La mesure de la température en pédiatrieComité de la pédiatrie communautaire, Société canadienne de pédiatrie No de référence : CP 00-01 Réapprouvé en février 2009 Aussi disponible : La fièvre et la prise de la température Index des documents du comité de la pédiatrie communautaire
Contenu
Même si la température
des enfants semble très simple à mesurer (une large gamme d’appareils
sont offerts pour mesurer la fièvre sur la peau, dans la muqueuse buccale
ou rectale ou sur la membrane tympanique), le choix n’a jamais été si
compliqué pour les professionnels de la santé et les parents. D’après
l’enseignement traditionnel, la température normale du corps est de
37,0 °C (98,6 °F), mais il est généralement accepté qu’une température
de 38,0 °C (100,0 °F) ou plus, mesurée au moyen d’un thermomètre
rectal, signale la présence de fièvre (1,2). Chez les enfants fébriles
de moins de 36 mois, les maladies les plus graves sont causées par des
agents infectieux (3-6). La présence de fièvre chez un nourrisson de
moins de trois mois justifie une exploration approfondie de la source de
l’infection (7,8). Cependant, une température normale ou sous la
normale chez un nourrisson de moins de trois mois peut également
s’associer à des infections graves en présence d’autres signes et
symptômes pertinents. La définition de fièvre d’origine inconnue dépend
également de critères diagnostiques rigoureux (p. ex., de la fièvre
pendant plus de 14 jours sans étiologie définie après les examens systématiques)
et d’un relevé précis de la température (9-11). Enfin, un relevé
convenable d’absence de fièvre rassure tant les parents que les
dispensateurs de soins qui cherchent à réduire la phobie de la fièvre
et les consultations et explorations médicales inutiles (12). Par conséquent,
il est essentiel d’obtenir une mesure de la température précise,
fiable et reproductible, de la première enfance jusqu’à
l’adolescence. LES MESURES ET LES MÉTHODES COURANTES La
thermométrie rectale Bien des parents
peuvent se sentir mal à l’aise à l’égard de ce mode d’évaluation
de la température, et les enfants plus âgés peuvent la trouver très déplaisante. La
thermométrie axillaire
Malgré sa faible
sensibilité et spécificité à déceler la fièvre, la température
axillaire est recommandée par l’American Academy of Pediatrics
comme test de dépistage de la fièvre chez le nouveau-né, en raison du
risque de perforation rectale au moyen d’un thermomètre rectal (22), même
si on estime que cette complication se produit dans moins de un cas sur
deux millions de mesures (23). TABLEAU 1 : Plages de température normale
La
thermométrie buccale De nombreuses études
ont été publiées pour (15,16,26,27) et contre (29-32) l’utilisation
des thermomètres tympaniques à rayonnement infrarouge en milieu clinique.
Il n’est donc pas étonnant que de nombreux médecins soient sceptiques
quant à la fiabilité de sa mesure. Les résultats d’un questionnaire
rempli par des membres de l’American Academy of Pediatrics et de
l’American Academy of Family Physicians choisis au hasard démontrent
que 78 % des répondants avaient utilisé les thermomètres à rayonnement
infrarouge au moins une fois et que 65 % des pédiatres et 64 % des médecins
de familles étaient des utilisateurs courants de ces appareils (32). Les
principales causes justifiant l’arrêt de l’utilisation des thermomètres
tympaniques étaient l’imprécision ou l’absence de confiance envers
l’utilisation de l’appareil par le personnel. LES THERMOMÈTRES
NUMÉRIQUES PAR RAPPORT AUX THERMOMÈTRES AU
MERCURE LA THERMOMÉTRIE TYMPANIQUE Au lieu d’être en
contact direct avec la MT, les thermomètres tympaniques actuels mesurent
la radiation thermique émise par la MT et le conduit auditif et portent
donc le nom de détecteurs d’émissions sensibles au rayonnement
infrarouge (DESRI). Puisque le taux de radiation thermique émis est
proportionnel à la température de la membrane, le DESRI évalue la température
de la MT avec précision (16). Contrairement aux autres foyers de mesure
de la température, la température et l’emplacement du débit sanguin
de la MT se rapprochent beaucoup de ceux du sang dans lequel baigne
l’hypothalamus, le foyer de thermorégulation de l’organisme. Ainsi,
c’est l’endroit idéal pour évaluer la température interne (26,27).
Les pleurs, l’otite moyenne ou le cérumen ne changent pas la lecture
tympanique de manière significative. La plupart des études
qui comparent la précision des thermomètres tympaniques à celle
d’autres mesures classiques de la température interne évaluent la précision
de la lecture tympanique comparativement aux mesures rectale, buccale ou
axillaire. Étant donné les variations de température pour chacune de
ces méthodes et les limites de précision établies plus haut, il est
trompeur de considérer l’une ou l’autre des méthodes comme norme de
référence. Puisque l’évaluation de la température interne varie
selon le foyer de prise de la température, les fabricants du DESRI se
sont efforcés de corréler les lectures tympaniques à celles de leurs équivalents
rectaux ou buccaux (16). Ces échelles de
conversion (les « déviations ») transposent la température mesurée
dans l’oreille en une température prise à un autre foyer, ce qui
permet à l’utilisateur de définir la présence de fièvre avec plus de
facilité à partir d’une mesure de la température dans l’oreille.
Les déviations se fondent sur un algorithme qui transpose la température
tympanique de l’individu à celle qui est obtenue dans la bouche ou le
rectum. Cependant, les données utilisées pour mettre au point ces déviations
ne sont peut-être pas facilement applicables pour la population pédiatrique.
Certains chercheurs suggèrent d’éliminer ces modes de déviation et
d’utiliser la température tympanique non rajustée (tableau
1) (16,18,21). Des facteurs reliés
au patient, à l’appareil, à la technique et à l’environnement
contribuent à la variabilité de la mesure de la température tympanique.
Par exemple, la structure du conduit auditif ainsi que la conception et la
position de l’embout influent sur la fermeture hermétique du conduit
par rapport aux influences ambiantes et sur les parties de la membrane
tympanique, de la paroi du conduit auditif et peut-être de la surface de
la peau, placées dans le champ de vision du thermomètre (33). Pour
obtenir une lecture précise de la température tympanique, l’embout à
rayonnement infrarouge (d’un diamètre pouvant atteindre 8 mm) doit être
assez petit pour être inséré profondément dans l’orifice du conduit
et pour orienter le capteur sur la MT (28). Ce facteur est moins préoccupant
chez les enfants de plus de deux ans, dont l’orifice mesure plus de 8
mm, mais le diamètre moyen de l’orifice du conduit des tout-petits (4
mm à la naissance, 5 mm à deux ans) peut compliquer la prise de la température
tympanique. Un embout trop large décèlera les émissions infrarouges
tant de la MT que de la paroi proximale du conduit. Puisque le thermomètre
calcule la moyenne des deux températures de surface, il peut produire à
tort une lecture peu élevée. Il est généralement recommandé de tirer
légèrement sur le pavillon pour redresser le conduit auditif afin d’améliorer
la précision et l’uniformité des lectures. De plus, la
conception, la technologie, les déviations et les directives
d’utilisation de chaque marque de thermomètre tympanique varient, ce
qui influe sur leur fiabilité, leur précision et leur utilisation. Il
existe des appareils pour les consommateurs et d’autres pour les
professionnels. Ceux-ci, plus durables, sont conçus pour résister à un
usage quotidien en milieu médical. Il existe de nombreuses marques de
thermomètre, mais la fiabilité et la précision des divers appareils
semblent comparables lorsque les directives du fabricant sont respectées. Les auteurs d’une
récente analyse et méta-analyse systématiques comparant la thermométrie
tympanique à infrarouge à la thermométrie rectale ont conclu que la
thermométrie tympanique à infrarouge ne concorde pas suffisamment à la
norme de référence établie (la thermométrie rectale), pour être
utilisée avec confiance dans des situations où la température
corporelle doit être mesurée avec précision (35). D’AUTRES
APPAREILS Dans le cadre d’un
essai au sein d’un département d’urgence pédiatrique achalandé, il
a été démontré que le thermomètre de l’artère temporale a une
sensibilité d’environ 80 % pour repérer la fièvre (par rapport aux
mesures rectales). Lorsqu’une température limite supérieure à 37,7 °C
était utilisée sur le thermomètre de l’artère temporale pour définir
la fièvre, la sensibilité passait à 90 % pour repérer une fièvre supérieure
à 38 °C d’après une mesure par thermométrie rectale, mais la spécificité
chutait à environ 50 %. De plus, lorsque les parents utilisaient un
thermomètre similaire, la concordance avec les températures rectales
devenait insuffisante (37). La thermométrie de
l’artère temporale pourrait être prometteuse pour dépister les
enfants peu vulnérables à l’urgence, mais elle ne peut pas encore être
recommandée à domicile ou en milieu hospitalier lorsque des mesures définitives
s’imposent. Les sucettes thermomètres
ne peuvent pas toujours être utilisées chez les nourrissons malades (notamment
en détresse respiratoire), et il est démontré qu’elles sont moins précises
que les thermomètres rectaux (38). TABLEAU 2 : Sommaire des techniques recommandées pour mesurer la température
CONCLUSION D’après les données
disponibles, la commodité relative, la vitesse, la précision et
l’innocuité du thermomètre tympanique à rayonnement infrarouge en
motivent l’inclusion dans le groupe d’appareils offerts pour mesurer
la température des enfants plus âgés. Néanmoins, il faudrait continuer
de prendre la température des enfants de moins de deux ans par voie
rectale jusqu’à ce qu’un embout convenable soit fabriqué pour les
thermomètres tympaniques ou qu’on ait démontré la précision et la
fiabilité d’autres modes de mesure, dans le cadre d’études à grande
échelle (tableau 2). REMERCIEMENTS :
Le comité remercie le docteur Howard Levitt pour ses recherches dans l’élaboration
de la version originale du présent document de principes.
COMITÉ DE LA PÉDIATRIE COMMUNAUTAIRE
(2004-2005)
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