26), et on ne sait pas combien naissent de
mères non diagnostiquées ou qui ont caché leur diagnostic aux DS.
CONCLUSIONS
L’information
disponible confirme la recommandation antérieure d’offrir systématiquement
à toutes les femmes enceintes de subir le test de dépistage du VIH. Des données
incontestables démontrent la possibilité de réduire la transmission du VIH de
la mère à l’enfant et de pratiquement l’éliminer grâce au dépistage du
VIH pendant la grossesse, à l’utilisation d’une antirétrovirothérapie périnatale
pertinente, à la réduction de l’exposition au VIH pendant l’accouchement
et à l’évitement de l’allaitement.
COMITÉ
DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION
Membres : Docteurs
Robert Bortolussi (président), IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse);
Dorothy L Moore, L’Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec);
Joan L Robinson, université de l’Alberta, Edmonton (Alberta); Élisabeth
Rousseau-Harsany (représentante du conseil), CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec);
Lindy M Samson, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario,
Ottawa (Ontario)
Conseillère :
Docteure Noni E MacDonald, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)
Représentants :
Docteurs Upton D Allen, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario)
(Canadian Pediatric AIDS Research Group); Scott A Halperin, IWK Health
Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse) (Programme canadien de surveillance active de
l’immunisation); Charles PS Hui, Centre hospitalier pour enfants de l’est de
l’Ontario, Ottawa (Ontario) (Santé Canada, Comité consultatif de la médecine
tropicale et de la médecine des voyages); Larry Pickering, Elk Grove (Illinois)
États-Unis (American Academy of Pediatrics, rédacteur en chef du Red Book et
membre d’office du comité des maladies infectieuses); Marina I Salvadori,
Children’s Hospital of Western Ontario, Ottawa (Ontario) (Santé Canada, Comité
consultatif national de l’immunisation)
Auteure principale :
Docteure Joan L Robinson, université de l’Alberta, Edmonton (Alberta)
Affichage : mars 2008
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |