Critères relatifs à l'étiquetage «hypoallergène» des
préparations lactées commerciales pour nourrissonsSection des allergies, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
No de référence : AL 1994-02
Révision en cours en février 2004
Index des documents de principes de la Section des allergies
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Les réactions allergiques aux protéines du lait de vache durant l'enfance sont maintenant mieux identifiées et mieux comprises1, et des stratégies de traitement ont été discutées2. L'allergie au lait de vache peut affecter jusqu'à 5% des nourrissons3, bien que la véritable prévalence soit inconnue. Lorsque les symptômes se manifestent, le traitement de choix demeure l'évitement le plus strict de la protéine jusqu'à ce que la sensibilité ait diminué. Les enfants absorbent plus d'allergènes alimentaires au cours de leur première année de vie, en raison de l'immunité sécrétoire diminuée du petit intestin et de l'immaturité de la fonction intestinale; par conséquent, la meilleure stratégie pour prévenir l'hypersensibilité alimentaire consiste à éviter les protéines allergènes en question4-8.
Les préparations commerciales à protéine de soja sont aussi allergènes que le lait de vache pour certains nourrissons9-11. Les hydrolysats de caséine du lait de vache dans lesquels les protéines sont diminuées de volume de façon importante peuvent s'avérer utiles thérapeutiquement chez les nourrissons hautement allergiques, mais souvent, le goût laisse à désirer et le prix est prohibitif, ce qui peut entraîner des problèmes quant à l'utilisation régulière du produit. Récemment, les nouvelles préparations commerciales «hypoallergènes», y compris celles qui utilisent des protéines de lactosérum de lait de vache moins hydrolysées, ont soulevé un grand intérêt : elles ont meilleur goût et coûtent moins cher que les hydrolysats de caséine traditionnels.
Les principaux facteurs affectant la sensibilisation allergique à une protéine alimentaire sont les caractéristiques mêmes de la protéine12. En général, plus le poids moléculaire d'une protéine est faible, moins il y aura d'effets antigéniques. Les protéines complexes avec de nombreux déterminants antigéniques sont plus susceptibles d'être de bons immunogènes que les plus petites protéines qui en ont moins. Dans les réactions d'hypersensibilité à médiation d'IgE de type I, l'activation cellulaire et la libération des médiateurs chimiques exigent que les allergènes lient deux molécules d'anticorps d'IgE sur la surface des membranes cellulaires. En conséquence, les allergènes doivent avoir des dimensions moléculaires appropriées pour réaliser une telle liaison. Le volume relativement petit (poids moléculaire entre 10 000 et 70 000 daltons [Da]) de la majorité des allergènes que l'on trouve dans les préparations à base de lait de vache peut être idéal pour cette liaison. Les protéines pesant moins de 10 000 Da sont probablement moins immunogènes, bien qu'elles puissent agir comme haptènes. Les protéines de plus de 70 000 Da ne seront probablement pas absorbées efficacement par la muqueuse normale et sont donc moins susceptibles de causer des problèmes.
La vérification préclinique des préparations lactées pour nourrissons est nécessaire pour établir les caractéristiques des propriétés moléculaires et l'antigénicité résiduelle des protéines13-15. L'antigénicité de la caséine fortement hydrolysée, d'un poids moléculaire inférieur à 5 000 Da, doit être réduite d'au moins 99,99 % à l'aide de méthodes telle le titrage avec immuno-adsorbant lié à une enzyme. Pour déclarer une préparations hypoallergène, il faut absolument qu'il y ait absence de réactions importantes lors d'études à double insu contrôlées par placebo faites chez un nombre suffisant d'enfants présentant une allergie minutieusement documentée au lait de vache. Le critère essentiel est que le niveau d'allergènes soit suffisamment faible pour ne causer aucune réaction importante même chez les nourrissons qui sont hautement allergiques au lait de vache. Bien que dans certaines études, les préparations à base d'hydrolysats de caséine se soient avérés beaucoup moins allergènes que ceux qui sont à base d'hydrolysats de lactosérum, qui à leur tour le sont moins que les préparations courantes à base de lait de vache, on a rapporté des réactions aux hydrolysats de lactosérum16,17 et de caséine18-20 chez les nourrissons hautement allergiques. Par conséquent, même si les préparations à base d'hydrolysats de caséine remplissent les critères précliniques et la majorité des critères cliniques, les étiquettes apposées sur ces préparations doivent préciser que leur consommation par les nourrissons hautement allergiques au lait n'est pas sans risque.
Étant donné qu'une exposition réduite en protéine allergènes dans le régime doive diminuer le risque de sensibilité au lait de vache, les préparations commerciales, modifiées pour être moins allergènes, peuvent prévenir ou retarder une réaction allergique. Une étude prospective récente comparé l'apport complémentaire d'hydrolysat de caséine et l'évitement d'antigène maternel durant la lactation avec l'alimentation normale chez les nourrissons risque accru de maladies atopiques21. Les auteurs ont rapporté une diminution importante de l'incidence de maladie atopique chez les enfants de 12 à 18 mois nourris aux préparations à base d'hydrolysats de caséine, mais aucune réduction chez les enfants de 24 mois. Une autre étude a comparé une préparations à base d'hydrolysats de lactosérum à une préparation à base de lait de vache ou de soja administré pendant les premiers 6 mois; on a conclu à des manifestations réduites d'atopie avec la préparation à base d'hydrolysats de lactosérum dans les 6 mois qui ont suivi22.
Pour évaluer davantage cette hypothèse, il est nécessaire d'effectuer d'autres études cliniques contrôlées randomisées chez des nourrissons présentant une histoire familiale au premier degré d'atopie ou des niveaux élevés d'IgE dans le sang du cordon, ou les deux. Ces nourrissons doivent être suivis pendant au moins 1 an et présenter une prévalence de réaction allergique suffisamment réduite aux préparations à base de lait de vache, confirmée par des études à double insu contrôlées par placebo.
Les préparations commerciales qui correspondent à ces critères peuvent être considérées comme pouvant prévenir ou retarder les réactions allergiques au lait. Afin que les enfants qui sont hautement allergiques au lait puissent éviter l'exposition par inadvertance aux allergènes, ces préparations ne peuvent être considérées hypoallergènes que si elles respectent les critères appropriés à cette étiquette.
Section des allergies
Membres : Zave Chad, MD (directeur et auteur principal), Université de Montréal, Montréal QC; Alexander Ferguson, MB, ChB, Université de la Colombie-Britannique, Vancouver BC; F. Estelle R. Simons, MD, Université du Manitoba, Winnipeg MB; et Wade T.A. Watson, MD, Université du Manitoba, Winnipeg MB.
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |