Les recommandations sur l’usage des sucettesComité de la pédiatrie communautaire, Société canadienne de pédiatrie Paediatrics & Child Health 2003; 8(8): 523-528 Réapprouvé en février 2009 Index des documents du comité de la pédiatrie communautaire Aussi disponible : Les sucettes (suces) : Un guide à l’usage des parents
Contenu
Les
sucettes, communément appelées suces, sont enracinées dans l’histoire
tout autant que dans la controverse. Des sucettes d’argile, d’argent, de
perle ou de corail et des tétines de sucre ont déjà été décrites,
certaines remontant à plusieurs milliers d’années (1,2). L’usage de la
sucette demeure généralisé dans la culture actuelle, et selon un essai
canadien récent, jusqu’à 84 % des nourrissons en utilisent une au moins
de temps à autre (3). Les
sucettes ont été impliquées dans le sevrage précoce (4-11), un
accroissement de la fréquence des otites moyennes (12-16) et des troubles
dentaires (17-19). Selon d’autres croyances courantes, la sucette
entraverait le développement du langage et les habitudes normales de
sommeil. Cependant, il existe un faisceau croissant de recherches sur la
sucette et sur son effet protecteur éventuel sur la mort subite du
nourrisson (MSN) (20-24). La sucette s’associe à des bénéfices clairs
dans le cadre d’interventions douloureuses, d’autoréconfort et de
succion non nutritive chez le nourrisson à terme ou prématuré (25-27). Le
présent énoncé permet d’examiner les données probantes disponibles
pour fournir des recommandations sur l’usage des sucettes chez les
nourrissons à terme et les enfants en santé. Une rubrique spéciale porte
sur le prématuré. Une analyse bibliographique systématique a été
effectuée dans les bases de données Medline et Cochrane Library et s’est
limitée aux articles publiés en anglais. Une recherche manuelle des
citations tirées de ces références a également été exécutée. Les sucettes et l'allaitementSelon l’étape neuf de L’initiative des hôpitaux amis des bébés : Dix conditions pour le succès de l’allaitement maternel du Fonds des Nations Unies pour l’enfance et de l’Organisation mondiale de la santé, il faut « Ne donner aux enfants nourris au sein aucune tétine artificielle ou sucette » (28). Ce conseil est largement disséminé, à la fois par les professionnels de la santé et les profanes. Il est étayé par plusieurs études par observation qui révèlent une solide association entre l’usage de la sucette et un sevrage précoce (4-11). De nombreux spécialistes de l’allaitement préviennent que l’usage de la sucette peut contribuer à une « confusion avec le sein » ou à la préférence de la sucette, surtout si la sucette est proposée rapidement, avant que l’allaitement soit bien établi. Une
récente étude aléatoire et contrôlée effectuée à Montréal, au Québec,
par Kramer et coll., a permis de comparer deux groupes de paires mère-enfant
et de les suivre pendant trois mois après l’accouchement (3). Les deux
groupes ont reçu des conseils faisant la promotion de l’allaitement et
ont proposé des moyens de calmer un bébé difficile. De plus, on a
conseillé au groupe expérimental d’éviter la sucette. Les chercheurs
ont observé une différence significative dans la non-utilisation de la
sucette (38,6 % par rapport à 16,0 %) mais aucune différence dans le taux
de sevrage avant trois mois (18,9 % par rapport à 18,3 %). Toutefois, dans
le cadre des analyses d’observation, l’usage de la sucette était
fortement associé au sevrage précoce. Les chercheurs ont conclu que
l’usage de la sucette peut constituer un marqueur de troubles
d’allaitement ou d’une diminution de la motivation à allaiter plutôt
qu’une véritable cause de sevrage précoce. Une
autre étude a consisté à assigner, de manière aléatoire, des nouveau-nés
en santé au strict respect des directives du Fonds des Nations Unies pour
l’enfance et de l’Organisation mondiale de la santé et un autre groupe
à des soins traditionnels (29). Les deux groupes ont été activement
encouragés à allaiter. Les chercheurs n’ont découvert aucune différence
significative dans la fréquence ou la durée de l’allaitement pendant les
six premiers mois de vie, malgré un taux élevé d’usage de la sucette au
sein des deux groupes (69 % à 76 %). La
Ligue La Leche International recommande de ne jamais utiliser la sucette
pour remplacer le sein ou le réconfort de la mère. Cependant, elle précise
que la sucette peut aider la mère allaitante si elle est utilisée de manière
judicieuse, pendant de courtes périodes et dans des situations limitées
(30). L’usage
de la sucette peut être un facteur discernable de sevrage précoce.
Cependant, étant donné les nombreuses variables confusionnelles et les
nombreux biais possibles dans l’étude du comportement humain, la nature
de cause à effet exacte de ce facteur demeure imprécise. Les sucettes et l'otite moyenneÉtant donné le fardeau élevé de maladies reliées à l’otite moyenne, il serait pratique d’imputer cette maladie au moins partiellement à l’usage de la sucette, un facteur de risque contrôlable même s’il est controversé. Si la sucette est responsable du sevrage précoce (voir plus haut) et si l’allaitement protège de l’otite moyenne (12,31,32), on peut avancer que la sucette contribue à l’otite moyenne. On postule que les sucettes sont des vecteurs passifs à l’infectiosité élevée, même si, d’après une étude récente au cours de laquelle on avait effectué une culture sur 40 sucettes récemment utilisées, seulement 52,5 % d’entre elles contenaient des microorganismes, ce qui signifie que, curieusement, l’autre moitié des sucettes n’était pas contaminée. Les streptocoques alpha-hémolytiques étaient les plus courants. Les cultures des principaux pathogènes responsables de l’otite moyenne étaient négatives (33). La succion de la sucette peut entraver le fonctionnement de la trompe d’Eustache en en modifiant la perméabilité et l’équilibre de la pression entre le nasopharynx et l’oreille moyenne. Dans une étude, la succion de la sucette s’est observée auprès de 40 % des 601 enfants atteints d’otite moyenne chronique à qui on avait dû implanter des tubes de tympanotomie à Toronto, en Ontario (34). Selon un groupe de recherche de la Finlande, dans le cadre d’une étude prospective d’enfants en service de garde (13) et d’une méta-analyse des facteurs de risque d’otite moyenne (12), l’usage de la sucette est un facteur de risque considérable d’otite moyenne aiguë. L’étude la plus récente de ce groupe portait sur l’effet des conseils aux parents sur l’usage de la sucette et l’occurrence ultérieure d’otite moyenne chez ces enfants (14). Le groupe d’intervention a reçu de l’information sur les aspects négatifs de la sucette. Il est intéressant de constater qu’à la fin de l’étude, plus d’enfants utilisaient encore la sucette au sein de ce groupe que dans le groupe témoin (68 % par rapport à 66,5 %). Cependant, moins d’enfants du groupe d’intervention l’utilisaient constamment, et l’occurrence d’otite moyenne aiguë diminuait de 29 % au sein de ce groupe. Ces résultats laissent supposer que la restriction de l’usage de la sucette aux moments ou l’enfant s’endort réduit l’occurrence d’otite moyenne aiguë. D’après ses travaux antérieurs, le groupe avance également que l’usage de la sucette devrait être restreint aux dix premiers mois de vie, lorsque le besoin de succion est le plus fort et que le risque d’otite moyenne aiguë est faible. Une
enquête récente auprès de parents d’enfants de 12 mois ou moins a également
permis d’établir que le risque d’otite moyenne était deux fois plus élevé
chez les utilisateurs de sucette (15). Cette étude était limitée par une
définition aléatoire de l’usage de la sucette, établi à plus de cinq
heures par jour, et par la fiabilité des comptes rendus des parents. Une étude
similaire fondée sur des questionnaires remis aux parents de nourrissons au
cours de leur première année de vie a établi une occurrence plus élevée
d’otite moyenne chez les utilisateurs de sucette (RR 1,20) (16). L’usage
de la sucette semble être un facteur de risque dans le développement de
l’otite moyenne. Cependant, ce n’est que l’un des nombreux facteurs
associés à sa pathogenèse. La responsabilité de la sucette semble
augmenter avec la prolongation et la fréquence de son usage. Les sucettes et la dentitionLa
carie dentaire, la malocclusion et la récession gingivale sont des problèmes
couramment cités relativement aux sucettes. La plupart des études
indiquent que ces problèmes n’existent que dans le cas d’un usage
prolongé (après l’âge de cinq ans) ou inadéquat (sucette plongée dans
une solution sucrée) (17). Une
étude récente a démontré des différences significatives de l’arcade
dentaire et des caractéristiques d’occlusion des utilisateurs de 24 mois
et de 36 mois par rapport à ceux qui avaient arrêté de l’utiliser avant
12 mois (18). Une autre étude a traité d’enfants de deux à cinq ans et
a également permis d’établir une augmentation significative du surplomb
(supérieure à 4 mm), de la béance et de l’occlusion croisée postérieure
chez les utilisateurs de la sucette. Plus le nombre de mois d’usage était
élevé, plus le lien avec la béance et l’occlusion croisée était
probant (19). Tant
l’Association dentaire canadienne (ADC) que l’American Dental
Association (ADA) ont diffusé des publications similaires sur le bon usage
des sucettes (35,36). L’ADC recommande les sucettes aux dépens de la
succion du pouce parce qu’il est plus facile pour les parents de contrôler
les habitudes de succion. Ils déconseillent d’enduire la sucette de sucre,
de miel ou de sirop de maïs en raison du risque de promouvoir la carie. Ils
affirment que l’habitude de succion doit être enrayée avant
l’apparition des dents permanentes. L’ADA conseille également aux
parents qui décident de recourir à la sucette d’utiliser une sucette
propre non sucrée. Ils affirment que même si l’usage prolongé de la
sucette peut endommager les dents, il est plus facile de sevrer l’enfant
de son habitude de succion d’une sucette que de son pouce. Les sucettes et la mort subite du nourrissonQuatre
équipes de recherche ont publié des études démontrant un lien entre
l’usage de la sucette et la réduction du risque de MSN. Les meilleures
données probantes proviennent d’études cas-témoins qui portaient sur la
position du sommeil et l’environnement de sommeil des nourrissons, y
compris l’usage de la sucette, accompagnées d’entrevues avec les
parents ou de questionnaires aux parents. Aucune étude ne révèle
d’augmentation du risque. Les
Néo-Zélandais Mitchell et coll. (20) ont comparé 485 décès
imputables à la MSN à 1 800 nourrissons témoins. Ils ont observé que l’usage de la sucette était beaucoup moins élevé
chez les nourrissons décédés que chez les nourrrissons témoins (RR 0,44,
95 % IC 0,26 à 0,73). Ils ont fait cette observation avant même le début
de la campagne néo-zélandaise National Cot Death Prevention Campaign en
1992. En
Norvège, Arnestad et coll. (21) ont examiné 121 décès par MSN et
ont découvert que seulement 10 % « utilisaient toujours » une sucette par
rapport à 24 % des sujets témoins. Ils
ont conclu que le recours à la sucette pourrait constituer un facteur
favorable dans la prévention de la MSN. En 1998, aux Pays-Bas, L’Hoir et coll. (22) ont déclaré que 12 % des cas utilisaient une sucette, par rapport à 48 % des sujets témoins (RR 0,19). Ils ont conclu que les sucettes devraient être recommandées, du moins pour les bébés nourris au biberon. Fleming et coll. (23), du Royaume-Uni, ont entrepris une étude cas-témoins de trois ans dans le cadre de l’étude Confidential Enquiry into Stillbirths and Deaths in Infancy menée auprès de la population générale. Ils n’ont découvert aucune différence entre les cas et les sujets témoins pour ce qui est de l’usage systématique des sucettes. Toutefois, moins de nourrissons décédés de la MSN s’étaient servi d’une sucette lors de leur dernier sommeil que de sujets témoins pour leur sommeil de référence (RR 0,62, 95 % IC 0,46 à 0,83). Cette constatation a donné lieu à la suggestion selon laquelle seuls les bébés qui utilisent régulièrement une sucette mais qui ne le font pas pour leur dernier sommeil sont plus vulnérables à la MSN. La
Chicago Infant Mortality Study (24) a porté sur l’environnement de
sommeil dans 260 cas de MSN au sein d’une population urbaine à prédominance
noire pour contribuer à en réduire l’incidence au sein de ce groupe très
vulnérable. Les chercheurs ont découvert que l’usage de la sucette réduisait
considérablement le risque de MSN au sein de son échantillon de population
(RR 0,3) (24). Il
existe de nombreuses théories sur le pouvoir protecteur de la sucette dans
l’environnement du sommeil. Ces théories sont également intéressantes
pour les personnes qui spéculent sur le mécanisme exact de la MSN (37),
car son incidence a chuté de manière remarquable après la campagne Dodo
sur le dos menée au Canada et après des campagnes similaires à l’étranger.
Une étude récente laisse supposer que les sucettes réduisent le seuil
d’éveil auditif (38). Les sucettes pourraient représenter un obstacle mécanique
au fait de rouler sur le ventre. La succion de la sucette maintient la
langue en avant et la perméabilité des voies respiratoires supérieures.
Un nourrisson réconforté par une sucette ne bouge peut-être pas aussi
souvent pendant son sommeil, ce qui limite le risque qu’il soit recouvert
de couvertures. D’autres postulent que les sucettes réduiraient le reflux
gastro-œsophagien et l’apnée qui s’ensuit. On avance également que
l’usage de la sucette pourrait favoriser une légère rétention du CO2 et
accroître la pulsion respiratoire. D’après
les données précédentes, il semble exister une association entre
l’usage de la sucette et la réduction du risque de MSN. La
physiopathologie de la MSN, sur laquelle la sucette pourrait exercer un
effet positif, demeure nébuleuse. Pour l’instant, on ne peut faire de
recommandations sur l’usage de la sucette pour réduire le risque de MSN.
Cependant, les données sont suffisantes pour que les pédiatres et les
autres professionnels de la santé réfléchissent avant de déconseiller
systématiquement l’usage de la sucette. Les sucettes et l'infectionLes
sucettes sont souvent colonisées par des microorganismes. La question à se
poser, c’est si cette colonisation provoque une infection significative
d’un point de vue clinique. Dans le cadre d’une étude, on a effectué
des cultures chez 95 enfants en santé de un à 24 mois afin de déceler des
levures, et on a assuré le suivi de ces enfants (39). Aucun n’a développé
de candidose orale, mais les bébés qui utilisaient une sucette étaient près
de deux fois plus susceptibles d’être colonisés par des espèces de
candidose que les sujets témoins (52 % par rapport à 28 %, P<0,02). Les
cultures des sucettes étaient également positives au Candida albicans dans
22 % des sucettes de silicone et 75 % des sucettes de latex. Les auteurs
indiquent que la surface plus lisse de la silicone contribuait à ce résultat.
Tel
qu’il est précisé ci-dessus, Brook et coll. (33) ont fait des
cultures de sucettes récemment utilisées et ont découvert que seulement
21 sur 40 étaient positives. Il
s’agissait surtout d’organismes Gram positifs. Cinq sucettes étaient
positives à la C albicans et aucune ne l’était à l’Haemophilus
influenzae, au Moraxella catarrhalis ou au Streptococcus pneumoniae. Les
chercheurs spéculent sur l’activité inhibitoire du matériau de la
sucette et sur la survie de la flore orale sur les sucettes mouillées. L’Avon
Longitudinal Study of Pregnancy and Childhood est une étude démographique
menée au Royaume-Uni auprès de plus de 10 000 nourrissons (40). Ce groupe
d’étude s’est intéressé aux infections associées aux sucettes et à
la succion des doigts chez des enfants de 15 mois. Les mères ont été
invitées à donner un compte rendu de l’état de santé général de leur
enfant jusqu’à l’âge de 18 mois. Les chercheurs ont découvert que les
enfants qui tétaient leurs doigts étaient plus susceptibles d’avoir
souffert d’une infection déclarée (indéfinie) que ceux qui tétaient
une sucette, mais que ceux qui tétaient les deux présentaient le risque le
plus élevé (RR sucette 1,07, RR doigts 1,18, RR des deux 1,46). La
signification clinique et la causalité de ces résultats demeurent
inconnues. Des études plus approfondies sont en cours auprès de cette
cohorte. D’après
les données probantes précédentes, la sucette peut être considérée
comme un vecteur passif, mais sa capacité de provoquer des infections
significatives d’un point de vue clinique demeure douteuse. L’entretien
et le nettoyage convenables de la sucette limiteront la contamination, ce
qui devrait être souligné aux parents. Les sucettes et l'effet analgésiqueDans
son énoncé intitulé « La prévention et la prise en charge de la douleur
et du stress chez le nouveau-né », la Société canadienne de pédiatrie désigne
le recours aux sucettes comme une simple mesure de réconfort à privilégier
dans le cas d’interventions douloureuses mineures (25). Cette intervention
non pharmacologique a également été examinée pour sa capacité analgésique
conjointement avec les effets du saccharose oral (26). La plupart des études
démontrent un effet analgésique synergique du saccharose ou du glucose
oral combiné à la succion non nutritive d’une sucette. Cependant, dans
le cadre d’une étude aléatoire sur les effets analgésiques du
saccharose, du glucose et des sucettes chez les nourrissons à terme, les
sucettes étaient supérieures aux deux solutions sucrées (27). Le recours
à la sucette pendant une intervention douloureuse chez les nouveau-nés à
terme ou prématurés constitue un ajout simple, non effractif et efficace
dans la prise en charge de la douleur. La sécurité du produitDans
la documentation scientifique, il existe des rapports de cas de pendaisons
accidentelles, d’aspirations et de traumatismes faciaux imputables à des
sucettes improvisées. Le Règlement sur les produits dangereux (sucettes)
de la Direction générale de la protection de la santé de Santé Canada
est entré en vigueur en 1974 (41). Il prévoit la conception et la
fabrication convenables des sucettes. Il a été modifié en 1996, après
plusieurs décès secondaires à l’utilisation de produits rigides, pour
préciser que les sucettes doivent être pourvues d’un anneau ou d’une
poignée articulé, souple ou flexible, et « que toute boucle de corde ou
d’autre matière attachée au produit ne mesure pas plus de 14 pouces »
(41). Santé Canada continue de surveiller les sucettes, y compris le taux
d’ester de phtalate de diisononyle (DINP), un polychlorure de vinyle (PVC)
utilisé pour ramollir les produits de plastique (42). Jusqu’à présent,
les sucettes ne sont pas considérées comme un risque de DINP puisqu’une
étude globale du marché canadien n’a pas permis d’en déceler la présence
dans les sucettes. Les sucettes sur le marché au Canada sont composées de
latex ou de silicone. En 1985, Santé Canada a également émis une
politique pour déterminer le taux de N-nitrosamines, des carcinogènes émis
par le caoutchouc, dans le caoutchouc utilisé pour les tétines de biberon
et les sucettes. Cette politique a été révisée en 2002 (43) afin de réglementer
le taux de N-nitrosamine à moins de 10 ppb. Le dépliant de Santé Canada
intitulé Votre enfant est-il en sécurité? contient de l’information à
l’intention des parents au sujet de l’innocuité de la sucette (44). Les sucettes et le prématuréLa
succion des mains et des doigts est un comportement inné qu’on observe
tant chez les fœtus que chez le nouveau-né. Cette succion non nutritive
est maintenant considérée comme une partie des soins développementaux
systématiques du prématuré et est facilitée par l’usage de la sucette
(45). La succion non nutritive procure du réconfort, une régulation de
l’état et une occasion d’organiser le développement oromoteur. Une
prise de poids plus rapide, une incidence plus faible d’entérocolite nécrosante
et un congé hospitalier plus rapide sont également attribués à la
succion non nutritive pendant l’alimentation nasogastrique (46). Dans
le cadre d’une récente étude méthodique menée à Hamilton, en Ontario,
on a analysé 19 études sur la succion non nutritive (47). Cette analyse a
été effectuée dans le cadre du Neonatal Collaborative Review Group du
Centre de collaboration Cochrane, au moyen d’un protocole d’analyse
standard. On a découvert que la succion non nutritive réduit de manière
significative la durée du séjour hospitalier (de –7,1 jours en moyenne,
95 % IC –12,6 à –1,7). Bien que la succion non nutritive n’ait aucun
effet important sur d’autres mesures d’issues comme la prise de poids,
l’âge d’alimentation orale complète, l’état comportemental, le
rythme cardiaque ou les saturations d’oxygène, aucune issue négative
n’y a été associée. Un suivi plus prolongé s’impose pour établir
les répercussions complètes de la succion non nutritive sur les prématurés. RésuméLa décision
d’utiliser la sucette pour les nourrissons et les enfants demeure
controversée et un choix personnel des parents. De nombreux spécialistes
conviennent que l’usage de la sucette peut s’associer à l’otite
moyenne, à un sevrage précoce et à des troubles dentaires, mais la nature
de cette association, de même que la portée des répercussions négatives,
demeurent incertaines. L’usage de la sucette pourrait protéger contre la
MSN, ce qui a des conséquences considérables. Des recherches plus
approfondies s’imposent pour valider cette prétention. Étant donné
l’absence de données probantes solides, que ce soit pour ou contre
l’usage des sucettes, leur usage sélectif et sûr ne peut être trop
souligné à ceux qui décident d’y avoir recours. Les pédiatres et les
autres dispensateurs de soins aux enfants doivent conseiller les parents
avec vigilance quant à l’usage convenable de la sucette (consulter
l’avis du médecin à cet effet) et connaître les données disponibles à
jour pour appuyer leurs conseils.
Recommandations
Remerciements
: Les auteurs tiennent à remercier Juanita Carrier de la Rathbun Library du
Children’s Hospital of Western Ontario, pour son aide dans l’acquisition
d’articles.
Comité de la pédiatrie communautaire 2002-2003
Membres : Docteurs Cecilia Baxter, Edmonton (Alberta);
William James, Ottawa (Ontario); Denis Leduc (président), Montréal (Québec);
Cheryl Mutch, Burnaby (Colombie-Britannique); Michelle Ponti, Sudbury
(Ontario); Linda Spigelblatt (représentante au conseil, 2001-2003), Montréal
(Québec); Sandra Woods, Val-d’Or (Québec) (2000-2003); David Wong (représentant
au conseil), Summerside (Île-du-Prince-Édouard) Affiché en octobre 2003 |
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |