L’exploitation sexuelle des adolescents souffrant de maladies chroniquesComité de la médecine de l’adolescence, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatr Child Health 1997;2(3):215-7
No de référence : AM96-01
Révision en cours en février 2009
Index des documents de principes du comité de santé de l’adolescent
| La Société canadienne de pédiatrie autorise l’impression d’exemplaires uniques de ce document à partir de son site Web. Visitez la liste des documents de principes pour savoir lesquels sont disponibles en format pdf. Pour obtenir la permission d’imprimer ou de photocopier des exemplaires multiples, vous devez soumettre une demande détaillée à info@cps.ca. |
Table des matières
Contrairement à la croyance populaire voulant les adolescents souffrant d’invalidités et de maladies chroniques graves soient à l’abri de l’exploitation et des abus, de fait, ce groupe d’adolescents risque davantage d’être victime d’exploitation sexuelle. Dans un sondage effectué en Colombie-Britannique auprès de 16 000 élèves du secondaire par exemple, 38% de ceux souffrant d’une maladie chronique indiquaient avoir subi une exploitation ou une agression d’ordre sexuel, par rapport à 17% de ceux ne présentant pas de maladie chronique1. Pour les besoins d’analyse, les individus étaient définis comme souffrant d’une maladie chronique s’ils s’identifiaient à l’un des trois critères suivants : ils se définissaient comme invalides, manquaient beaucoup l’école pour recevoir des soins ou devaient souvent se prévaloir des services du système de santé. Cet exposé porte sur l’exploitation sexuelle, mais il semble que cette population risque également davantage l’exploitation physique et émotive.
Les facteurs qui accroissent les risques d’exploitation
Certains adolescents souffrant de maladie chronique se montrent particulièrement vulnérables à l’exploitation en raison de problèmes cognitifs, sensoriels, de la parole ou de l’ouïe. Trop souvent, ils se trouvent dans des situations où ils dépendent d’autres personnes pour des soins non supervisés, que ce soit à l’école, dans des établissements ou à la maison. Les valeurs sociales et les systèmes de santé établis pour ces adolescents peuvent, en plus de leur maladie ou des caractéristiques qui leur sont propres, accroître davantage le risque d’exploitation.
Facteurs sociaux : Souvent, les personnes souffrant d’une maladie chronique ou d’une invalidité contrôlent peu les décisions qui les touchent directement, en particulier dans le domaine des soins de santé et de l’éducation. Étant donné cette absence de pouvoir, tant la personne en cause, victime potentielle, et l’abuseur ont l’impression que la chronicité de la maladie oblige un contrôle extérieur et, en soi, empêche la victime de s’élever contre l’exploitation ou les mauvais traitements. Cette mise à l’écart s’accompagne d’une absence de voix, d’une hésitation de la part des individus et des établissements à écouter ce que les adolescents exploités ont à dire.
Beaucoup de personnes malades ou invalides se trouvent poussées aux frontières de la société en raison de l’isolation sociale découlant de l’institutionnalisation, de l’hospitalisation, de l’éducation «spécialisée» ou de la surprotection, et deviennent vulnérables aux prédateurs, lesquels sont peu susceptibles d’être détectés. Au sein de nombreuses cultures, les personnes souffrant d’un handicap visible sont perçues de manière négative, suscitent un malaise, de la pitié et du mépris, tandis que les personnes non handicapées se sentent supérieures. Le fait de grandir avec un handicap ou une maladie peut instiller un sentiment d’imperfection ou de méchanceté et faire croire les mauvais traitements ou l’exploitation mérités. Ces adolescents ne jugent donc pas devoir y résister ou les signaler.
Facteurs éducatifs : Le manque d’éducation joue également un rôle important à l’égard de l’exploitation de cette population. Trop souvent, les adolescents atteints d’une maladie chronique reçoivent une éducation sexuelle moins systématique que leurs camarades, surtout parce qu’on les pense asexués ou incapables de comprendre la sexualité. Les absences récurrentes aux cours d’éducation sur la santé dues aux hospitalisations et aux rendez-vous fréquents peuvent également expliquer cette lacune. Par ailleurs, il arrive souvent que la disponibilité d’une documentation éducative pertinente soit limitée.
Facteurs reliés au système de santé : Les adolescents souffrant d’une maladie chronique trouvent normal de tolérer et d’accepter une intrusion physique élevée et peu d’intimité. Ils ont peut-être déjà été maintenus de force parce qu’ils offraient une résistance à des examens physiques fréquents ou aux interventions relatives à leurs besoins corporels, et ont donc appris à ne pas se débattre ou protester. Leur exposition plus fréquente à des méthodes exigeant l’anesthésie ou la sédation risque également d’accroître les possibilités d’exploitation. Si les interventions sont exécutées de manière insensible ou avilissante, les adolescents peuvent penser devoir tolérer cette exploitation.
Facteurs personnels : Outre ces facteurs extérieurs, des limites sont imposées selon l’état spécifique de l’adolescent. Par exemple, un adolescent souffrant d’une maladie chronique caractérisée par une faiblesse généralisée aura de la difficulté à combattre un attaquant. S’il souffre de problèmes de mobilité, il s’avérera peut-être incapable d’échapper à une telle attaque. Par ailleurs, des troubles d’élocution ou de langage peuvent l’empêcher d’appeler à l’aide, de résister à l’exploitation de manière verbale ou de témoigner de l’exploitation. Les adolescents, en particulier ceux dont les capacités intellectuelles sont limitées, peuvent être manipulés afin de «consentir» aux actes sexuels.
Reconnaissance de l’exploitation
Les parents, les soignants et les travailleurs de la santé doivent demeurer aux aguets d’une possibilité d’exploitation sexuelle au sein de cette population. Les patients qui souffrent d’une MTS, d’un traumatisme vaginal ou anal, d’infections urinaires inexpliqués et qui ne rendent pas compte d’activités sexuelles consensuelles, doivent être interrogées au sujet de l’exploitation sexuelle à l’aide de leur mode de communication favori (comme le langage gestuel américain ou le Bliss). D’autres indicateurs moins précis sont également associés à l’exploitation, soit une peur inexpliquée face aux examens physiques ou gynécologiques, l’évitement d’un soignant ou de situations de soins donnés, des comportements d’automutilation, des troubles de sommeil, une encoprésie, un comportement sexualisé, une expérimentation sexuelle avec des personnes dont l’âge n’est pas pertinent, un comportement d’abus sexuel face à d’autres, des troubles d’alimentation, les fugues, et des plaintes somatiques sans cause organique.
Divulgation
Pour faciliter les confidences, les intervenants doivent poser les questions selon le mode
de communication favori de leur patient. La collectivité médicale devrait également
connaître les préoccupations actuelles face aux fausses allégations effectuées par
suite d’une «communication facilitée». Le processus de divulgation officiel doit se
conformer aux normes juridiques et de signalement. Si l’adolescent souffre d’un trouble de
communication, il peut se révéler difficile de dénicher un interprète féru à la fois
en matière d’interprétation et d’exploitation sexuelle. Si aucune personne ainsi
compétente n’est disponible au sein de la collectivité, les médecins devraient
promouvoir la création de programmes d’éducation afin d’en former. Il importe également
d’identifier les personnes vers qui les enfants et les adolescents atteints d’une maladie
chronique peuvent se tourner s’ils sont exploités.
Dans les établissements : Les médecins devraient militer en faveur de politiques au sein de leur établissement, dont :
En outre, on devrait conseiller aux parents de s’informer de l’existence de ces politiques et de mener leur propre sélection intensive s’ils embauchent des soignants privés. Ceux qui travaillent avec les adolescents souffrant d’une maladie chronique devraient également comprendre toute la gamme des activités sexuelles normales (masturbation comprise) au sein de ce groupe d’âge et respecter la vie privée des adolescents.
Une étude de la documentation disponible indique de toute évidence que la bonne formation des agents homologués en matière d’exploitation sexuelle s’avère essentielle. Les médecins peuvent participer à l’élaboration des ressources nécessaires à cette formation.
Dans le milieu de l’éducation : Les adolescents atteints de maladies chroniques, les parents et les soignants jugent prioritaires l’accès à des renseignements pertinents au sujet de la sexualité, dont des renseignements propres aux divers niveaux de développement et de handicaps par rapport aux droits individuels, à une sexualité protégée et à l’exploitation sexuelle, et inclure une facette portant sur l’affirmation de soi et l’autodéfense. Les médecins devraient disposer d’une liste de ressources à l’intention des parents afin qu’ils reconnaissent l’expression de la sexualité de leur enfant et leur vulnérabilité face à l’exploitation.
Auprès des médecins : Le respect de l’intimité pendant les examens physiques s’avère capital. Les médecins ont là une excellente occasion de démontrer ce respect en couvrant les patients et en leur permettant d’interrompre l’examen s’ils se sentent mal à l’aise. Les médecins traitants doivent également former leurs stagiaires pour qu’ils apprennent des techniques d’examens physiques délicates et respectueuses. En outre, les médecins devraient encourager les adolescents atteints d’une maladie chronique à jouer un rôle plus actif dans la prise de décision afin qu’ils se sentent moins dépendants et plus influents face à l’établissement de leurs propres soins. Pour y parvenir, il suffit de favoriser un juste équilibre entre la coopération et les demandes normales d’autonomie. Une utilisation excessive du système de récompenses et de punitions ne s’avère pas judicieuse, car elle peut miner la capacité du patient de reconnaître l’exploitation et d’y résister.
Les pédiatres occupent une place idéale pour jouer un rôle significatif dans la prévention de l’exploitation sexuelle des enfants et des adolescents souffrant d’un handicap. Avec les années, ils établissent une relation à long terme avec les familles d’enfants et d’adolescents souffrant d’une maladie chronique. Il se révèle donc impératif que les pédiatres, dans le cadre de leur mandat visant à éduquer et à militer en faveur du bien-être des enfants et des adolescents, assument la responsabilité de fournir des conseils de prévention au sujet de la sexualité, de la liberté d’action et de l’exploitation.
Peters L, Murphy A. Adolescent Health Survey. McCreary Centre Society, province de la Colombie-Britannique. 1993.
Le comité remercie le McCreary Society’s Sexual Abuse and Young People with Disabilities Project pour avoir participé à l’élaboration du présent exposé. Sa publication, Sexual Abuse Prevention for Young People with Disabilities, constitue une excellente ressource.
Comité de la médecine de l’adolescence
Membres : Docteurs Eudice Goldberg, The Hospital for Sick Children,
Toronto ON; Miriam Kaufman (présidente et auteur principal), The Hospital for Sick
Children, Toronto ON; Deborah A. Lindsay, Children’s Hospital, Winnipeg MB; Andrew Lynk
(directeur responsable), Cape Breton Regional Hospital, Sydney NS; Larry Brian Pancer,
Markham Stouffville Hospital, Markham ON; Roger Sherriff Tonkin, Sunny Hill Hospital for
Children, Vancouver BC.
Conseillers : Docteurs Delores Doherty, Janeway Child Health Centre, St.
John’s NF; Jean-Yves Frappier, Hôpital Ste-Justine, Montréal QC; Diane Sacks, The
Hospital for Sick Children, Toronto ON; Michael Westwood, Hôpital général du Lakeshore,
Pointe-Claire QC.
Auteur principal : Docteur Miriam Kaufman (présidente), The Hospital for Sick
Children, Toronto ON.
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |