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Document de principes

Les vaccins contre le méningocoque au Canada : une mise à jour

Affichage : le 1 octobre 2011

La Société canadienne de pédiatrie autorise l’impression d’exemplaires uniques de ce document à partir de son site Web. Pour obtenir la permission d’imprimer ou de photocopier des exemplaires multiples, consultez notre politique sur les droits d'auteurs.

Auteur(s) principal(aux)

MI Salvadori, R Bortolussi; Société canadienne de pédiatrie, Comité des maladies infectieuses et d’immunisation
Version abrégée : Paediatr Child Health 2011;16(8):486

Résumé

L’infection par le méningocoque est grave, car elle est souvent responsable d’une septicémie ou d’une méningite fulminantes. Il existe deux grands types de vaccin conjugué contre le méningocoque au Canada : le vaccin conjugué contre le méningocoque de sérotype C et le vaccin conjugué quadrivalent contre les sérogroupes A, C, Y et W-135. Les caractéristiques immunologiques qui étayent les politiques de vaccination continues, ainsi que certaines limites des connaissances actuelles, sont présentées. Tous les enfants canadiens devraient se faire administrer un vaccin conjugué contre le méningocoque de groupe C (MenC-C) à 12 mois, et soit une dose de rappel du vaccin MenC-C, soit le vaccin quadrivalent contre le méningocoque (MCV4), à l’adolescence. Les enfants très vulnérables à une infection invasive à méningocoque devraient recevoir le MenC-C dès l’âge de deux mois, puis le vaccin MCV4 dès deux ans.

Mots-clés : Adolescents, Children, Canada; MCV-4; Meningococcal infection; Meningococcal vaccine

En 2002, La Société canadienne de pédiatrie a publié un document de principes sur le vaccin contre le méningocoque chez les enfants [1], lequel contenait des recommandations sur le vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C (MenC-C). Depuis décembre 2010, la totalité des provinces et des territoires ont adopté un programme universel de vaccination financé par le gouvernement dans de multiples groupes d’âge, et certains ont également mis en œuvre des programmes de rattrapage [1]. En 2009, la Société canadienne de pédiatrie a publié un document de principes sur l’utilisation d’un vaccin conjugué quadrivalent contre le méningocoque de sérogroupes A, C, Y et W-135 (MCV4), lequel contenait des recommandations sur les situations dans lesquelles ce vaccin pouvait être utile [2](tableau 1). Depuis, plusieurs provinces et territoires ont adopté des programmes financés par les gouvernements [3]-[5]. Le présent document de principes remplace tous les documents antérieurs sur les vaccins contre le méningocoque et contient une mise à jour sur l’épidémiologie actuelle des maladies attribuables à cet organisme au Canada.

TABLEAU 1
Les vaccins contre le méningocoque au Canada

Vaccin

Marque de commerce

Utilisations suggérées

MCV4
Vaccin conjugué quadrivalent contre le méningocoque (A, C, Y, W-135)

Menactra
Menveo

  • Dose de rappel chez les adolescents
  • Après l’âge de deux ans dans les groupes plus vulnérables

MenC-C
Vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C

Meningitec
Menjugate
Neis Vac-C

  • Une dose pendant la deuxième année de vie (12 mois)
  • Pour les nourrissons plus vulnérables, une dose à deux, quatre et 12 mois de vie
  • Dose de rappel chez les adolescents

Vaccin polysaccharidique contre les sérogroupes A, C, Y et W-135

Menomune

N’est plus utile en pédiatrie

Les présentations cliniques et l'épidémiologie

Le Neisseria meningitidis est un diplococcus Gram négatif généralement associé à un portage nasopharyngé asymptomatique. Toutefois, il arrive que cet organisme soit responsable d’une septicémie, d’une méningite, d’une arthrite septique, d’une pneumonie et d’une conjonctivite. La gravité des cas varie entre une bactériémie occulte et une maladie fulminante et fatale. Le taux de mortalité atteint une moyenne de 10 % pour ce qui est des maladies invasives, mais ce taux augmente en cas de maladie septicémique (p. ex., méningococcémie) et d’infection par le sérogroupe C. L’incidence d’infection invasive varie considérablement dans le monde. Au Canada, le taux de un cas sur 100 000 habitants se situe dans la fourchette moyenne. Même si le fardeau de l’infection invasive à méningocoque au Canada est plus faible que celui d’autres infections bactériennes invasives (p. ex., infection à pneumocoque), les cas d’infection à méningocoque suscitent une crainte et une anxiété importante de la part des médecins tout autant que des parents. L’intérêt des médias envers cette maladie ne ralentit pas.

Cinq sérogroupes (A, B, C, Y et W-135, d’après la capsule polysaccharidique) sont responsables de pratiquement toutes les infections à méningocoque au Canada, les sérogroupes B et C étant prédominants. Même si l’incidence de la maladie à sérogroupe Y a augmenté aux États-Unis chez les adolescents et les adultes, le même phénomène ne s’est pas observé au Canada. La maladie à sérogroupe B est endémique au Canada, le pic étant atteint chez les enfants de moins de cinq ans. En effet, plus de 70 % des cas de ce groupe d’âge sont désormais imputables au sérogroupe B. La maladie à sérogroupe C se déclare souvent sous forme de flambées, et on constate un pic chez les adolescents de 15 à 19 ans. La maladie à sérogroupe C s’associe à un taux plus élevé de maladie septicémique et de mortalité que les autres sérogroupes, notamment chez les adolescents. Depuis l’adoption du programme de vaccination contre le MenC-C chez les nourrissons, l’incidence d’infections à méningocoque du sérogroupe C a diminué considérablement, sans sembler être remplacée par d’autres sérotypes du méningocoque [6]-[8].

L'élaboration des vaccins

Avant 2001, les vaccins contre le méningocoque offerts au Canada se composaient de polysaccharide capsulaire purifié contre un ou plusieurs sérogroupes. Le vaccin quadrivalent contre les sérogroupes A, C, Y et W-135 était le plus utilisé. Même s’il est immunogène et efficace chez les enfants plus âgés et les adultes, le vaccin était peu immunogène chez les jeunes nourrissons et n’assurait pas de protection à long terme, quel que soit l’âge. Les vaccins conjugués contre le méningocoque de groupe C ont d’abord été mis en marché, suivis par le vaccin conjugué quadrivalent (MCV4, Menactra) qui a été homologué au Canada en 2007. Un deuxième vaccin MCV4 (Menveo) a été homologué au Canada en 2010. Le vaccin MCV4 induit des anticorps protecteurs contre les sérogroupes A, C, Y et W-135 chez les adultes et les enfants de deux ans ou plus. Des études sur le vaccin MCV4 (Menveo) sont en cours auprès des nourrissons. On ne sait pas si le vaccin MCV4 protégera les enfants de moins de deux ans contre le sérogroupe C ou contre tout autre sérogroupe avec autant d’efficacité que le vaccin MenC-C. Le vaccin MCV4 est rarement responsable d’effets indésirables graves [2].

Les organismes du méningocoque de sérogroupe B constituent désormais la principale cause d’infections à méningocoque au Canada. L’élaboration d’un vaccin est plus complexe, car le polysaccharide du sérogroupe B est peu immunogène chez les humains. Cependant, les vaccins qui ciblent des antigènes de surface non polysaccharidiques sont en voie d’élaboration et se révèlent très prometteurs. Un tel vaccin constituera une énorme percée, car les souches du sérogroupe B sont actuellement responsables de la majorité des infections invasives à méningocoque au Canada.

Les vaccins conjugués contre le méningocoque induisent de fortes hausses des taux des anticorps et sensibilisent le système immunitaire à de bonnes réponses mémoires. Les programmes de vaccination universelle peuvent également réduire le taux de maladie en conférant une immunité de groupe. Cependant, contrairement à de nombreuses autres maladies infectieuses, la période d’incubation de l’infection à méningocoque est très courte (aussi peu que 48 heures). On pense qu’on ne peut pas se fier à la réponse anamnestique pour prévenir la maladie et qu’il faut des anticorps circulants en tout temps pour assurer une protection. Ainsi, de nombreux experts pensent qu’il est impossible d’obtenir une protection à vie au moyen d’un vaccin primaire et que des doses de rappel s’imposeront. De nombreuses provinces et trois territoires disposent maintenant de programmes de rappel au moyen du vaccin MenC-C ou MCV4 auprès des enfants d’âge scolaire. On ne sait pas encore à quelle fréquence il faudra administrer ces doses de rappel.

L’ensemble des provinces et des territoires offrent aux jeunes enfants des programmes de vaccination universelle financés par le gouvernement à l’aide du vaccin MenC-C [4][5]. Tous proposent une dose à 12 mois, et deux provinces et deux territoires en administrent également à 2±4 mois. Même si la vaccination des nourrissons de moins de 12 mois peut prévenir quelques cas supplémentaires, elle se révèle très coûteuse par cas prévenu [9]. En outre, la vaccination d’un nourrisson de moins de 12 mois ne confère plus de protection après l’âge d’un an. Il est donc essentiel qu’une dose du programme de vaccination par le vaccin MenC-C soit administrée à tous les nourrissons à compter de l’âge de 12 mois.

Puisque les tendances des sérogroupes diffèrent entre le Canada et les États-Unis, il sera essentiel de poursuivre les programmes de surveillance au Canada [8]. Le Programme canadien de surveillance active de l’immunisation (IMPACT) assure la surveillance de toutes les infections évitables par la vaccination au Canada. Les professionnels de la santé qui administrent des vaccins doivent participer à ce processus en y déclarant les effets indésirables possibles et les échecs vaccinaux. Les stratégies pour protéger la population canadienne contre l’infection à méningocoque continueront d’évoluer avec les modifications des sérogroupes, la mise en marché de nouveaux et meilleurs vaccins et l’accroissement des connaissances sur la persistance des anticorps protecteurs après la vaccination.

Recommandations

Compte tenu de l’innocuité, de l’immunogénicité et de l’efficacité des vaccins contre le méningocoque, de même que de la gravité de certaines infections àN. meningitidis et des préoccupations du public au sujet du risque de grave infection à méningocoque, la Société canadienne de pédiatrie fait les recommandations suivantes :

  • Les enfants canadiens devraient se faire administrer un vaccin MenC-C à 12 mois. D’autres nourrissons peuvent commencer à se le faire administrer plus jeunes, selon le programme de vaccination provincial ou territorial et les recommandations les plus à jour publiées par le Comité consultatif national de l’immunisation [3][7][8].
  • Les nourrissons plus vulnérables à une infection invasive à méningocoque devraient commencer à recevoir le vaccin MenC-C à deux mois.
  • Le vaccin MCV4 devrait être administré aux enfants de deux ans et plus qui sont plus vulnérables à une infection à méningocoque (tableau 2). On peut également envisager de vacciner les enfants positifs au VIH de deux ans ou plus.
  • Tous les adolescents devraient se voir offrir une dose de rappel du vaccin MCV4 ou MenC-C vers 12 ans. On ne sait pas à quelle fréquence les doses de rappel devront être administrées plus tard dans la vie. En général, les deux vaccins sont sécuritaires et bien tolérés.

Pour déclarer les effets indésirables possibles associés aux vaccins : www.phac-aspc.gc.ca/im/aefi-form-fra.php

TABLEAU 2
Groupes plus vulnérables à une infection invasive à méningocoque

Les personnes ayant une asplénie anatomique ou fonctionnelle (p. ex., les patients atteints d’une drépanocytose)

Les enfants ayant des troubles primaires de carence des anticorps

Les personnes qui présentent une carence en compléments, en properdine ou en facteur D

Les voyageurs dans des régions où le risque d’infection à méningocoque est élevé

Le personnel de laboratoire exposé au méningocoque

Les forces armées

Remerciements

Le comité de la pédiatrie communautaire de la SCP a révisé le présent document de principes. 

COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION

Membres : Jane C Finlay MD; Susanna Martin MD (représentante du conseil); Jane C McDonald MD; Heather Onyett MD; Joan L Robinson MD (présidente)
Représentants : Upton D Allen MD, Groupe canadien de recherche sur le sida chez les enfants; Janet Dollin MD, Le Collège des médecins de famille du Canada; Charles PS Hui MD, Santé Canada, Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages; Nicole Le Saux MD, Programme canadien de surveillance active de l’immunisation; Larry Pickering MD, American Academy of Pediatrics, comité des maladies infectieuses; Marina I Salvadori MD, Comité consultatif national de l’immunisation; John S Spika MD, Agence de la santé publique du Canada
Conseillers : Robert Bortolussi MD; Noni E MacDonald MD; Dorothy L Moore MD
Auteurs principaux : Marina I Salvadori MD; Robert Bortolussi MD

Références

  1. Embree J; Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d’immunisation, Le vaccin antiméningococcique pour les enfants. Paediatr Child Health 2002;7(6):428-9.
  2. Bortolussi R, Salvadori M; Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d’immunisation. Un nouveau vaccin conjugué contre le méningocoque : Que devrait faire et savoir les médecins? Paediatr Child Health 2009;14(8):518-20.
  3. MacDonald NE, Bortolussi R; Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d’immunisation. Un calendrier de vaccination harmonisé au Canada : un appel à l’action. Paediatr Child Health 2011;16(1):32-4.
  4. Agence de la santé publique du Canada, Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI). Mise à jour des recommandations concernant la méningococcie et le vaccin conjugué contre le méningocoque. RMTC 2009;35(ACS-3):2-36. http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/09vol35/acs-dcc-3/index-fra.php (consulté le 4 août 2011).
  5. Agence de la santé publique du Canada. Programmes d’immunisation subventionnés par l’État au Canada – Calendrier d’immunisation systématique des nourrissons et des enfants incluant les programmes de rappel (en date de mars 2011). http://www.phac-aspc.gc.ca/im/ptimprog-progimpt/table-1-fra.php (consulté le 4 août 2011).
  6. Agence de la santé publique du Canada. Surveillance accrue des méningococcies invasives au Canada : Du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2005. RMTC 2007;33:1-15. http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/07vol33/rm3310a-fra.php (consulté le 4 août 2011).
  7. Programme canadien de surveillance active de l’immunisation (IMPACT); Bettinger JA, Scheifele DW et coll. The impact of childhood meningococcal serogroup C conjugate vaccine programs in Canada. Pediatr Infect Dis J 2009;28(3):220-4.
  8. Le Saux N, Bettinger JA, Wootton S et coll. Profile of serogroup Y meningococcal infections in Canada: Implications for vaccine selection. Can J Infect Dis Med Microbiol 2009;20(4):e130-4.
  9. De Wals P, Nguyen VH, Erikson LJ, Guay M, Drapeau J, St-Laurent J. Cost-effectiveness of immunization strategies for the control of serogroup C meningococcal disease. Vaccine 2004;22(9-10):1233-40.

Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.