La prise en charge courante de l’infection au virus de l’herpès simplex chez les femmes enceintes et leur nouveau-né

Comité des maladies infectieuses et d'immunisation, Société canadienne de pédiatrie (SCP)

Résumé publé dans Paediatrics & Child Health 2006;11:366-8
No de référence : ID06-03

Révision en cours en février 2011

Sommaire

Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d'immunisation


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Contenu


ÉNONCÉ DU PROBLÈME
Le virus de l’herpès simplex (VHS) s’associe aux maladies néonatales depuis plus de six décennies (1). Nos connaissances sur l’épidémiologie, la pathogenèse et l’évolution naturelle de ces maladies ont considérablement progressé depuis 20 ans. Une antivirothérapie efficace a également favorisé d’énormes percées dans la prise en charge des infections néonatales au VHS. Malgré ces progrès, le VHS demeure une cause importante de morbidité et de mortalité chez les nouveau-nés. Le présent document de principes traite des enjeux courants reliés à la prévention, au diagnostic et au traitement de l’infection périnatale au VHS. Il remplace un document déjà publié sur le sujet (ID92-03).

LES VIRUS DE L’HERPÈS SIMPLEX
Les virus de l’herpès simplex de types 1 et 2 font partie de la famille des herpèsvirus (2). Comme les autres herpèsvirus, le VHS existe en état de latence en demeurant inactif chez l’hôte. La réactivation du virus infectieux ne s’associe généralement pas à des signes cliniques de lésions récurrentes du VHS. Des réactivations silencieuses d’un point de vue clinique sont plus fréquentes que les lésions récurrentes. Ces réactivations sont souvent spontanées, sans facteurs déclenchants évidents, mais les récurrences symptomatiques peuvent être reliées à un stress physique ou affectif, à l’exposition à la lumière ultraviolette, à un endommagement des tissus et à l’immunosuppression. Dans le cas du VHS génital, de nombreuses récurrences ne sont pas vraiment silencieuses, mais ne sont pas dépistées cliniquement ou ne sont pas diagnostiquées.  

L’ÉPIDÉMIOLOGIE
L’incidence d’infection néonatale :
D’après les données du Programme canadien de surveillance pédiatrique, on a relevé 45 cas de VHS néonatal entre 2000 et 2003 (5,9 cas pour 100 000 naissances vivantes au Canada) et un taux de létalité de 15,5 %. (3). L’incidence varie selon les régions aux États-Unis, mais on a récemment documenté un taux de un cas pour 3 200 accouchements (4). Environ 70 % des maladies néonatales seulement sont imputables au VHS de type 2 et 30 %, au VHS de type 1 (5).  

L’infection maternelle et les facteurs influant sur la transmission au nouveau-né : L’infection génitale au VHS de la mère peut être classée dans les catégories suivantes : (1) 

L’infection génitale au VHS est une occurrence courante chez les femmes enceintes (6-12). Toutefois, la plupart de ces infections sont silencieuses d’un point de vue clinique pendant la grossesse. Il est rare que la mère soit atteinte d’une maladie disséminée, mais la mortalité est élevée (13-15). En présence de lésions du VHS, celles-ci sont généralement localisées (1).  

D’ordinaire, la transmission de l’infection au nouveau-né est reliée à l’excrétion virale pendant l’accouchement. L’incidence de cette excrétion virale oscille entre 0, 01 % et 0,39 % pour toutes les femmes enceintes, quels que soient leurs antécédents d’herpès génital (6, 11). Dans une étude, on observait des infections récurrentes symptomatiques pendant la grossesse chez 84 % des femmes qui avaient des antécédents de maladie symptomatique (16). Cependant, l’excrétion virale à l’accouchement ne se produisait que dans 0,56 % des infections symptomatiques et dans 0,66 % des infections asymptomatiques. D’autres études ont donné des résultats similaires (17). La fréquence d’excrétion ne semble pas varier selon le trimestre de grossesse. D’après les données, la fréquence d’excrétion est faible, ce qui réduit le risque d’infection néonatale lorsqu’une femme a des infections récurrentes.  

Environ 60 % à 80 % des femmes dont le nourrisson est infecté sont asymptomatiques pendant la grossesse et l’accouchement et, selon le même pourcentage, ni elles ni leurs partenaires n’avaient d’antécédents d’herpès génital (5, 18-19). La catégorie d’infection maternelle à l’accouchement influe sur la probabilité d’acquisition néonatale du VHS. Les nourrissons nés d’une mère atteinte d’une véritable primo-infection à l’accouchement sont les plus prédisposés à contracter le VHS, le taux de transmission s’établissant à 50 % ou plus (5, 20). Quant aux nourrissons nés d’une mère atteinte d’une nouvelle infection qui n’était pas une primo-infection, le taux de transmission est de l’ordre de 30 %. Le risque le plus faible de transmission néonatale se produit dans les cas d’infection maternelle récurrente. Chez ces nourrissons, le taux d’atteinte au VHS néonatal est inférieur à 2 % (1).  

Les femmes atteintes d’une primo-infection excrètent de grandes quantités de parties reproduction du virus dans les voies génitales (21). Les femmes atteintes d’une nouvelle infection qui n’était pas une primo-infection excrètent aussi des titres élevés du virus (1). Bon nombre de cette deuxième catégorie de femmes est asymptomatique. Ainsi, il est important de se rappeler que les nouvelles infections se produisent souvent sans les caractéristiques cliniques classiques qu’on croyait à l’origine associées à l’herpès génital primaire et récurrent.  

L’anticorps neutralisant transplacentaire pourrait avoir un effet bénéfique sur l’infection néonatale (22). Si la primo-infection de la mère se produit tard pendant la gestation, il se peut que de fortes quantités d’anticorps neutralisants ne soient pas transmises au nouveau-né. Le taux le plus élevé de transmission provient des mères atteintes d’un herpès génital de novo dont le bébé naît avant le transfert d’anticorps passifs et y est exposé à l’accouchement ou dans les quelques premiers jours de vie (19, 20, 23).  

La durée de la rupture des membranes constitue un autre facteur. Des données du début des années 1970 révèlent qu’une rupture prolongée des membranes (plus de six heures) accroît le risque d’acquisition du VHS (24). Une césarienne est recommandée en présence de lésions actives en début de travail (25). Cependant, les bienfaits de la césarienne ne sont pas déterminés si les membranes sont rompues depuis plus de six heures. La césarienne réduit le risque d’infection du nouveau-né, sans toutefois l’éliminer (5, 26). Au sein d’une vaste étude prospective de cohorte, la césarienne a considérablement réduit le taux de transmission du VHS de 86 % par rapport à l’accouchement par voie vaginale chez les femmes chez qui ont avait isolé le VHS avant l’accouchement (4).  

L’effet d’un traitement suppresseur à l’acyclovir oral se compare favorablement à la césarienne si les femmes enceintes atteintes d’herpès génital l’entreprennent à 36 semaines de grossesse (27-31). Ce phénomène a été démontré pour la première fois chez des femmes à qui on avait diagnostiqué un VHS pour la première fois pendant leur grossesse (27).  

Dans le cadre d’une méta-analyse d’essais cliniques aléatoires de l’acyclovir en vue de prévenir la récurrence d’herpès simplex à l’accouchement, la prophylaxie à l’acyclovir était efficace pour réduire les récurrences de VHS clinique au moment de l’accouchement (RR 0,25 [95 % IC 0,15 à 0,40]), de césariennes imputables à l’herpès (RR 0,30 [95 % IC 0,13 à 0,67]), de dépistage total du VHS à l’accouchement (RR 0,11 [95 % IC 0,04 à 0,31]) et d’excrétion asymptomatique du VHS à l’accouchement (RR 0,09 [95 % IC 0,02 à 0,39]). Ces données étayent le recours au traitement à l’acyclovir pour les femmes atteintes d’herpès génital récurrent pendant la grossesse, afin de réduire le risque de césarienne imputable à l’herpès et le risque que le VHS soit présent dans les voies génitales à l’accouchement (32).  

Il est également avancé qu’une prophylaxie à l’acyclovir par voie orale en fin de grossesse chez les femmes atteintes d’herpès génital récurrent est plus rentable que la césarienne (33).  

Le recours à l’acyclovir dans les circonstances précédentes a soulevé plusieurs questions. D’abord, l’utilisation d’acyclovir en fin de grossesse ne s’associe pas à des réactions indésirables importantes à court terme pour le fœtus et pour la mère (34-35). Cependant, il faut accumuler des données supplémentaires avant de pouvoir tirer des conclusions définitives. Il existe un risque de neutropénie induite par l’acyclovir chez les nouveau-nés dont la mère a pris de l’acyclovir (36). Ensuite, la prise d’acyclovir peut simplement faire passer le scénario clinique d’une excrétion symptomatique à une excrétion asymptomatique (29). Enfin, l’apparition d’une résistance à l’acyclovir est peu probable étant donné la courte durée de la prophylaxie à l’acyclovir lorsque le traitement est entrepris à 36 semaines de grossesse. Cependant, c’est un domaine qui doit faire l’objet d’études plus approfondies, comme l’illustre un rapport récent faisant état de la présence d’un mutant résistant à l’acyclovir chez un nouveau-né après seulement sept jours de traitement à l’acyclovir alors que la mère n’avait pas pris ce médicament (37).  

D’autres produits que l’acyclovir peuvent être envisagés, dont le famciclovir et le valacyclovir en raison de leur meilleure biodisponibilité et de leur moins grande fréquence d’administration.  

Enfin, certains types d’interventions pendant le travail et l’accouchement peuvent influer sur le risque de transmission du VHS au nouveau-né, comme la rupture précoce des membranes (entraînant une rupture prolongée des membranes), un monitorage par électrode sur le cuir chevelu fœtal, des prélèvements sur le cuir chevelu et l’utilisation des forceps ou d’une ventouse en pression négative pendant l’accouchement (24, 38-40).  

Le moment de la transmission de l’infection : Les nouveau-nés peuvent contracter l’infection au VHS in utero ou pendant la période intrapartum ou postnatale. La principale voie de transmission est intrapartum, mais l’infection postnatale est également possible. D’après des données récentes du groupe d’étude antiviral du National Institute of Allergy and Infectious Diseases (NIAID), la fréquence d’infections au VHS de type 1 est d’environ 30 % (5). Cependant, puisque le VHS de type 1 représente de 5 % à 20 % de toutes les infections génitales au VHS, certains cas d’infection néonatale au VHS de type 1 seraient contractés de sources non maternelles, pendant la période postnatale.  

Le VHS peut être transmis pendant la période postnatale par des membres de la parenté et du personnel de l’hôpital atteints d’herpès orolabial (38-39, 41-45). De plus, on a déjà documenté la transmission nosocomiale de l’infection au VHS par des techniques de laboratoire spéciales, comme l’analyse d’enzyme de restriction (1).  

LES CARACTÉRISTIQUES ET LES ISSUES DE L’INFECTION NÉONATALE
Il est essentiel de préparer un système de classification de l’infection néonatale au VHS pour susciter la présomption clinique de maladie au VHS, donner un pronostic et élaborer un traitement (46-47). Le système actuel figure au tableau 1. Il peut y avoir des chevauchements entre les divers syndromes. La maladie disséminée touche de nombreux organes, notamment le foie et les poumons. Les nouveau-nés ayant une atteinte localisée du SNC ou une maladie disséminée n’ont pas nécessairement de lésions cutanées (48). Dans l’étude antivirale coopérative du NIAID, 39 % des nourrissons atteints d’une maladie disséminée n’ont jamais eu de lésions cutanées pendant leur maladie, par rapport à 32 % de ceux souffrant d’une maladie du SNC et à 17 % de ceux atteints d’une maladie localisée de la peau, des yeux et de la bouche (PYB) (49). Ainsi, l’infection néonatale au VHS devrait être envisagée chez les nourrissons présentant un syndrome de septicémie, notamment lorsqu’il s’accompagne d’un dysfonctionnement hépatique. Il faudrait aussi l’envisager chez les nouveau-nés fiévreux et irritables ayant des résultats anormaux du LCR, surtout s’ils font des convulsions.  

Dans la plupart des cas, les symptômes initiaux d’infection au VHS se manifestent pendant les quatre premières semaines de vie. Cependant, il arrive que la maladie se déclare pour la première fois entre quatre et six semaines de vie (50-51). Les nouveau-nés ayant contracté l’infection pendant la période intra-utérine peuvent manifester des symptômes de maladie au VIH à la naissance ou peu après la naissance.  

Les nourrissons atteints d’une maladie disséminée ont le pire pronostic global. Dans certains cas, ils sont nés d’une mère atteinte d’une nouvelle infection et qui n’avait pas d’anticorps à transférer passivement (52-53). Pendant la période préantivirale, 85 % des nourrissons atteints de VHS disséminé et 50 % de ceux atteints d’une maladie du SNC sont décédés (54). La vidarabine et une faible dose d’acyclovir (30 mg/kg/jour) sont deux médicaments qui réduisent le taux de mortalité à un an imputable à une maladie disséminée et à une maladie du SNC (de 54 % et de 14 %, respectivement) (55). Le recours à une dose plus forte d’acyclovir (60 mg/kg/jour) réduisait encore davantage le taux de mortalité à un an découlant d’une maladie disséminée et d’une maladie du SNC (de 29 % et de 14 %, respectivement) (56).  

Parmi les survivants ayant participé à deux études de l’acyclovir par voie parentérale pour lesquels des données de suivi était disponibles à 12 mois de vie, 25 % de ceux qui étaient atteints d’une maladie disséminée avaient des séquelles neurologiques, par rapport à 70 % de ceux atteints d’une maladie du SNC et à 2 % de ceux atteints d’une maladie de la PYB (49). Parmi les nouveau-nés atteints d’une maladie de la PYB, des séquelles neurologiques ont été documentées chez les nourrissons dont la maladie semblait limitée à la PYB. Malgré des examens normaux au départ, l’atteinte neurologique devenait apparente entre six mois et un an (5, 47, 54-55). Les nourrissons ayant des lésions cutanées ont souvent des récurrences. Ils ne meurent généralement pas de ces récurrences, mais jusqu’à 30 % d’entre eux ont des signes documentés d’atteinte neurologique (5).  

LES RÉSULTATS DIAGNOSTIQUES DE TESTS DE LABORATOIRE
Il est possible de dépister le VHS par des cultures virales de l’oropharynx, du nasopharynx, des selles, de la couche leucocytaire, du liquide céphalorachidien (LCR) et de l’urine, par des réactions en chaîne de la polymérase (PCR) du LCR et du sang, par la coloration immunofluorescente directe des anticorps des lésions cutanées et par le dosage immunoenzymatique des antigènes du VHS. L’utilité de ces modalités varie selon le type d’échantillon testé. Il est important que le clinicien discute avec le virologiste lorsqu’il présume un cas de VHS néonatal.  

L’isolement du virus demeure la meilleure méthode diagnostique du VHS néonatale (1-2). Cependant, en présence de lésions cutanées, des techniques diagnostiques rapides sont utiles, telles que l’immunofluorescence directe des cellules infectées par le virus et le dosage immunoenzymatique pour déceler des antigènes du VHS. La coloration par immunofluorescence directe n’est pas fiable à moins que l’échantillon provienne d’une lésion cutanée. Les cellules prélevées sur des échantillons oropharyngés ne conviennent pas aux épreuves d’immunofluorescence directe (1).  

L’isolement du virus dans des cultures superficielles peuvent représenter une colonisation si les échantillons ont été prélevés dans les 24 heures suivant la naissance (1). Si ces cultures sont positives plus de 48 heures après la naissance, elles représentent probablement une réplication virale active et non une colonisation. Pour les nourrissons exposés à des lésions génitales actives, il n’existe pas de données tirées d’études prospectives pour établir l’utilité de procéder régulièrement à des cultures de surveillance lors du diagnostic précoce de l’infection néonatale au VHS. Certains spécialistes favorisent des cultures hebdomadaires pendant les quatre à six premières semaines de vie pour les orienter quant à la nécessité de traitement à l’acyclovir (25).  

Bien que les cultures du VHS puissent être positives chez les nourrissons atteints d’une maladie disséminée, les cultures du LCR sont généralement négatives chez ceux atteints d’une maladie localisée au SNC. Pour les patients précédents, la réaction en chaîne de la polymérase (PCR) constitue une épreuve diagnostique importante, car elle est plus sensible que la culture. Le PCR de l’ADN du VHS dans le LCR évite les biopsies cérébrales chez les nourrissons atteints d’un VHS présumé du SNC. Cependant, puisqu’il n’existe pas de PCR de l’ADN du VHS sur le marché, les résultats de cette épreuve varient selon les laboratoires. Étant donné cette variabilité, il faut faire preuve de prudence lorsqu’on se fie aux résultats négatifs de telles épreuves pour écarter une encéphalite à VHS, surtout si cette décision se fonde sur les résultats d’une seule ponction lombaire effectuée dans les premières phases de la maladie.  

Il est difficile de contrôler les résultats faux-positifs du PCR de l’ADN attribuables à la contamination. Le taux de sensibilité du PCR varie entre 75 % et 100 % (57-58). Dans le cadre d’une étude, on a décelé le VHS par PCR dans le LCR de 71 % des nourrissons avant d’entreprendre un traitement antiviral (59). Le PCR était positif chez 24 % des nourrissons atteints d’une maladie mucocutanée démontrée cliniquement (59). Des données supplémentaires s’imposent pour connaître l’importance clinique de ces observations.  

Les nourrissons ne présentant aucune manifestation clinique de maladie du SNC devraient aussi subir une ponction lombaire pour procéder au PCR de l’ADN dans le LCR parce que certains d’entre eux souffrent peut-être d’une infection non dépistée du VHS dans le SNC. Il est établi qu’une infection néonatale au VHS peut survenir malgré des caractéristiques biochimiques et un dénombrement cellulaire du LCR « normaux », surtout pendant les premières phases de l’infection. Le PCR de l’ADN dans le LCR devrait être exécuté, même si les paramètres précédents sont normaux.  

L’évaluation de la virémie du VHS au moyen du PCR de l’ADN est moins bien établie que celle du PCR de l’ADN dans le LCR (60-62). Une étude a porté sur la charge virale du VHS dans le sérum et le LCR au moyen d’un essai PCR en temps réel (60). Les patients atteints d’une maladie disséminée affichaient une charge virale plus élevée dans le sérum, tandis que ceux atteints d’une infection du SNC affichaient une charge virale plus élevée dans le LCR. Les charges virales étaient plus élevées chez les patients qui avaient succombé au VHS, ce qui laisse supposer que la charge virale du VHS peut être utile dans l’évaluation du pronostic des maladies néonatales au VHS. Un moins bon pronostic s’associe aussi à la persistance de l’ADN du VHS dans le LCR pendant le traitement (60).  

Plusieurs facteurs gênent le recours à la sérologie dans le diagnostic de l’infection néonatale au VHS. En premier lieu, il est impossible de différencier les anticorps IgG transplacentaires de l’IgG produit par le nourrisson. En deuxième lieu, certains enfants très atteints ont une capacité de production d’anticorps très réduite. En troisième lieu, la fiabilité des essais d’anticorps à l’IgM du VHS offerts sur le marché laisse à désirer.  

Dans l’ensemble, chacun des tests de laboratoire du VHS comporte d’importantes limites. Ainsi, les résultats de ces tests devraient être interprétés compte tenu d’une évaluation attentive du bilan clinique et des résultats des tests de laboratoire généraux qui peuvent laisser supposer une infection au VHS. Ces tests sont l’ÉEG, la tomodensitométrie ou l’imagerie par résonance magnétique, les transaminases hépatiques et la formule sanguine.  

LE TRAITEMENT DE L’INFECTION NÉONATALE AU VHS
Parmi les agents évalués pour le traitement de l’infection néonatale au VHS, l’acyclovir a émergé comme agent de choix (63-64).  

Des données récentes appuient le recours à de fortes doses d’acyclovir (60 mg/kg/jour répartis en trois doses) pour le traitement du VHS néonatal. Selon les données tirées de l’étude coopérative du NIAID, les taux de mortalité et de morbidité étaient plus faibles chez les nourrissons traités à l’aide de plus fortes doses d’acyclovir (56). Ces données soutiennent l’administration d’un traitement de 21 jours en cas de maladie du SNC et de maladie disséminée. La biodisponibilité de l’acyclovir par voie orale est limitée chez les nouveau-nés, ce qui provoque des taux insuffisants du médicament (65). Par conséquent, un traitement parentéral s’impose.  

Le recours à de plus fortes doses d’acyclovir s’associe à une augmentation de la fréquence de neutropénie (56). De plus, une hydratation suffisante est nécessaire pour réduire le risque de néphrotoxicité.  

Des produits topiques (p. ex., la trifluridine) sont recommandés en plus de l’acyclovir par voie parentérale chez les nouveau-nés atteints d’une maladie oculaire (66).  

En raison de l’association entre les séquelles tardives et les lésions cutanées récurrentes du VHS, on s’est interrogé sur l’intérêt d’un traitement suppresseur prolongé à l’acyclovir par voie orale. L’administration d’acyclovir par voie orale sous forme de traitement suppresseur peut prévenir les récurrences de VHS après une maladie de la PYB (67). Cependant, on ne possède pas de données pour vérifier si la suppression des récurrences cutanées grâce à l’acyclovir par voie orale s’associe à une réduction de l’incidence des séquelles neurologiques tardives (66).  

Aucune donnée n’indique l’intérêt de l’immunoglobine intraveineuse dans le traitement du VHS néonatal (68-69).  

Étant donné le potentiel de séquelles neurologiques importantes chez les survivants d’une infection néonatale au VHS, les nourrissons atteints devraient être suivis attentivement. Ils devraient être dotés d’un programme de suivi structuré comportant des évaluations neurodéveloppementales, ophtalmologiques et audiologiques.  

RECOMMANDATIONS

LA PRÉVENTION DES INFECTIONS NÉONATALE AU VHS
Les femmes enceintes

Les femmes en travail

Les nouveau-nés (tableau 3)

La démarche de prise en charge du nourrisson asymptomatique exposé au VHS pendant l’accouchement tient compte de l’état de la mère. Souffre-t-elle d’une primo-infection démontrée ou présumée, de lésions récurrentes connues ou son état est-il inconnu? On peut présumer que les femmes de la dernière catégorie souffrent d’une primo-infection.

Les nourrissons nés par voie vaginale

Chez ces nourrissons, il faut amorcer un traitement à l’acyclovir si l’infection au VHS est fortement présumée ou si l’un des tests précédents en révèle la présence (B-III). Cet indice de suspicion devrait être maintenu pendant six semaines.

Les nourrissons nés par césarienne

Les mesures de contrôle de l’infection (tableau 4) (66, 70)

Les femmes atteintes du VHS en travail et pendant la période postpartum

Les nouveau-nés atteints d’une infection au VHS et les nouveau-nés exposés

LES TESTS DIAGNOSTIQUES DE L’INFECTION NÉONATALE AU VHS

La Société canadienne de pédiatrie fait les recommandations suivantes : 

 LE TRAITEMENT ET LE SUIVI DES NOUVEAU-NÉS ATTEINTS D’UNE INFECTION AU VHS

LES FUTURS ENJEUX DE RECHERCHE

Plusieurs aspects de la prévention, du diagnostic et de la prise en charge de l’infection néonatale au VHS doivent faire l’objet de recherches plus approfondies. Les domaines suivants sont prioritaires : 

RÉFÉRENCES

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COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION (2005-2006)

Membres : Docteurs Simon Richard Dobson, BC’s Children’s Hospital, Vancouver (Colombie-Britannique); Joanne Embree (présidente), université du Manitoba, Winnipeg (Manitoba); Joanne Langley, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse); Dorothy Moore, L’Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec); Gary Pekeles (représentant du conseil), L’Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec; Élisabeth Rousseau-Harsany (représentante du conseil), CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec); Lindy Samson, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario)  
Conseillère :
Docteur Noni MacDonald, département de pédiatrie, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)  
Représentants :
Docteurs Upton Allen, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (Canadian Paediatric AIDS Research Group); Scott Halperin, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse) (IMPACT); Monica Naus, BC Centre for Disease Control, Vancouver (Colombie-Britannique) (Santé Canada, Comité consultatif national de l’immunisation); Larry Pickering, Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta (Géorgie) États-Unis (American Academy of Pediatrics, comité des maladies infectieuses)  
Auteur principal :
Docteur Upton Allen, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario)  

TABLEAU 1  
STRUCTURE DE CLASSEMENT DE L’INFECTION NÉONATALE AU VHS  

Type de présentation Fréquence relative  
Infection intra-utérine         Moins de 5 %  
Infection postnatale  
Maladie disséminée      25 %  
Maladie de la peau, des      35 %  
yeux et des muqueuses  
Maladie localisée du SNC   40 %  

TABLEAU 2  
QUALITÉ DES RECOMMANDATIONS  

Conception de la recherche   Définition
I   Données obtenues dans le cadre d’au moins un essai comparatif bien conçu randomisé  
II-1   Données obtenues dans le cadre d’essais comparatifs bien conçus, sans randomisation  
II-2   Données obtenues dans le cadre d’études de cohortes ou d’études analytiques cas-témoins, réalisées de préférence dans plus d’un centre ou par plus d’un groupe de recherche  
II-3 Données comparatives de différents lieux et époques avec ou sans intervention; résultats spectaculaires d’études non comparatives  
III Opinions exprimées par des sommités dans le domaine et reposant sur l’expérience clinique; études descriptives ou rapports de comités d’experts  

 

Catégories de recommandations   Définition
Il y a des preuves suffisantes pour en recommander l’utilisation.  
Il y a des preuves acceptables pour en recommander l’utilisation.  
Les preuves sont insuffisantes pour qu’on puisse recommander l’inclusion ou l’exclusion d’une intervention, mais des recommandations peuvent être formulées pour d’autres motifs.  
D On dispose de preuves acceptables pour en recommander l’exclusion.  
E Il y a des preuves suffisantes pour en recommander l’exclusion.  
F Les preuves sont insuffisantes pour qu’on puisse faire une recommandation, mais d’autres facteurs peuvent influer sur la prise de décision.  

TABLEAU 3  

 

L’ÉVALUATION INITIALE DES NOURRISSONS PRÉSENTANT DIVERS RISQUES D’INFECTION AU VHS

 

Épreuves ou traitements demandés

 

Nouveau-nés

symptomatiques

Nouveau-nés asymptomatiques

 

Études microbiologiques

Accouchement par voie vaginale

Césarienne

RM > 6 heures

RM < 6 heures

Lésion cutanée : culture virale et examen direct

 

+

 

n.a.

 

n.a.

 

n.a.

LCR : culture virale et PCR du VHS

+

-

-

 

Sang : culture virale et PCR

+

+/-

+/-

-

Conjonctive : culture virale

+

+

+

+/-

Nasopharynx : culture virale

+

+

+

+/-

Rectum : culture virale

+

+

+

+/-

Urine : culture virale

+

+

+

+/-

 

 

 

 

 

Autres études

 

 

 

 

Dénombrement cellulaire, glucose, protéines du LCR

+

-

-

-

Formule sanguine et leucocytaire

+

+

+

+/-

Épreuve de fonction hépatique

+

-

-

-

Électroencéphalogramme

+

-

-

-

Tomodensitométrie ou IRM crânienne

+

-

-

-

Radiographie pulmonaire

+

-

-

-

Pharmacothérapie

 

 

 

 

 

 

 

 
Acyclovir par voie intraveineuse

 

 

 

 
OUI

 

Mère atteinte de VHS primaire démontré ou présumé  

OUI*

 

 

 

 

 
NON

 

 

 

 NON

 

 

 

 
NON

 

 

 

 NON

 

Mère atteinte de VHS récurrent  

NON

RM : Rupture des membranes; n.a. : non applicable * Démarche recommandée par la plupart des spécialistes; ligne de conduite non exclusive


TABLEAU 4  
MESURES DE CONTRÔLE DE L’INFECTION POUR RÉDUIRE  
LE RISQUE DE TRANSMISSION DU VHS
 
Catégories de patients atteints du VHS   Mesures préventives  
Femmes atteintes de VHS actif  
Pendant le travail et l’accouchement   Précautions de contact  
Période postpartum   Précautions de contact  
Lavage soigneux des mains avant et après le contact avec le nourrisson  
Allaitement En l’absence de lésions sur les seins et si les lésions situées ailleurs sont couvertes  
Herpès labial ou stomatite   Port d’un masque jetable pour toucher l’enfant jusqu’à ce que les lésions soient sèches et croûtées; pas de câlins et de baisers en présence de lésions actives  
 Lésions aux mains   Lavage des mains et port de gants avant de manipuler le bébé  
Nouveau-nés atteints du VHS   Précautions de contact  
Lavage soigneux des mains avant et après le contact avec le nourrisson  
Isolement des autres nourrissons pendant la durée de la maladie  
Nouveau-nés exposés au VHS    
Accouchement par voie vaginale   Précautions de contact pendant la durée de l’hospitalisation, jusqu’à quatre semaines de vie  
Césarienne   Comme ci-dessus; certains spécialistes ne recommandent pas les précautions de contact si l’accouchement a eu lieu par césarienne et que les membranes ont été rompues pendant moins de quatre à six heures  

Recommandations modifiées à partir de la référence 66

   

Affichage : août 2006

 


Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.