des enfants et des adolescents
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La santé buccodentaire est un élément fondamental de la santé globale. Tous les enfants et les adolescents devraient avoir accès à des soins dentaires préventifs et thérapeutiques. Les enfants canadiens continuent de présenter un taux élevé de maladie dentaire, et ce fardeau est représenté de manière disproportionnée chez les enfants provenant de familles défavorisées, de communautés autochtones ou de familles de nouveaux arrivants. Au Canada, la proportion du financement gouvernemental affectée aux soins dentaires est à la baisse. Cette pression financière touche surtout les familles à faible revenu, qui sont également moins susceptibles de disposer d’une assurance dentaire. Les régimes d’assurance dentaire financés par les gouvernements provinciaux et territoriaux à l’intention des enfants canadiens sont limités et offrent une protection très variable. Selon des données probantes solides, les visites préventives chez le dentiste améliorent la santé buccodentaire et réduisent les frais subséquents, et selon de bonnes données probantes, la fluorothérapie réduit le taux de caries dentaires, particulièrement dans les populations à haut risque. Les pédiatres et les médecins de famille contribuent énormément à déterminer quels enfants sont très vulnérables à une maladie dentaire et à prôner des soins dentaires plus complets et plus universels pour les enfants.
Mots-clés : Aboriginal communities; Early childhood caries; Fluoride; Immigrants; Oral health; Prevention; Public health policy; Social determinants
La santé buccodentaire fait partie intégrante de la santé globale des enfants. Le présent document de principes contient une évaluation de la situation actuelle sur le plan de la santé buccodentaire en pédiatrie au Canada, y compris les éléments suivants :
Le présent document de principes, qui se veut un appel à l’action, fournit des orientations et des stratégies pour élaborer une politique publique en santé buccodentaire plus complète et plus accessible pour les enfants et adolescents canadiens.
La santé dentaire peut avoir des répercussions sur les dimensions fonctionnelles, psychologiques et sociales du bien-être de l’enfant. La douleur buccodentaire a des effets dévastateurs sur les enfants, y compris la perte de sommeil, le retard de croissance, les troubles du comportement et les retards d’apprentissage.[1]-[4] Les processus de communication, de socialisation et d’estime de soi, essentiels sur le plan du développement, sont également touchés par une mauvaise santé buccodentaire.[1] Les troubles dentaires s’associent à une diminution importante de l’assiduité scolaire et des jours de travail des parents.[4][5] Des données probantes récentes relient les maladies buccodentaires à d’autres problèmes de santé, tels qu’un faible poids à la naissance,[6]-[8] une naissance prématurée [6] et une carence en fer.[9]
La carie dentaire chez les enfants est un problème de santé publique important. D’après les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis, la carie dentaire est la principale maladie infantile chronique, cinq fois plus courante que l’asthme chez les enfants de cinq à 17 ans.[10] L’Enquête canadienne sur les mesures de la santé de 2010 signale que 57 % des enfants canadiens de six à 11 ans ont eu des caries, pour une moyenne de 2,5 dents atteintes.[11] Le taux de caries augmente chez les enfants de deux à quatre ans.[12]
La carie de la petite enfance (CaPE) se définit comme la présence d’au moins une dent primaire cariée, absente (à cause de caries) ou obturée chez un enfant d’âge préscolaire.[13] Dans les régions urbaines du Canada, la prévalence de CaPE oscille entre 6 % et 8 % chez les enfants d’âge préscolaire,[1] mais dans certaines communautés autochtones défavorisées, la prévalence de caries dépasse les 90 %.[14] Les formes avancées de CaPE exigent souvent des interventions importantes de restauration sous anesthésie générale. Dans la plupart des hôpitaux pédiatriques canadiens, c’est la principale intervention chirurgicale à être exécutée chez les enfants d’âge préscolaire.[15]
En 2000, les États-Unis ont admis leur propre crise en santé buccodentaire dans un rapport historique du Surgeon General.[10] Depuis, les soins buccodentaires ont été qualifiés de besoin de santé non satisfait le plus prévalent chez les enfants des États-Unis [16] et ont fait l’objet de nombreuses recherches et formulations de politiques. On ne s’est jamais beaucoup intéressé à la santé buccodentaire dans les débats publics au Canada,[17] et celle-ci ne faisait pas partie du rapport final de la Commission Romanow sur L’avenir des soins de santé au Canada en 2002.[18] Plusieurs mesures ont été prises sur la scène nationale depuis, soit la création du Bureau du dentiste en chef,[19] l’élaboration de la Stratégie canadienne de santé bucco-dentaire [20] et la commission sur l’accès aux soins buccodentaires de l’Académie canadienne des sciences de la santé [21], mais il reste encore beaucoup à faire.
Par le passé, les soins dentaires n’étaient pas considérés comme faisant partie intégrante des soins de santé. Ils ne sont donc pas soumis aux principes de la Loi canadienne sur la santé, soit la gestion publique, l’universalité, la transférabilité, l’accessibilité et l’intégralité.[23] Contrairement aux services fournis par les médecins ou dispensés en milieu hospitalier, qui sont surtout financés par les gouvernements, les Canadiens sont en grande partie responsables du financement de leurs propres soins dentaires.
Les Canadiens paient leurs soins dentaires de quatre façons différentes : par une assurance par un tiers (prestations dentaires liées à l’emploi), une assurance dentaire privée, le paiement direct par les particuliers ou des programmes financés par le gouvernement (p. ex., les Services de santé non assurés [SSNA] des Premières nations ou le ministère des Anciens combattants).
Soixante-deux pour cent des Canadiens possèdent une assurance dentaire privée (personnelle ou fournie par l’employeur), 6 % ont droit à l’assurance publique et 32 % n’ont pas d’assurance dentaire.[11] Les familles au revenu le plus faible (les travailleurs à faible revenu) sont le groupe le plus marginalisé par le système de soins buccodentaire actuel.[24]-[27] En effet, 50 % des Canadiens de cette tranche de revenu n’ont pas d’assurance dentaire.[11] C’est cette population qui a le moins accès aux soins buccodentaires et qui ploie sous le plus grand fardeau de maladies non traitées.[26]
La plupart des programmes de santé dentaire en pédiatrie offerts par le secteur public au Canada ne comprennent que les traitements d’urgence ou de base et ne couvrent que des soins limités pour les prestataires d’aide sociale ou les enfants de familles à faible revenu. L’étendue de ces programmes diffère considérablement entre les provinces et les territoires pour ce qui est du type de services couverts, des limites d’âge et de la fréquence des visites dentaires (tableau 1).[28]
Au Canada, les services dentaires publics ont tendance à faire appel à une échelle de remboursement moins élevée que les prestations privées (p. ex., de 50 % à 60 % des taux contenus dans le guide des honoraires de l’Ontario Dental Association). Une étude américaine a révélé qu’en raison des écarts entre les taux de remboursement public et privé, les dentistes n’acceptent peut-être pas tous aussi facilement les patients qui proviennent du secteur public.[29]
Les problèmes de santé buccodentaire sont l’une des maladies les plus coûteuses au Canada. Ils se comparent au cancer et aux maladies cardiovasculaires en matière de coûts, mais leur financement public est exagérément faible.[1] Parmi les pays faisant partie de l’Organisation de coopération et de développement économiques, le Canada arrive en avant-dernière place pour ce qui est du financement public des soins buccodentaires.[30] Les soins buccodentaires financés par le gouvernement s’élèvent actuellement au maigre pourcentage de 4,9 % des dépenses dentaires totales,[31] un fléchissement de 7,7 % par rapport à 1995 et un recul par rapport au pic de 20 % du début des années 1980.[32] Les soins buccodentaires financés par les fonds publics oscillent entre 1,5 % en Ontario et 77 % au Nunavut.[33] Les dépenses du gouvernement canadien en matière de traitements dentaires per capita sont passées de 11,00 $ en 1975 à seulement 19,54 $ en 2010, tandis que les dépenses du secteur privé ont presque triplé pendant la même période (de 135 $ à 379 $ per capita).[34]
Dans les familles à faible revenu, la part du budget affectée aux soins buccodentaires augmente régulièrement depuis les années 1980, ce qui reflète la diminution généralisée du financement gouvernemental des soins buccodentaires et le coût croissant des traitements. D’après cette tendance, les familles canadiennes à faible revenu éprouvent encore plus de difficultés qu’auparavant à accéder aux soins buccodentaires.[32]
Cependant, malgré les investissements publics à la baisse, les Canadiens sont attachés à l’idée de soins buccodentaires financés par le gouvernement, et ils la soutiennent.[35]
La CaPE est une maladie chronique multifactorielle influencée par des facteurs biomédicaux (régime alimentaire, bactéries, hôtes) et par les déterminants sociaux de la santé. Des pratiques alimentaires inadéquates auprès des nourrissons (p. ex., alimentation prolongée et fréquente au biberon et consommation excessive de jus) sont un facteur important de formation de CaPE. Le processus carieux peut être contrôlé grâce à la mise en œuvre de mesures communautaires, professionnelles et individuelles, telles que la promotion d’une bonne alimentation, l’amélioration du régime alimentaire, la fluoration de l’eau, l’utilisation accrue de fluor topique et de scellants dentaires par les dispensateurs de soins de première ligne et l’utilisation de dentifrice fluoré.[36]
La fluoration de l’eau est une réalisation à la fois importante et rentable de la santé publique, et c’est la mesure la plus efficace pour prévenir la carie.[36] Pourtant, seulement 45,1 % des réserves d’eau des collectivités du Canada sont fluorées. De plus, 76 % de la population de l’Ontario ont accès à de l’eau fluorée, par rapport à seulement 1,5 % de celle de Terre-Neuve-et-Labrador.[37]
Des données probantes irréfutables démontrent que l’utilisation de fluor topique réduit le taux de caries chez les enfants,[38]-[40] y compris une récente analyse Cochrane sur le vernis fluoré.[38] D’après des lignes directrices probantes, il est recommandé d’appliquer du vernis protecteur tous les six mois aux populations à haut risque, y compris les enfants des Premières nations.[39] Il est également démontré que l’utilisation régulière de rince-bouche fluoré réduit la carie dentaire chez les enfants plus âgés, quelles que soient les autres sources de fluor.[40] L’Association dentaire canadienne appuie la fluoration de l’eau et l’utilisation topique de fluor.[41]
Les caries dentaires se forment selon un processus de maladie infectieuse non classique.[13] La transmission verticale de Streptococcus mutans (l’organisme le plus associé à la CaPE) entre la personne qui s’occupe du nourrisson et celui-ci est bien étayée.[42] La transmission horizontale s’observe également dans les milieux de garde.[43] D’après certaines données probantes, la fenêtre d’infectiosité du S mutans chez les enfants se produit tôt dans la petite enfance, soit entre 19 et 31 mois de vie.[42] Puisque la modification de la flore dentaire de la personne qui s’occupe du nourrisson avant que celui-ci soit colonisé peut avoir d’importantes répercussions sur le nombre de caries de l’enfant, l’intervention précoce et les conseils opportuns constituent d’importantes stratégies de promotion de la santé buccodentaire.[44]
Les enfants ayant des antécédents de CaPE sont plus vulnérables à de futures caries des dents permanentes.[45] Les enfants qui ont profité de visites dentaires préventives dès un jeune âge étaient plus susceptibles de faire appel à des services préventifs par la suite et à engager moins de frais dentaires au fil du temps.[46]-[47]
Une grande partie du fardeau des maladies dentaires est concentrée chez les personnes défavorisées : familles à faible revenu, enfants autochtones, nouveaux arrivants et enfants ayant des besoins particuliers. En plus de présenter un taux plus élevé de maladies dentaires, ces populations marginalisées ont souvent un accès limité, sinon inexistant, aux soins buccodentaires.[26]
À l’instar de la santé globale, la santé buccodentaire est fortement influencée par la situation socioéconomique. Une étude canadienne a démontré que le taux de caries des enfants des familles aux revenus les plus faibles est deux fois et demie plus élevé que celui des familles aux revenus plus élevés.[48] Une autre étude a révélé que la probabilité de recevoir des soins buccodentaires au cours d’une année augmente de manière considérable et indépendante, proportionnellement à l’assurance dentaire, au revenu familial et au niveau de scolarisation.[49] Les Canadiens au revenu plus élevé étaient trois fois plus susceptibles de consulter un dentiste que le groupe au revenu le plus faible.[50] Même si les prestations d’assurance réduisent cet écart, les personnes assurées des groupes à faible revenu ou au niveau de scolarisation moins élevé n’étaient pas aussi susceptibles que les personnes ayant un revenu plus élevé d’avoir consulté un dentiste au cours de l’année précédente, ce qui démontre l’importance de ces déterminants sociaux de la santé sur l’accès aux soins buccodentaires.[50]
Les travailleurs à faible revenu sont particulièrement vulnérables, car leur situation d’emploi les rend souvent non admissibles aux soins buccodentaires en vertu des programmes gouvernementaux, tandis que les emplois qu’ils exercent sont rarement assortis d’une assurance-maladie. Les travailleurs dont le revenu est restreint ont d’autres besoins, comme la nourriture, les vêtements et le logement, et peuvent considérer les visites chez le dentiste comme un luxe.[24] Dans ce groupe, les factures dentaires peuvent même menacer la sécurité alimentaire.[51]
Dans une étude menée en Nouvelle-Écosse, l’accès à un programme gouvernemental d’assurance dentaire universelle n’a pas éliminé les écarts des taux de caries selon la situation socioéconomique.[52] D’après cette observation, on ne peut réduire les écarts en matière de santé buccodentaire en se fiant seulement à l’accès universel aux soins buccodentaires. Il faut donc orienter des efforts vers la compréhension des déterminants sociaux et comportementaux plus vastes de la santé buccodentaire.
La santé buccodentaire des enfants autochtones du Canada constitue une crise de santé publique.[14][53] Ces populations font face à des obstacles financiers, géographiques et socioculturels en matière de soins buccodentaires. La prévalence et le taux de caries des enfants autochtones sont beaucoup plus élevés que ceux de la population pédiatrique générale.[54]-[59] Ainsi, les indices de dents cariées, absentes ou obturées (indice CAOD) peuvent atteindre 13,7 (indice maximal de 20) dans certains peuples des Premières nations du nord du Manitoba [58], où le taux de CaPE se situe entre 50 % et 97 %.[59] Même si cet écart est plus visible chez les enfants des communautés éloignées inuites et des Premières nations, il est également évident chez les enfants autochtones des centres urbains.[14] Les enfants des Premières nations des communautés du Grand Nord présentent un taux extraordinairement élevé d’interventions de restauration.[60] Malheureusement, seul un enfant sur trois de moins de quatre ans ayant droit aux SSNA va chez le dentiste une fois par année,[14] probablement en partie à cause de l’absence de spécialistes de la santé buccodentaire dans de nombreuses communautés.
Plusieurs études confirment les écarts entre les enfants néocanadiens et leurs camarades nés au Canada, tant pour ce qui est de l’état de santé buccodentaire que de l’utilisation des services dentaires.[61]-[63] De nombreux enfants immigrants proviennent de pays sans soins buccodentaires. À leur arrivée au Canada, les immigrants se heurtent à des obstacles linguistiques et culturels, ne connaissent pas le système de santé et n’ont pas de ressources financières, ce qui nuit encore davantage à leur accès à des soins buccodentaires convenables.[61]
La mauvaise santé buccodentaire est courante chez les enfants ayant des besoins particuliers.[16] Au sein de cette population, l’accès aux soins buccodentaires peut être écarté en raison des coûts, de la distance d’un centre pédiatrique de soins tertiaires et de la pénurie de dentistes pédiatriques formés pour soigner les enfants ayant des besoins médicaux complexes. Les délais à accéder à des soins buccodentaires chez les enfants ayant des besoins particuliers peuvent retarder une transplantation d’organe ou de moelle osseuse ou d’autres opérations essentielles.[26]
Les prestations de soins buccodentaires sont de compétence provinciale et territoriale.[28][32] Les enfants de familles à faible revenu (qu’elles soient sur l’aide sociale ou non) ont généralement droit à un certain soutien pour accéder aux services dentaires. Souvent, des dispositions plus ciblées de la législation portent sur les enfants ayant des incapacités et les enfants en foyer d’accueil. Les prestations prévues par les divers programmes varient énormément et ont tendance à être axées sur les soins thérapeutiques plutôt que préventifs (tableau 1). Il est à souligner que le tableau 1 ne tient pas compte des prestations aux enfants de familles sur l’aide sociale, pour lesquelles l’ensemble des provinces et des territoires prennent certaines dispositions.
Les interventions buccodentaires liées à la CaPE sont les principales interventions que subissent les enfants d’âge préscolaire en consultations externes dans la plupart des hôpitaux pédiatriques et hôpitaux généraux du Canada.[15] Les coûts d’hospitalisation et de transport, ainsi que les risques de l’anesthésie générale, sont importants.[64] Malheureusement, l’apparition de nouvelles caries est courante dans les mois suivant la réparation sous anesthésie générale. De nombreux enfants ont besoin d’être opérés à répétition en raison de maladies évolutives,[60] notamment au sein des peuples des Premières nations.[53]
Le Bulletin de L’Alliance sur les temps d’attente (de juin 2010) contenait une compilation des temps d’attente de chirurgie pédiatrique dans 15 centres universitaires de santé pédiatrique. La dentisterie pédiatrique, notamment les interventions d’extraction dentaire, obtenait la note la plus faible (D), reflétant le fait que seulement 50 % à 59 % des patients étaient traités dans un délai médicalement acceptable.[65]
L’affilation à un dentiste
En 2005, l’Association dentaire canadienne a publié un document de principes dans lequel elle recommandait une évaluation dentaire des nourrissons dans les six mois suivant l’éruption de leur première dent et pas plus tard qu’à un an.[66] Dans le document de principes de la section de la dentisterie pédiatrique de l’American Academy of Pediatrics rédigé en 2003, on préconise la même période pour établir une « affiliation » à des soins dentaires.[67] Dans le Relevé postnatal Rourke, il est recommandé que la première visite chez le dentiste se produise entre l’âge de neuf et 15 mois.[68]
Des données probantes appuient « l’affiliation » à des soins dentaires dès l’âge d’un an.[69] On se fie à une intervention professionnelle précoce pour effectuer un examen et une évaluation du risque et pour donner des conseils préventifs aux parents, afin de prévenir la maladie. Les interventions professionnelles entreprises plus tard (p. ex., entre trois et cinq ans) n’ont pas réussi à prévenir la colonisation bactérienne précoce de la bouche ou ses effets cariogéniques.[69]
Malgré la position de l’Association dentaire canadienne sur la première visite chez le dentiste, l’effet de cette recommandation est limité chez les dentistes,[70] et bien des enfants canadiens continuent de se passer d’évaluation dentaire jusqu’à ce qu’ils soient beaucoup plus âgés.[13]
Puisqu’à l’ordinaire, les enfants rencontrent un médecin de famille ou un pédiatre avant d’aller chez le dentiste pour la première fois, les dispensateurs de soins de première ligne jouent un rôle essentiel dans la promotion de la santé buccodentaire chez les enfants.[22] Ils doivent connaître la cariologie dentaire et la prévention, être en mesure de dépister les enfants à haut risque de maladie dentaire et donner des conseils préventifs aux familles. Souvent, ils doivent également affronter les complications systémiques des caries dentaires non traitées.
La plupart des pédiatres interrogés croient avoir un rôle important à jouer à l’égard des problèmes de santé buccodentaire des enfants.[71]-[72] Cependant, l’absence d’information et de connaissances à jour et la difficulté qu’éprouvent les pédiatres à aiguiller les patients vers des soins dentaires professionnels sont souvent citées comme des obstacles à leur efficacité.[65] Un récent sondage canadien a permis d’établir que près du quart des pédiatres et des médecins de famille affirmaient n’avoir reçu aucune formation en santé buccodentaire à la faculté de médecine ou en résidence. Ainsi, 79 % des pédiatres et 89 % des médecins de famille déclaraient avoir reçu moins de trois heures de formation sur le sujet pendant cette période de leurs études. Ces deux groupes de praticiens répondaient plutôt mal à des questions sur les connaissances de la CaPE.[72]
Il existe des documents de principes sur les interventions préventives et les conseils préventifs en santé buccodentaire conçus pour aider les dispensateurs de soins de première ligne.[22][36][73]
Il est essentiel se doter de politiques et pratiques probantes pour dispenser des soins buccodentaires de qualité. Il est capital de disposer de données probantes pour appuyer des interventions et traitements particuliers. Au Canada, les systèmes publics d’information sur les soins buccodentaires sont peu développés. Ils assurent une surveillance minimale des maladies et une évaluation minimale des programmes.[32] Une stratégie de collecte et d’analyse des données sur la santé buccodentaire pédiatrique s’impose dans l’ensemble du système pour comprendre toute l’ampleur de ce problème de santé publique et pour mesurer l’efficacité des interventions actuelles et futures. De plus, il n’existe pas de données sur les effectifs (p. ex., le nombre, le type et la répartition des dispensateurs).[20][32]
Depuis dix ans, plusieurs initiatives positives ont visé à améliorer la santé buccodentaire au Canada. Le Bureau du dentiste en chef a été créé en octobre 2004 afin de fournir des compétences et de donner des conseils sur les politiques.[19] Il n’existe pas de poste de leaderhsip comparable pour représenter les besoins buccodentaires des enfants et des adolescents sur la scène fédérale.
Le groupe de travail fédéral-provincial-territorial des directeurs de santé dentaire a préparé la Stratégie canadienne de santé buccodentaire (SCSB) en 2004, après des consultations auprès des professionnels de la santé, d’organisations connexes et de représentants ministériels. Cette stratégie visait à établir des buts et stratégies de promotion de la santé buccodentaire, d’accès aux soins buccodentaires et de surveillance de ces soins. La SCSB a établi des objectifs pour 2010 qui incluaient l’ensemble des provinces et territoires disposant d’un programme de santé buccodentaire auprès des enfants de familles à faible revenu et offrant des programmes scolaires de prévention axés sur la santé buccodentaire.[20] Depuis, la plupart des territoires de compétence ont pris des dispositions pour les enfants de familles à faible revenu, mais les prestations assurées par ces programmes varient.
L’Académie canadienne des sciences de la santé, une association qui donne des conseils d’experts dans les disciplines liées aux sciences de la santé, a commandé une étude pour améliorer l’accès des Canadiens aux soins de santé buccodentaire.[21]
L’Initiative en santé buccodentaire pour les enfants, lancée en 2004, a été élaborée par Santé Canada pour combler l’écart entre les enfants des Premières nations qui habitent dans les réserves ou les enfants inuits et la population générale canadienne.[74]
Les soins buccodentaires, tout comme les soins de santé, sont un service essentiel, et tous les paliers du gouvernement doivent s’engager à dispenser des soins buccodentaires de qualité à chaque jeune Canadien. Les pédiatres sont en position idéale pour prôner des programmes et services visant à réduire les disparités et à promouvoir une meilleure santé buccodentaire.
Les cinq secteurs pour lesquels la formulation de politiques est la plus pressante s’établissent comme suit :
Puisque la santé buccodentaire en pédiatrie est un élément fondamental de la santé globale, les services et programmes de soins buccodentaires devraient être soumis aux mêmes normes d’accessibilité, d’universalité et d’intégralité que les autres responsabilités établies en vertu de la Loi canadienne sur la santé. C’est pourquoi la Société canadienne de pédiatrie recommande que les gouvernements provinciaux, territoriaux et fédéral prennent les mesures suivantes :
Les catégories de recommandation se fondent sur le Groupe d’étude Canadien sur les soins de santé préventifs (www.canadiantaskforce.ca).
La SCP recommande également les mesures suivantes :
La section de la santé buccodentaire en pédiatrie de la Société canadienne de pédiatrie a révisé le présent document de principes, qui est approuvé par l’Académie canadienne de dentisterie pédiatrique. Nous tenons également à remercier la docteure Jeanne-Nicole Faille, qui a révisé la version française.
COMITÉ DE LA PÉDIATRIE COMMUNAUTAIRE DE LA SCP
Membres : Carl Cummings MD (président); Sarah Gander MD; Barbara Grueger MD; Larry B Pancer MD; Anne Rowan-Legg MD; Ellen P Wood MD (représentante du conseil)
Représentante : Ruth B Grimes MB, section de la pédiatrie communautaire de la SCP
Auteure principale : Anne Rowan-Legg MD
Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.