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Canadian Paediatric Society

Point de pratique

Les sextos : Assurer la sécurité et la responsabilité des adolescents dans un monde adepte de technologie

Affichage : le 1 janvier 2010 | Reconduit :le 1 février 2016


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Auteur(s) principal(aux)

DK Katzman; Société canadienne de pédiatrie, Comité de la santé de l’adolescent

Paediatr Child Health 2009;15(1):43-5

Fille : koi 2 9
Gars : jme100 ot ceswar fokjT vwa
Fille : k tuve vwar d pic
Gars : dak

Traduction
Fille : Quoi de neuf?
Gars : Je me sens sexy ce soir. Il faut que je te voies.
Fille : O.K. Tu veux voir des photos?
Gars : D’accord.

De quoi parlent ces adolescents dans leur texto? De quelles pic (photos) parlent-ils? Ces adolescents s’envoient des « sextos ». Les sextos désignent l’envoi et la réception de messages sexuellement explicites ou de photos ou de vidéos d’eux nus ou semi-nus (surtout entre téléphones cellulaires, mais également entre dispositifs ou technologies de partage des médias, c’est-à-dire le courriel ou Internet). Les sextos sont un phénomène reconnu depuis plusieurs années et constituent une pratique mon­diale chez les adolescents et les jeunes adultes. Malgré leur prévalence, on n’en sait pas grand-chose, en partie parce que les technologies évoluent rapidement, ce qui les rend difficiles à étudier. Une recherche dans PubMed révèle que le terme anglais sexting est inexistant dans les publications de recherche. En fait, la recherche de sexting dans PubMed n’a donné aucun résultat (Your search for sexting retrieved no results).

Dans un effort pour mieux comprendre la pratique des sextos, l’American National Campaign to Prevent Teen and Unplanned Pregnancy et CosmoGirl.com ont commandé une enquête [1] auprès des adolescents et des jeunes adultes afin d’explorer leur activité électronique. Ils ont enquêté auprès de 1 280 jeunes, soit 653 adolescents (de 13 à 19 ans) et 627 jeunes adultes (de 20 à 26 ans), sur les sextos pendant l’automne 2008. Cette étude séparait les données sur les adolescents de celles sur les jeunes adultes. D’après les résultats, un adolescent sur cinq avait envoyé ou affiché des photos ou des vidéos d’eux-mêmes nus ou semi-nus. Les messages suggestifs (envoyés par texte, courriel ou messagerie instantanée) étaient encore plus prévalents que les images suggestives, 39 % de l’ensemble des adolescents en envoyant ou en affichant et 48 % d’entre eux en ayant reçu. Environ 71 % des adolescentes et 67 % des adolescents qui avaient envoyé ou affiché un contenu suggestif déclaraient l’avoir fait à l’intention de leur amoureux ou amoureuse, et 21 % des adolescentes et 39 % des adolescents affirmaient l’avoir envoyé à des personnes avec qui ils souhaitaient « avoir une relation ». Quarante-quatre pour cent des adolescentes et 36 % des adolescents disaient que les messages textes suggestifs et les photos d’eux nus ou semi-nus sont souvent partagés avec d’autres personnes que les destinataires prévus. Les adolescents et adolescentes admettaient que l’envoi ou l’affichage de contenu suggestif avait des répercussions sur leur comportement. En effet, 22 % étaient plus susceptibles d’utiliser des images et des mots suggestifs dans leurs messages textes que dans les communications en personne, 38 % admettaient que l’échange de contenu suggestif rendait les fréquentations ou les « relations » plus probables et 29 % croyaient que cet échange augmentait la possibilité de se fréquenter ou d’« avoir une relation ». La principale raison qu’invoquaient les adolescents et les adolescentes pour envoyer un contenu suggestif, c’était sa perception d’activité « amusante ou de flirt ».

Pourquoi les adolescents envoient-ils des sextos? L’adolescence est une période charnière pour le développement de l’identité et de l’autonomie. Cette période se carac­térise par une plus grande capacité de raisonnement abstrait, l’acquisition d’un sentiment de perspective, de compromis et d’établissement de limites, un plus grand besoin de respect de la vie privée, l’apparition des sentiments d’ordre sexuel et de l’expérimentation sexuelle, l’implantation d’un système personnel de valeurs et le raffinement des valeurs morales et sexuelles [2]. Une partie de cette expérimentation et de cette découverte de soi s’exprime par l’envoi de textos ou de sextos. L’envoi de textos est une habileté qui permet aux adolescents d’être sociables et d’interagir avec d’autres, tout en assurant une distance par rapport au contact personnel. Ce médium électronique permet aux adolescents de dissimuler qui ils sont tout en s’exprimant et en favorisant des relations personnelles qui n’auraient peut-être pas lieu en personne. Par exemple, les personnes timides, solitaires et anxieuses ont tendance à se sentir moins stressées et plus à l’aise de s’exprimer par texto et à trouver plus facile de nouer des amitiés de cette manière que par des rencontres directes [3]. La pression exercée par les camarades et leurs attentes peuvent expliquer en partie l’envoi de sextos par les adolescents. D’après l’étude citée plus haut [1], 51 % des adolescentes se sentaient poussées par des adolescents à envoyer des messages « sexy ». De plus, 23 % des adolescentes et 24 % des adolescents ont déclaré avoir été poussés par des amis à envoyer ou à afficher un contenu de nature sexuelle. Même s’il peut être difficile pour les adolescents de résister à la pression exercée par les camarades, ils doivent être encouragés à ne rien faire qui les rend mal à l’aise, même dans le cyberespace. Les adolescents doivent se sentir habiletés à dire « non » aux demandes en vue d’envoyer des photographies, des vidéos ou des textes suggestifs. Il nous reste beaucoup à apprendre sur la prove­nance des comportements liés aux sextos.

Le danger évident des sextos, c’est qu’ils peuvent être rapidement et largement diffusés. Une fois le message ou l’image dans le cyberespace, l’expéditeur perd le contrôle et ne peut assumer qu’il demeurera privé [4]. Les adolescents doivent comprendre que rien de ce qui se trouve dans le cyberespace n’est jamais supprimé. Les amis, les ennemis, les parents, les enseignants, les entraîneurs, les policiers, les étrangers, les prédateurs sexuels et les employeurs potentiels peuvent recevoir ou trouver d’anciens affichages. Même si l’adolescent supprime le texte ou l’image, celui-ci peut avoir été copié, envoyé et affiché ailleurs. Il faut également tenir compte du fait que la réaction du destinataire au message ne sera peut-être pas celle que l’expéditeur prévoyait. Par exemple, quatre filles sur dix qui avaient envoyé un contenu suggestif l’avaient fait à la blague, tandis le tiers des adolescents pensaient que les filles qui envoyaient un tel contenu le faisaient dans l’espoir de fréquentations ou d’une « relation » [1]. Des conséquences sociales, psychologiques et juridiques s’associent à la réception, à l’envoi ou à la retransmission d’images suggestives. En effet, les adolescents doivent savoir qu’ils peuvent être arrêtés, accusés et reconnus coupables de posséder ou distribuer de la pornographie juvénile, même s’il s’agit d’eux-mêmes [5]. Contrairement à d’autres pays, aucune accusation n’a encore jamais été portée en conséquence de l’envoi de sextos au Canada. Ce dont il faut se souvenir, c’est que rien n’est anonyme dans le cyberespace.

Dans ce monde numérique, les parents doivent apprendre à mieux connaître les technologies qu’utilisent leurs enfants. Ils doivent aussi savoir que de nombreux adolescents s’envoient des sextos [1]. Les parents devraient être encou­ragés à demander à leurs enfants, d’une manière adaptée à leur développement, ce qu’ils savent des sextos. Les enfants et les jeunes adolescents qui sont détenteurs d’un téléphone cellulaire n’ont peut-être jamais entendu le terme « sexto ». Par conséquent, les parents peuvent discuter avec eux de l’envoi et de la réception de photos d’enfants, d’adolescents ou d’adultes nus. De plus, les parents peuvent leur apprendre que les messages textes ne doivent jamais contenir de photos d’enfants, d’adolescents ou d’adultes sans leurs vêtements ou en train de se toucher ou de s’embrasser d’une manière qui les met mal à l’aise. Quel que soit l’âge ou l’étape de développement de l’adolescent, il est important d’écouter son point de vue sur la question puis de lui transmettre de l’information précise et adaptée à son développement. Les parents doivent discuter avec leurs enfants de l’utilisation sécuritaire et responsable d’Internet et du téléphone cellulaire. Ils doivent répéter que les messages ou les photos envoyés par téléphone cellulaire ou par ordinateur ne sont ni privés, ni anonymes. Ils doivent être francs et expliquer à leurs adolescents qu’ils surveilleront les activités liées à l’ordinateur et au téléphone cellulaire, y compris avec qui leurs enfants passent du temps à l’ordinateur et au téléphone. À l’instar des autres comportements des adolescents, les parents devraient communiquer à leurs adolescents ce qu’ils perçoivent comme un comportement responsable avec le matériel électronique. Les parents peuvent aider leurs adolescents à déterminer les conséquences potentielles de comportements comme les sextos, afin de les aider à tirer leurs propres conclusions sur les résultats potentiels de leurs actions. Les écoles peuvent constituer une autre ressource pour éduquer les parents, les enseignants et les étudiants quant aux risques et aux conséquences de leurs comportements à l’ordinateur et au téléphone cellulaire [4].

Les professionnels de la santé qui soignent des adolescents doivent convenir que les sextos constituent un problème de santé publique. Ils doivent mieux s’informer à cet égard pour se sentir à l’aise de poser des questions sur les sextos dans le cadre des visites de santé des adolescents et d’y intégrer des discussions sur l’utilisation sécuritaire et responsable des ordinateurs et des téléphones cellulaires. La stratégie d’entrevue de HEADSS (acronyme anglais pour maison, éducation, activités, drogues, sexes et sexualité, et suicide et humeur) peut aider les professionnels de la santé à organiser leurs questions de manière à mieux explorer les nombreux problèmes liés aux sextos [6]. Qui plus est, les professionnels de la santé doivent parler aux adolescents et à leur famille des risques et des conséquences potentielles des sextos. S’ils abordent ces questions, ils peuvent éviter qu’un adolescent ou une adolescente se mette dans une situation compromettante.

La technologie est bien enracinée, et elle évolue rapidement. Les enfants et les adolescents continueront d’utiliser les technologies actuelles et les nouvelles technologies. Les professionnels de la santé et les parents doivent prévoir de nouvelles approches pour assurer la sécurité et la responsabilité numériques des enfants tout en favorisant des comportements positifs et un bon jugement dans ce monde adepte de technologie. Nous devons faire tout ce qui est possible pour éviter que les adolescents fassent une erreur susceptible de changer leur vie à jamais.

COMITÉ DE LA SANTÉ DE L’ADOLESCENT

Membres : Franziska Baltzer MD; April Elliott MD; Johanne Harvey MD; Debra K Katzman MD; Stan Lipnowski MD (représentant du conseil); Jorge Pinzon MD (président)
Auteure principale : Debra K Katzman MD


Références

  1. The National Campaign to Prevent Teen and Unplanned Pregnancy, and CosmoGirl.com. Sex and tech: Results from a survey of teens and young adults. Version à jour le 13 janvier 2010.
  2. Radzik M, Sherer S, Neinstein LS. Psychosocial development in normal adolescents. In: Neinstein LS, Gordon CM, Katzman DK, Rosen DS, Woods ER, eds. Adolescent Health Care: A Practical Guide. Philadelphia: Lippincott Williams and Wilkins, 2007:27-31.
  3. Reid DJ, Reid FJ. Text or talk? Social anxiety, loneliness, and divergent preferences for cell phone use. Cyberpsychol Behav 2007;10:424-35.
  4. American Academy of Pediatrics. Talking to kids and teens about social media and texting. www.aap.org/advocacy/releases/june09socialmedia.htm (version à jour le 13 janvier 2010).
  5. Code criminel du Canada. 163. Infractions tendant à corrompre les mœurs. Ministère de la Justice du Canada. Version à jour le 13 janvier 2010.
  6. Norris ML. HEADSS up: Adolescents and the Internet. Paediatr Child Health 2007:12:211-6.

Avertissement : Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.

Mise à jour : le 10 mars 2017