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International Child Health Section: Articles
Andréanne Villeneuve
Mali et Burkina Faso, Afrique
du 8 février au 4 avril 2010
J’étais entrée depuis peu à la faculté de médecine lorsque j’ai entendu pour la première fois parler de santé internationale. Le mot « santé » avait piqué ma curiosité pour les mêmes raisons qui m’avaient motivée à entreprendre mes études en médecine : l’intérêt pour la relation d’aide médecin-patient, le travail pour le bien-être de l’autre, le défi diagnostic… Au même moment, le terme « international » me rappelait vivement mon attirance pour les voyages, l’aventure et la découverte des cultures du monde. Je réalisais tout juste la beauté du concept formé par ces deux termes, que j’avais déjà la solide
conviction
d’aller faire, dans le futur, des stages à l’étranger.
Cette curiosité pour la médecine internationale, nourrie par le cours de santé internationale que j’ai fait de janvier 2009 à octobre 2009 en parallèle à ma résidence en pédiatrie, a été ma source de motivation à organiser un stage optionnel au Mali et au Bénin. Toutes les démarches menant à la réalisation d’un tel projet demandent beaucoup de persévérance et une excellente capacité d’adaptation. En effet, à 48 heures de mon départ pour l’Afrique, pour des raisons hors de mon contrôle, la partie du stage que je devais effectuer au Bénin a été annulée. Étant donné qu’un retour plus précoce n’était pas pour moi une option satisfaisante, une journée d’appels et de courriels suffit pour planifier l’alternative de poursuivre mon stage au Burkina Faso. Ainsi, au début de février 2010 je m’envolais vers cette aventure extraordinaire d’une durée de 2 mois. J’avais en tête les objectifs de consolider et d’appliquer à la clinique toutes les connaissances théoriques acquises au cours des derniers mois, de développer davantage mon sens clinique par le contexte de ressources limitées, et de découvrir cette fascinante culture africaine.
La première moitié de mon stage s’est déroulée tout d’abord en milieu rural, dans un village de la région de Kolokani, à Segué. Mon équipe, constituée de d’autres résidents et médecins canadiens, ainsi que d’internes maliens, assurait un service de consultation sans rendez-vous au Centre de Santé Communautaire (CESCOM). Les patients venaient de partout dans la région et marchaient parfois plusieurs dizaines de kilomètres avec leur famille pour nous faire part de leurs problèmes. Ceux-ci étaient d’une grande diversité, de la déshydratation grave ou la méningite typique, jusqu’au besoin d’une confirmation de grossesse, ou simplement par curiosité de voir les médecins « toubabous » (ce qui signifie « blancs »). Environ deux journées par semaine, notre équipe se déplaçait dans les villages plus éloignés pour y effectuer des consultations. Cette initiative qu’on appelle « stratégie avancée » a pour but d’améliorer l’accessibilité aux soins médicaux. Notre petite clinique mobile était constituée d’une tente et d’un lit de camp pour examiner les patients avec un minimum de confidentialité, ainsi que d’un coffre de médicaments essentiels. Les conditions de pratique à Segué correspondaient à ce que j’avais imaginé comme médecine de brousse, avec comme seuls outils les signes cliniques, un thermomètre et un glucomètre. L’hôpital de première ligne la plus proche se trouvait à plusieurs heures en charrette tirée par un âne, principal moyen de transport des paysans du village, ce qui rendait les examens radiologiques et les tests de laboratoires inaccessibles pour la plupart des patients. Ceci est d’ailleurs une différence majeure que j’ai notée lorsque j’ai ensuite poursuivi mon stage dans des CESCOM de Bamako, la capitale du Mali, où ces moyens diagnostiques sont disponibles sur place. De plus, ces centres de santé en ville sont le milieu de formation de plusieurs internes en médecine et infirmières. Nous avons donc organisé des ateliers d’enseignement sur des sujets courants, tels les soins des plaies et les troubles de glycémie, incluant l’utilisation des glucomètres que nous avions emportés pour en faire don.
La deuxième moitié de mon stage s’est poursuivie à Nouna, une petite ville d’environ 15 000 habitants au nord-ouest du Burkina Faso, dans un Centre Médical avec Antenne Chirurgicale (CMA). Cet hôpital de première ligne comprend une unité de pédiatrie de 16 lits, où j’ai travaillé avec le médecin responsable et son équipe d’infirmiers et infirmières. Nous assurions le suivi des patients hospitalisés et des nouveau-nés de la maternité, en plus des consultations externes. Malgré que ma visite fût leur première expérience avec une stagiaire, nous avons eu des échanges extrêmement intéressants et ils ont su m’offrir un enseignement des plus enrichissants. J’ai ainsi été exposée à plusieurs fléaux touchant la population pédiatrique de ce milieu, la malnutrition étant de loin le plus important.
J’estime que mon stage en Afrique est un cadeau précieux qui m’a fait grandir à plusieurs niveaux. Ce cheminement se trace à partir de tous les défis qui viennent avec le fait de vivre et travailler dans un pays en voie de développement, mais surtout de quelques épisodes spécifiques qui m’ont marquées. Certains exemples méritent d’être cités.
Tout au long de ces quelques semaines, j’ai beaucoup réfléchi et appris sur la relation médecin-patient. Celle qui nous est enseignée chez nous n’a rien en commun à celle que j’ai connu chez le peuple africain! J’ai fait une telle constatation lorsque j’ai provoqué de la frustration chez les internes maliens en demandant au patient quel de deux traitements possibles il préférait. Ils me répondirent que c’est au médecin que revient cette décision, et que le patient n’avait rien à dire quant au choix de traitement. Ce rôle très paternaliste du médecin est ressorti également lorsqu’un patient était insatisfait et avait perdu toute confiance en la compétence de l’équipe parce qu’aucun médicament lui avait été prescrit. J’ai compris alors l’ampleur de l’impact d’une culture sur les perceptions. A partir de ce moment, devant tout patient, surtout ceux d’autres origines ethniques, je me questionne sur l’attitude la mieux adaptée pour établir un lien de confiance. Pour agir comme médecin dans le meilleur intérêt de notre patient, il faut s’ouvrir l’esprit et se laisser colorer par sa culture.
De plus, contrairement à mes attentes, rares ont été les occasions où j’ai eu à poser un diagnostic précis. Arrivant tout droit d’un milieu où, en tant que médecin, nous avons une pression constante à trouver le pourquoi exacte de l’état de santé de nos patients, je me sentais inconfortable de traiter plutôt les symptômes de mes patients, tels une fièvre, une toux ou une diarrhée. Ma déception initiale de me pas pouvoir connaître la cause précise de ces symptômes s’est rapidement transformée en enthousiasme grandissant face à une approche toute nouvelle à mes yeux, l’approche syndromique largement utilisée par les dispensateurs de soins de santé dans les pays africains. J’ai ainsi amélioré ma tolérance à l’incertitude dans la prise en charge de mes patients, caractéristique de la médecine qui en fait selon moi un art.
Finalement, les africains ont su me donner une grande leçon de persévérance. En effet, les professionnels de la santé m’ont impressionnée par leur désir d’apprendre, de s’améliorer et d’offrir à tous des soins égaux et optimaux, peu importe leurs moyens. L’hôpital de Nouna est d’ailleurs un exemple en termes d’innovation, avec son centre de recherche annexé qui, malgré la grande limitation de ressources, fourmille d’activités visant à l’amélioration des soins et de la santé de la population.
Bref, mes objectifs de départ ont été amplement dépassés, et il n’y pas une journée depuis mon retour où je ne pense pas à l’Afrique. Mes perceptions, mes réflexions, mes pensées sont depuis teintées par cette expérience extraordinaire et intense, que je souhaite d’ailleurs de tous les résidents à un moment dans leur formation. Ces quelques semaines au Mali et au Burkina Faso m’ont ainsi beaucoup apporté, tant sur le plan personnel que professionnel, et m’ont donné la motivation de collaborer à nouveau avec les africains dans le futur, avec l’idée d’un éventuel projet de recherche.
Posted: September 2010
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