La
grossesse à l’adolescenceComité de santé de l’adolescent, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatr Child Health 2006;11(4):247-50
No de référence : AH06-02 (Auparavant
AM94-02
Index des documents de principes du comité de santé de l’adolescent
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Table des matières
Le présent document de principes vise à :
Les
grossesses chez les adolescentes canadiennes diminuent depuis les dernières décennies.
En 2003, on a recensé 33 553 grossesses chez des femmes de moins de 20 ans (y
compris les naissances vivantes et les pertes fœtales [tirées d’une base de
données des mortinatalités, des fausses-couches et des avortements déclarés
en milieu hospitalier]). Ce chiffre représente un taux global de 27,1
grossesses pour 1 000 adolescentes, taux qui diminue depuis 1994, alors qu’il
s’établissait à 48,8 grossesses pour 1 000 adolescentes. Le taux de
grossesses est plus élevé chez les 18 et 19 ans (tableau 1), qui sont
nombreuses à avoir planifié leur grossesse. Chez les 15 à 17 ans, le taux est
considérablement plus faible mais inclut probablement une plus forte proportion
de grossesses non planifiées (1). Les grossesses d’adolescentes de moins de
15 ans représentent une petite proportion de l’ensemble des grossesses au
sein de la population adolescente.
Le taux
de grossesse chez les adolescentes et l’issue de ces grossesses varient énormément
selon les provinces et les régions. Dans l’ensemble, un peu plus de 50 % des
grossesses d’adolescentes se terminent par une interruption volontaire de
grossesse, ce qui inclut les avortements effectués en milieu hospitalier ou en
clinique au Canada, ainsi que dans des États américains sélectionnés (1).
| Tableau
1 Les taux de grossesse chez les adolescentes canadiennes, 2003 |
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| Groupe d’âge | Taux de grossesse |
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| Moins de 20 ans | 27,1 pour 1 000 |
| 18 et 19 ans | 54,1 pour 1 000 |
| 15 à 17 ans | 16,8 pour 1 000 |
| Moins de 15 ans | 2,0 pour 1 000 |
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Données tirées de la référence 1 |
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Il est
essentiel de dépister rapidement la grossesse afin d’offrir à
l’adolescente le plus d’options possible et d’entreprendre les soins prénatals
chez les jeunes femmes qui choisissent de poursuivre leur grossesse. Des soins
prénatals insuffisants sont la principale cause du taux de complications plus
élevé chez les 15 à 19 ans (2).
Cependant,
il est souvent difficile de dépister rapidement la grossesse, car de nombreuses
adolescentes refusent d’admettre la possibilité qu’elles soient enceintes,
même vis-à-vis d’elles-mêmes. De plus, en raison d’une situation sociale
complexe, il peut être difficile pour l’adolescente d’aborder ouvertement
cette possibilité. Les irrégularités menstruelles, normales au début de
l’adolescence, peuvent également masquer une grossesse. C’est pourquoi les
adolescentes qui présentent de telles irrégularités menstruelles, accompagnées
de nausées, de vomissements, de fatigue ou de douleurs abdominales (qui peuvent
être indicatrices d’une grossesse ectopique), devraient être interrogées
quant à la possibilité d’une grossesse et subir un dépistage en conséquence.
Des
examens de laboratoire peuvent permettre de déce-ler une grossesse avant
l’examen physique. Des dosages radio-immunologiques sensibles peuvent déceler
la gonadotropine chorionique humaine (hCG) dans le sérum dès le sixième jour
suivant la conception. Les analyses d’urine utilisées à la maison et en
cabinet ou en clinique font appel aux anticorps monoclonaux pour déceler la hCG
et peuvent révéler des résultats positifs dès 10 à 14 jours après
l’ovulation. Cependant, ces analyses peuvent aussi échouer à déceler la
grossesse jusqu’à une semaine après la date prévue des menstruations (3).
Par ailleurs, il existe un risque de résultats faux négatifs avec les tests
urinaires de grossesse. Si la présomption de grossesse demeure, une hCG sérique
devrait être demandée. Un examen pelvien bimanuel peut être effectué pour
tenter d’établir l’âge gestationnel. Il peut être possible de palper
l’utérus au-dessus de l’os pubien aux alentours de neuf à 12 semaines de
gestation. L’échographie peut également être utile pour confirmer l’âge
gestationnel, surtout si la jeune fille n’est pas certaine de la date de ses
dernières menstruations ou en cas de présomption de grossesse ectopique.
La prise en charge de l’adolescente enceinte
Pendant l’anamnèse de l’adolescente enceinte, le professionnel de la santé doit :
Le
professionnel de la santé qui est incapable d’offrir du counseling à une
adolescente enceinte au sujet des options qui s’offrent à elle et qui n’est
pas en mesure de la suivre est tenu de l’aiguiller (elle et son partenaire,
s’il est présent) vers des professionnels et des ressources convenables. Il
est essentiel de fournir de l’information au sujet des services offerts dans
la collectivité et, au besoin, à l’extérieur de la région.
Le temps
représente un facteur important puisque certaines options ne sont plus
envisageables après le premier trimestre de grossesse, mais il ne faut pas
contraindre l’adolescente à prendre une décision hâtive. Il faut tenir
compte de toute confusion qu’elle peut ressentir, de ses hésitations et de la
pression exercée par son entourage. Rares sont les adolescentes qui choisissent
de confier leur bébé en adoption; parmi celles qui prennent cette décision,
bon nombre changent d’idée à la naissance de leur bébé. Pour s’assurer
qu’elle accepte bien sa décision, la mère adolescente qui décide de confier
son bébé à quelqu’un d’autre doit se voir offrir la possibilité
d’avoir d’abord un contact avec lui.
Les
professionnels de la santé doivent également se rappeler que l’adolescente
enceinte désire faire le « bon » choix. Ils peuvent contribuer à la rassurer
par des paroles qui ressemblent à ce qui suit : « En présence d’une
grossesse non planifiée, il n’y a pas de choix parfait. Ce que tu peux faire,
c’est de réfléchir à la solution la plus favorable pour toi maintenant.
Quelle que soit ta décision, il est peu probable qu’elle te semble parfaite.
»
Les
options à la disposition de l’adolescente enceinte comportent divers risques
médicaux. L’interruption « médicale » de grossesse à l’aide de méthotrexate
et de misoprostol est offerte au Canada pour interrompre la grossesse dès le début.
Une récente analyse Cochrane (4) a révélé que c’est une solution efficace
et sécuritaire pour interrompre une grossesse au premier trimestre. Certaines
études sur son usage incluaient des sujets adolescents. Les données probantes
sont tout de même limitées quant à son utilisation au sein de la population
adolescente (5,6). De plus, l’avortement médical exige plusieurs
consultations en cabinet, ainsi qu’un suivi et un monitorage étroits, mal
adaptés à la réalité de la plupart des patientes adolescentes. Les diverses
méthodes chirurgicales (y compris l’aspiration manuelle par vacuum, la
dilatation et le curettage et l’extraction par vacuum) peuvent être pratiquées,
selon la durée de gestation, entre le début du premier trimestre et le début
du deuxième trimestre. Les risques reliés à l’avortement augmentent avec la
durée de gestation, mais ils sont faibles dans l’ensemble (ces risques
incluent la perforation utérine, l’hémorragie et l’infection) (7,8). La
grossesse et ses complications comportent les risques les plus élevés pour
l’adolescente. Les taux de mortalité de la mère au sein de ce groupe d’âge
sont plus élevés que ceux de l’avortement chirurgical (9).
Le
counseling de l’adolescente qui prévoit poursuivre sa grossesse
Les
soins prénatals doivent être entrepris le plus tôt possible, afin de
maximiser la santé et le bien-être de la mère et du fœtus. Un professionnel
de la santé en charge du counseling mais pas des soins obstétricaux peut
discuter avec l’adolescente de la manière de choisir un cabinet ou une
clinique qui répondra le mieux à ses besoins physiques et affectifs. La
patiente doit chercher un praticien qui est à l’aise de discuter de questions
sociales et de santé, telles que les relations, le tabagisme, l’alcool et
l’utilisation d’autres substances, les infections transmises sexuellement,
la nutrition et l’allaitement, et qui lui donnera des conseils d’ordre préventif.
L’accès à des services prénatals, postnatals et pédiatriques axés sur les
adolescentes peut améliorer les issues, tant pour l’adolescente que pour son
nourrisson (10,11).
Le
professionnel de la santé doit également :
Le
counseling de l’adolescente qui prévoit interrompre sa grossesse
L’adolescente
qui a décidé d’interrompre sa grossesse a besoin :
Les
professionnels de la santé jouent un rôle important dans la prévention des
grossesses non planifiées chez les adolescentes. Pour l’instant, il
n’existe pas de règles de référence pour prévenir la grossesse chez les
adolescentes, mais plusieurs analyses parues dans les publications récentes ont
résumé les caractéristiques des programmes les plus efficaces (13,14). Ces
caractéristiques incluent un suivi longitudinal, l’offre d’une série
d’options – de l’abstinence à l’information sur la contraception – et
une formation sur la dynamique de la vie. Les praticiens doivent discuter de la
prise de décision avec leurs patientes adolescentes dès un jeune âge et
orienter ces discussions sur des sujets comme la sexualité, le choix individuel,
la pression exercée par les camarades, les relations sexuelles protégées et
la contraception, d’une manière adaptée à leur développement. Ces
discussions revêtent une importance particulière pour les adolescentes qui
souffrent d’un retard de développement, d’une incapacité ou d’une
maladie chronique. Les adolescents des deux sexes qui s’engagent jeunes dans
des activités sexuelles doivent être informés des méthodes de contraception.
La discussion doit comprendre des renseignements sur la pilule contraceptive
d’urgence (15). Les adolescentes vulnérables à des relations sexuelles non
protégées sont celles :
Il est
important de poser des questions sur l’intentionnalité de la grossesse parce
que selon certaines données probantes, certaines adolescentes peuvent avoir
l’intention de devenir enceintes. Leurs besoins ne se limitent alors pas aux
simples conseils sur la contraception (16,17).
La
grossesse comporte des risques physiques et psychoso-ciaux importants pour les
adolescentes. Par un counseling et un traitement, les professionnels de la santé
qui s’occupent d’elles devraient chercher à prévenir les grossesses non
planifiées chez les adolescentes. En cas de grossesse, les risques peuvent être
réduits grâce à un diagnostic précoce, l’offre d’une gamme complète
d’options thérapeutiques et le soutien inconditionnel des décisions que
prennent ces jeunes filles. Le rôle du professionnel de la santé inclut les
soins médicaux et le counseling, l’aiguillage vers les services pertinents et
la défense d’intérêts.
La Société
canadienne de pédiatrie reconnaît les enjeux sociaux, éthiques et religieux
complexes qui sont en jeu et convient du droit des professionnels de la santé
à ne pas participer à tous les aspects du counseling reliés à la
contraception et à la grossesse. Cependant, ceux-ci sont responsables
d’offrir des services complets à toutes les adolescentes enceintes et de
s’assurer qu’elles y ont accès.
Pour réduire
au minimum les risques que court l’adolescente enceinte, la Société
canadienne de pédiatrie recommande que les professionnels de la santé :
Comité de la santé de l’adolescent (2004-2005)
Membres
: Docteurs Sheri M Findlay, McMaster Children’s Hospital - Hamilton HSC,
Hamilton (Ontario); Jean-Yves Frappier (président), CHU Sainte-Justine, Montréal
(Québec); Eudice Goldberg, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario);
Jorge Pinzon, BC’s Children’s Hospital, Vancouver (Colombie-Britannique);
Koravangattu Sankaran (représentant du conseil), Royal University Hospital,
Saskatoon (Saskatchewan); Danielle Taddeo, CHU Sainte-Justine, Montréal (Québec)
Représentante
: Docteur Karen Mary Leslie, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario)
(section de la santé de l’adolescent, Société canadienne de pédiatrie)
Auteure principale : Docteur Karen Mary
Leslie, The Hospital for Sick Children,
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |