des enfants et des adolescents
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Les enfants sont plus vulnérables à la morbidité attribuable à l’influenza. Les vaccins contre l’influenza sont cultivés sur des œufs et pour cette raison, une infime quantité de protéines d’œuf persiste dans leur composition. De récentes recherches et de nouveaux paramètres de pratique suscités par la pandémie mondiale d’influenza de 2009 ont remis en question la décision de ne pas administrer le vaccin contre l’influenza aux patients allergiques aux œufs. Selon les données disponibles, l’anaphylaxie aux vaccins contre l’influenza est d’une extrême rareté, même chez les patients allergiques aux œufs. On a rarement observé de réactions allergiques déclarées au vaccin trivalent inactivé contre l’influenza et aux vaccins contre la grippe pandémique H1N1, et lorsqu’elles se sont produites, ces réactions n’ont pas provoqué d’anaphylaxie. Le présent document de principes expose les données probantes disponibles sur l’anaphylaxie liée au vaccin contre l’influenza et aux allergies aux œufs, ainsi que les protocoles recommandés pour administrer le vaccin trivalent inactivé en toute sécurité aux enfants allergiques aux œufs à faible ou à haut risque.
Mots-clés : Anaphylaxis, Egg allergy, Influenza vaccine
De 1 % à 2 % des jeunes enfants sont allergiques aux œufs, mais chez la majorité d’entre eux, cette allergie a disparu à la fin de l’enfance [1]. Les vaccins trivalents inactivés (ou tués, VTI) contre l’influenza sont cultivés sur des œufs embryonnés de poulet, ce qui laisse craindre que l’ovalbumine (une protéine de l’œuf) stimule une réaction allergique chez les patients allergiques aux œufs. Le vaccin vivant atténué contre l’influenza (VVAI, Flumist) est également cultivé sur des œufs, mais jusqu’à présent, il n’existe aucune donnée sur son utilisation chez les enfants allergiques aux œufs. Puisque le VVAI n’est pas injecté, mais inhalé, on prévoit que les risques de réaction seront moins élevés qu’avec le VTI injecté. Cependant, jusqu’à ce qu’on possède plus de données sur la question, le VTI devrait être le vaccin de choix pour les enfants allergiques aux œufs.
Le précédent Guide canadien d’immunisation (2006) recommandait de ne pas administrer les vaccins contre l’influenza aux personnes allergiques aux œufs, à moins que le risque d’infection soit supérieur au faible risque de réaction d’hypersensibilité systémique [2]. Le risque associé à l’influenza est considérable, notamment chez les jeunes enfants et les enfants asthmatiques [3].
De récentes recherches et de nouveaux paramètres de pratique stimulés par la pandémie mondiale d’influenza de 2009 ont remis en question la décision de ne pas administrer le vaccin contre l’influenza aux patients allergiques aux œufs.
Afin d’assurer une prise en charge optimale des patients atteints d’une allergie aux œufs, il faut confirmer le diagnostic d’allergie aux œufs en consultation avec un médecin compétent dans le domaine des allergies cliniques.
D’après la Société canadienne d’allergie et d’immunologie clinique [4], l’allergie aux œufs se définit comme :
Les patients dont l’allergie aux œufs est confirmée peuvent être divisés en deux groupes :
Le risque global d’anaphylaxie attribuable aux vaccins contre l’influenza n’est pas quantifié, mais selon des données probantes indirectes, il est vraiment infime. Sur les 747 millions de vaccins contre l’influenza administrés entre 1990 et 2005 à des adultes des États-Unis, seulement quatre cas d’anaphylaxie ont été déclarés par le Vaccine Adverse Event Reporting System [5], et aucun n’était lié à une allergie aux œufs. Dans les près de 7,7 millions de vaccins administrés au sein de quatre organismes de maintien de la santé entre 1991 et 1997 aux États-Unis, le risque d’anaphylaxie s’élevait à 0,65 par million de vaccins administrés. Aucun des cinq cas d’anaphylaxie n’était lié au vaccin contre l’influenza [6].
Par le passé, le contenu en ovalbumine des vaccins contre l’influenza était considérablement plus élevé que celui qu’on trouve dans les vaccins produits actuellement. Une étude multicentrique effectuée dans les années 1990 a porté sur un protocole de fractionnement de dose de 10 % : 90 % (administrer d’abord 10 % de la dose, suivie des autres 90 % 30 minutes plus tard si la première partie de la dose est tolérée) administré à 83 patients allergiques aux œufs et à 124 sujets témoins [7]. On n’a constaté aucune réaction significative chez les patients allergiques aux œufs. D’après cette étude, le taux de 1,2 ?g/mL de protéine d’œuf (la concentration la plus élevée dans les vaccins utilisés dans l’étude) est encore considéré comme la limite supérieure approuvée dans les vaccins contre l’influenza.
Les fabricants indiquent désormais le contenu en ovalbumine sur la monographie du produit. Un sommaire du contenu en ovalbumine des vaccins contre l’influenza a également été publié [8]. Une vérification indépendante de ce contenu a été effectuée dans les vaccins saisonniers et pandémiques récents contre l’influenza [9][10]. Le contenu en ovalbumine du VTI (Letter, GlaxoSmithKline, 2011) utilisé au Canada en 2010-2011 était inférieur à 0,2 ?g/mL par dose.
Les réactions aux épreuves cutanées du vaccin contre l’influenza sont courantes et donnent souvent des résultats faux positifs [11]. Puisque les études confirment que les intradermoréactions ne permettent pas de prédire l’intolérance aux vaccins [12]-[15], ces tests sont inutiles.
Dans un sommaire des études menées de 1977 à 2010 sur le vaccin contre l’influenza chez les patients allergiques aux œufs qui comptaient plus de 30 patients par étude, on remarquait que, chez les 974 patients, dont la majorité avaient un diagnostic d’allergie aux œufs confirmé par un allergologue, 60 avaient réagi au vaccin contre l’influenza. La majorité de ces réactions étaient mineures, et aucune d’entre elles ne s’associait à une anaphylaxie [16]. Cependant, l’exclusion des patients à haut risque d’allergie aux œufs et l’absence de détails sur la nature de l’allergie aux œufs chez les patients de bon nombre de ces études compliquent la généralisation des résultats.
Dans l’étude canadienne menée par Gagnon et coll. auprès de patients allergiques aux œufs, le vaccin contre la grippe pandémique H1N1 (Arepanrix, moins de 0,03 ?g/mL d’ovalbumine) a été évalué au moyen de deux protocoles différents [16]. Des 830 patients ayant des antécédents confirmés d’allergie aux œufs, 75 (9 %) avaient des antécédents de grave allergie aux œufs accompagnée de réactions respiratoires ou cardiovasculaires. On leur a administré le vaccin contre l’influenza en deux doses divisées (10 % et 90 %), administrées à intervalle de 30 minutes. Les 755 autres patients (91 %) dont les antécédents révélaient une allergie aux œufs moins grave ont reçu la dose complète habituelle du vaccin contre l’influenza. Tous sont demeurés en observation pendant 60 minutes. Aucun de ces patients allergiques aux œufs n’a souffert de réaction anaphylactique. Cependant, 17 (2 %) ont subi une réaction allergique selon la définition de la Collaboration Brighton [17]. Dans une étude de phase II, 3 640 autres patients ayant une allergie aux œufs autodéclarée avaient été vaccinés selon le protocole monodose. Deux patients ont eu besoin d’adrénaline, mais ne respectaient pas la définition d’anaphylaxie. Soixante-neuf (1,9 %) ont présenté des symptômes compatibles avec une réaction allergique.
Plusieurs autres études monocentriques ont également démontré que le vaccin contre la grippe pandémique H1N1 était bien toléré chez les patients allergiques aux œufs, même si toutes ont été effectuées selon un protocole à deux doses [12][13][18].
De nombreuses organisations font désormais des recommandations quant à l’administration sécuritaire du vaccin contre l’influenza aux patients allergiques aux œufs [19]-[21].
Les paramètres de pratique nord-américains relatifs à la vaccination des patients allergiques aux œufs contre l’influenza | ||||
Organisation | Recommandation d’épreuve cutanée au vaccin | Recommandation de vaccination des patients ayant un risque élevé d’allergie aux œufs | Recommandation de vaccination des patients ayant un faible risque d’allergie aux œufs | Qui vaccine |
AAP [22] | Discuter avec l’allergologue | Contre-indiqué en cas de réaction anaphylactique aux protéines du poulet ou des œufs. | Deux stratégies
| Discuter avec l’allergologue. |
AAAAI [8] | Non recommandé | Il faut faire preuve de prudence, notamment chez les patients qui ont subi des réactions indésirables plus graves. | Deux stratégies
| Cliniciens habitués à dépister et prendre en charge l’anaphylaxie, dans un milieu pourvu de manière à prendre en charge les réactions indésirables potentielles (y compris l’anaphylaxie). |
SCAIC [4] | Au gré de l’allergologue | Inclut les patients dont le risque est inconnu. | Monodose, en observation 60 minutes | Dans la mesure du possible, les patients allergiques aux œufs, notamment ceux qui ont subi une réaction allergique grave ou récente, devraient être aiguillés vers leur allergologue local pour subir des épreuves d’allergie au vaccin contre l’influenza, s’il y a lieu. L’allergologue prendra une décision fondée sur les antécédents, les résultats de l’épreuve cutanée ou de l’IgE spécifique, si le vaccin doit être administré en une seule étape ou en plusieurs étapes. |
CCNI [23] | Non recommandé systématiquement Peut convenir dans des cas spéciaux comme mesure de précaution, c’est-à-dire une réaction allergique étayée au vaccin contre l’influenza. | Deux doses (10 % : 90 %) Lorsqu’on s’inquiète de la tolérance au vaccin, une évaluation par un allergologue s’impose. Si ce n’est pas possible, le risque de réaction allergique doit être soupesé contre le risque de maladie causée par l’influenza. | Deux stratégies
| Fortement recommandé qu’un dispensateur qui administre des vaccins aux personnes allergiques aux œufs se dote d’un accès immédiat aux traitements d’urgence et au matériel de réanimation afin de prendre en charge les réactions graves ou l’anaphylaxie. |
AAAAI – American Academy of Allergy Asthma and Immunology; AAP – American Academy of Pediatrics; CCNI – Comité consultatif national de l’immunisation; SCAIC – Société canadienne d’allergie et d’immunologie clinique | ||||
L’allergie aux œufs est courante chez les enfants, mais elle diminue au fil des ans. L’influenza est responsable d’une morbidité importante chez les enfants. L’anaphylaxie causée par les vaccins contre l’influenza est d’une extrême rareté, même chez les patients allergiques aux œufs. L’épreuve cutanée du vaccin ne constitue pas un moyen fiable de prédire l’intolérance au vaccin. Les réactions allergiques déclarées au VTI et aux vaccins contre la pandémie d’influenza H1N1 sont rares et, lorsqu’elles se produisent, elles ne provoquent pas d’anaphylaxie. Cependant, étant donné les biais de sélection et le petit nombre de patients présentant un risque élevé d’allergie aux œufs étudiés jusqu’à présent, il faut encore faire preuve de prudence au moment d’administrer le VTI cultivé sur des œufs de poulet aux patients allergiques aux œufs qui sont à risque élevé.
Jan Roberts, MD, et Nestor Cisnernos, MD, de la section des allergies de la SCP, ont révisé le présent document de principes.
Membres : Jane C Finlay MD; Susanna Martin MD (représentante du conseil); Jane C McDonald MD; Heather Onyett MD; Joan L Robinson MD (présidente)
Représentants : Upton D Allen MD, Groupe canadien de recherche sur le sida chez les enfants; Janet Dollin MD, Le Collège des médecins de famille du Canada; Charles PS Hui MD, Santé Canada, Comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages; Nicole Le Saux MD, Programme canadien de surveillance active de l’immunisation; Larry Pickering MD, American Academy of Pediatrics, comité des maladies infectieuses; Marina I Salvadori MD, Comité consultatif national de l’immunisation; John S Spika MD, Agence de la santé publique du Canada
Conseillers : Robert Bortolussi MD; Noni E MacDonald MD; Dorothy L Moore MD
Auteurs principaux : Charles PS Hui MD; Noni E MacDonald MD
Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.