L'effet de la variation du prix de la cigarette sur l'usage du tabac
chez les adolescentsComité de pharmacologie et des substances dangereuses, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatr Child Health 1998;3(2):99-100
No de référence : DT97-01
Révision en cours en mai 2007
Index des documents de principes du Comité de pharmacologie et des substances dangereuses
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La cigarette et les autres produits du tabac font partie des produits chimiques à usage récréatif les plus consommés au Canada. Lutilisation de la cigarette sassocie à une augmentation du risque de maladie du cur, de cancer du poumon, demphysème et dautres maladies pulmonaires chroniques, et à un faible poids à la naissance (1). La réduction du taux de tabagisme fait partie des quelques interventions démontrées comme capables de faire chuter le taux de maladies du cur et de maladies pulmonaires (2). Les répercussions potentielles de cette réduction peuvent être immenses. En effet, on estime que si lusage du tabac chez les adultes passait à 10 % au Canada (par rapport à 52 % en 1989), on remarquerait une diminution annuelle de 21 000 décès attribuables au tabagisme (3). Cependant, bien que lusage du tabac ait décliné au Canada depuis 1989, il semble sêtre stabilisé à 30 % (4).
La majorité des adultes qui fument ont acquis cette habitude à ladolescence, et 80 % des fumeurs adultes sont devenus des consommateurs réguliers avant leur dix-huitième anniversaire (5). Dordinaire, les fumeurs adolescents respectent un modèle courant : les quelques premières années de tabagisme sont marquées par un comportement exploratoire, mais chez la majorité, laccoutumance est établie au bout de trois ans. Les efforts visant à réduire la consommation de tabac une fois laccoutumance avérée sont pénibles, et ils échouent souvent. Par ailleurs, 80 % des fumeurs adultes auraient préféré ne pas avoir commencé à fumer pendant ladolescence. Fait tout aussi remarquable, environ la moitié de tous les adolescents qui fument régulièrement mourront plus jeunes, dune maladie reliée au tabac (6). Il est inquiétant de constater que les adolescents semblent commencer à fumer plus tôt que par le passé. Actuellement, 85 % des fumeurs commencent à fumer avant lâge de 16 ans et près de 30 % commencent avant lâge de 13 ans (4). Il est démontré que les adolescents qui fument présentent un taux plus élevé de maladies respiratoires que les non-fumeurs, asthme y compris (7,8).
Les politiques publiques en vue de réduire les répercussions des maladies reliées au tabac devraient donc porter en premier lieu sur la prévention du tabagisme chez les adolescents. On a dailleurs déjà fait diverses tentatives pour prévenir le tabagisme. Des programmes déducation ont obtenu des taux de succès variables. La restriction de laccès aux produits du tabac par linterdiction légale de vendre ces produits aux personnes au-dessous dun âge défini ne semble en limiter réellement ni lusage, ni laccès. Les programmes de sensibilisation publique et la restriction de la publicité peuvent avoir un effet sur le taux de tabagisme, mais exigent des efforts initiaux et continus énormes (7). Enfin, laugmentation du prix du tabac par la taxation sassocie à une baisse de lusage des produits du tabac, et surtout de la cigarette, chez les adolescents (9-12).
Cette diminution sest produite à une époque où, à part le prix, dautres changements sociaux ont probablement influencé le taux de tabagisme chez les adolescents. À cet égard, le Canada a toujours joué un rôle de chef de file à léchelle internationale pour restreindre la publicité sur le tabac et pour exiger des étiquettes davertissement sur les produits du tabac (5). Cependant, la récente baisse de la taxation de la cigarette a démontré que le prix représente un déterminant majeur du taux de tabagisme chez les femmes et les adolescents. Il semble que lusage du tabac chez les femmes de tous âges, y compris les adolescentes, réagit davantage à une hausse du prix de la cigarette quaux campagnes déducation (12-14).
En 1994, le gouvernement fédéral canadien, par suite de pressions considérables reliées à la contrebande transfrontalière et généralisée, a considérablement réduit les taxes sur la cigarette, ce qui a fait chuter le prix de détail de ce produit. Cette diminution du prix au Canada sest accompagnée dune augmentation du taux de tabagisme chez les adolescents canadiens et dune augmentation relative du taux de tabagisme chez les femmes au Canada, et surtout chez les adolescentes (tableau 1).
Le
tabagisme constitue toujours un problème de santé publique important, dont
l'origine remonte souvent à l'adolescence. La meilleure occasion exploitable de
réduire la gravité et le taux de maladies reliées au tabac consiste à faire
chuter le nombre de personnes qui commencent à fumer, phénomène que, on l'a
souligné, se produit surtout pendant l'adolescence (15). Pour
parvenir à une réduction substantielle du fardeau des maladies reliées au
tabagisme, le gouvernement et la société doivent envisager des méthodes qui réduiront
l'incidence de l'usage du tabac chez les adolescents.
TABLEAU 1 : Taux de tabagisme chez les adolescents canadiens
Année |
Pourcentage de fumeurs |
|
1981 |
44 % |
|
1990 |
21 % |
|
1994 |
25 % |
|
1995 |
28 % |
|
1996 |
30 % |
Recommandations pour réduire l'usage du tabac chez les adolescents
Références
1. Gidding SS, Schydlower M. Active and passive tobacco exposure: A serious pediatric health problem. Pediatrics 1994;94:750-1.
2. United States Department of Health and Human Services. The Health Consequences of Smoking: 25 Years of Progress. A Report of the Surgeon General. Atlanta: United States Department of Health Human Services, 1989.
3. Buske L. Smoking levels settle on a high plateau. Can Med Assoc J 1998;158:152
4. Health Canada. Tobacco kills. Todays Parent 1995;12:117.
5. Mao Y, Gibbons L, Wong T. The impact of the decreased prevalence of smoking in Canada. Can J Public Health 1992;83:413-6.
6. Villeneuve P, Morrison H. Health consequences of smoking in Canada: an update. Chronic Dis Canada 1994;15:102-4.
7. United States Department of Health and Human Services. Preventing Tobacco Use Among Young People. A Report of the Surgeon General. Atlanta: United States Department Health Human Services, 1994.
8. Royal College of Physicians of London. Smoking and the Young: A Report of the Working Party of the Royal College of Physicians. Oxford: Royal College of Physicians of London, 1992.
9. Laugesen M, Meads C. Advertising, price, income and publicity effects on weekly cigarette sales in New Zealand supermarkets. Br J Addict 1991;86:83-9.
10. Kaiserman MJ, Rogers B. Tobacco consumption declining faster in Canada than in the US. Am J Public Health 1991;81:902-4.
11. Laugesen M, Meads C. Tobacco advertising restrictions, price, income and tobacco consumption in OCED countries, 1960-1986. Br J Addiction 1991;86:1343-54.
12. Townsend J, Roderick P, Cooper J. Cigarette smoking by socioeconomic group, sex and age: effects of price, income and health publicity. Br Med J 1994;309:923-7.
13. Hamilton H, Levington C, St-Pierre Y, Grimard F. The effect of tobacco tax cuts on cigarette smoking in Canada. CMAJ 1997;156(2):187-91.
14. Waller BJ, Cohen JE, Ferrence R, Bull S, Adlaf EM. The early 1990s cigarette price decrease and trends in youth smoking in Ontario. Can J Public Health 2003;94(1):31-5.
15. Ontario Ministry of Health. Opportunities for Health: A Report on Youth from the Chief Medical Officer of Health. Toronto: Queens Printer for Ontario, 1992.
Comité de pharmacologie de des substances dangereuses
Membres : Docteurs Stuart M
MacLeod, Father Sean OSullivan Research Centre, St Joseph Hospital, Hamilton
(Ontario) (président); Benoît Bailey, Montréal (Québec); Prashant Joshi, Fort Erie
(Ontario); John C LeBlanc, IWK-Grace Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse); Doreen M
Matsui, Childrens Hospital of Western Ontario, London (Ontario); Margaret Jane
Stockwell, Direction générale des services médicaux, Santé Canada, Ottawa (Ontario);
Milton Tenenbein, Childrens Hospital, Winnipeg (Manitoba) (administrateur
responsable)
Conseillère : Docteur Natalie Dayneka, Hôpital pour enfants de
lest de lOntario, Ottawa (Ontario)
Représentant : Docteur Gideon Koren, The Hospital for Sick Children,
Toronto (Ontario) (Société canadienne de pharmacologie clinique)
Auteur principal : Docteur Michael J Rieder, Childrens Hospital of
Western Ontario, London (Ontario)
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |