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Section de la santé des enfants dans le monde : articles
Glendale, Zimbabwe, du 1er au 30 novembre 2007
Soumis par Sarah Gander
Il m’a fallu du temps avant de trouver les mots pour décrire mon expérience de cinq semaines au Zimbabwe. Il m’est difficile d’exprimer ce que cette expérience apporte à l’esprit et à l’âme. Je suis résidente de dernière année en pédiatrie à l’université Queen’s de Kingston, en Ontario. J’ai passé cinq semaines à l’hôpital Howard du Zimbabwe, en Afrique, à travailler à l’aile de 40 lits pour enfants et à accueillir un flot continu d’enfants aux consultations externes. J’ai surtout vu des enfants souffrant de malnutrition, de traumatismes orthopédiques, de brûlures, de maladies respiratoires aiguës et chroniques et de gastro-entérite. L’aile est divisée entre les soins aigus et un programme d’alimentation pour les enfants qui présentent un retard staturopondéral.
Je pourrais poursuivre par la description classique d’une nation dévastée par le VIH-sida et la catastrophe économique, mais je me sens nauséeuse à l’idée que j’ai déjà lu ce type de résumés et que je ne peux les distinguer les uns des autres. Alors, envisagez ce qui suit : Que se passerait-il si vous étiez né à Glendale, au Zimbabwe? Vous êtes peut-être une infirmière (salaire moyen de 15 $ US par mois) ou même un médecin (salaire moyen de 50 $ US par mois) ou vous travaillez simplement pour le salaire qu’on veut bien vous donner. Vous ne recevez pas toujours cet argent parce que la banque n’a plus de devises, monopolisées par le marché noir. C’est décevant parce qu’il est peut-être temps de payer les frais de scolarité de votre enfant (40 $ US), d’acheter son uniforme (14 $ US) ou d’acheter du savon (9$ US). Vous n’avez pas d’argent pour manger, alors vous espérez qu’il pleuvra bientôt pour que les graines que vous avez plantées se mettent à pousser, mais il n’a pas vraiment plu depuis plus de trois ans. Vous avez entrepris un petit commerce de vente d’huile obtenue sur le marché noir. Vous en tirez assez d’argent pour acheter du maïs et du beurre d’arachides afin que vos enfants et vous restiez en vie. Deux de vos enfants sont morts, de « ce virus qui leur font perdre du poids et attraper des infections graves ». Puis, étrangement, des visiteurs sont arrivés. Ils sont Blancs. Ils marchent rapidement et semblent penser que leur façon de faire les choses est toujours la bonne, mais ils sont très envahissants. Ils vous donnent des crayons et des carnets et vous prennent en photo. Puis ils partent, ils partent toujours, et le Zimbabwe ne change pas. C’est difficile de voir s’ils ont vraiment contribué à sauver une vie ou à enseigner de nouvelles démarches vis-à-vis des vieux problèmes.
Étrangement, ce que j’ai constaté à l’autre bout du monde, c’est que les gens sont partout pareils. Les adolescentes se trouvent grosses (oui, vous avez bien lu) et les garçons trouvent toujours drôle de péter et de roter. Les mères veulent montrer les réalisations artistiques de leurs enfants et s’effondrent en larmes quand ils meurent. Les couples s’aiment profondément et se soutiennent jusqu’à la toute fin. Les parents veulent offrir à leurs enfants une vie meilleure que la leur et sont très fiers de leur réussite scolaire, artistique et sportive. Par contre, même si le désespoir émerge dans la voix de chaque Zimbabwéen, ils continuent de prier pour des temps meilleurs. Leur foi est riche, et ils perçoivent chaque jour comme un cadeau. La collectivité est solide et se rallie lorsque quelqu’un est dans le besoin. C’est peut-être nous qui pourrions apprendre d’eux.
J’ai vu les enfants les plus malades de ma carrière et j’en ai perdu 16 en cinq semaines. Ils auraient tous survécu si je les avais vus au Canada. Parfois, l’oxygène manquait, parfois, je n’avais pas d’antibiotiques et parfois, je n’avais aucune idée de ce qui se passait. À quel point vous fiez-vous aux radiographies thoraciques, aux échographies, aux analyses sanguines et aux consultations? Que feriez-vous en premier lieu si on vous appelait pour évaluer un nouveau cas de diabète de type 1 dans le coma et qu’à votre arrivée, on lui avait déjà donné un bolus de 20 cc/kg de NaCl 0,9 % et de potassium, mais pas d’insuline? Pas d’analyse sanguine, pas d’urinalyse, pas de surveillance glycémique à la maison, pas d’éducateur spécialisé en diabète, etc.
Mon expérience a enrichi ma perspective de ce qui est important dans la vie et dans une carrière. Assise ici, en ce 23 décembre, je me sens à mille lieues de Noël, mais vraiment privilégiée que ma famille soit près de moi et en santé. Mon examen du Collège royal aura lieu au printemps. Je suis certaine de ne pas y trouver de questions sur la manière de consoler une mère en sanglots parce qu’elle vient de perdre son enfant unique alors que vous ne connaissez pas sa langue maternelle. Je n’ai pas trouvé de livre sur la prise en charge en deuxième ligne de brûlures sur 60 % de la surface corporelle sans intraveineuse ou sur la façon d’expliquer à une mère que vous ne pouvez rien faire pour son bébé qui a obtenu son congé d’un hôpital éloigné à 1 200 grammes. Je suis devenue plus compétente dans ces aspects de mon travail, et j’ai changé à jamais. C’est ce que mon expérience m’a apporté. Mon intérêt pour la santé internationale a décuplé, et je m’aperçois que notre responsabilité sociale ne peut se limiter au port d’un bracelet de silicone ou au don d’une chèvre ou d’un poulet à une collectivité, même si chaque petit geste compte. Il faut exiger d’agir et ne pas tolérer qu’une nation observe sa population s’affamer et mourir de maladies évitables.
Je remercie la Société canadienne de pédiatrie de son appui, grâce auquel j’ai pu vivre cette expérience.
Affichage : janvier 2008
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