Les soins
aux
adolescents ayant une maladie
chroniqueComité de santé de l’adolescent, Société canadienne de pédiatrie (SCP)
Paediatr Child Health 2006;11(1):49-54
No de référence : AH06-01
Index des documents de principes du comité de santé de l’adolescent
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Table des matières
On
estime que de 14,8 % à 18 % de tous les jeunes d’Amérique du Nord souffrent
d’une incapacité chronique ou d’une maladie exigeant des soins spéciaux
qui les touche, eux et leur famille (p. ex., une incapacité comme une déficience
musculosquelettique, des troubles de la parole, la surdité ou une perte
d’acuité auditive, la cécité ou une déficience visuelle et des maladies
comme l’asthme et les maladies cardiaques) (1,2). Ils peuvent avoir survécu
à une maladie mettant en jeu le pronostic vital qui présentait un taux de
mortalité élevé jusqu’à récemment, ou vivre plus longtemps grâce à
l’amélioration des soins et aux progrès technologiques. On estime que
jusqu’à 98 % des enfants souffrant d’une maladie chronique diagnostiquée
atteignent désormais l’âge de 20 ans, selon le type de maladie (3,4).
Certains peuvent aussi présenter des incapacités physiques ou mentales découlant
de leur maladie primaire. Ils sont nombreux à devoir affronter les conséquences
psychologiques de leur état et les interventions continues des multiples
membres du personnel médical et paramédical dans leur vie.
Les
soins et le suivi de bon nombre de ces adolescents sont souvent fragmentés et dépendent
en grande partie de surspécialistes et de thérapeutes qui exercent parfois
loin de leur résidence. Les adolescents atteints de maladies chroniques moins
évidentes ou moins graves n’obtiennent peut-être pas l’appui dont ils ont
besoin de la part des médecins ou d’autres adultes. Le présent document de
principes vise à aider les spécialistes, les surspécialistes et les médecins
de première ligne qui soignent les jeunes atteints de maladies chroniques.
LES
PROBLÈMES RELIÉS AU DÉVELOPPEMENT
L’indépendance
et l’affirmation de soi
Le
conseil de la santé des enfants et des adolescents de l’American Academy of
Pediatrics a affirmé ce qui suit dans un document anglais : « Les enfants
atteints d’incapacités, quelle qu’en soit la cause, devraient être
encouragés à devenir le plus indépendants possible, en fonction d’une évaluation
réaliste et objective de leurs capacités et de leurs limites. » Peterson et
coll. (5) ont bien décrit les concepts d’indépendance, de dépendance et
d’interdépendance dans le développement de jeunes adultes atteints du spina
bifida, où l’interdépendance signifie reconnaître les situations dans
lesquelles il faut compter sur les autres et les situations dans lesquelles il
faut compter sur soi et bien les différencier.
Il est
essentiel de préparer les parents à se séparer de leur adolescent dans le
cadre de la prise en charge à long terme de la maladie, ce qui leur permettra
peut-être de penser à la survie de leur enfant pendant l’adolescence et par
la suite. Plusieurs facteurs compliquent la séparation et l’indépendance
pour les adolescents atteints d’une maladie chronique et pour leurs parents.
Ces facteurs incluent le besoin de traitement de l’adolescent, la
surprotection parentale, l’apparence physique de l’adolescent qui a l’air
plus jeune que son âge chronologique et la mobilité physique limitée.
Les
mesures de contrôle de la maladie doivent tenir compte des besoins
comportementaux de l’adolescent. Les adolescents doivent connaître les
possibilités thérapeutiques qui s’offrent à eux et être encouragés à
discuter et à participer à la prise de décisions. Permettre à l’adolescent
de prendre les commandes par des moyens simples, comme choisir la forme de médication
(p. ex., comprimés ou li-quides), favorisera l’autonomie et la fidélité aux
plans de traitement proposés. De toute évidence, l’angoisse des pa-rents
envers le bien-être de leur enfant peut alors augmenter. Les médecins sont
invités à aider les parents à trouver un équilibre entre leur supervision et
le contrôle accru qu’acquière l’adolescent envers ses soins.
L’apprentissage
des mesures de traitement personnel représente un moyen important d’accroître
l’estime de soi et l’autonomie et d’habiliter l’adolescent à devenir un
adulte responsable. Si l’adolescent peut participer à ses propres soins
personnels, son estime de soi s’améliorera et le processus de séparation-individualisation
s’en trouvera facilité. Si le jeune a besoin d’aide, il est judicieux de
faire appel à un soignant extérieur au cercle familial, de préférence du même
sexe que lui.
Dans le
processus d’acquisition de l’autonomie, les adolescents adoptent souvent des
comportements que les pa-rents peuvent juger dangereux. Les adolescents atteints
d’une maladie chronique ne font pas exception. Les parents ont besoin d’aide
pour reconnaître et accepter les formes sûres d’affirmation de soi et pour décourager
celles qui risquent d’être nuisibles. Les pédiatres et d’autres
dispensateurs de soins devraient dépister les dangers de comportements à
risque et les facteurs protecteurs chez les jeunes ayant des besoins spéciaux,
comme ils le font pour les adolescents en santé (au moyen du questionnaire
HEADSS sur la maison, l’école, les activités, la consommation de drogues, la
sexualité et le suicide, par exemple [6]).
L’adolescent
atteint d’une maladie chronique peut devoir recourir davantage à ses habiletés
d’adaptation, telles qu’un bon sens de l’humour et un bon optimisme.
Combinées à la collaboration d’enseignants compréhensifs, ces attitudes
peuvent réduire les risques de dysfonctionnement. L’adolescent peut également
avoir besoin d’être encouragé à approfondir des intérêts ou des passe-temps.
Des ergothérapeutes peuvent l’aider à réaliser des objectifs, comme
apprendre à conduire ou participer à une activité sportive.
Les
relations avec les camarades
À
l’adolescence, le jeune transfère à ses camarades l’attention qu’il
accordait à sa famille. Cette étape importante ne devrait pas différer chez
les adolescents atteints d’une ma-ladie chronique. Cependant, ceux-ci peuvent
éprouver de la difficulté à conserver leurs amitiés. Les hospitalisations,
les fréquents rendez-vous chez le médecin et les restrictions imposées par
leur maladie, par les parents et par d’autres intervenants peuvent provoquer
un isolement social.
Les médecins
peuvent aider l’adolescent à élaborer des stratégies pour affronter les
moqueries. L’humour, par exemple, contribue souvent à désamorcer des
situations difficiles. Les amis potentiels peuvent être intimidés par la
nature de la maladie. Les médecins peuvent conseiller l’adolescent quant aux
moyens de trouver des amis compréhensifs et de leur expliquer sa maladie ainsi
que les restrictions qu’elle impose.
Les
groupes d’entraide permettent tant aux parents qu’aux adolescents de
partager des expériences, de récuser les préjugés et les craintes à l’égard
de la maladie et d’adopter des méthodes d’adaptation. Par ailleurs, les
groupes d’adolescents stimulent l’acquisition d’aptitudes sociales adaptées
à l’âge.
Les
adolescents passent une grande partie de leur journée à l’école et, plus
tard, au travail. Il faut porter attention aux préoccupations des adolescents
atteints d’une maladie chronique à l’égard de l’absentéisme attribuable
aux soins médicaux. Une enquête sur la santé des adolescents menée en
Colombie-Britannique (7) a révélé que les jeunes atteints d’une maladie
chronique éprouvent souvent de la difficulté à maintenir l’assiduité
scolaire, à planifier leur carrière, à obtenir un soutien économique et à
pratiquer des activités physiques, au point que leur assiduité scolaire était
30 % plus faible que celle de leurs camarades en santé. Les médecins peuvent
aider les élèves à expliquer leurs troubles médicaux à leur enseignant, que
ce soit par téléphone ou au moyen de documentation écrite.
S’ils
sont ignorés ou mal diagnostiqués, les troubles d’apprentissage peuvent
s’aggraver peu à peu tout au long des années plus exigeantes du secondaire.
Des cours de rattrapage peuvent s’imposer. Le pédiatre peut souvent être
utile à cet égard au sein d’un système scolaire autrement résistant.
Les
parents peuvent avoir besoin d’aide pour entretenir des attentes réalistes
envers leur adolescent. Certains peuvent continuer à s’attendre à des réalisations
qui dépassent les capacités du jeune, tandis que d’autres se contenteront de
résultats bien en deçà du potentiel de leur adolescent. Une formation préprofessionnelle
peut être offerte au début du secondaire. Puisqu’un objectif réaliste et
rationnel améliore la qualité de vie, l’adolescent, la famille et le médecin
peuvent travailler ensemble à formuler cet objectif et les stratégies pour le
réaliser. Les adultes atteints d’incapacités présentent un taux de chômage
de 50 % à 75 % aux États-Unis, par rapport à 5 % au sein de la population générale.
Il est important que les professionnels de la santé, les jeunes et leur famille
sachent s’ils sont admissibles aux prestations d’assurance-maladie,
d’assurance pour les soins dentaires et d’assurance-maladie complémentaire,
pour maximiser la couverture d’assurance potentielle pendant que
l’adolescent vit avec sa famille et se prépare à la transition vers une vie
indépendante (8).
Tous les
adolescents sont préoccupés par leur apparence physique et leur développement
pubertaire. Les adolescents atteints d’une maladie chronique peuvent craindre
davantage de souffrir d’un retard pubertaire et d’anomalies physiques. Le médecin
doit prévoir ces problèmes et en discuter tôt, en s’adaptant à l’âge développemental
de l’adolescent.
Des
modifications physiques mineures, telles que l’odeur corporelle, peuvent gêner
l’adolescent, mais elles peuvent également constituer une preuve tangible de
maturation. Un médecin qui souligne ces changements, discute de l’évaluation
du degré de maturité sexuelle de l’adolescent ou mesure son âge osseux pour
documenter un retard de croissance éventuel peut rassurer l’adolescent
atteint d’une ma-ladie chronique inquiet de son développement physique. Les
retards de croissance et de développement peuvent également être imputables
à des facteurs nutritionnels qui peuvent être corrigés ou à des médicaments
qui peuvent être modifiés. Les retards de maturation causés par la ma-ladie
peuvent répondre à un traitement hormonal.
Les médicaments
qui modifient l’apparence physique (parce qu’ils causent l’hirsutisme,
l’acné, l’obésité, etc.) accroissent l’anxiété causée par l’image
corporelle et peuvent nuire à la fidélité au traitement. Des conseils
professionnels sur la coiffure, les vêtements et le maquillage et la possibilité
d’intégrer des thérapies parallèles ont souvent un effet positif.
Il
existe des mythes courants au sujet des adolescents atteints d’une maladie ou
d’une invalidité chronique. On pense qu’ils sont asexués, qu’ils
suppriment leurs besoins sexuels en raison de leur maladie, qu’ils ne font pas
l’objet d’abus sexuels et qu’ils n’ont pas besoin de recevoir d’éducation
sexuelle (9). Comme on l’a dit plus tôt, jusqu’à 98 % des enfants
souffrant d’une maladie chronique diagnostiquée atteignent désormais l’âge
de 20 ans. Ces jeunes vivent les mêmes étapes de l’adolescence que leurs
camarades, des étapes qui intègrent les concepts de la sexualité humaine.
La santé
sexuelle ne semble pas être abordée chez les jeunes atteints d’un problème
de santé chronique. En Colombie-Britannique, 54 % des élèves de 12e année se
disent sexuellement actifs (10). Dans un autre échantillon de la population, la
prévalence déclarée d’activités sexuelles chez les adolescents atteints
d’une maladie ou d’une invalidité chronique est évaluée comme plus élevée
que celle de leurs camarades en santé (11).
Les
adolescents atteints d’une maladie chronique ont besoin des mêmes conseils
sur la sexualité que les adolescents de leur âge, et les jeunes et leur
famille doivent comprendre les modifications au développement sexuel et
physiologique normal qui peuvent être causées par certaines maladies
chroniques.
Dans un
effort pour « prouver » sa normalité, un adolescent peut s’engager dans des
activités sexuelles avant d’y être prêt affectivement. Suris et coll. (11)
ont révélé que 45 % des jeunes atteints d’une maladie visible (infirmité
motrice cérébrale, dystrophie musculaire et arthrite) et que 39 % de ceux
atteints d’une maladie non visible (diabète, asthme et troubles convulsifs) déclaraient
avoir eu des relations sexuelles. Dans cette étude, au sein de tous les groupes
de jeunes sexuellement actifs atteints ou non d’une maladie chronique, la
première relation sexuelle était estimée avoir eu lieu approximativement
entre 13,2 et 14,1 ans. Les garçons et les filles atteints d’une maladie
chronique étaient plus susceptibles d’avoir contracté une infection
transmise sexuellement que les groupes témoins.
En outre,
les adolescents atteints d’une maladie ou d’une invalidité chronique
risquent plus de deux fois plus de déclarer des antécédents d’abus physique
ou sexuel (11,12).
Certaines
maladies, comme le syndrome de Turner, retardent la maturation et le développement,
tandis que d’autres, comme le spina bifida, l’infirmité motrice cérébrale
et certains troubles endocriniens, peuvent provoquer un développement prématuré
(13). Diverses dysfonctions sexuelles peuvent se développer chez les
adolescents et les jeunes adultes atteints d’une maladie chronique telle que
la fibrose kystique, qui s’associe souvent à une inferti-lité masculine.
Cette population a besoin de conseils thérapeutiques continus sur les
infections transmises sexuel-lement et la santé sexuelle en général (14).
Les
adolescents ont également besoin de recevoir de l’information précise au
sujet de la fertilité, des aspects héréditaires de leur maladie, des conséquences
des infections transmises sexuellement et des grossesses non planifiées. Les
possibilités de contraception peuvent être limitées ou contre-indiquées chez
les jeunes atteints de certaines maladies chroniques comme les cardiopathies
congénitales, le diabète et les maladies hépatiques, ou qui ont subi une
greffe. Si une grossesse se produit, l’adolescente a besoin de recevoir des
renseignements détaillés sur les répercussions possibles de la grossesse sur
sa santé et vice-versa. Plusieurs maladies peuvent rendre stérile, comme la
fibrose kystique, des anomalies de la moelle épinière et le cancer chez les
hommes. Dans le cas du cancer, les traitements et les médicaments peuvent être
responsables de la stérilité. L’éducation sexuelle est primordiale chez les
jeunes en général (15).
Il est
important de prodiguer des soins gynécologiques convenables aux adolescentes,
quelles que soient leurs capacités physiques, intellectuelles ou cognitives.
Ces soins devraient inclure une éducation de la patiente adaptée à son développement
et des personnes qui s’occupent d’elles (lorsque la patiente est incapable
d’affronter ces questions pour des raisons physiques ou mentales). Si la
patiente n’est pas sexuel-lement active, l’examen gynécologique n’est généralement
pas indiqué. Cependant, un examen externe des organes génitaux s’impose chez
toutes les adolescentes (16). Il existe des techniques pour procéder à
l’examen gynécologique des adolescentes difficiles (p. ex., celles qui ont un
retard intellectuel ou des troubles physiques ou mentaux) (16,17).
En
affrontant directement les préoccupations de l’adolescent et en soulignant
ses capacités, le médecin peut aider l’adolescent à modifier des
comportements inadéquats. L’information et les recherches axées sur la
sexualité des jeunes atteints d’une maladie ou d’une invalidité chronique
sont limitées. Toutefois, les schèmes de pratique sexuelle démontrés par
Suris et coll. (11) contredisent et remettent en question les croyances sociétales
actuelles selon lesquelles ces jeunes « n’ont pas de sexualité », ne se
posent pas de questions au sujet de la sexualité et ne ressentent pas les désirs
auxquels on s’attend chez leurs camarades en santé.
Les médecins
doivent être conscients de la tendance à percevoir les jeunes atteints d’une
maladie chronique comme des êtres asexués ou à présumer qu’ils sont hétérosexuels.
En expliquant le développement sexuel normal aux personnes qui s’occupent des
adolescents atteints d’une maladie chronique, les médecins peuvent prévenir
des interventions inadéquates envers l’activité sexuelle de ces adolescents.
La
mort et le processus de la mort
Certaines
personnes atteintes d’une maladie chronique meurent pendant l’adolescence.
L’adolescent atteint d’une maladie chronique devra peut-être affronter le
deuil relié à la perte d’amis souffrant de la même maladie qu’eux, les répercussions
de ces décès et la possibilité d’affronter sa propre mort. La question de
la mort et du processus de la mort devrait être abordée à la fois en privé
et dans des groupes d’entraide. Un aumônier peut apporter du réconfort aux
mourants, à leur famille et au personnel qui participe aux soins. Le fait de
reconnaître et d’admettre les situations cliniques dans lesquelles la mort
devient inévitable représente la première étape vers des soins compatissants
pendant ce processus.
LA DÉMARCHE
PRATIQUE À L’ÉGARD DES SOINS
Les
limites d’âge et la pratique en cabinet
Les pédiatres
doivent faire preuve de flexibilité lorsqu’ils décident du moment de transférer
leurs patients adolescents à des établissements pour adultes et doivent tenir
compte de l’âge développemental de l’adolescent. Le document de principes
de la Société canadienne de pédiatrie (SCP) intitulé « La limite d’âge
entre l’adolescence et l’âge adulte » (18) contient plus d’information
à ce sujet.
L’adolescent
devrait participer aux décisions quant au moment de son transfert et à la
personne vers qui il sera ai-guillé. Le document de principes de la SCP,
intitulé « Directives relatives aux soins des adolescents dans la pratique
privée » (19) traite de ce sujet. Il contient des suggestions sur les
rendez-vous, de la documentation écrite et des conseils sur l’installation
d’un cabinet adapté aux soins des jeunes atteints d’une maladie chronique.
De plus, d’après la Société de médecine pour les adolescents, tout
individu, qu’il reçoive des soins préventifs primaires ou des soins
tertiaires, mérite des services adaptés à son âge et à l’étape de son développement
(20). Les soins aux jeunes atteints d’une maladie chronique devraient chercher
à assurer :
Les
questions juridiques et éthiques représentent un autre aspect important des
soins aux adolescents. Les dispensateurs de soins sont invités à connaître la
réglementation de leur région. Ces aspects de la santé de l’adolescent
comprennent le consentement au traitement, la confidentialité et la compétence
(21). L’Association médicale canadienne a élaboré une série de documents
de référence pour les dispensateurs de soins, intitulée « Bioéthique à
l’intention des cliniciens » (22).
Les médecins
sont encouragés à connaître les groupes, les organismes et les sites Web qui
offrent un soutien physique et affectif aux patients et à leur famille. Ils
devraient faciliter l’accès des familles aux infirmières de santé publique,
aux groupes non professionnels, aux dispensateurs de soins à domicile, aux
organismes de services sociaux et aux éducateurs. Ils devraient également
chercher à favoriser une plus grande responsabilité de la collectivité envers
les malades chroniques en devenant des éducateurs et des défenseurs des intérêts
de ces adolescents dans leur collectivité.
Le fait
d’informer les adolescents au sujet de leur maladie entraîne trois effets bénéfiques
mesurables :
Les
soins en milieu hospitalier
Il est
important de connaître le développement de l’adolescent pour planifier la
prestation des soins aux adolescents en cliniques externes et en milieu
hospitalier, compte tenu des modifications physiques et biologiques se
produisant pendant la puberté et des principales étapes psychosociales et
affectives de l’adolescence. Ces connaissances faciliteront une prestation
pertinente des soins aux jeunes hospitalisés. Les hôpitaux non dotés d’une
aile pour les adolescents pourraient devenir plus accessibles s’ils possédaient
une brochure d’orientation qui explique les règles, les règlements et les
privilèges réservés aux adolescents. Les règles appliquées aux adolescents
au sujet du couvre-feu, des politiques de visites et des sorties devraient différer
de celles destinées aux enfants plus jeunes. Des collations pertinentes peuvent
également être offertes. Les établissements dotés d’un espace réservé
aux adolescents peuvent profiter de personnel hospitalier engagé qui possède
des compétences spéciales pour les soins aux jeunes. Ces professionnels
peuvent servir de ressources pour élaborer des politiques, les implanter et les
évaluer, en plus d’éduquer et de former le personnel.
L’organisation
et la conception physiques de l’espace pour les jeunes facilitent des aspects
de leurs soins comme le respect de la vie privée, la socialisation et les
besoins éducationnels. Les périodes de loisirs revêtent un caractère capital
pour les adolescents atteints d’une maladie chronique, car elles peuvent leur
donner l’occasion d’exprimer des craintes et des angoisses qu’ils ne révéleraient
pas en d’autres circonstances. Puisque l’hospitalisation provoque souvent
une régression comportementale, il est important de permettre aux adolescents
de socialiser avec des camarades dans une salle qui leur est réservée.
La
transition et le transfert des soins
Les
jeunes atteints d’une maladie chronique affrontent diverses étapes de
transition au cours de leur vie : une transition développementale entre
l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte, une transition situationnelle
entre les soins pédiatriques et les soins aux adultes et, parfois, une
transition entre la santé relative et la maladie.
La
transition peut être conceptualisée comme un processus entrepris par le jeune,
sa famille et les dispensateurs de soins, qui culmine avec le transfert des
soins à un dispensateur de soins pour adultes. Longtemps avant l’événement,
il faut commencer à préparer l’adolescent au transfert dans un établissement
pour adultes et évaluer s’il est prêt à ce transfert. Le patient devrait être
informé des divers types de soins qui lui seront offerts et des diverses
ressources disponibles dans un établissement pour adultes. Les cliniques de
transition dans lesquelles travaillent des professionnels spécialisés dans les
soins aux jeunes de même que des surspécialistes de la pédiatrie et des soins
aux adultes peuvent contribuer à ce processus.
Les
publications contiennent des comptes rendus de divers projets et programmes de
transition en Amérique du Nord. En 1996, le National Center for Youth with
Disabilities a procédé à une enquête auprès d’environ 140 centres qui
avaient déclaré qu’ils intégraient ou élaboraient des programmes de
transition à leurs services de santé (23). Quatre modèles de soins ont été
repérés : le modèle axé sur la maladie, le modèle de soins de première
ligne, le modèle de coordination de la transition et le modèle axé sur
l’adolescent. Le modèle axé sur la maladie est le plus courant en Amérique
du Nord. Les cliniques de surspécialité des centres de soins tertiaires
prodiguent des soins aux jeunes et à leur famille, avec ou sans l’appui
d’une équipe multidisciplinaire (cliniques de rhumatologie, de cardiologie,
de gastroentérologie et de fibrose kystique). Dans le modèle de coordination
de la transition, les soins sont offerts à des jeunes d’une fourchette d’âge
précise (18 à 25 ans) atteints d’une maladie donnée (p. ex., le modèle du
jeune adulte atteint d’une maladie rhumatismale). Le modèle axé sur
l’adolescent est généralement dirigé par des spécialistes de la médecine
de l’adolescent, et un soutien complet et coordonné est assuré d’après le
modèle axé sur les soins biopsychosociaux.
Un
exemplaire du sommaire de transfert doit être remis à l’adolescent. Le pédiatre
doit prévoir un suivi avec le patient et l’établissement vers lequel il est
aiguillé pour s’assurer que le transfert s’est bien passé. La transition
vise à garantir un mouvement continu, complet et coordonné entre les soins pédiatriques
et les soins aux adultes, tant pour réduire au minimum les incapacités que
pour promouvoir un usage pertinent des services de santé (24). Au BC’s
Children’s Hospital, on estime que près de 1 200 jeunes atteints d’une
maladie chronique sont transférés dans le système pour adultes chaque année.
À cet effet, le service On Trac a été créé (25). En acquérant des
connaissances et des habiletés adaptées à leur développement, les
adolescents apprennent à défendre leurs intérêts avec efficacité, à
conserver des comportements positifs pour leur santé et à utili-ser des
services de santé pour demeurer en santé et prévenir des incapacités
secondaires (2,26).
La SCP
fait les recommandations suivantes relativement aux soins de l’adolescent
atteint d’une maladie chronique et ayant des besoins spéciaux :
Pour les
médecins, les soins aux adolescents atteints d’une maladie chronique et qui
ont des besoins spéciaux peuvent être intéressants et enrichissants. Les médecins
ont plus de répercussions sur la progression vers l’âge adulte de ces
adolescents que sur celle des patients qu’ils voient moins souvent, dans des
contextes moins intenses. L’occasion d’avoir un effet sur la vie de ces
adolescents est inestimable, tout comme les leçons que les médecins tirent à
les côtoyer.
RESSOURCES
POUR LES JEUNES ET LEURS PARENTS
*En
anglais seulement
RÈFÈRENCES
COMITÉ DE LA SANTÉ DE L’ADOLESCENT (2004-2005)
Membres
: Docteurs Sheri M Findlay, McMaster Children’s Hospital - Hamilton Health
Sciences Centre, Hamilton (Ontario); Jean-Yves Frappier (président), Hôpital
Sainte-Justine, Montréal (Québec); Eudice Goldberg, The Hospital for Sick
Children, Toronto (Ontario); Jorge Pinzon, BC’s Children’s Hospital,
Vancouver (Colombie-Britannique); Koravangattu Sankaran (représentant du
conseil), Royal University Hospital, Saskatoon (Saskatchewan); Danielle Taddeo,
Hôpital Sainte-Justine, Montréal (Québec)
Représentante : Docteur Karen Mary Leslie, The Hospital for Sick Children,
Toronto (Ontario) (section de la santé de l’adolescent, Société canadienne
de pédiatrie)
Auteurs principaux : Docteurs Jorge Pinzon, BC’s Children’s Hospital,
Vancouver (Colombie-Britannique); Johanne Harvey, Clinique de pédiatrie,
Chicoutimi (Québec)
Mise à jour : mars 2008
| Avertissement: Les recommandations du présent document de principes ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes. Les adresses Internet sont à jour au moment de la publication. |