Les chaussures pour enfants
Comité de la pédiatrie communautaire, Société canadienne de pédiatrie (SCP) Résumé publié dans Paediatr Child Health 2009;14(2):121 Aussi disponible : Les chaussures pour enfants Index des documents du comité de la pédiatrie communautaire
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On choisit des chaussures pour protéger les pieds, en corriger la posture et pour des impératifs de mode. Les conseils divergent au sujet du bon choix de chaussures pour enfants, ce qui déroute souvent les parents. Il est courant d’utiliser des chaussures pour corriger une « malformation » du pied ou de la jambe chez des enfants autrement en santé, mais les preuves de l’efficacité de cette pratique sont limitées. Dans le présent point de pratique, on analyse les données probantes étayant le port de chaussures correctrices chez des enfants autrement en santé. Les auteurs ont recensé les articles publiés sur les chaussures pertinentes dans MEDLINE (1980 à 2007) et la base de données Cochrane. Ils ont relevé des opinions d’experts reconnus et écoutés dans des sites Web, y compris ceux de la Société canadienne de pédiatrie, de l’American Academy of Pediatrics et de Santé Canada. Ils ont trouvé un nombre limité d’articles pertinents, dont quelques études probantes seulement. Étant donné le peu de données probantes de qualité, les recommandations du présent document de principes dépendent en grande partie d’opinions d’experts. UNE PERSPECTIVE HISTORIQUE Depuis 50 ans, les pédiatres s’interrogent quant à la nécessité de concevoir des chaussures pour les enfants, selon l’hypothèse qu’ils avaient besoin d’un soutien pour les muscles et la structure osseuse en développement ainsi que pour prévenir les troubles d’ambulation. Des analyses historiques de différentes cultures ont permis de comparer la marche pieds nus au port des chaussures. Les malformations du pied étaient plus rares chez les personnes sans chaussures (2). Chez l’enfant en santé, le développement du pied connaît une progression physiologique qui ne semble pas être modifiable par le port de chaussures. LES CHAUSSURES POUR ENFANTS ET LEUR AJUSTEMENT Les chaussures doivent protéger les pieds de l’enfant, assurer une certaine adhérence sur les surfaces lisses et permettre de marcher confortablement sur divers types de surface (3). Les enfants qui ne marchent pas encore n’ont pas besoin de chaussures. Les bottines n’offrent pas nécessairement un meilleur soutien que les chaussures basses, mais elles sont utiles parce que les tout-petits éprouvent plus de difficulté à les enlever. Les pieds de l’enfant changent rapidement. Avant l’âge de 18 mois, les pieds grandissent probablement de plus d’une demi-pointure tous les deux mois. Les pieds du tout-petit grandissent en moyenne d’une demi-pointure tous les trois mois. Jusqu’à l’âge de trois ans, ses pieds grandissent d’une pointure tous les huit mois, puis à compter de trois ans, d’une pointure tous les ans (4). Les chaussures doivent être bien ajustées au talon pour éviter le mouvement du pied vers l’avant pendant la marche. Elles doivent laisser un espace suffisant pour les orteils, soit environ 1,25 cm (la largeur d’un pouce) entre l’orteil le plus long et le bout de la chaussure, en position debout. Toutes les chaussures et les sandales doivent comprendre un espace de 5 mm entre le rebord de la chaussure et tous les orteils. Pour évaluer l’espace pertinent, il faut observer un léger creux dans le matériau si on pince la chaussure lorsque l’enfant est en position debout. L’enfant doit essayer les chaussures avant l’achat (3,4) LES CHAUSSURES CORRECTRICES LES PIEDS PLATS Les études ont démontré une incidence plus élevée de pieds plats chez les personnes qui avaient porté des chaussures dans leur petite enfance, qui font de l’embonpoint ou présentent une laxité ligamentaire. On a également documenté une plus forte prévalence de pieds plats chez les adultes qui ont commencé à porter des chaussures avant l’âge de six ans (6) Une étude aléatoire et contrôlée a permis d’évaluer les conséquences des orthèses plantaires ou des chaussures correctrices par rapport à l’absence de traitement (port de chaussures de cuir classiques) sur le développement des pieds plats. Il n’y a pas de différence d’amélioration significative entre tous les groupes après un suivi de trois ans. Les auteurs ont conclu qu’il n’y avait pas d’avantages à traiter les pieds plats valgus statiques chez des enfants asymptomatiques en santé. Ils ont recommandé d’envisager de traiter seulement les enfants asymptomatique (ceux qui ressentaient de la douleur en marchant) afin d’écarter les troubles sous-jacents (8). L’évolution naturelle des pieds plats est une amélioration spontanée dans le temps (5,9,10). Le développement de la voûte plantaire chez les enfants de moins de six ans qui savent marcher n’est pas favorisé par des chaussures correctrices, des orthèses plantaires ou des coques talonnières (8). Par ailleurs, le traitement de pieds « anormaux » peut avoir des effets négatifs sur l’estime de soi de l’enfant (7,11). LES PIEDS EN ROTATION INTERNE, LES TORSIONS, LES GENOUX CAGNEUX OU CAMBRÉS Le metatarsus adductus simple chez le nourrisson peut être traité par des exercices d’étirement passifs. Si le metatarsus adductus n’est pas réductible, c’est-à-dire que l’avant-pied ne prend pas une position neutre, un traitement à l’aide d’attelles ou de plâtres peut s’imposer chez le jeune nourrisson. Il est recommandé de dissuader les enfants de s’asseoir en tailleur inversé (« en W »), car cette position peut exacerber la malformation de torsion. Les pieds en rotation interne avec torsion du tibia tendent à s’atténuer avec l’âge. Si le problème persiste au point de provoquer une anomalie fonctionnelle, il faut orienter les patients vers un chirurgien orthopédique pédiatre. Des orthèses spéciales peuvent contribuer à réduire des symptômes comme les trébuchements (13). Selon un essai aléatoire et contrôlé comparant l’absence de traitement au port de deux types d’orthèse différents en raison d’une pronation flexible excessive du pied, il n’y avait pas de différence significative entre les groupes pour ce qui est de la résolution ou de la fonction. La gravité de la pronation n’a pas eu d’effet sur la mobilité pendant l’année de l’étude. Le traitement ne modifiait pas la douleur déclarée (14). Les genoux cagneux ou cambrés sont des variantes normales du développement des jambes inférieures et ont tendance à se résorber au fil du temps (en général avant l’âge de huit ans). Il est parfois nécessaire de procéder à une évaluation des pathologies responsables de ces problèmes. S’ils persistent après l’âge de huit ans et entraînent une anomalie fonctionnelle, un chirurgien orthopédique doit évaluer l’enfant atteint. Les chaussures correctrices ou les orthèses plantaires n’ont pas d’effets bénéfiques sur la résolution des genoux cagneux ou cambrés du développement (2,10). À moins qu’on remarque une anomalie fonctionnelle importante ou qu’une telle anomalie fasse son apparition chez un enfant de huit à dix ans, les chaussures correctrices ou les autres interventions sont inutiles. Elles n’ont pas d’influence sur le développement naturel et la correction spontanée escomptée des malformations de torsion de la majorité des enfants autrement en santé (2,12,10,15) Très peu d’essais aléatoires et contrôlés ont évalué l’efficacité des chaussures correctrices sur le développement à long terme des troubles chroniques de l’ambulation chez des enfants en santé ayant une « malformation » du pied ou de la jambe. Selon les études disponibles, les pieds des enfants n’ont pas besoin d’être traités. La prescription de chaussures ou d’orthèses pour tenter de « corriger » des pieds plats valgus statiques, des genoux cagneux ou des genoux cambrés est inutile pour l’enfant et coûteuse pour la famille. Des études d’observation ont documenté la possibilité que ces interventions soient dommageables. En effet, elles peuvent réduire les activités musculaires normales du pied, affaiblir le pied et ainsi perpétuer le problème (3,5,6,12,13,15). Les données disponibles ne justifient pas les frais connexes, la honte qui se rattache au problème et les répercussions possibles sur l’estime de soi. Les médecins peuvent éviter de surtraiter des variations légères à modérées s’ils donnent des explications rassurantes aux parents.
COMITÉ DE LA PÉDIATRIE COMMUNAUTAIRE
Affichage : février 2009 |
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |