L'administration systématique de vitamine K aux
nouveau-nés
Un document de principes conjoint avec le Comité d’étude du fœtus et du nouveau-né de la Société canadienne de pédiatrie (SCP) et le Comité pour la santé des enfants et des adolescents du Collège des médecins de famille du Canada
Paediatr Child Health 1997;2(6):432-4
No de référence : FN97-01
Réapprouvé en février 2011
Index des documents de principes du Comité d'étude du foetus et du nouveau-né
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Townsend (1) a identifié la maladie hémorragique du nouveau-né (MHNN) pour la première fois il y a plus de 100 ans. Cette maladie se présente sous forme de saignements imprévus, souvent accompagnés dune hémorragie gastro-intestinale et decchymoses et, dans de nombreux cas, dune hémorragie intracrânienne. En 1961, le comité de nutrition de lAmerican Academy of Pediatrics (AAP) recommandait ladministration de 0,5 mg à 1,0 mg de vitamine K1 (désignée vitamine K aux présentes, la seule forme de vitamine K1 utilisée chez les nouveau-nés) par voie intramusculaire à tous les nouveau-nés après la naissance afin de prévenir ce problème (2). En 1988, la Société canadienne de pédiatrie (SCP) indiquait que 2,0 mg de vitamine K administrés par voie orale dans les six heures suivant la naissance constituaient une solution acceptable (3). Cette proposition était émise avant que lon avance lhypothèse selon laquelle le risque de cancer infantile augmente après ladministration de vitamine K par voie intramusculaire peu après la naissance (4,5), une suggestion qui a été invalidée par la suite (6). Bien que dautres pays se soient joints au Canada pour recommander ladministration orale de vitamine K, lAAP a continué de prôner lutilisation de la voie intramusculaire seulement, soulignant quil nexistait aucune présentation orale approuvée (6). La SCP est davis quen raison des renseignements disponibles, il lui faut modifier ses recommandations.
On a récemment évalué le mode dadministration de la vitamine K aux nouveau-nés (7). Les décisions cliniques doivent être prises en tenant compte des meilleures observations disponibles, malgré la controverse et labsence de réponse définitive à de nombreuses questions cliniques. Il faut également tenir compte des dommages potentiels au bébé.
Bien quon nait fait état daucune complication dimportance après 420 000 injections intramusculaires de vitamine K aux nouveau-nés (8), les effets psychologiques des injections intramusculaires sur les nouveau-nés et leurs parents demeurent inconnus. On a observé que la douleur ressentie pendant la période néonatale pourrait avoir des effets prolongés (9,10). Toutefois, les bénéfices de ladministration systématique de vitamine K sont clairement démontrés, et ladministration la plus efficace qui soit simpose (11). Les recommandations de la SCP énoncées en 1988 visaient à procurer les avantages de la vitamine K aux nouveau-nés tout en leur évitant la douleur (3). Ces recommandations préconisaient ladministration de vitamine K par voie orale au moyen dune préparation conçue pour être utilisée par voie parentérale, ce qui constituait un régime démontré comme efficace, pratique et économique (12).
Afin de prévenir la MHNN précoce (qui se produit pendant les 24 premières heures de vie), la SCP recommandait aussi ladministration de vitamine K aux femmes enceintes qui prenaient des médicaments entravant le métabolisme de la vitamine K (3). La MHNN classique (se manifestant au cours de la première semaine de vie) sobserve rarement lorsque les nouveau-nés reçoivent de la vitamine K (11). La MHNN tardive (à lâge de trois à huit semaines), qui se déclare presque exclusivement chez les nourrissons allaités, est devenue une préoccupation plus grave en Allemagne (13), en Grande-Bretagne (14), en Suède (15, 16) et en Australie (17, 18). Dans ces pays, lincidence de ce problème a augmenté depuis que lon administre la vitamine K par voie orale plutôt quintramusculaire. Bien que ladministration de vitamine K par voie intramusculaire semble plus efficace (4, 13-15), on a aussi suggéré de procéder à des doses orales répétées de vitamine K (15, 19). En labsence de quantités suffisantes de vitamine K, on peut mesurer une protéine induite (PIVKA-II) dans le sang. Cette protéine disparaît en cinq jours après ladministration orale de 1,0 mg de vitamine K à la naissance (20). À lâge de cinq jours, il semble que le mode dadministration de la vitamine K, quil soit oral ou intramusculaire, ne produise aucune différence (21). Cependant, entre quatre et six semaines, on observe des signes biochimiques de carence en vitamine K chez jusquà 19 % des nourrissons ayant reçu 2,0 mg de vitamine K par voie orale à la naissance, comparativement à seulement 5,5 % de ceux qui en ont reçu 1,0 mg par voie intramusculaire (22). Une forme de vitamine K à micelles mélangées sabsorbe peut-être mieux. Une étude conclut pourtant que même si lon privilégie cette préparation, lincidence de carence en vitamine K est supérieure lorsque la vitamine K est administrée par voie orale plutôt que par voie intramusculaire (23). Toute ces études comportent le même problème : une pauvre corrélation clinique de ces indicateurs biologiques avec le saignement anormal chez les nourrissons.
Une étude épidémiologique allemande effectuée par von Kries (8) démontre un taux déchec (occurrence de MHNN tardive) de 0,25 nourrisson sur 100 000 après ladministration intramusculaire, par rapport à un taux déchec de 1,4 nourrisson sur 100 000 après ladministration orale. Dans dautres pays où ladministration orale représente la forme principale de prophylaxie contre la carence en vitamine K, lincidence de MHNN tardive varie. Elle sélève à 1,5 (Grande-Bretagne), 6,0 (Suède), et 6,4 (Suisse) nourrissons sur 100 000 (8,18). Certains nourrissons étaient peut-être atteints dun trouble sous-jacent nuisant au métabolisme de la vitamine K (24). Lincidence précise de MHNN tardive au Canada après ladministration orale ou intramusculaire de vitamine K reste à définir, mais lajout de la MHNN au Programme canadien de surveillance pédiatrique permettra dobtenir des renseignements plus détaillés. (Au cours des six premiers mois de 1997, on a reçu deux rapports confirmés de MHNN, lun chez un bébé nayant pas reçu de vitamine K après la naissance et lautre chez un bébé ayant reçu de la vitamine K par voie orale.)
Une méta-analyse détudes de cohorte comparant des bébés ayant reçu une unidose orale de vitamine K avec ceux layant reçue par voie intramusculaire après la naissance fait état dun risque relatif de MHNN de 13,82 (tableau 1) (14,25,26). Même si lon exclut les bébés atteints dune maladie hépatique ne pouvant être diagnostiquée à la naissance, le risque relatif correspond tout de même à 8,15 (95 %, IC de 1,32 à 28,63). Des rapports font foi dexpériences réussies dutilisation de la prophylaxie à la vitamine K par voie orale pour les nouveau-nés (27), mais lanalyse des données scientifiques déclarées appuie le recours à la vitamine K par voie intramusculaire plutôt que par voie orale après la naissance.
TABLEAU 1 : Incidence de la maladie hémorragique du nouveau-né
Étude (référence) |
Unidose orale n/N |
Unidose intramusculaire n/N |
Poids % |
Risque relatif* |
95 % IC |
McNinch (14) |
7/493 000 |
0/945 000 |
23,9 |
28,75 |
1,64 à 503,45 |
Tönz (26) |
8/108 820 |
0/75 620 |
41,1 |
11,81 |
0,68 à 204,68 |
von Kreis (25) |
2/140 250 |
1/418 500 |
35,0 |
5,97 |
0,54 à 65,82 |
Total |
17/742 070 |
1/1 439 120 |
100,0 |
13,82 |
2,88 à 66,19 |
*Risque relatif : voie
orale par rapport à voie intramusculaire.
n = Nombre de bébés atteints de la maladie hémorragique du nouveau-né; N = Nombre de
bébés ayant reçu de la vitamine K après la naissance.
c2 = 0,80 (df = 2) z = 3,12
On ne peut expliquer pourquoi il est plus avantageux dadministrer la vitamine K par voie orale après la naissance (peut-être en raison dun emmagasinage et dune libération lente). Étant donné les risques plus élevés de MHNN tardive chez les nouveau-nés allaités, on a suggéré quil serait peut-être profitable de donner de la vitamine K aux femmes allaitantes (28,29). Même si une étude danoise indique quun programme dadministration de vitamine K par voie orale toutes les semaines jusquà lâge de trois mois réduit lincidence de MHNN tardive par rapport à ladministration dune unidose (30), un schéma posologique de doses répétées ne semble pas exécutable en raison du peu de compliance des patients (31). Une étude épidémiologique, qui incluait les Pays-Bas, lAllemagne, la Suisse et lAustralie, confirme que trois doses orales de 1 mg de vitamine K se révèlent moins efficaces que la prophylaxie à la vitamine K par voie intramusculaire chez le nouveau-né. Cependant, une unidose orale quotidienne de 25 µg après une dose initiale de vitamine K de 1 mg pourrait offrir la même efficacité (32).
Il importe de souligner que ladministration intramusculaire de vitamine K ne garantit pas une protection complète contre la MHNN, surtout chez les nourrissons allaités dont labsorption orale de vitamine K est faible. Les médecins devraient vite envisager la possibilité de carence en vitamine K en cas de saignement qui se produit pendant les six premiers mois de la vie du nourrisson. Un traitement convenable à la vitamine K devrait être entrepris au besoin. (Il est raisonnable denvisager ladministration de nouvelles doses de vitamine K aux nourrissons très vulnérables à la MHNN, soit à ceux qui souffrent dun retard staturopondéral, dune maladie hépatique ou dune diarrhée prolongée.)
Le grand nombre de nouveau-nés nécessaires pour effectuer une étude prospective comparant lefficacité de ladministration orale ou intramusculaire de vitamine K (avec ou sans doses de rappel) rend improbable la tenue dune telle étude. Par ailleurs, étant donné le risque plus élevé de MHNN tardive après une unidose orale de vitamine K suivant la naissance par rapport à ladministration de vitamine K par voie intramusculaire et la possibilité de 50 % que le nourrisson atteint de MHNN tardive présente une hémorragie intracrânienne grave (22), ladministration de vitamine K par voie intramusculaire semble la plus prudente. Les doses orales répétées devraient être réservées aux nourrissons dont les parents refusent que leur bébé reçoive de la vitamine K par voie intramusculaire après la naissance.
La vitamine K1 devrait être administrée sous forme de dose intramusculaire unique de 0,5 mg (poids à la naissance de 1 500 g ou moins) ou de 1,0 mg (poids à la naissance de plus de 1 500 g) à tous les nouveau-nés dans les six heures suivant la naissance, après la stabilisation initiale du bébé et une durée dinteraction convenable entre le nouveau-né et la mère (ou la famille).
Dans le cas des nouveau-nés dont les parents refusent linjection intramusculaire, le médecin devrait recommander une dose orale de 2,0 mg de vitamine K1 au moment du premier boire. (Une minorité des membres du comité sont davis que les médecins devraient avoir la possibilité de recommander ladministration orale de vitamine K aux nouveau-nés dont ils assurent le suivi). Seule la forme parentérale de vitamine K est offerte pour ladministration orale puisquil nexiste aucune présentation orale approuvée. Il faut alors répéter le traitement entre lâge de deux et quatre semaines, puis entre lâge de six et huit semaines. Il convient davertir les parents de limportance des doses de rappel et du risque plus élevé de MHNN tardive (y compris la possibilité dhémorragie intracrânienne) lorsque ce schéma posologique est adopté.
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Membres : Docteurs Daniel Faucher,
Hôpital Royal Victoria, Montréal QC; Douglas McMillan (président et auteur principal),
Foothills Hospital, Calgary AB; Arne Ohlsson, Womens College Hospital, Toronto ON;
Michael J Vincer, Grace Maternity Hospital, Halifax NS; C Robin Walker, Hôpital pour
enfants de lest de lOntario, Ottawa ON; et John Watts (administrateur
responsable), Chedoke-McMaster Hospitals, Hamilton, ON
Conseiller : Docteur Michael C Klein, Université de la
Colombie-Britannique, Vancouver BC
Représentants : Madame Debbie Fraser Askin, Hôpital Saint-Boniface,
Winnipeg MB (soins infirmiers néonatals); docteurs Cheryl Levitt, Chedoke-McMaster
Hospitals, Hamilton ON (Collège des médecins de familles du Canada); Robert Liston,
Grace Hospital, Halifax NS (comité de médecine foetomaternelle, Société des
obstétriciens et gynécologues du Canada); Catherine McCourt, Laboratoire de lutte contre
la maladie, Santé Canada, Ottawa ON (Santé Canada); William Oh, Womens and Infants
Hospital of Rhode Island, Providence RI (comité détude du foetus et du
nouveau-né, American Academy of Pediatrics); Apostolos Papageorgiou, Hôpital général
juif, Montréal QC; Reginald Sauve, université de Calgary, Calgary AB (Section de la
médecine néonatale et périnatale, Société canadienne de pédiatrie)
Auteurs principaux : Docteur Douglas McMillan,
Foothills Hospital, Calgary AB
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |