Le
sevrage de l’allaitementComité de la pédiatrie communautaire, Société canadienne de pédiatrie Paediatrics & Child Health 2004; 9(4): 259-263 Révision en cours en juin 2009 Aussi disponible : Le sevrage de votre bébé Index des documents du comité de la pédiatrie communautaire
Contenu
Le
lait maternel est la meilleure forme d’alimentation pendant la première
enfance. L’allaitement protège le nourrisson de toute une série de
maladies infectieuses et non infectieuses. À quelques rares exceptions près,
chez le nouveau-né à terme et en santé, le lait maternel seul (avec des
suppléments de vitamine D) comble tous les besoins nutritionnels du
nourrisson jusqu’à six mois. La Société canadienne de pédiatrie, Les
Diététistes du Canada et Santé Canada recommandent l’allaitement
exclusif pendant au moins les quatre à six premiers mois de vie et la
poursuite de l’allaitement jusqu’à au moins deux ans avec des aliments
complémentaires (1). L’Organisation mondiale de la santé recommande
l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois de vie, tant dans les
pays en voie de développement que dans les pays industrialisés (2). Le
présent énoncé traite des nombreuses influences reliées au sevrage, et
de divers processus par lesquels le sevrage peut être entrepris. De plus,
il contient des suggestions pratiques que peut proposer le médecin aux mères
au sujet du sevrage et des options nutritionnelles. Les problèmes possibles
pendant le processus de sevrage sont également abordés. Le présent énoncé
porte sur les nourrissons à terme et en santé. Il se peut donc que les
recommandations ne conviennent pas aux nourrissons vivant une situation
particulière (p. ex., prématurité, maladie chronique, retard staturopondéral,
etc.). Une
analyse bibliographique a été exécutée à l’aide des bases de données
MEDLINE (entre 1966 et 2003) et Cochrane et de sites pertinents dans
Internet, y compris ceux de l’Organisation mondiale de la santé, de la
Société canadienne de pédiatrie, de Santé Canada et de l’American
Academy of Pediatrics. Étant donné le peu de données probantes au sujet
du sevrage, les recommandations exposées dans le présent énoncé se
fondent largement sur l’opinion de spécialistes et sur des consensus. Le
terme « sevrage » vient du latin separare, qui signifie « séparer ». Le
sevrage de l’allaitement est une phase naturelle et inévitable du développement
de l’enfant. C’est un processus complexe qui exige des rajustements
nutritionnels, immunologiques, biochimiques et psychologiques (3). Le
sevrage peut signifier l’arrêt complet de l’allaitement (le sevrage «
abrupt » ou définitif) ou, pour les besoins du présent énoncé, le début
du processus graduel d’introduction d’aliments complémentaires dans le
régime du nourrisson. L’introduction du tout premier aliment autre que du
lait maternel constitue, par définition, le véritable commencement du
sevrage. Une
perspective historique et culturelle La
durée de l’allaitement était généralement plus longue dans les temps
anciens (4) que dans la société occidentale actuelle. Selon Aristote,
l’allaitement devait se poursuivre de 12 à 18 mois ou jusqu’à la
reprise des menstruations de la mère allaitante. Traditionnellement, les mères
des sociétés zouloues allaitaient leurs nourrissons pendant 12 à 18 mois,
moment auquel une nouvelle grossesse était prévue. Les anciens Hébreux
achevaient le sevrage à environ trois ans. La plupart des enfants des sociétés
traditionnelles sont entièrement sevrés entre deux et quatre ans (5). Selon
des théories anthropologiques, le sevrage définitif était recommandé aux
moments suivants : lorsque le nourrisson atteignait quatre fois son poids de
naissance, lorsque l’âge du nourrisson correspondait à six fois la durée
de la gestation (c’est-à-dire 4,5 ans) ou à l’éruption de la première
molaire (6). L’introduction
précoce et inappropriée de l’allaitement mixte a germé au début du XIXe
siècle dans la société occidentale. Des médecins éminents de l’époque,
tels que les docteurs Luther Emmett Holt et Job Lewis Smith, fondateurs de
l’American Pediatric Society, recommandaient de commencer le sevrage entre
neuf et douze mois ou à l’apparition de la première canine. Smith déconseillait
le sevrage pendant les mois d’été à cause du risque de « diarrhée du
nourrisson sevré ». Malheureusement, tandis que le sevrage était
entrepris de plus en plus tôt au XIXe siècle, le taux de
mortalité des nourrissons augmentait. L’introduction d’aliments de
sevrage était une cause importante de mortalité des nourrissons au XIXe
siècle. Cette augmentation de la mortalité des nourrissons a, en partie,
suscité le développement de la pédiatrie en tant que spécialité (6). Au
début du XXe siècle, les mères étaient invitées par le corps
médical à élever leurs enfants de manière scientifique, selon les règles.
Dans les années 1920, le gouvernement américain publiait Infant Care, qui,
à l’époque était perçu comme le « bon livre » et était lu par des
femmes de toutes les couches socioéconomiques. Il recommandait l’huile de
foie de morue, le jus d’orange et le biberon. En
1940, l’honorable Paul Martin, ministre de la Santé nationale et du Bien-être
social à Ottawa, en Ontario, publiait La mère canadienne et son enfant (8e
édition, 1949), rédigé par le docteur Ernest Couture. Plus de deux
millions d’exemplaires ont été distribués aux nouvelles mères ou aux
femmes enceintes avant sa première révision en 1949. Le docteur Couture y
soulignait que le lait maternel était la forme idéale d’alimentation
pour les bébés. D’après
Santé Canada, en 1998-1999, 81,9 % des enfants étaient allaités pendant
une certaine période. Parmi ces nourrissons allaités, 63,0 % l’étaient
encore au bout de trois mois. Les taux de périodes d’allaitement varient
selon l’âge maternel. Tandis que seulement 49,1 % des nourrissons allaités
dont la mère avait 25 ans ou moins continuaient de l’être au bout de
trois mois, 74,9 % de ceux dont la mère avait 35 ans ou plus l’étaient
plus de trois mois (7). La principale raison que donnent les mères pour
sevrer, c’est la perception de manquer de lait. Parmi les femmes qui
allaitent plus de trois mois, l’une des principales raisons du sevrage,
c’est le retour au travail (8). Les
statistiques canadiennes sur l’allaitement pourraient continuer de s’améliorer
parce que de nombreuses mères peuvent désormais reporter leur retour au
travail jusqu’à 12 mois après l’accouchement. Cette pratique est
facilitée par les modifications du gouvernement fédéral à
l’assurance-emploi, qui permettent maintenant aux femmes de prendre
jusqu’à 12 mois de congé de maternité payé. Aux
États-Unis, les taux d’allaitement sont plus faibles. En 1998, 64 % des
nourrissons étaient allaités au congé de l’hôpital, et 29 % l’étaient
encore à six mois (9). Les
enjeux nutritionnels et développementaux Bien
qu’il semble clair que, dans l’idéal, les nourrissons devraient être
allaités pendant au moins un an, il est également important de comprendre
qu’après un certain âge, le lait humain seul ne satisfait plus tous les
besoins nutritionnels du nourrisson. Entre
quatre et six mois, le nourrisson est prêt, du point de vue développemental,
à accepter des aliments solides. La tétée et la mastication sont des
comportements complexes, présentant tous deux des éléments innés et
acquis. L’élément acquis est conditionné par la stimulation orale. Si
le stimulus n’est pas appliqué au moment du développement neural, le
nourrisson peut devenir un mangeur sélectif. Il existe un lien entre le
fait de téter longtemps sans prendre de solides et une alimentation
insuffisante par la suite (3). Entre
quatre et six mois, les réserves de fer présentes depuis la naissance
diminuent. Il devient donc pertinent de commencer à offrir au nourrisson
des aliments contenant du fer. Vers la fin de la première année, le lait
maternel ne contient plus assez de protéines pour le nourrisson. Il faut
donc lui en offrir une source supplémentaire, sous forme de viande, de
poisson, de jaune d’œuf, de tofu, de lentilles et de fromage. Les fibres
alimentaires doivent également être introduites dans le régime, mais on
ne sait pas exactement à quel moment. Le report de l’introduction des
aliments solides trop longtemps après six mois risque également
d’exposer le nourrisson à une anémie ferriprive et à d’autres
anomalies micronutritionnelles (10). Tandis que de plus en plus de solides
et de liquides sont introduits dans le régime du nourrisson, le sevrage se
poursuit. Picciano
et ses collaborateurs (11) ont suivi des nourrissons sevrés plus tard
(entre 12 et 18 mois) en colligeant des données sur l’apport diététique
et la croissance. Bien des enfants à l’étude ingéraient moins de matières
grasses que la quantité recommandée (moins de 30 % des calories totales).
Des diminutions de la consommation de fer et de vitamine E entre 12 et 18
mois entraînaient des apports bien en deçà des normes de référence. La
consommation de zinc était également bien inférieure aux taux recommandés.
Les céréales, les produits de lait entier et la viande étaient
d’importantes sources de nutriments problématiques (fer, vitamine E et
zinc) (11). Le
sevrage naturel (orienté par le nourrisson) Le
sevrage naturel se produit lorsque le nourrisson commence à accepter des
quantités et des types croissants d’aliments complémentaires tout en
continuant à être allaité sur demande. En cas de sevrage naturel, le
sevrage complet se produit généralement entre deux et quatre ans (12).
Dans les cultures occidentales, il subsiste une intolérance relative face
à ce type de sevrage, et de nombreuses mères qui allaitent un nourrisson
ou un enfant plus âgé allaitent en cachette. Elles le font en privé, à
la maison, ce qui perpétue l’ignorance quant à la durée de
l’allaitement (10). Le
sevrage planifié (orienté par la mère) L’annexe
contient un exemple de calendrier de sevrage graduel et planifié (orienté
par la mère). Le
refus du sein : La « grève de la tétée » Le
sevrage naturel ne doit pas être confondu avec une grève de la tétée. Un
refus soudain du sein peut se produire en tout temps et être suivi par un
sevrage complet si la mère interprète cette attitude comme un rejet
personnel. Les grèves de la tétée sont temporaires et peuvent découler
de plusieurs causes, telles que l’apparition des menstruations de la mère,
une modification au régime alimentaire de la mère, l’utilisation d’un
nouveau savon, d’un nouveau déodorant ou l’apparition des dents ou une
maladie de l’enfant. Des mesures simples peuvent être adoptées pour
affronter une grève de la tétée, dont les suivantes :
Si
les étapes précédentes ne favorisent pas la reprise de l’allaitement,
le nourrisson devrait subir une évaluation afin d’écarter l’éventualité
d’une maladie (10). Le sevrage abrupt ou d'urgence Il
arrive qu’un sevrage abrupt ou d’urgence s’impose, dans le cas d’une
séparation prolongée et imprévue de la mère et du nourrisson ou d’une
maladie grave de la mère, par exemple. On conseille à tort à de
nombreuses mères d’arrêter d’allaiter lorsqu’elles doivent prendre
des médicaments. Très peu de médicaments sont contre-indiqués pendant
l’allaitement. Il s’agit des antimétabolites, des doses thérapeutiques
de produits radiopharmaceutiques et de la plupart des drogues illégales.
Les autres médicaments doivent être évalués de manière individuelle.
Les bénéfices de poursuivre l’allaitement doivent être soupesés contre
les risques d’exposer le nourrisson au médicament transmis dans le lait
maternel. Le lecteur est invité à lire l’excellent texte du docteur T
Hales, Medications and Mothers’ Milk (10e édition, 2002), publié en
anglais seulement par Pharmasoft Medical Publishing. Le site Web anglais de
Motherisk, à www.motherisk.org,
est également une ressource utile. Une
maladie subite de l’enfant ne constitue pas une raison de sevrer. En fait,
le médecin devrait soutenir et faciliter la possibilité d’allaiter ou
d’exprimer et d’entreposer le lait jusqu’à ce que le nourrisson soit
en mesure de le boire. Un
nourrisson sevré abruptement peut refuser le biberon. Dans ce cas, il est
possible de lui offrir une tasse. Le nourrisson peut aussi commencer par
refuser tout autre type de nourriture proposée par la mère, auquel cas un
autre adulte doué de patience devra peut-être alimenter le nourrisson. La
mère doit continuer à passer du temps en contact physique étroit avec le
nourrisson, dans la mesure du possible, pour que le processus de sevrage
soit moins traumatique d’un point de vue psychologique, tant pour la mère
que pour le nourrisson. Selon
toute probabilité, un sevrage abrupt entraînera un certain inconfort pour
la mère, surtout s’il se produit au début de la période postpartum,
lorsque la production de lait est élevée. Il faut lui conseiller de
prendre des analgésiques et de n’exprimer que la quantité de lait nécessaire
pour se sentir à l’aise. Des contenants réfrigérants, des feuilles de
chou froides ou des massages des seins peuvent contribuer à soulager
l’engorgement (13). La mère doit surveiller les signes de blocage du
canal lactifère, qui peuvent provoquer des mastites. Elle devrait porter un
soutien-gorge de soutien confortable. Le bandage des seins n’est pas
recommandé parce qu’il entraîne un inconfort plus important et qu’il
peut bloquer des canaux lactifères. Il n’est pas nécessaire de limiter
la consommation de liquides. La bromocriptine (Parlodel, Novartis
Pharmaceuticals, Canada), un inhibiteur de la prolactine, n’est plus
sanctionné pour enrayer la galactorrhée, en raison de déclarations de
graves réactions, telles que des convulsions, des accidents cérébrovasculaires
et des décès (14,15). Le
processus de sevrage définitif devrait être graduel. Le sevrage abrupt est
traumatique pour le nourrisson et désagréable pour la mère, et il peut
provoquer le blocage de canaux lactifères, des mastites ou des abcès. Dans
la mesure du possible, il faut éviter le sevrage abrupt. Les
mères commencent à allaiter avec les meilleures intentions du monde.
Souvent, elles affrontent des obstacles, et un sevrage prématuré peut
survenir. Il est important que le médecin explore les raisons pour
lesquelles la mère veut sevrer son bébé et qu’il l’informe pour
qu’elle puisse prendre une décision éclairée quant au processus et au
moment du sevrage. Après avoir informé la mère, il faut éviter
d’exercer des pressions sur elle pour qu’elle allaite plus longtemps
qu’elle le désire. Par ailleurs, il ne faut pas la critiquer
lorsqu’elle allaite plus longtemps que c’est la norme dans sa culture. Une
mère peut ressentir des émotions contradictoires lorsqu’elle commence à
sevrer son bébé. Elle peut être heureuse de cette liberté nouvellement
retrouvée, mais elle peut aussi faire le deuil de la fin d’une phase très
intime de sa relation avec son enfant. Il est courant que la mère ressente
un sentiment de perte ou de tristesse, même en cas de sevrage graduel (16).
On peut lui rappeler que son nourrisson franchit une étape sociale, celle
de manger des solides et de boire à la tasse. Tant que la mère aborde le
processus avec flexibilité et sensibilité, l’expérience devrait être
positive. Le rôle du médecin consiste à soutenir et à informer la mère
tout en s’assurant que le nourrisson profite d’une nutrition convenable.
Ci-dessous
figure un exemple de calendrier de sevrage graduel et planifié (orienté
par la mère) :
Membres : Docteurs
Cecilia Baxter, Edmonton (Alberta); William James, Ottawa (Ontario); Denis
Leduc (président), Montréal (Québec); Cheryl Mutch, Burnaby (Colombie-Britannique);
Michelle Ponti, London (Ontario); David Wong (représentant du conseil),
Summerside (Île-du-Prince-Édouard)
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| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |