Un nouveau vaccin conjugué contre le méningocoque :
Que devraient faire et savoir les médecins?

R Bortolussi, M Salvadori; Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d’immunisation
Paediatr Child Health 2009;14(8):518-20
No de référence : ID 2009-02

Aussi disponible : Le vaccin contre le méningocoque

Index des documents de principes du comité des maladies infectieuses et d'immunisation


La Société canadienne de pédiatrie autorise l’impression d’exemplaires uniques de ce document à partir de son site Web. Visitez la liste des documents de principes pour savoir lesquels sont disponibles en format pdf. Pour obtenir la permission d’imprimer ou de photocopier des exemplaires multiples, vous devez soumettre une demande détaillée à info@cps.ca.

RÉSUMÉ

R Bortolussi, M Salvadori; Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d’immunisation. Un nouveau vaccin conjugué contre le méningocoque : Que devraient faire et savoir les médecins? Paediatr Child Health 2009;14(8):518-520.

Un vaccin conjugué quadrivalent contre le méningocoque de sérogroupes A, C, Y et W135 (MCV4 [Menactra, sanofi pasteur, Canada]) a été lancé au Canada en 2007 pour les personnes de deux ans ou plus. Le MCV4 ajoute trois sérogroupes aux vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C, utilisé depuis plusieurs années. Les taux de méningococcies invasives du sérogroupe C ont fléchi depuis dix ans grâce au vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C. Cependant, l’incidence d’infection causée par les sérogroupes A, B, Y et W135 n’a pas tellement changé. Le vaccin MCV4 induit la production d’anticorps protecteurs contre les sérogroupes A, C, Y et W135 chez les adultes et les enfants de plus de deux ans. Les effets indésirables graves du vaccin MCV4 sont peu fréquents. Étant donné l’efficacité des vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C administrés aux jeunes nourrissons et le nombre élevé de méningococcies du sérogroupe C au Canada par le passé, les médecins devraient favoriser et promouvoir les programmes de vaccination subventionnés par le gouvernement entrepris dès l’âge de deux mois. Le vaccin MCV4 devrait également être administré aux enfants de deux ans plus vulnérables à une méningococcie. On peut également envisager de l’administrer aux enfants positifs au VIH de deux ans ou plus. Il faut offrir une dose de rappel du vaccin MCV4 ou d’un vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C à tous les adolescents vers l’âge de 12 ans. D’ordinaire, ces vaccins sont sécuritaires et bien tolérés.


Contenu


Plusieurs vaccins conjugués contre le méningocoque sont maintenant autorisés au Canada : trois vaccins contre le sérogroupe C (Menjugate [Novartis, Canada], Meningitec [Wyeth, Canada et NeisVac-C [GlaxoSmithKline, Canada]) et un nouveau vaccin contre les sérogroupes A, C, Y et W135 (MCV4, Menactra [sanofi pasteur, Canada]). Le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI) a publié des documents de principes sur le vaccin MCV4 en 2007 et en 2009 (1,2). Le CCNI recommande actuellement l’utilisation d’un vaccin conjugué monovalent contre le méningocoque de sérogroupe C pour tous les nourrissons et l’administration d’au moins une dose après l’âge de 12 mois. Le vaccin MCV4 est recommandé pour les enfants plus vulnérables à une méningococcie invasive (tableau 1) lorsqu’ils ont plus de deux ans. Le CCNI recommande également d’administrer systématiquement à tous les adolescents une dose de rappel du vaccin MCV4 ou d’un vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C.

Tableau 1

Les précédents documents de principes de la Société canadienne de pédiatrie ont porté sur le traitement de la méningite et l’utilisation des vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C (3,4). La Société canadienne de pédiatrie continue de les cautionner. Le présent document de principes les enrichit par une mise à jour sur l’épidémiologie de la méningococcie chez les enfants et adolescents canadiens, un examen de l’innocuité et de l’immunogénicité des vaccins contre le méningocoque et une exploration de la question « Que devraient faire et savoir les médecins? » main-tenant que le vaccin MCV4 est sur le marché.

QUELLE EST L’INCIDENCE DE MÉNINGOCOCCIE CHEZ LES ENFANTS ET LES ADOLESCENTS?
Les taux de méningococcies invasives ont fléchi au Canada depuis dix ans. La mortalité et la morbidité demeurent toutefois élevées. Entre 1995 et 2006, Santé Canada déclarait environ 200 cas par année dans tous les groupes d’âge (2,5). Au cours de cette période, l’incidence annuelle moyenne d’infection s’établissait à 0,3 cas pour 100 000 habitants à l’égard du sérogroupe B, à 0,25 cas à l’égard du sérogroupe C, à 0,09 cas à l’égard du sérogroupe Y et à 0,03 cas à l’égard du sérogroupe W135. Les cas attribuables au sérogroupe A étaient rares. Un programme de surveillance active au sein de 12 centres canadiens participant au Programme canadien de surveillance active de l’immunisation (IMPACT) est en cours. IMPACT a déclaré 33 cas tous les ans entre 2002 et 2006 chez les personnes de moins de 20 ans (6). Plus de la moitié des cas étaient imputables au sérogroupe B, les sérogroupes C, W135 et Y étant responsables des autres cas. L’incidence d’infection causée par les sérogroupes Y et W135 n’a pas beaucoup changé au cours de ces cinq années, tandis que celle de l’infection par le sérogroupe C a chuté, passant de 0,23 à 0,08 cas pour 100 000 habitants (6). Les auteurs attribuaient ce fléchissement des cas de sérogroupe C à l’utilisation généralisée d’un vaccin conjugué contre le méningocoque de sérogroupe C chez les nourrissons.

LES VACCINS CONTRE LE MÉNINGOCOQUE FONCTIONNENT-ILS?
La méningococcie est une infection relativement rare. Il est donc difficile d’effectuer des études pour démontrer l’efficacité des vaccins. L’adoption des vaccins contre le méningocoque se fonde sur la mesure de l’anticorps sérique bactéricide (ASB). En général, les vaccins conjugués produisent un titre d’ASB plus élevé et plus prolongé que les vaccins polysaccharidiques. Le vaccin MCV4 induit des ASB protecteurs aux sérogroupes A, C, Y et W135 chez les adultes et les enfants de plus de deux ans. Les vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C sont immunogènes chez les enfants de moins de deux ans. D’après les données préliminaires, les programmes provinciaux de vaccination contre le méningocoque de sérogroupe C sont efficaces pour prévenir l’infection. L’incidence d’infection par le sérogroupe C a diminué depuis l’adoption de vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C, et les échecs vaccinaux déclarés sont rares. Le vaccin MCV4 induit des titres d’ASB élevés au sérogroupe C, mais il n’existe pas de comparaison directe entre le vaccin MCV4 et les vaccins conjugués monovalents contre le sérogroupe C.

LE VACCIN MCV4 EST-IL SÉCURITAIRE?
Dans des essais avant homologation, le vaccin MCV4 était bien toléré et s’associait à des réactions au foyer d’injection et à des effets indésirables systémiques bénins, similaires à ceux de nombreux vaccins. Peu après l’adoption du vaccin MCV4 aux États-Unis, on a constaté plusieurs cas de syndrome de Guillain-Barré (SGB) chez des adolescents. D’après les premières estimations, le nombre de cas était plus élevé que prévu chez les adolescents qui avaient reçu le vaccin. Depuis, des recherches supplémentaires ont toutefois démontré que le risque de SGB après l’administration du vaccin MCV4 n’a pas augmenté chez les adolescents de 11 à 19 ans. De plus, le taux annuel d’infection grave attribuable aux sérogroupes A, Y et W135 chez les personnes de 10 à 24 ans correspond à 1,5 cas par million d’habitants, un résultat plus élevé que le risque estimatif de SGB après la vaccination (de 0,5 à 1,0 cas par million d’habitants) (2).

QUE DEVRAIENT FAIRE LES MÉDECINS?
Il faut informer les parents et les familles des risques de la méningococcie et des bienfaits et des risques de la vaccination. Toutes les provinces financent des programmes de vaccination faisant appel aux vaccins conjugués contre le méningocoque de groupe C (Menjugate, Meningitec ou NeisVac-C) pendant la première enfance (administré sous forme de monodose à un an ou de doses multiples avant le premier anniversaire et d’une dose de rappel à 12 mois). Le vaccin MCV4 (Menactra) ajoute trois sérotypes à ces programmes. On peut offrir le vaccin MCV4 aux enfants de plus de deux ans déjà immunisés au moyen de vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C afin de réduire le risque de méningococcie par les autres sérogroupes (A, Y ou W135). Le ministère de la Santé finance le vaccin MCV4 dans certaines provinces, mais pas toutes. Il faudrait donc informer les parents que ce vaccin de rappel pourrait constituer une dépense supplémentaire. On ne connaît pas la durée de l’immunité que produit le vaccin MCV4 ou les vaccins conjugués contre le méningocoque de sérogroupe C. Il sera peut-être nécessaire d’administrer le vaccin à l’âge adulte pour obtenir une protection optimale.

RECOMMANDATIONS

RÉFÉRENCES

  1. Agence de la santé publique du Canada, Comité consultatif national de l’immunisation. [Auteur principal : S Halperin]. Déclaration sur le vaccin conjugué contre le méningocoque, sérogroupes A, C, Y et W135. RMTC 2007;33(ACS-3):1-23. <www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/07vol33/acs-03/index-fra.php > (version à jour le 19 août 2009)
  2. Agence de la santé publique du Canada, Comité consultatif national de l’immunisation. Mise à jour des recommandations concernant la méningococcie et le vaccin conjugué contre le méningocoque. RMTC 2009;36(ACS-3):1-39. <www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/09vol35/acs-dcc-3/index-fra.php> (version à jour le 19 août 2009).
  3. Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d’immunisation. Le vaccin antiméningococcique pour les enfants et les adolescents. Paediatr Child Health 2005;10:407-8.
  4. Société canadienne de pédiatrie, comité des maladies infectieuses et d’immunisation. [Auteur principal : R Bortolussi]. Le traitement d’une méningite bactérienne présumée chez les enfants canadiens de six semaines et plus – sommaire. Paediatr Child Health 2008;13:310.
  5. Agence de la santé publique du Canada. Surveillance accrue des méningococcies invasives au Canada : Du 1er janvier 2004 au 31 décembre 2005. RMTC 2007;33:1-15. <www.phac-aspc.gc.ca/publicat/ccdr-rmtc/07vol33/rm3310a-fra.php> (version à jour le 19 août 2009).
  6. Bettinger JA, Scheifele DW, Le Saux N et coll. The impact of childhood meningococcal serogroup C conjugate vaccine programs in Canada. Pediatr Infect Dis J 2009;28:220-4.

COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION
Membres :
Docteurs Robert Bortolussi (président), IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse); Jane Finlay, Richmond (Colombie-Britannique); Joan L Robinson, Edmonton (Alberta); Élisabeth Rousseau-Harsany (représentante du conseil), CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec); Lindy M Samson, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario)
Conseillers : Docteurs James Kellner, Calgary (Alberta); Noni E MacDonald, IWK Health Centre, Halifax (Nouvelle-Écosse); Dorothy L Moore, L’Hôpital de Montréal pour enfants, Montréal (Québec)
Représentants : Docteurs Upton D Allen, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (Groupe canadien de recherche sur le sida chez les enfants); Charles PS Hui, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario) (représentant de la SCP auprès de Santé Canada, comité consultatif de la médecine tropicale et de la médecine des voyages); Nicole Le Saux, Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario) (Programme canadien de surveillance active de l’immunisation); Larry Pickering, Elk Grove (Illinois) États-Unis (American Academy of Pediatrics); Marina I Salvadori, Children’s Hospital of Western Ontario, Ottawa (Ontario) (représentante de la SCP auprès de Santé Canada, comité consultatif national de l’immunisation)
Auteurs principaux : Docteurs Robert Bortolussi, Halifax (Nouvelle-Écosse); Marina Salvadori, London (Ontario)

Affichage : octobre 2009


Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication.