Le nouveau virus de la grippe A : Point de pratique sur le virus de la grippe A (H1N1) à l’intention des dispensateurs de soins aux enfants et aux adolescents
Comité des maladies infectieuses et d'immunisation, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Publication virtuelle : Le 6 mai 2009
Paediatr Child Health 2009;14(5):338 [sommaire seulement]
Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d'immunisation
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Un nouveau virus de la grippe A (H1N1) d'origine porcine (A/Mexique/2009 [H1N1]), responsable d'une maladie respiratoire chez les humains, a été déclaré pour la première fois au début d'avril 2009. Au début de mai, les pays avaient déclaré un total de 1 000 cas confirmés à l'Organisation mondiale de la santé, la plupart en provenance du Mexique (1). On a constaté des maladies graves et des décès chez des enfants et des adolescents, de même que chez des adultes, mais jusqu'à présent, la majorité des cas graves proviennent du Mexique. Le présent commentaire sur les maladies infectieuses en pédiatrie vise à donner un bref aperçu 1) des manifestations cliniques, 2) de l'épidémiologie, 3) des tests diagnostiques, 4) du traitement et 5) des mesures de prévention et de contrôle de la grippe A (H1N1).
Les symptômes de la grippe A (H1N1) semblent être similaires à ceux de l'influenza classique : fièvre, léthargie, toux et manque d'appétit, parfois accompagnés d'écoulement nasal, de maux de gorge, de vomissements et de diarrhée. Les symptômes varient de bénins (toux non accompagnée de fièvre) à très graves (pneumonie virale et insuffisance respiratoire). Les cliniciens doivent envisager la possibilité d'infection par ce nouveau virus de l'influenza chez les patients qui consultent en raison d'une maladie d'allure grippale, surtout s'ils reviennent d'une région touchée ou s'ils ont été en contact étroit avec une personne qu'on présume être infectée par ce virus.
L'infection bactérienne secondaire est courante chez les enfants canadiens assez malades pour devoir être hospitalisés en raison d'une influenza classique (2), mais on n'a pas observé cette situation dans les 33 cas de maladie grave (dont sept décès) examinés jusqu'à maintenant au Mexique (3). Les facteurs de risque de grave maladie causée par cette nouvelle grippe H1N1 ne sont pas encore clairs. Le modèle mexicain, selon lequel la maladie grave et les décès s'observent chez des jeunes adultes auparavant en santé, diffère de celui de l'influenza classique, dont la forme grave se manifeste généralement chez des personnes très jeunes ou très âgées.
La grippe A (H1N1) semble se propager de personne à personne tout comme l'influenza classique, c'est-à-dire surtout par gouttelettes ou par contact direct avec des surfaces contaminées. Tant le virus de l' influenza A que celui de l'influenza B peuvent survivre de huit à 12 heures sur les vêtements, le papier et les mouchoirs et jusqu'à deux jours sur des surfaces dures et non poreuses comme l'acier inoxydable et le plastique (4). En touchant une surface contaminée, le virus peut être transféré sur la main, puis sur les yeux, le nez ou la bouche et les voies respiratoires.
On ne connaît pas les taux de propagation, d'hospitalisation et de mortalité de la grippe A (H1N1) pour l'instant. En cas de flambée d'influenza classique, le taux d'hospitalisation annuel au Canada chez les jeunes de 0 à 19 ans est d'environ 18 cas pour 100 000 habitants. Toutefois, les taux les plus élevés se produisent chez les nourrissons de six à 12 mois, soit environ 200 cas pour 100 000 bébés, ce qui équivaut au taux des adultes de 65 à 69 ans (5).
On ne connaît pas la période d'incubation de la grippe H1N1, mais en général, celle de la plupart des flambées d'influenza est de un à quatre jours, pour une moyenne de deux jours. Les enfants et les adolescents demeurent contagieux sept jours après l'apparition de la maladie, mais l'infectiosité se prolonge parfois. Dans le cas de la grippe A (H1N1), on suggère aux personnes infectées de s'auto-isoler (c'est-à-dire ne pas aller à l'école ou au travail) pendant sept jours, et peut-être plus longtemps si les symptômes persistent, afin de réduire les risques de transmission.
Pour vérifier si une maladie respiratoire aiguë d'allure grippale est causée par la grippe A (H1N1), il faut une confirmation de laboratoire obtenue soit par l'isolation du virus dans une culture de tissus, soit par la technique de RT-PCR. Les échantillons les plus pertinents pour l'examen sont les prélèvements d'aspirats ou d'écouvillons naso-pharyngés (voir la vidéo de la technique de prélèvement, en anglais, à l'adresse www.youtube.com/watch?v=TFwSefezIHU). Les laboratoires provinciaux ou territoriaux de santé publique peuvent effectuer les tests ou prendre les dispositions pour les faire effectuer au Laboratoire national de microbiologie de Winnipeg. Il n'existe pas encore de test sérologique. De toute façon, ce test n'a aucune valeur pour diagnostiquer les cas aigus.
Les enfants et les adolescents présentant des symptômes respiratoires évocateurs de la grippe n'ont pas tous besoin de subir les tests. Ceux-ci ne sont indiqués qu'en présence d'une maladie grave. Dans le cas des enfants et des adolescents symptomatiques qui ont des liens épidémiologiques possibles avec la grippe A (H1N1), les autorités locales en matière de santé publique peuvent également les suggérer. À certains endroits, on fait appel à des centres d'examen hors site spéciaux pendant les flambées.
Les enfants et les adolescents qui contractent l'influenza, y compris ceux qui sont atteints de la grippe A (H1N1) , devraient rester à la maison et éviter le milieu de garde, l'école ou le milieu de travail ainsi que les contacts avec les autres jusqu'à la disparition de leurs symptômes. Si la maladie est bénigne, les patients doivent éviter de se rendre au cabinet de leur médecin, à une clinique sans rendez-vous ou au département d'urgence, car ils risquent de contaminer d'autres personnes. Le traitement dépend des symptômes. On peut contrôler la fièvre au moyen d'acétaminophène ou d'ibuprofène. L'aspirine et les médicaments contenant des salicylates sont toutefois à éviter en raison du risque potentiel de syndrome de Reye.
Comme dans tous les cas de maladie d'allure grippale, on conseille aux parents d'obtenir des soins médicaux d'urgence si les symptômes de leur enfant ou de leur adolescent s'aggravent (voir le tableau 1).
Jusqu'à présent, les isolats de la grippe A (H1N1) sont sensibles aux inhibiteurs de la neuraminidase. Le zanamivir, une poudre en aérosol , et l'oseltamivir, un médicament par voie orale, sont en vente au Canada. L'Association des pharmaciens du Canada et les Centers for Disease Control and Prevention (7) ont publié des recommandations au sujet de la posologie de ces médicaments pour les enfants (6) (voir les tableaux 2a et 2b). L'oseltamivir a récemment été approuvé d'urgence aux États-Unis pour les nourrissons de moins d'un an, et cette approbation s'accompagne de lignes directrices quant à sa posologie (7). D'autres virus de l'influenza sont devenus résistants à ces antiviraux (9); c'est pourquoi leur utilisation n'est pas recommandée pour le traitement des cas bénins. Au Canada, afin d'en maximiser les bienfaits, on suggère de traiter la grippe A (H1N1) dans deux situations seulement : lorsque des enfants atteints de cette souche d'influenza sont hospitalisés et lorsque des enfants ambulatoires souffrant d'une maladie modérée sont aussi atteints de l'une des maladies sous-jacentes énumérées au tableau 3.
Une mère atteinte d'influenza ou qui prend des antiviraux peut continuer à allaiter (consulter le site www.cdc.gov/h1n1flu/clinician_pregnant.htm, en anglais).
Les enfants et les adolescents qui ont eu une exposition connue à un cas confirmé et qui sont aussi atteints d'une maladie sous-jacente susceptible de les prédisposer à une influenza grave (tableau 3) devraient recevoir une prophylaxie. Celle-ci n'est toutefois pas indiquée pour les enfants et les adolescents en bonne santé.
Il n'existe pas encore de vaccin contre la grippe A (H1N1). Son élaboration est en cours, mais il faudra probablement au moins six mois avant sa mise en marché. D'après une récente analyse de la pandémie d'influenza de 1957, l'immunité des sous-types hétérogènes acquise grâce aux vaccins annuels antérieurs ou aux infections naturelles peut assurer une certaine protection contre une souche pandémique (10). Ainsi, les personnes qui ont été vaccinées tous les ans contre l'influenza seraient moins vulnérables à une maladie grave.
Pour réduire le risque de transmission au minimum, les mesures d'hygiène respiratoire s'établissent comme suit : couvrir un éternuement ou une toux de sa manche ou d'un mouchoir (voir la vidéo, en anglais, à l'adresse www.coughsafe.com/media.html), jeter les mouchoirs souillés à la poubelle et respecter l'hygiène des mains (p. ex., se laver les mains au moyen d'eau et d'un savon non antimicrobien ou d'un désinfectant antiseptique pour les mains) après un contact avec des sécrétions, des objets ou des matières contaminés, de même que régulièrement tout au long de la journée.
En milieu ambulatoire, tel que le cabinet d'un médecin ou une clinique, il faut respecter les mesures d'hygiène respiratoire normales (11). Il faut installer des affiches à l'entrée indiquant d'aviser immédiatement la réceptionniste en présence de symptômes d'infection respiratoire et de respecter une hygiène respiratoire convenable. Idéalement, il faut séparer les patients atteints d'une maladie respiratoire des autres et leur faire porter un masque chirurgical dans la salle d'attente. En l'absence de masques ou si l'enfant est incapable de respecter la consigne, il faut couvrir le nez et la bouche de l'enfant lorsqu'il tousse ou éternue. Il faut installer des distributeurs de désinfectant antiseptique à des endroits stratégiques dans la salle d'attente. S'il y a des lavabos, il faut veiller à regarnir régulièrement les fournitures de lavage des mains (p. ex., savon, serviettes jetables). Après le départ d'un enfant atteint d'une influenza présumée, il faut nettoyer les surfaces avec lesquelles il est susceptible d'avoir été en contact au moyen d'un désinfectant germicide (11).
En milieu hospitalier, les recommandations au sujet des mesures de contrôle des infections afin de prévenir la transmission aéroportée ou par gouttelettes de la grippe H1N1 évoluent et peuvent varier. Il faut donc consulter les lignes directrices locales. Les autorités en matière de santé publique peuvent recommander des mesures supplémentaires, comme le port d'un masque N95, dans le cadre d'interventions précises ou lors de tous les soins qui exigent des contacts directs avec les patients.
L'Agence de la santé publique du Canada (www.phac-aspc.gc.ca/index-fra.php), les Centers for Disease Control and Prevention (www.cdc.gov, en anglais seulement) et l'Organisation mondiale de la santé (www.who.int/fr) publient des mises à jour nationales et internationales au sujet de la grippe A (H1N1) ainsi que des conseils à mesure que la situation évolue. Les ministères de la santé provinciaux et territoriaux publient également des ressources et des conseils régionaux et locaux. Les dispensateurs de soins doivent demeurer à l'affût de toute modification aux conseils si la gravité de l'épidémie ou si le nombre de cas se modifie.
COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D'IMMUNISATION
Membres : Docteurs Robert Bortolussi (président), IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse); Jane Finlay, Richmond (Colombie-Britannique); Dorothy L Moore, L'Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec); Joan L Robinson, Edmonton (Alberta); Élisabeth Rousseau-Harsany (représentante du conseil), CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec); Lindy M Samson, Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario, Ottawa (Ontario)
Conseillère : Docteure Noni E MacDonald, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)
Représentants : Docteurs Upton D Allen, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (Groupe canadien de recherche sur le sida chez les enfants); Charles PS Hui, Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario, Ottawa (Ontario) (représentant de la SCP auprès de Santé Canada, Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages); Nicole Le Saux, Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario, Ottawa (Ontario) (Programme canadien de surveillance active de l'immunisation); Larry Pickering, Elk Grove (Illinois) États-Unis (American Academy of Pediatrics); Marina I Salvadori, Children's Hospital of Western Ontario, Ottawa (Ontario) (représentante de la SCP auprès de Santé Canada, Comité consultatif national de l'immunisation)
Auteurs principaux : Docteurs Noni E MacDonald, et Robert Bortolussi, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)
Affichage : mai 2009
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |