Les
niveaux de soins néonatalsPaediatr Child Health
2006;11(5):307-11
No de référence FN06-02
Réapprouvé en février 2011
Index des documents de principes du Comité d'étude du foetus et du nouveau-né
| La Société canadienne de pédiatrie autorise l’impression d’exemplaires uniques de ce document à partir de son site Web. Visitez la liste des documents de principes pour savoir lesquels sont disponibles en format pdf. Pour obtenir la permission d’imprimer ou de photocopier des exemplaires multiples, vous devez soumettre une demande détaillée à info@cps.ca. |
Contenu
Les présentes
lignes directrices visent à établir un système de classification commun pour
les établissements de soins néonatals et périnatals, lequel pourra être
utilisé dans la totalité des provinces et territoires du Canada.
Le
Canada possède un système de soins néonatals et périnatals hautement régionalisé
(1). Dans chaque région, les hôpitaux sont divisés en trois niveaux de soins
et, selon leur état, les patients sont aiguillés vers l’établissement doté
du niveau de soins pertinent : soins primaires (niveau I – soins normaux au
nouveau-né), soins secondaires (niveau II – soins spécialisés) et soins
tertiaires (niveau III – soins intensifs). Cependant, parce que la prestation
des soins incombe aux gouvernements provinciaux et territoriaux, les définitions
des niveaux de soins varient selon les compétences territoriales. Ces différences
ont suscité des problèmes dans l’interprétation des ressources et des
services disponibles, l’accès aux soins et le coût des soins.
En 1970,
un néonatologue canadien, Paul Swyer (2), a commencé à prôner la régionalisation
des soins néonatals et périnatals après avoir observé que le taux de
mortalité néonatale était plus élevé dans les petits hôpitaux où on
pratiquait peu d’accouchements que dans les plus grands hôpitaux dotés de
services de consultation néonatale. Il a proposé de classer les hôpitaux en
trois niveaux, dans chaque région. Les centres régionaux de soins néonatals
et périnatals (centres de soins tertiaires, de niveau III), associés à des
centres universitaires, offriraient des soins pour les grossesses à haut risque
et des soins intensifs aux nourrissons gravement malades. Les hôpitaux de
district (centres de soins secondaires, de niveau II) offriraient des soins pour
les grossesses à faible risque et aux nourrissons ayant des troubles néonatals
moins complexes. Enfin, les hôpitaux généraux (centres de soins primaires, de
niveau I) offriraient des soins pour les naissances normales et aux nouveau-nés
en santé. Les hôpitaux de niveau I et II devraient être en mesure de réanimer
et de stabiliser les nouveau-nés malades en vue de leur transfert à un établissement
plus spécialisé, dans un système de transport intégré. Ce système régionalisé
de soins périnatals a été implanté au Canada.
Après
la proposition de Swyer, en 1976, le March of Dimes Committee on Perinatal
Health des États-Unis a pu-blié un rapport qui proposait trois niveaux de
soins maternels et néonatals de complexité croissante dans un système régional
intégré (3). En 1997, le comité a élargi ces définitions et publié les
Guidelines for Perinatal Care (4). Les trois niveaux de soins ont été divisés
en soins de base, soins spécialisés et soins surspécialisés. Les services de
niveau I (de base) fournissent des soins aux nouveau-nés normaux mais doivent
disposer du personnel et du matériel nécessaires pour procéder à la réanimation
néonatale, évaluer les nouveau-nés en santé, prodiguer les soins postnatals
et stabiliser les nouveau-nés en attendant leur transfert à un établissement
offrant des soins plus spécialisés. Les services de niveau II (spécialisés)
peuvent assurer des soins aux nourrissons modérément malades, atteints de
problèmes qui devraient se résorber rapidement ou qui sont en convalescence
après un traitement en soins intensifs. Les services de niveau III (surspécialisés)
assurent des soins complets à tous les nouveau-nés en phase critique, y
compris ceux qui ont besoin de subir une intervention chirurgicale.
DES
VARIATIONS DANS LES SYSTÈMES DE CLASSIFICATION DES PROVINCES CANADIENNES
Les établissements
sont désignés selon le plus haut niveau de soins dispensés. En 2002, Lee et
coll. (5) ont fait état d’importantes variations dans la classification des
services néonatals des diverses compétences territoriales du Canada. Les
ser-vices néonatals qui prodiguaient des services similaires étaient classés
de niveau II dans certaines provinces, mais de niveau III dans d’autres.
Plusieurs provinces ont également mis au point des sous-catégories à chaque
niveau, ce qui complique davantage l’interprétation des niveaux. De plus,
certains hôpitaux offrent des services plus spécialisés que ceux pour
lesquels ils ont reçu l’approbation officielle ou le financement. Par conséquent,
il se peut que leur niveau ne corresponde pas à la complexité des services
qu’ils prodiguent. Cette situation a entraîné une certaine confusion quant
aux capacités relatives et à l’accès aux services néonatals dans les
provinces et ont compliqué les décisions relativement à la planification et
aux soins des patients (p. ex., pertinence du transfert).
L’IMPORTANCE
DU SYSTÈME DE CLASSIFICATION
Il est
important d’uniformiser le système de classification des services néonatals
au Canada, pour diverses raisons. En premier lieu, cette uniformisation
permettra d’énoncer et d’examiner des normes à respecter pour prodiguer
les niveaux de soins indiqués. En deuxième lieu, elle facilitera un transfert
méthodique des patients d’un établissement à l’autre, grâce à une
conception commune de leurs capacités et attentes respectives. En troisième
lieu, elle rationalisera la planification et la répartition des ressources et
favorisera l’analyse de l’utilisation des ressources régionales comparables
et des issues. Enfin, elle pourra être utilisée pour garantir l’accès à un
financement suffisant pour les établissements de soins néonatals. Certaines études
(6-9), dont une menée au Canada (6), révèlent que les centres plus spécialisés
présentent des taux de mortalité et de morbidité plus faibles chez les
nourrissons dont la gravité de la maladie est comparable. Cette constatation démontre
l’importance de prodiguer des soins au niveau pertinent, ce qui est assuré
par la régionalisation des soins.
LA
CLASSIFICATION PROPOSÉE DES NIVEAUX DE SOINS NÉONATALS
Puisque
les nouveau-nés peuvent présenter une atteinte respiratoire ou circulatoire
sans avertissement et que la détério-ration inattendue de l’état d’un
nouveau-né d’abord en santé peut être rapide et catastrophique, tous les établissements
de santé qui offrent des soins aux nouveau-nés doivent être en mesure de les
réanimer et les stabiliser en attendant leur transfert dans un établissement
plus spécialisé, y compris l’amorce de l’accès intraveineux et de la
respiration assistée. La préparation à intervenir auprès de ces nourrissons
doit tenir compte de l’emplacement géographique et du délai probable avant
l’aide et le transfert. En effet, certains services qui offrent des soins
moins spécialisés doivent être en mesure de stabiliser les nourrissons
plusieurs heures, en attendant l’aide médicale.
Niveau I
: Soins néonatals de base (pouponnière de soins normaux)
Niveau Ia
Niveau
Ib
Niveau
II : Soins néonatals spécialisés (pouponnière de soins spéciaux)
Niveau
IIa
Niveau
IIb
Niveau
III : Soins intensifs néonatals (pouponnière de soins intensifs néonatals)
Niveau
IIIa
Niveau
IIIb
Niveau
IIIc
Oxygénation extracorporelle, hémofiltration et hémodialyse ou réparation
chirurgicale de graves malformations cardiaques congénitales qui exigent une
circulation extracorporelle
DES
NORMES POUR LES HÔPITAUX OFFRANT DES SOINS NÉONATALS
Démarche
multidisciplinaire des soins néonatals
Les
soins néonatals ont donné lieu à la mise sur pied d’une démarche
multidisciplinaire pour soigner les nourrissons aux besoins de santé complexes
(10-24). Les infirmières, les inhalothérapeutes, les physiothérapeutes, les
ergothérapeutes, les pharmaciens, les diététistes et d’autres font partie
intégrante de l’équipe de soins néonatals et ont évolué vers des rôles
et responsabilités de pratique spécialisée et enrichie.
Niveau I
: Médecin de famille ou pédiatre sur appel en tout temps
Niveau
II : Pédiatre sur appel en tout temps. Pendant une ventilation mécanique, un pédiatre
doit être disponible sur place ou s’assurer de la présence constante de
personnel compétent, capable de réagir immédiatement à des complications
urgentes potentielles. Un pédiatre possédant une formation surspécialisée en
soins intensifs néonatals doit faire partie du personnel médical des services
de niveau IIb.
Niveau
III : Néonatologue formé, sur appel en tout temps. Du personnel bien formé et
supervisé, certifié pour exécuter tous les rôles de réanimation et de soins
intensifs, doit être présent en tout temps (p. ex., pédiatre, stagiaire en pédiatrie
ou infirmière praticienne en néonatologie) (1).
Les
services doivent garantir aux patients des soins prodigués par du personnel
infirmier bien formé. Le nombre d’infirmières disponibles doit être
suffisant pour assurer les services suivants :
Niveau I
: Le service doit fournir des soins infirmiers aux mères et à leur bébé.
Chaque infirmière peut s’occuper d’un maximum de quatre mères et de leur bébé.
Niveau
II : Le service doit prévoir la présence d’une infirmière qui s’occupera
d’un maximum de quatre bébés, selon les maladies et les situations. En présence
de bébés malades, l’infirmière pourrait être appelée à s’occuper de
moins de quatre bébés.
Niveau
III : Le service doit prévoir la présence d’une infirmière qui s’occupera
de un ou deux patients.
De plus,
tous les services doivent désigner une infirmière responsable du
perfectionnement et de la formation, y compris la formation sur place. En
collaboration avec les médecins, les infirmières de pratique avancée possédant
une préparation spécialisée, y compris les infirmières cliniques spécialistes
et les infirmières praticiennes, peuvent fournir des soins complets aux
patients (10-13).
Le
personnel en inhalothérapie
Les
services d’inhalothérapie devraient être offerts dans les services
prodiguant des soins néonatals de niveau IIb ou plus. Les inhalothérapeutes
s’occupent de la prise en charge de la ventilation, de la mesure et du
monitorage de la fonction respiratoire, de la réanimation et du transport du
nouveau-né et de la facilitation de l’élaboration d’aspects spécialisés
des soins, comme l’administration de monoxyde d’azote pendant le transport
(14-16).
Niveau
IIb : Un inhalothérapeute agréé doit être disponible sur place lorsqu’un
enfant reçoit une ventilation en pression positive continue ou un soutien par
ventilation mécanique.
Niveau
III : Les services d’un inhalothérapeute doivent être assurés en tout
temps.
Des
services de radiologie mobile doivent être disponibles dans les services
offrant des soins néonatals de niveau II ou plus.
Niveau
IIa : Un appareil de radiographie mobile doit être disponible.
Niveau
IIb : Un appareil de radiographie mobile doit être disponible en tout temps,
sans délai. L’échographie transfontanelle doit être disponible, accompagné
d’une consultation radiologique.
Niveau
III : Un appareil de radiographie mobile doit être disponible en tout temps,
sans délai. L’échographie doit être disponible tous les jours et inclure
une consultation radiologique rapide (17). Une tomodensitométrie axiale et, de
préférence, une imagerie par résonance magnétique, doivent également être
accessibles.
Les
services offrant des soins de niveau Ib ou plus doivent avoir accès à des
services de laboratoire pertinents, y compris la chimie clinique, la
microbiologie et l’hématologie.
Les
services offrant des soins de niveau IIb ou plus devraient avoir accès à des
services de radiologie, d’ophtalmologie et de laboratoire (chimie clinique,
microbiologie, hématologie et transfusion, pathologie).
Les
services offrant des soins de niveau III doivent se doter de voies définies de
communications et d’accès à la médecine obstétricale et périnatale, à la
chirurgie néonatale et à l’anesthésie, à la cardiologie pédiatrique, aux
consultations spécialisées (p. ex. pédiatrie du développement, génétique
clinique, infectiologie pédiatrique, gastroentérologie, endocrinologie,
neurologie et neurophysiologie, néphrologie pédiatrique et audiologie), aux
autres spécialités chirurgicales (p. ex., otorhinolaryngologie, orthopédie,
neurochirurgie, chirurgie plastique et urologie), à la radiologie, à
l’ophtalmologie et aux services de laboratoire (p. ex., chimie clinique,
microbiologie, hématologie et transfusion, pathologie).
Les
services offrant des soins de niveau III doivent être dotés du personnel de
soutien possédant la formation pertinente en matière de soins aux nouveau-nés
et à leurs parents (10-25). Ce personnel effectue des évaluations et des
traitements néonatals spécialisés et contribue à l’élaboration de plans
de traitement intégrés qui optimisent l’efficacité du traitement et
accroissent la sécurité du patient. Ces personnes sont des techniciens en
radiologie et en échographie, des pharmaciens, des physiothérapeutes, des
ergothérapeutes, des diététistes, du personnel de contrôle des infections,
du personnel administratif et de bureau, des phlébotomistes, des adjoints de
recherche, des dispensateurs de services pastoraux, des travailleurs sociaux,
des psychologues et des agents de santé communautaire.
Dans
chaque région, une équipe de transport organisée, formée en soins néonatals,
en réanimation et en transport, disposant du matériel convenable, doit être
disponible pour le transfert des patients. Un système ininterrompu de gestion
des demandes de transport doit être clairement défini et facilement accessible
par les équipes médicales de tous les services régionaux qui demandent un
transfert.
Il faut
des installations convenables pour les parents, qui devraient être encouragés
à participer aux soins de leur nourrisson. Ces installations incluent des
salles privées pour tirer le lait, des réfrigérateurs et des installations
pour entreposer le lait maternel et des chambres pour les parents afin qu’ils
puissent dormir avec leur nourrisson avant le congé de l’hôpital. Une pièce
calme doit être réservée aux consultations et aux familles qui ont besoin
d’intimité pour faire face à des situations imprévues.
Les
protocoles cliniques : Des protocoles écrits doivent exposer les interventions
et les pratiques essentielles, y compris la réanimation et la stabilisation des
bébés. Elles doivent être régulièrement révisées et mises à jour.
L’assurance-qualité
: Les services doivent procéder à la surveillance longitudinale de la mortalité,
de la morbidité, de la charge de travail, de l’usage des ressources, des
pratiques et des politiques au moyen de bases de données prospectives aux
champs bien définis. Ces caractéristiques doivent être révisées régulièrement
et évaluées d’après les normes nationales. Un programme de vérification et
un programme de rapport des incidents critiques doivent être en place.
L’évaluation
du suivi développemental : Chaque service doit inscrire les nourrissons à haut
risque à un programme de suivi du développement qui permet de procéder à une
évaluation longitudinale des nourrissons après leur congé à la maison.
L’amélioration
de la qualité : Chaque service doit être doté d’une équipe
multidisciplinaire formée pour motiver, entreprendre et soutenir des projets
d’amélioration de la qualité. Dans l’idéal, cette équipe devrait
travailler en collaboration avec des équipes similaires d’autres hôpitaux.
Le
rapport annuel : Chaque service doit produire un rapport annuel résumant ses
activités et son rendement, dans une forme normalisée. Le rapport doit également
comparer l’activité et le rendement du service à ceux d’autres services
sur la scène nationale et à des critères nationaux de prestation des
services.
LA
FORMATION CONTINUE ET LE PERFECTIONNEMENT PROFESSIONNEL
Les
membres du personnel des services doivent recevoir une orientation et une
formation convenables avant d’assumer leurs fonctions. Le personnel pertinent
doit posséder une formation en réanimation néonatale et en stabilisation. Les
membres du personnel des services doivent assister à des activités de
formation continue, y compris des conférences, des séances de soins cliniques,
des clubs de lecture et des activités similaires.
COMITÉ
D’ÉTUDE DU FŒTUS ET DU NOUVEAU-NÉ (2005-2006)
Membres : Docteurs Khalid Aziz (représentant du conseil), département
de pédiatrie (néonatologie), Janeway Children’s Health and Rehabilitation
Centre, St John’s (Terre-Neuve-et-Labrador); Keith J Barrington (président),
Hôpital Royal-Victoria, Montréal (Québec); Haresh Kirpalani, Children’s
Hospital – Hamilton HSC, Hamilton (Ontario); Shoo K Lee, programme de soins
intensifs néonatals du nord de l’Alberta, Royal Alexandra Hospital, Edmonton
(Alberta); Koravangattu Sankaran, Royal University Hospital, Saskatoon
(Saskatchewan); Robin Whyte, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse)
Représentants : Docteurs Dan Farine, Mount Sinai Hospital, Toronto
(Ontario) (Société des obstétriciens et gynécologues du Canada); David
Keegan, London (Ontario) (comité des soins de maternité et de périnatalité,
Collège des médecins de famille du Canada); Catherine McCourt, Division de la
surveillance de la santé et de l’épidémiologie, Agence de santé publique
du Canada, Ottawa (Ontario); Alfonso Solimano, BC’s Children’s Hospital,
Vancouver (Colombie-Britannique) (section de la médecine néonatale et périnatale,
Société canadienne de pédiatrie); Ann Stark, Baylor College of Medicine,
Houston (Texas) États-Unis (comité d’étude du fœtus et du nouveau-né,
American Academy of Pediatrics); madame Amanda Symington, Hamilton Health
Sciences Centre – McMaster Site, Hamilton (Ontario) (infirmières néonatales)
Auteur principal : Docteur Shoo K Lee, programme de soins intensifs néonatals
du nord de l’Alberta, Royal Alexandra Hospital, Edmonton (Alberta)
Affiché en juin 2006
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |