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Section de la santé des enfants dans le monde : articles
Chogoria, Kenya, du 19 novembre au 14 décembre 2007
soumis par Serina Patel
J’ai récemment passé un mois à Chogoria, au Kenya, dans le cadre d’un stage international en pédiatrie. Pendant cette période, j’ai travaillé à l’hôpital Chogoria de l’église presbytérienne d’Afrique du Sud (ÉPAS).
L’hôpital de Chogoria de l’ÉPAS est un hôpital général rural de 312 lits financé par la tarification et les dons des patients. Situé dans le district sud de Meru, il est situé à environ trois heures de route de Nairobi. Il est doté de services de médecine, de chirurgie, de pédiatrie, d’une maternité ainsi que de consultations externes, incluant des unités dentaire et oculaire. Les spécialistes présents sont un chirurgien, un obstétricien et un gynécologue. Un pédiatre et un interniste viennent à l’hôpital aux une à deux semaines. L’hôpital compte huit médecins d’établissement, équivalents à des internes, qui font la rotation entre les divers services. Deux médecins d’établissement ont une formation semblable à celle d’une deuxième année de surspécialité et plusieurs médecins cliniques ont une formation semblable à celle d’infirmières praticiennes, et de nombreuses infirmières sont également présentes. L’hôpital possède un grand département de santé communautaire fort actif, une clinique antirétrovirale pour les patients atteints du VIH et une unité de soins palliatifs.
À mon arrivée, j’étais éreinté par le long voyage à partir de la ville glacée de St. John’s, à Terre-Neuve. Cependant, pendant le trajet en voiture entre Nairobi et Chogoria, le magnifique panorama et, bien sûr, les routes cahoteuses, m’ont tenue éveillée. Nous avons conduit à travers monts et vallées, couverts d’une végétation luxuriante, jusqu’à notre arrivée près de la base du mont Kenya, au bout d’un chemin de terre. J’étais excité par les aventures à venir et par ce qui devait être l’une des expériences les plus enrichissantes de ma carrière médicale. Et tout ça, dans un cadre des plus enchanteurs.
J’ai consacré le mois à travailler avec un interne kényan et j’ai participé à tous les aspects des soins pédiatriques et néonatals, y compris les soins aux hospitalisés et des consultations externes fort achalandées. Un étudiant en médecine était parfois présent, ce qui me permettait de faire de l’enseignement. Il était écrasant d’être la seule personne formée en pédiatrie de l’hôpital, mais je me suis vite rendu compte que je jouissais d’un énorme soutien. Comme je l’ai dit, le pédiatre est venu deux fois pendant mon séjour. De plus, les internes possédaient d’excellentes connaissances sur les maladies pédiatriques courantes observées à Chogoria. Nous avons pu apprendre les uns des autres et échanger des connaissances qui ont amélioré la qualité des soins aux patients. J’ai surtout observé des cas de grave déshydratation et de malnutrition avec ses effets secondaires, comme le rachitisme et les maladies respiratoires, et de maladies infectieuses, comme le paludisme, la tuberculose et le VIH. Malheureusement, j’ai vu quelques cas de syndrome du stress post-traumatique chez de jeunes enfants, de même que des cas d’abandon d’enfants.
J’ai été impressionnée de constater que, malgré les limites et l’absence de ressources de cet hôpital, y compris la ventilation mécanique, les instruments médicaux comme les otoscopes et les thermomètres, les médicaments et les médecins avec surspécialité, l’hôpital de Chogoria offrait certains des meilleurs soins médicaux de la région. En fait, les soins médicaux y étaient supérieurs à ceux de nombreux organismes gouvernementaux. Les internes et les médecins d’établissement sont responsables de l’hôpital et n’ont qu’un an de formation postdoctorale. J’ai été renversée par leurs connaissances, les compétences et leur confiance. Il n’est pas surprenant que l’hôpital fonctionne si bien lorsque les médecins sont voués au bien-être des patientes et cherchent toujours à apprendre la médecine la plus à jour, malgré l’absence d’accès à des bibliothèques, à Internet et aux revues médicales.
Pendant mon stage, j’ai affronté plusieurs défis anticipés. J’ai dû m’adapter à un nouveau milieu et à de nouvelles pratiques de santé. Dans bien des occasions, j’ai pu être orientée et soutenue par mes collègues kényans. J’ai vécu la barrière linguistique avec mes patients, mais j’ai pu régler le problème rapidement. J’ai appris quelques expressions courantes en kiswahili, mais je me suis surtout fiée aux infirmières qui parlaient anglais et aux bons vieux liens humains établis grâce à des gestes et expressions universels.
J’ai affronté mon principal défi lorsque j’ai constaté les importantes lacunes dans la formation du personnel de soutien et des infirmières, qui auraient été inacceptables en Amérique du Nord. Je m’en suis rendu compte pendant la réanimation de l’un de mes patients les plus malades. Il y avait une carence dans les compétences fondamentales de sauvetage, comme l’initiation de la RCR et la ventilation par ballon et masque. J’étais attristée à la pensée que bon nombre de mes patients les plus malades auraient connu un bien meilleur sort s’ils avaient vécu au Canada. Cependant, j’ai profité de l’occasion pour sensibiliser les autres médecins à l’importance de ces compétences et du travail d’équipe dans les situations d’urgence. Nous avons décidé de l’importance d’organiser des séances de réanimation tous les mois pour acquérir de nouvelles compétences et bien s’en souvenir. Grâce à des dons généreux de Terre-Neuve, j’ai pu garnir la bibliothèque de plusieurs livres de PALS et d’enregistrement Broselow. J’espère qu’à ma prochaine visite, j’aurais la chance d’enseigner certaines de ces compétences dans un cadre plus officiel.
J’ai appris bien des choses, y compris une expérience supplémentaire en pédiatrie générale et une meilleure compréhension de la médecine tropicale, un domaine pour lequel nous recevons peu de formation. De plus, j’ai pu interagir avec d’autres stagiaires, dans un nouveau pays. D’un point de vue professionnel, l’expérience m’a appris à franchir ces obstacles. J’ai dû me fonder sur des compétences de base sur la prise de l’histoire médicale, sur un bon examen physique et sur des explorations minimales pour poser un diagnostic et établir un plan de prise en charge. Cette expérience aidera ma carrière parce que j’y penserai à deux fois avant de demander des tests et des explorations.
Je défends les enfants, dans ma collectivité et au sein de la communauté mondiale. Il est important que chaque pédiatre soit au courant des enjeux qu’affrontent les enfants du monde. Il est de notre devoir de faire connaître et de soutenir ces questions. À l’ère de la mondialisation, je rencontrerai sûrement des patients de pays en voie de développement, et si je connais quelque peu leur situation économique, sociale, affective ou politique, je serai mieux en mesure de répondre à leurs besoins.
J’ai d’excellents souvenirs de tous ceux que j’ai rencontrés : les médecins, les infirmières et, surtout, mes patients. Les Kényans ont bon cœur, sont chaleureux et accueillants. Ils ont fait en sorte que je me sente en sécurité et ont facilité mon adaptation aux différences culturelles, tant dans la pratique de la médecine que dans la vie quotidienne. Ils étaient reconnaissants du temps que je leur donnais et de mon amitié. Les enfants, d’abord interloqués par mon visage étrange, se tenaient gauchement au garde-à-vous lorsque je passais près d’eux. Ils sont toutefois vite devenus amicaux, ont démontré leurs manières affectueuses et m’ont gratifiée de leur sourire contagieux. Ma rencontre avec les habitants et ma participation à leurs activités quotidiennes m’ont culturellement enrichie. Nous avons partagé des expériences et des souvenirs qui m’accompagneront toute ma vie.
Je me sens redevable d’avoir passé du temps dans ce magnifique pays, et j’espère y retourner bientôt. J’ai stimulé mon désir de participer à des projets de santé des enfants dans le monde, et j’espère en inciter d’autres à rechercher des occasions similaires.
Mes pensées accompagnent mes collègues kényans qui affrontent une grande instabilité politique. Je ne peux qu’espérer que la paix arrive rapidement au Kenya et qu’ils puissent vaincre les défis qu’ils affrontent maintenant.
Affichage : mars 2008
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