Les
décisions de traitement au nom des nourrissons, des enfants et des adolescentsComité de bioéthique, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatr Child Health 2004;9(2):109-14
No de référence : B04-01
Révision en cours en janvier 2009
Aussi disponible : Les décisions de traitement au nom des bébés, des enfants et des adolescents
Index des documents de principes du comité de bioéthique
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Pour
garantir de prendre les meilleures décisions pour les enfants et les
adolescents, il faut les prendre conjointement par les membres de l’équipe de
soins, les parents de l’enfant ou de l’adolescent et, parfois, l’enfant ou
l’adolescent lui-même. Les enfants et les adolescents devraient participer de
plus en plus à la prise de décision à mesure qu’ils grandissent, jusqu’à
ce qu’ils soient en mesure de prendre leurs propres décisions au sujet du
traitement. La prise de décision de fin de vie, que l’enfant ou
l’adolescent y participe ou non, est particulièrement complexe.
La
présente politique offre aux médecins des principes et des stratégies pour
favoriser les meilleures décisions possibles pour les patients. Elle n’est
pas conçue pour s’appliquer à la recherche ou à l’utilisation de
traitements novateurs (non validés).
Les
principes et les hypothèses
Tous
les nourrissons, les enfants et les adolescents, quelle que soit leur
incapacité physique ou intellectuelle, ont de la dignité, une valeur
intrinsèque et le droit au respect, à la protection et au traitement médical
qui garantissent leurs meilleurs intérêts.
Bien
que les enjeux familiaux soient importants et doivent être pris en compte,
la principale préoccupation des professionnels de la santé qui soignent
des enfants et des adolescents doit demeurer les meilleurs intérêts de
chaque enfant ou adolescent.
Les
décisions au nom des enfants et des adolescents doivent être prises de
manière interdisciplinaire et coopérative et faire participer activement
la famille ainsi que l’enfant ou l’adolescent, si cela convient.
Les
enfants et les adolescents devraient participer de manière convenable aux décisions
qui les concernent. Lorsqu’ils possèdent une capacité de décision
suffisante, ils devraient devenir les principaux décideurs de leur propre
devenir.
Toute
l’information présentée aux patients, aux familles ou au tuteur légal
de l’enfant ou de l’adolescent doit être véridique, claire et présentée
avec sensibilité. Elle doit inclure les données présentées dans la
documentation scientifique ainsi que l’expérience du médecin et de ses
collègues.
Les
valeurs personnelles et professionnelles du médecin peuvent influencer les
patients et leur famille. Le praticien réfléchi sait qu’il ne doit pas
laisser ses valeurs personnelles restreindre ou biaiser les possibilités
offertes aux patients ou aux familles.
La
principale obligation du médecin est tournée vers le patient plutôt que
vers la société ou le système de santé. Les médecins doivent être les
défenseurs de chacun de leur patient lorsque des ressources restreintes
semblent limiter l’accès aux soins.
Les
principes généraux de prise de décision et de consentement éclairé
Toutes
les décisions se fondent sur une combinaison de faits connus et de valeurs
personnelles. En santé, les décisions relatives au traitement dépendent de
l’information médicale et de l’évaluation personnelle de cette
information. Pour que les individus puissent prendre des décisions convenables,
ils doivent posséder l’information pertinente, pouvoir comprendre en quoi
elle s’applique à leur cas, puis prendre une décision volontaire ou non
contrainte. Ces fondements de la prise de décision médicale définissent les
trois principes du choix éclairé :
l’information
pertinente : L’information nécessaire pour prendre une décision.
la
capacité de prendre des décisions : La capacité de recevoir, de
comprendre et de transmettre l’information et la compréhension des effets
des interventions, des solutions de rechange ou de l’absence de traitement
sur soi-même.
le
libre arbitre : Le décideur ne doit pas être manipulé ou contraint, et il
peut toujours changer d’idée.
Que
le principal décideur soit un enfant ou un adolescent, un parent ou le tuteur légal
de l’enfant ou de l’adolescent, celui-ci ne pourra prendre une décision
convenable que s’il possède assez d’information. En général, les médecins
et les autres professionnels de la santé informent les patients de leur maladie,
de son évolution probable, des possibilités de traitement, de la possibilité
de ne choisir aucun traitement, des bénéfices et des risques de chaque décision
et des issues probables, telles que la durée de l’hospitalisation ou de la
convalescence, les cicatrices et ainsi de suite. Tandis que certains patients
trouvent cette information suffisante, d’autres ont besoin de plus
d’information pour parvenir à une décision.
La
capacité de prendre des décisions
La
personne capable de prendre des décisions ne possède pas seulement la simple
capacité de comprendre, mais elle doit saisir le but de l’intervention, les
conséquences de son consentement ou de son refus, les autres solutions, ainsi
que la magnitude et les probabilités de dommages et de bénéfices. Il est
difficile d’évaluer la capacité de prise de décision à l’égard du
traitement médical. Dans le quotidien, une échelle graduée peut être utilisée
: plus le risque de dommages associés à l’intervention proposée est élevé,
plus la pleine capacité du décideur prend de l’importance (1). La capacité
n’est pas reliée à l’âge ou à la maladie et ne dépend pas de la décision
elle-même, mais c’est un processus cognitif et affectif de prise de décision
relié à la décision médicale. La majorité des enfants ne possèdent pas la
capacité de prendre des décisions et auront besoin d’un mandataire pour décider
en leur nom.
De
bonnes décisions en santé reflètent ce que chaque patient croit bon pour lui.
Toutefois, il arrive que les patients aient l’impression que d’autres, comme
des membres de la famille ou de l’équipe de soins, exercent des pressions
pour qu’ils privilégient certaines décisions. D’autres peuvent donner leur
point de vue, mais la décision définitive doit être celle du patient ou de
son mandataire.
Règle
générale, on assume que les adultes ont la capacité de prendre des décisions,
à moins d’une preuve à l’effet contraire. Cependant, les patients
incapables (p. ex., parce qu’ils sont inconscients, souffrent d’un handicap
ou d’une maladie mentale, qu’ils délirent ou sont intoxiqués) ont besoin
d’un mandataire qui prendra les décisions en leur nom. Le même constat
s’applique à de nombreux enfants et adolescents, mais pas à la totalité
d’entre eux.
D’habitude,
un membre de la famille ou un être cher agira comme mandataire. Il existe deux
types de mandataires : les substituts et les délégués. Les décideurs
substituts connaissent le patient tellement bien qu’ils ont déjà discuté
avec lui des soins qu’il aimerait recevoir. Le rôle du substitut consiste
plutôt à promouvoir les désirs exprimés par le patient. Les décideurs délégués
ne sont pas au courant des soins que le patient aimerait recevoir, mais ils ont
la responsabilité de prendre des décisions dans les meilleurs intérêts du
patient.
Dans
la plupart des cas, les parents sont des décideurs délégués convenables pour
leurs enfants, et ils devraient donner la priorité aux meilleurs intérêts de
leur enfant. Cependant, certains enfants et adolescents plus âgés peuvent posséder
la capacité de prendre leurs propres décisions en santé. Dans ce cas, lorsque
l’enfant ou l’adolescent en a informé ses parents, ceux-ci deviennent des décideurs
substituts, qui devraient respecter le choix de leur enfant ou de leur
adolescent.
Même
si les parents possèdent habituellement l’autorité légale et morale
d’agir comme décideurs délégués de leur enfant ou de leur adolescent, ce
n’est pas toujours le cas. Par exemple, les parents ne sont pas des décideurs
convenables pour leur enfant ou leur adolescent dans les situations suivantes :
les
parents ne possèdent pas la capacité de prendre des décisions,
il
existe des différences irrémédiables entre les parents à l’égard des
soins de l’enfant ou de l’adolescent,
les
parents ont clairement renoncé à leur responsabilité envers l’enfant ou
l’adolescent,
un
tuteur légal a été nommé.
Les
décideurs délégués doivent pouvoir soupeser les meilleurs intérêts de
l’enfant ou de l’adolescent par rapport à des intérêts concurrentiels
afin de porter les bénéfices au maximum et les dommages au minimum. La détermination
des meilleurs intérêts de l’enfant ou de l’adolescent devrait être prise
après une étude attentive des facteurs suivants :
les
possibilités de survie,
les
dommages et les bénéfices du traitement,
les
données sur les issues médicales du traitement à court et à long terme,
les
répercussions à long terme sur les souffrances et la qualité de vie de
l’enfant ou de l’adolescent.
Les
valeurs, les préférences, les croyances et les attentes de la famille jouent
également un rôle important dans la prise de décision, et il faut en tenir
compte lorsqu’on évalue les meilleurs intérêts de l’enfant ou de
l’adolescent. Dans certaines situations, les parents peuvent avoir des intérêts
conflictuels qui influent sur leur capacité de choisir dans les meilleurs intérêts
du patient, lorsqu’ils songent au bien-être des autres enfants, par exemple.
Il faut tenir compte de ces préoccupations et les aborder avec sensibilité,
mais il faut se concentrer d’abord sur les intérêts du patient. Pour équilibrer
des intérêts conflictuels, il faut appliquer une norme de « caractère
raisonnable ». Selon cette norme, la meilleure solution est celle que la
plupart des personnes rationnelles de bonne foi choisiraient après avoir examiné
tous les facteurs qui influent sur la situation.
Dans
certains cas, les meilleurs intérêts de l’enfant ou de l’adolescent
demeurent flous, soit en raison de l’incertitude quant à l’issue, soit
parce qu’on ne sait pas si cette issue sera bénéfique ou néfaste. Dans les
cas aigus, et en attendant de clarifier la situation, il faut favoriser le
traitement de maintien de la vie ou de survie. Cependant, lorsqu’il est
possible de reporter ou de retarder un traitement aigu, il est préférable
d’opter pour cette solution en attendant de colliger l’information nécessaire
pour clarifier la question.
La
prise de décision clinique à l’égard des enfants et des adolescents
Auparavant,
les parents et les médecins prenaient toutes les décisions de traitement au
nom de l’enfant. Toutefois, tout comme le concept de choix éclairé a évolué
depuis 30 ans, les considérations sur le rôle de l’enfant dans la prise de décision
a progressé (2). Certains praticiens pensent que les enfants ne veulent pas
participer aux décisions de traitement ou en sont incapables (3), mais le refus
de laisser des adolescents matures prendre des décisions peut être interprété
comme une violation de leurs droits fondamentaux (4).
L’information
pertinente, le libre arbitre à l’égard des enfants et des adolescents
Même
si ni les enfants ni les adolescents ne sont nécessairement en mesure de
comprendre tous les enjeux reliés à leurs soins, ils sont nombreux à démontrer
un intérêt marqué pour ce qui se passe dans leur corps. Par conséquent, ils
devraient recevoir de l’information adaptée à leur âge pour comprendre leur
état. Cependant, des normes culturelles ou des valeurs familiales peuvent
rendre certains parents réticents à discuter de l’état, du diagnostic ou du
pronostic de l’enfant ou de l’adolescent en sa présence. Le point de vue
des parents quant à la divulgation revêt de l’importance, mais le désir ou
le besoin d’information de l’enfant ou de l’adolescent demeure prépondérant.
La
capacité de prendre des décisions est un processus développemental tout comme
celle de prendre des décisions indépendamment de l’influence et de
l’autorité manifestes des parents ou des dispensateurs de soins de l’enfant
ou de l’adolescent. Néanmoins, les enfants et les adolescents qui y ont droit
d’un point de vue légal ou éthique ne le désirent pas tous. En effet, il se
peut que certains ne veuillent pas connaître leur état. Dans un tel cas, il
est juste et raisonnable de demander le consentement du décideur délégué
pertinent.
Il
faut admettre que les enfants qui ont des compétences partielles pour prendre
des décisions possèdent une certaine autorité sur leurs propres soins. Il est
possible d’y parvenir grâce au concept du consentement, selon lequel les
enfants reçoivent l’information qu’ils sont capables de comprendre et sont
invités à faire certains choix pour leur traitement. Par exemple, un enfant
peut choisir le bras dans lequel recevoir une injection, plutôt que de choisir
s’il recevra ou non l’injection. Cette démarche module tant le libre
arbitre que l’information adaptée à l’âge, et elle démontre à
l’enfant qu’il est respecté à titre d’individu. L’utilisation du
consentement peut également améliorer la coopération au traitement, réduire
l’anxiété de l’enfant, favoriser l’établissement de relations de
confiance avec les adultes et améliorer les relations à long terme entre le
patient et le médecin. Il faut s’assurer que, dans de telles circonstances,
les enfants n’aient pas l’impression d’exercer un contrôle plus grand
qu’ils ne l’ont en réalité.
La
capacité de prise de décision dans le cadre du processus de développement
L’enfance
et l’adolescence sont marquées par un développement physique, affectif,
psychologique et moral énorme. Tout comme il existe des modèles prévisibles
de développement physique, la capacité des enfants et des adolescents à
prendre des décisions personnelles est reliée à des étapes cognitives et
affectives. Par conséquent, les patients pédiatriques font partie de l’un
des trois groupes qui permettent de définir leur participation à la prise de décision
(5,6).
Les
nourrissons et les jeunes enfants
Les
enfants d’âge préscolaire ne possèdent pas d’aptitudes marquées pour
participer à la prise de décision de manière probante. Par conséquent, des décideurs
délégués doivent approuver ou refuser le traitement d’après ce qu’ils
croient constituer les meilleurs intérêts de l’enfant.
Les
enfants d’âge scolaire peuvent participer aux décisions médicales, mais ils
ne possèdent pas la pleine capacité de décider. Ils peuvent indiquer leur
consentement ou leur refus sans en comprendre pleinement les répercussions,
mais ce ne peut être le déterminant définitif des décisions médicales. Les
enfants de cet âge doivent recevoir de l’information adaptée à leur degré
de compréhension, et il faut demander leur consentement. Même si ce sont les
parents de l’enfant qui autorisent ou refusent le traitement, il faut obtenir
le consentement de l’enfant, et un refus déterminé ou soutenu doit être mûrement
examiné (7). Avant de contraindre un enfant récalcitrant à recevoir un
traitement, il faut songer aux dommages potentiels de ce mode de fonctionnement
et évaluer toutes les autres solutions. Lorsqu’il est possible d’y faire
appel, d’autres membres de l’équipe de traitement, tels que des pédopsychologues
ou des spécialistes du milieu de l’enfant, peuvent posséder les compétences
nécessaires pour obtenir la confiance et la collaboration de l’enfant.
Certains préadolescents, et surtout ceux qui ont une grande expérience de la
maladie, peuvent posséder une expérience médicale et des aptitudes cognitives
suffisantes pour prendre leurs propres décisions médicales. Dans ce cas, la détermination
de la capacité devient une tâche formidable, mais il faut l’entreprendre et
l’évaluer d’après la capacité cognitive et l’expérience médicale de
l’enfant.
Bien
des adolescents, mais pas tous, développent la capacité décisionnelle des
adultes (8,9). Ainsi, à l’instar des adultes, les adolescents capables de
prendre des décisions peuvent comprendre et transmettre l’information
pertinente, réfléchir et choisir avec un certain degré d’autonomie, évaluer
les bénéfices, les risques ou les dommages potentiels de diverses possibilités
et en examiner les conséquences. Il convient de souligner que ces adolescents
doivent se fonder sur une assise relativement stable de valeurs personnelles
(10). Si l’un ou l’autre de ces éléments importants dans la prise de décision
semble manquer ou être trop peu développé, il faudrait faire preuve d’une
prudence supplémentaire pour garantir que l’adolescent et sa famille sont
bien soutenus dans le processus de décision.
Les
mineurs émancipés et les mineurs matures
Les
concepts de mineur émancipé et de mineur mature font partie de la Common law
(11). Les mineurs émancipés ne dépendent plus de leurs parents. Ils peuvent
subvenir à leurs propres besoins ou ne pas vivre avec leur famille. Les mineurs
matures sont des personnes qui, quel que soit leur âge, peuvent comprendre leur
état de santé et saisir la nature et les conséquences des possibilités de
traitement proposées. Le fardeau d’informer et d’éduquer ces patients de
manière adaptée à leur situation (p. ex., développement, culture, langue)
revient au médecin, qui évalue ensuite leur compréhension des possibilités
de traitement et des risques et bénéfices qui y sont associés. Bien sûr, ces
postulats supposent que l’enfant ou l’adolescent désire prendre ses propres
décisions, indépendamment de sa famille.
Il
existe d’importantes variations entre les lois provinciales et territoriales
du Canada au sujet des droits des enfants et des adolescents à fournir leur
propre consentement au traitement. Dans certaines provinces et certains
territoires, l’âge de la majorité légale est présumé correspondre à l’âge
du consentement. Certaines provinces stipulent un âge de consentement, tandis
que d’autres respectent un processus selon lequel le droit de consentement de
l’individu dépend de sa capacité de prendre des décisions plutôt que de
son âge. Partout, le principe du « mineur mature » est applicable. Les médecins
devraient connaître les exigences de leur région, et ils peuvent obtenir
l’information par l’entremise du gestionnaire du risque, du comité d’éthique
ou des conseillers en éthique de leur hôpital, ou de l’Association
canadienne de protection médicale.
Les
prises de décision de fin de vie
La
capacité qu’a la médecine moderne de prolonger la vie a tellement progressé
qu’on se demande si cette prolongation devient la seule fin recherchée, sans
tenir compte des dommages qu’elle impose. Bien que les répercussions sur la
famille, telles que le fardeau et les dommages éventuels, doivent être pris en
compte dans la prise de décision de fin de vie, ces intérêts ne devraient pas
l’emporter sur ceux de l’enfant ou de l’adolescent. Il est essentiel que
la décision d’utiliser un traitement essentiel au maintien de la vie soit
fondée sur les meilleurs intérêts du patient.
Le
report ou l’arrêt du traitement
Certains
des principaux objectifs des soins consistent à maintenir la vie et à prévenir
la douleur et la souffrance, et non à prolonger étourdiment l’agonie. Des
exceptions au devoir général de fournir un traitement pour maintenir la vie
peuvent s’appliquer lorsque, de manière consensuelle, il existe une forte
probabilité que :
l’évolution
vers un décès imminent soit irréversible,
de
toute évidence, le traitement soit inefficace ou dommageable,
la
durée de vie diminue énormément, quel que soit que le traitement, et que
les limites ou l’arrêt des interventions favoriseront de meilleurs soins
palliatifs ou de confort,
la
vie se traduise par une détresse et des souffrances intolérables et que la
souffrance ne puisse être prévenue ou soulagée.
Il
peut être éthiquement convenable de reporter ou d’arrêter un traitement de
maintien de la vie lorsqu’il est évident que ce traitement ne bénéficiera
pas à l’enfant ou à l’adolescent. Ces traitements incluent des mesures énergiques
visant à guérir, à ranimer, à offrir une ventilation mécanique, etc. Les décisions
de reporter ou d’arrêter les antibiotiques ou la nutrition et l’hydratation
artificielles sont plus controversées, mais elles peuvent également être
envisagées si elles nuisent au confort de l’enfant ou de l’adolescent
mourant (12,13). Ces décisions difficiles et souvent controversées ne doivent
pas être prises de manière isolée, mais inclure les membres de l’équipe
interdisciplinaire et, dans la mesure du possible ou des souhaits exprimés, un
comité d’éthique ou un conseiller en éthique. Toutes les discussions et les
décisions visant à reporter ou à arrêter un traitement doivent être bien
documentées et revues après le décès de l’enfant ou de l’adolescent.
Certaines
familles se sentent à l’aise avec la décision de reporter un traitement ou
d’y mettre fin, tandis que d’autres ont besoin de plus de temps pour prendre
une décision. Il faut respecter les antécédents religieux, spirituels,
culturels et moraux des familles parce qu’ils influent souvent sur leur décision.
Les
soins palliatifs et les soins aux endeuillés
Il
n’existe aucune exception quant à l’obligation d’offrir des soins
palliatifs et de confort, y compris le contrôle des symptômes et les besoins
affectifs, psychologiques et spirituels de l’enfant ou de l’adolescent et de
sa famille. Lorsque le principal objectif du traitement devient palliatif, les
soins de l’enfant ou de l’adolescent et de sa famille doivent continuer à
être offerts avec la plus grande sensibilité, le plus grand soutien et la plus
grande compassion. Les soins à l’enfant ou à l’adolescent mourant et à sa
famille incluent un confort physique et social ainsi que le soulagement de la
douleur et de la souffrance de l’enfant ou de l’adolescent au moyen de
modalités pharmaceutiques et non pharmaceutiques (14,15). L’utilisation
prudente de sédatifs et d’analgésiques est convenable, mais
l’administration de ces médicaments dans l’intention d’accélérer le décès
est inacceptable, tant d’un point de vue éthique que légal. Les parents et
les dispensateurs de soins qui se demandent si l’utilisation des analgésiques
risque de provoquer une accoutumance ou d’accélérer le décès de manière
non intentionnelle doivent être rassurés : Aucune de ces deux issues ne se
produira en présence d’un traitement judicieux.
Des
conflits dans la prise de décision pour les enfants
Dans
certains cas, des conflits peuvent surgir lorsque les valeurs et les croyances
des parents diffèrent de celles de l’équipe de soins ou même entre eux.
Bien que la plupart des conflits s’associent à une rupture irrémédiable des
communications, une véritable collision des valeurs se produit parfois.
Même
si de nombreuses décisions parentales ne correspondent pas aux recommandations
de l’équipe de soins, il faut accepter les décisions parentales, à moins
que la plupart jugent évident qu’elle n’est manifestement pas dans le
meilleur intérêt de l’enfant ou de l’adolescent. Néanmoins, l’autorité
parentale doit être scrutée d’un œil critique dès qu’un désaccord
fondamental survient au sujet des faits médicaux, du pronostic, des risques et
des bénéfices du traitement en cours et que l’enfant risque de subir des
dommages par suite de cette décision. Si le désaccord persiste, le médecin
doit offrir aux parents la possibilité d’obtenir une deuxième opinion, que
ce soit dans son propre centre ou dans un autre centre. Les praticiens ne
devraient pas cesser d’offrir des soins à un patient sans l’aiguiller
ailleurs.
Lorsque
le médecin et l’équipe de soins sont d’avis que les décisions des parents
sont clairement incompatibles avec les meilleurs intérêts de l’enfant ou de
l’adolescent, l’aide d’un comité d’éthique ou d’un conseiller en éthique
de l’établissement est recommandée. S’il est impossible de faire appel à
ces ressources ou si le conflit n’est toujours pas résolu après une telle démarche,
la participation d’une agence de protection de l’enfance et du système
juridique peut devenir inévitable. De telles mesures mettent souvent l’équipe
de soins dans une position désagréable et ne doivent être utilisées qu’en
dernier essor, mais leur fondement éthique repose sur le devoir du
professionnel de la santé de garantir la primauté des meilleurs intérêts de
l’enfant ou de l’adolescent.
Parmi
les cas les plus sensibles, soulignons le cas de parents qui refusent de limiter
un traitement que l’équipe de soins juge non bénéfique pour l’enfant ou
l’adolescent. Si l’équipe de soins, un comité d’éthique ou un
conseiller en éthique (s’il est possible d’y faire appel) et un conseiller
médical extérieur conviennent tous que le traitement est contraire aux
meilleurs intérêts de l’enfant ou de l’adolescent, on peut alors demander
un avis juridique et envisager un appel pour que le système juridique se
saisisse de la décision au nom de l’enfant ou de l’adolescent.
Les
médecins doivent fournir aux patients et à leur famille de l’information
pertinente et suffisante afin qu’ils puissent participer à la prise de décision
avec efficacité.
Les
médecins doivent travailler avec les autres membres de l’équipe de soins
à aider les décideurs substituts ou délégués à prendre des décisions
fondées sur les meilleurs intérêts du patient.
Certains
enfants et adolescents sont capables de prendre leurs propres décisions, et
ils le souhaitent. Les médecins doivent évaluer attentivement ces facteurs,
favoriser une prise de décision conjointe des patients, des familles et de
l’équipe de soins et soutenir les patients dont la capacité est établie
et qui désirent prendre leurs propres décisions.
La
divulgation d’information et la participation à la prise de décision
doivent être assurées selon l’étape de développement de l’enfant ou
de l’adolescent. Il est important de respecter les souhaits et les valeurs
des parents, mais les besoins et les intérêts de l’enfant ou de
l’adolescent doivent primer.
Les
décisions de fin de vie doivent être axées sur le confort de l’enfant
ou de l’adolescent mourant. Il n’existe aucune exception à
l’obligation de fournir des soins palliatifs et de confort, y compris le
contrôle des symptômes et les besoins affectifs, psychologiques et
spirituels du patient et de sa famille.
En
cas de conflit, les médecins sont tenus de chercher les ressources nécessaires
pour contribuer à résoudre ce conflit et, en outre, de favoriser l’accès
du patient et de sa famille à de l’aide.
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Comité de bioéthique (2003-2004)
Membres : Docteurs
Susan Albersheim, Children's and Women's Health Centre of British Columbia,
Vancouver (Colombie-Britannique) (1995-2000); Laura Arbour, Children's and
Women's Health Centre of British Columbia, Vancouver (Colombie-Britannique);
Paul Byrne, Stollery Children's Health Centre, Edmonton (Alberta); madame
Christine Harrison (Ph. D.) (présidente), The Hospital for Sick Children,
Toronto (Ontario); docteurs Ron Laxer, The Hospital for Sick Children, Toronto
(Ontario) (2000-2003); Bryan Magwood, Health Sciences Centre, Winnipeg
(Manitoba); Jonathan Tolkin (représentant du conseil), North York General
Hospital, North York (Ontario); Ellen Tsai, Kingston General Hospital, Kingston
(Ontario)
Conseillers : Docteur
Jaques Belik, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario); madame Abbyann
Lynch (Ph. D.), Toronto (Ontario); docteur John Watts, Children's Hospital -
Hamilton Health Sciences Centre, Hamilton (Ontario)
Auteure principale : Madame
Christine Harrison (Ph. D.), The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario)
Affiché en février 2004
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |