Des
recommandations pour prévenir l'ophtalmie néonatale
Comité des maladies infectieuses et d'immunisation, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatrics & Child Health
2002;7(7):485-8
No de référence : ID 02-03
Révision en cours en janvier 2010
Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d’immunisation
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Contenu
Malgré la prévalence
décroissante de Neisseria gonorrhoeae au Canada, la Société canadienne
de pédiatrie recommande que, le plus tôt possible après la naissance, tous
les nourrissons reçoivent un traitement prophylactique de nitrate d’argent,
de tétracycline ou d’érythromycine, afin de réduire le risque d’ophtalmie
néonatale causée par cet organisme. Le recours à ces agents peut également
se révéler bénéfique pour prévenir l’ophtalmie causée par d’autres
organismes. De plus, la Société canadienne de pédiatrie appuie le dépistage
prénatal systématique de N gonorrhoeae et de Chlamydia trachomatis,
de même que le traitement des infections dépistées pendant la grossesse.
Le présent énoncé
remplace celui sur l’ophtalmie néonatale qui a été élaboré par le comité
des maladies infectieuses et d’immunisation de la Société canadienne de pédiatrie
(SCP) et publié en 1983 (1). L’ophtalmie néonatale se définit comme une
conjonctivite qui se déclenche pendant les quatre premières semaines de vie
(2). C’est une maladie relativement courante, qui s’observe chez 1 % à 12 %
des nouveau-nés. À l’origine, l’ophtalmie néonatale désignait une
conjonctivite du nouveau-né causée par une infection à Neisseria
gonorrhoeae, mais le terme inclut désormais tout type de conjonctivite au
sein de ce groupe d’âge, quelle qu’en soit la cause. La N gonorrhoeae
représente moins de 1 % des cas déclarés d’ophtalmie néonatale au Canada
et aux États-Unis, tandis que ceux causés par le Chlamydia trachomatis
oscillent entre 2 % et 40 %. Le taux d’ophtalmie provoqué par ces deux pathogènes
transmis sexuellement a baissé depuis 20 ans, grâce à une diminution de
la prévalence de ces infections au sein de la population générale et à
l’implantation généralisée d’un dépistage prénatal systématique. Des
bactéries non transmises sexuellement, comme les espèces de staphylocoques, de
streptocoques, d’Haemophilus et d’autres espèces bactériennes Gram
négatives, représentent de 30 % à 50 % des cas d’ophtalmie. Le virus de
l’herpès simplex en représente moins de 1 %. La conjonctivite chimique découlant
de l’administration de nitrate d’argent représente la majorité des autres
cas.
Dans la
plupart des cas, l’ophtalmie néonatale est une maladie relativement bénigne
(2). L’exception provient de l’infection à N gonorrhoeae (3,4). Sans
mesures préventives, l’ophtalmie gonococcique se produit chez 30 % à 42 %
des nourrissons exposés à la N gonorrhoeae pendant l’accouchement
(5,6) et peut progresser rapidement pour entraîner une ulcération de la cornée
et une déficience visuelle permanente (3). La prophylaxie de l’ophtalmie néonatale
vise principalement à prévenir la maladie secondaire à la N gonorrhoeae.
Malgré la diminution remarquable de sa prévalence depuis 1983, la N
gonorrhoeae demeure endémique au Canada. De plus, l’infection est souvent
asymptomatique chez les femmes. Par conséquent, la SCP continue de promouvoir
la prophylaxie universelle de l’ophtalmie gonococcique néonatale, en plus du
dépistage prénatal systématique de la N gonorrhoeae et du C
trachomatis, de même que du traitement des infections repérées pendant la
grossesse.
La prophylaxie
au nitrate d’argent contre l’ophtalmie néonatale causée par la N
gonorrhoeae, utilisée pour la première fois par Credé en 1880 (3), a représenté
un triomphe important de la médecine préventive. Lorsqu’elle a été adoptée,
elle a fait chuter l’incidence d’ophtalmie gonococcique de 10 % à 0,3 %
(3). La prophylaxie au moyen de cet agent réduit aussi légèrement
l’incidence de conjonctivite purulente causée par d’autres espèces bactériennes
(7,8). Cependant, le nitrate d’argent n’est pas parfait. Il ne prévient pas
tous les cas d’ophtalmie gonococcique, car son taux d’échec est estimé à
0,063 % (9). Il occasionne une conjonctivite chimique transitoire chez 50 % à
90 % des nourrissons (4,10), ce qui, selon certains, entrave la création du
lien d’attachement entre la mère et le nourrisson (7).
D’autres
antibiotiques utilisés pour prévenir l’ophtalmie gonococcique (tétracycline
et érythromycine) pourraient être plus efficaces que le nitrate d’argent et
sont considérés comme des solutions de rechange acceptables (2,11-14). La tétracycline
est plus active que l’érythromycine in vitro contre des isolats
sensibles de N gonorrhoeae. Le taux d’échec estimatif de la
prophylaxie à la tétracycline est de 0,012 %, tandis que celui de l’érythromycine
est de 0,005 % (9). D’autres agents pourraient également être efficaces en
prophylaxie. Une étude a démontré qu’une solution de 2,5 % de provylodone
iodée donne lieu à un taux d’ophtalmie gonococcique comparable à la
prophylaxie à l’érythromycine et au nitrate d’argent au sein d’une
population du Kenya (15). Bien que ces résultats laissent supposer la présence
d’un effet protecteur, des études corroboratives dans lesquelles un nombre
suffisant de mères sont dépistées comme infectées au moment de
l’accouchement s’imposent avant que ce produit puisse être recommandé de
manière systématique. Il n’est pas offert au Canada.
Ni le nitrate
d’argent ni la tétracycline ne prévient entièrement la conjonctivite causée
par le C trachomatis (13,16-19). Lorsque la mère est infectée à
l’accouchement, le risque de conjonctivite néonatale causée par le C
trachomatis se situe entre 18 % et 40 % (20,21). Dans la plupart des études
menées pour comparer l’usage de la tétracycline et du nitrate d’argent
pour prévenir l’ophtalmie néonatale, une analyse secondaire a révélé une
réduction de l’ophtalmie découlant des espèces de Chlamydia pouvant
atteindre 50 % par rapport aux observations historiques. Des observations préliminaires
n’ont pas fait état de l’efficacité de l’érythromycine, mais une
prophylaxie oculaire à l’érythromycine s’est révélée fort efficace pour
prévenir la conjonctivite à inclusions causée par les espèces de Chlamydia
(22). Cependant, des études subséquentes n’ont pu confirmer cette
observation (17-19,23). Dans la plupart des cas, il n’existait aucune différence
significative du taux d’ophtalmie à Chlamydia lorsque la prophylaxie
à l’érythromycine était comparée à celle au nitrate d’argent ou à la tétracycline,
même si le taux d’infection parmi les nourrissons qu’on savait avoir été
exposés à des espèces de Chlamydia était légèrement inférieur à
celui des contrôles historiques. Dans une étude qui évaluait la prophylaxie
à la provylodone iodée, l’incidence d’ophtalmie attribuable aux espèces
de Chlamydia était beaucoup plus faible au sein du groupe de nourrissons
qui avait reçu cette prophylaxie (5,5 % de 1 076 nourrissons, P<0,001) ou de
l’érythromycine (7,4 % de 1 112 nourrissons, P=0,008) (15). À l’instar de
l’usage de la provylodone iodée pour la prophylaxie de l’ophtalmie
gonococcique, des études sur un nombre suffisant d’infections maternelles à Chlamydia
au moment de l’accouchement seront nécessaires pour confirmer cette
observation. Enfin, la prophylaxie oculaire topique ne prévient pas
l’infection nasopharyngée ou le développement subséquent d’une pneumonie
causée par le Chlamydia (22). Pour conclure, il semble que le taux
d’ophtalmie imputable au Chlamydia diminue très peu par suite d’un
traitement à l’aide des agents actuellement recommandés pour la prophylaxie
gonococcique.
Par conséquent,
la SCP recommande les mesures suivantes pour prévenir l’ophtalmie néonatale
causée par la N gonorrhoeae.
| Catégorie | Définition |
| A | On dispose de données suffisantes pour appuyer la recommandation. |
| B | On dispose de données acceptables pour appuyer la recommandation. |
| C | On dispose de données insuffisantes pour appuyer la recommandation. |
| D | On dispose de données acceptables pour rejeter la recommandation. |
| E | On dispose de données suffisantes pour rejeter la recommandation. |
| Qualité | |
| 1 | Résultats obtenus dans le cadre d'au moins un essai comparatif convenablement randomisé |
| 2 | Résultats obtenus dans le cadre d'au moins un essai clinique non randomisé bien conçu, à partir d'études analytiques de cohorte ou cas-témoins, provenant préférablement de plus d'un centre, de série en temps multiple ou de résultats remar- quables d'expériences non contrôlées |
| 3 | Opinions exprimées par des sommités respectées d'après leur expérience clinique, des études descriptives ou les rapports de comités de spécialistes. |
Références
1. Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d'immunisation. Recommandations pour la prévention de l'ophtalmie néonatale. Ottawa: Société canadienne de pédiatrie, 1983.
2. Report of the Committee on Infectious Diseases. American Academy of Pediatrics. Prevention of neonatal ophthalmia. Red Book 2000, 25th edn. Elk Grove Village: American Academy of Pediatrics, 2000:735-42.
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Comité des maladies infectieuses et d'immunisation
Membres : Docteurs Upton Allen, The Hospital for Sick Children, Toronto
(Ontario); H Dele Davies, unité des maladies infectieuses, Alberta Children's
Hospital, Calgary (Alberta); Joanne Embree (présidente et auteure
principale), université du
Manitoba, Winnipeg (Manitoba); Joanne Langley, département de pédiatrie, IWK
Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse); Mireille Lemay, département des
maladies infectieuses, Hôpital Sainte-Justine, Montréal (Québec); Gary
Pekeles (administrateur responsable), Hôpital de Montréal pour
enfants,
Montréal (Québec)
Conseillers : Docteurs Noni McDonald, faculté de médecine,
université Dalhousie, Halifax (Nouvelle-Écosse); Victor Marchessault,
Cumberland (Ontario)
Représentants : Docteurs Scott Halperin, département de pédiatrie,
IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse) (IMPACT); Susan King, unité des
maladies infectieuses, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario)
(Canadian Paediatric AIDS Research Group); Monique Landry, direction de la
santé publique de Laval, Laval (Québec) (santé publique); Larry Pickering,
Centre for Pediatric Research, Norfolk (Virginie) (American Academy of
Pediatrics)
Auteure principale : Docteure Joanne Embree, université du Manitoba,
Winnipeg (Manitoba)
Dernière mise à jour : mars 2008
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |